Biodiversité : controverses sur la variété du vivant. » maladies des plantes , agriculture et écologie

 Biodiversité : controverses sur la variété du vivant.

19/3/2010

Biodiversité : controverses sur la variété du vivant.

Par Christian Lévêque

Biodiversité : réflexion et controverses sur une nature en danger

Le terme biodiversité est un terme « valise » où chacun projette ses représentations du monde vivant et de la nature, en fonction de sa culture, de son expérience, de ses besoins ou de son intérêt immédiat. Il n’en reste pas moins que le thème dominant parait être celui d’une nature assiégée par les activités humaines.

On nous présente le plus souvent une image d’Epinal de la nature harmonieuse, équilibrée, maintenant défigurée par l’homme. On a presque envie de dire : qu’elle serait bien la nature sans l’homme, ce qui n’est pas recevable bien entendu. Il n’empêche que selon cette logique, l’espèce humaine est accusée d’être responsable d’une 6ème extinction de masse (dramatisation), et il est indispensable dit-on de tout mettre en œuvre pour arrêter l’érosion de la biodiversité (déclamation).

Il y a effectivement des espèces et des écosystèmes qui disparaissent sous l’effet des activités humaines. C’est indéniable, et on peut à bon droit s’en émouvoir. Mais que ce soit pour la gestion des ressources vivantes ou la protection d’espèces menacées, les réponses à apporter sont loin d’être simples lorsqu’on se confronte aux réalités du terrain. La biodiversité en effet, est une des facettes du développement durable. C’est dans nos modes de développement, dans les systèmes économiques et politiques mis en place, que l’on doit rechercher des solutions éventuelles aux processus d’érosion de la biodiversité.

Dans le « prêt à penser » qui structure actuellement beaucoup de discours sur la biodiversité, l’idéologie est fortement sous-jacente. Certains trouvent néanmoins leur intérêt dans les discours alarmistes et populistes. On peut pourtant s’interroger sur la pertinence et l’objectivité de certaines idées colportées tant par des ONG de protection de la nature que par quelques scientifiques. Et il est un fait que les discours le plus souvent globalisateurs et réducteurs cachent l’existence de situations très contrastées : les actions de l’homme n’affectent pas de la même manière les vertébrés et les micro-organismes, et la diversité biologique du lac Léman qui a moins de 15 000 ans d’existence, n’a rien à voir avec celle du lac Tanganyika qui a plus de 10 millions d’années d’existence.

Qu'est ce que la biodiversité ?

La définition classique selon laquelle il s’agit de la diversité des espèces vivant sur la terre, celle de leurs gènes, et celle des écosystèmes dans lesquelles vivent ces espèces est juste, mais réductrice.

Car la biodiversité c’est aussi le grand ensemble des ressources génétiques (les gènes des parents sauvages des espèces domestiques), des molécules à usages pharmaceutiques ou industriels, des brevets sur le vivant. C’est ce que l’on a appelé « l’or vert » lors des discussions autour de la Convention sur la Biodiversité en 1992 à Rio de Janeiro. En réalité, c’est surtout cette perspective de valorisation de la diversité biologique qui a intéressé les pays du sud à Rio, pas la protection de la nature.

 La biodiversité c’est aussi l’ensemble des ressources vivantes naturelles exploitées par l’homme : poissons, champignons, baies, bois, gibier, etc.. Ces ressources jouent un rôle important dans notre économie alimentaire. On parle beaucoup actuellement des pêches marines et de la surexploitation des stocks de poissons par la pêche industrielle. Simultanément, de nombreuses espèces animales ou végétales sont également surexploitées pour les pharmacopées traditionnelles, notamment en Asie.

Mais on peut parler aussi de tous les usages de nature affective ou ludiques de la diversité biologique : nouveaux animaux de compagnie (NAC), horticulture, aquariologie, etc.. Il s’agit là d’un marché très actif. Sans oublier que la biodiversité fait partie intégrante de notre imaginaire, par les contes, les films, les totems, etc...

La biodiversité ce n’est donc pas seulement la protection de la nature. C’est également tout un ensemble de ressources utilisées par l’homme, pour son usage alimentaire, ou pour son bien être et ses activités ludiques.

La biodiversité est menacée

Oui, les activités humaines interfèrent avec la dynamique de la biodiversité. Mais il faut se garder de tout globaliser. En effet, tous les groupes végétaux et animaux ne sont pas concernés de la même manière par les activités humaines et les changements globaux. Si l’érosion de la biodiversité est sans aucun doute importante chez les vertébrés, il semble au contraire que les microorganismes profitent de ces activités. Or virus et les bactéries constituent une part très importante et encore très mal évaluée de la biodiversité …! Et leur rôle dans le fonctionnement de la biosphère est particulièrement important.

Pour de nombreux invertébrés, on en est au stade des spéculations. Nous sommes bien loin d’avoir fait l’inventaire de la biodiversité, et les chiffres quelquefois avancés pour quantifier l’érosion de la biodiversité n’ont qu’une valeur anecdotique sur le plan scientifique tant les méthodes utilisées sont rudimentaires. Il faut donc se méfier de leur utilisation. Dans ce contexte, parler de manière globale de sixième extinction, relève plus d’un mode de communication que d’un fait scientifique. La réalité de l’érosion, évidente pour certains groupes, reste en effet à démontrer pour d’autres.

Enfin, on connait mal la vitesse de spéciation chez la plupart des groupes végétaux et animaux. Elle est globalement d’autant plus rapide que les espèces ont des cycles courts. Or la spéciation se poursuit, et certaines actions de l’homme créent des conditions favorables à l’apparition de nouvelles espèces. Un aspect qui est le plus souvent passé sous silence dans les discours médiatiques. Il est vrai que la spéciation pour certains groupes demande du temps, beaucoup plus de temps que l’échelle de la vie humaine. Mais pour d’autres, cette spéciation peut intervenir rapidement. Evitons donc de généraliser hâtivement.

Il faut protéger la biodiversité ?

Il faut protéger la biodiversité ? Oui, mais laquelle ? Le discours globalisateur laisse penser qu’il faut protéger toute la biodiversité. Il passe sous silence le fait que l’homme, depuis ses origines, a eu à lutter contre une partie de la biodiversité :

• les parasites, les maladies virales et bactériennes et leurs vecteurs ; pensons au paludisme ou à la grippe, ainsi qu’à toutes les maladies des plantes et animaux domestiques
• les nuisances d’origine animale ou végétale ;
• les espèces dangereuses pour l’homme, des prédateurs (ours, loup, etc.), aux serpents ;
• il faudrait aussi parler des phobies (araignées par exemple).

Autrefois on parlait d’espèces nuisibles. Mais on nous a appris que ce terme était politiquement incorrect. On continue cependant à faire comme avant (lutter contre ces espèces) mais sans trop de publicité ! Dans la vie quotidienne on voit bien cependant que l’on ne veut pas du loup, que tout le monde est content d’être débarrassé des moustiques, et qu’il n’y a pas de société de protection du ver solitaire (en voie de disparition mais pas sur les listes rouges ?). Ce n’est pas la nature sauvage à laquelle le citoyen aspire, mais à une nature jardinée débarrassée de ses nuisances.

On doit clairement prendre position sur le fait que l’on ne veut pas tout conserver, que nous avons à lutter contre certaines espèces, et que nous devons développer des stratégies pour cela, plutôt que de demander de manière souvent irresponsable le retrait pur et simple des pesticides. Ce n’est pas toujours le produit qui est en cause, mais la manière dont on l’utilise.

La lutte contre les « nuisibles » fait à n’en pas douter des dégâts collatéraux mais on peut minimiser les impacts des pesticides sur les autres espèces en se donnant les moyens de sélectionner les bons insecticides et en mettant en place des stratégies de lutte adaptées. Mais que dit le prêt à penser sur ces questions ? 

Les causes de l’érosion de la biodiversité

La plupart des écrits et des discours sur la biodiversité identifient quatre causes factuelles principales : surexploitation, disparition ou transformation des habitats, introductions d’espèces, pollutions. On voit ainsi que la biodiversité est une des victimes du développement non-durable.

Mais on voit moins souvent apparaître les causes ultimes de ce phénomène :

• La démographie : plus il y a d’hommes, plus la cohabitation est difficile !
• La pauvreté : quand on a faim on ne se préoccupe pas de conservation. Or, l’aide au développement des PED est loin d’être une priorité des pays développés ;
• La corruption : un phénomène assez bien partagé par tous les pays ;
• La course au profit court terme à l’exemple des pêches marine qui courent à l’extinction ;
• Les incitations économiques de type subvention.

En conséquence, si l’on veut lutter contre l’érosion de la biodiversité, il faut s’adresser à ces causes ultimes. Autant dire qu’il faut revoir profondément nos systèmes économiques et sociaux ! Ici encore on reste sur le pas de la porte car on ne voit pas très bien comment régler ces questions de fond.

Pourquoi protéger la biodiversité ?

Quels sont les objectifs qui peuvent être mobilisateurs dans les politiques de conservation ? C’est un domaine très complexe où il est difficile de trouver des consensus. Car, il faut se rendre à l’évidence, la biodiversité n’est pas la préoccupation majeure de la majorité des êtres humains.

Une première approche est de nature morale : toutes les espèces ont droit à la vie. Dans la vie quotidienne, cet argument est de peu de poids devant les réalités économiques. Il n’en demeure pas moins un argument légitime.

Une autre est de dire que la biodiversité est indispensable à la vie sur terre. Les arguments utilisés sont plus souvent de nature idéologique que scientifique, et nombre d’entre eux ne sont pas démontrés ou simplement faux. Toute la diversité biologique n’est pas nécessaire au fonctionnement des écosystèmes contrairement à certaines idées reçues.

Une approche qui semble recevoir plus d’écho est de parler de protection des ressources naturelles vivantes, ou des ressources génétiques. On en comprend mieux l’utilité immédiate, même si dans la vie quotidienne la mise en application est difficile. Les pêches marines sont une belle illustration de la difficulté de faire appliquer des régulations.

Dans le même esprit, on peut envisager de protéger une certaine biodiversité pour la valoriser sur le plan touristique. C’est le cas d’un certain nombre de parcs nationaux, notamment dans des pays du sud, où la biodiversité revêt un aspect suffisamment spectaculaire pour attirer les touristes.

Certains ont pensé qu’il fallait utiliser des arguments compréhensibles par tout le monde (notamment les politiques et les gestionnaires) pour protéger la biodiversité. En l’occurrence, on a cherché à traduire la biodiversité en dollars, une unité de compte universelle… Cette approche économique de la biodiversité reste cependant controversée (comment évaluer la valeur monétaire d’une orchidée ou d’un papillon ?) et ne parait pas, plus que les autres, jouer un rôle de levier efficace en matière de prise de décision.

Il est maintenant très à la mode, à la suite de Millenium Ecosystem Assessment, de parler de biens et services rendus par la biodiversité et les écosystèmes. C’est une autre manière, plus large il est vrai, de parler de la biodiversité « utile » (pour l’homme…). Cette approche intéressante sur le plan conceptuel, trouve cependant ses limites lorsqu’on passe à des évaluations monétaires comme évoqué ci-dessus.

Comment protéger la biodiversité ?

Les aires protégées ont été mises en place pour protéger des espèces et des écosystèmes remarquables. Il s’agit de préserver, dans l’urgence, un état de la nature qui va pourtant nécessairement changer, en fonction du climat par exemple. Dans le contexte du changement climatique à quoi vont alors servir les aires protégées ? Comment continuer à protéger les espèces remarquables quand elles sont menacées ?

Dans les systèmes marins, une politique d’aires protégées est en cours de mise en place. Elle est axée sur la protection des habitats. Elle parait donner de bons résultats. Mais comme pour les milieux terrestres, les pollutions et le climat n’ont pas de frontière.

La philosophie de la protection avec l’homme et non pas contre l’homme est intéressante et généreuse (réserves de la biosphère). Elle se heurte pourtant à des problèmes de fond dans les Pays du sud : pauvreté, insécurité, braconnage, etc. Dans de nombreux sites des réseaux d’aires protégées, la situation est souvent des plus précaires…

Mais les aires protégées ne sont qu’un des moyens d’action. Il faut aussi prendre soin de la nature ordinaire. Et dans ce domaine, nous ne pouvons qu’enfourner les bottes du développement durable : réduire les pollutions, réduire les gaspillages, mieux gérer et mieux répartir les ressources naturelles, etc.

Pour protéger la biodiversité il faut aussi souligner qu’il ne suffit pas de demander plus de recherches naturalistes. Si l’érosion de la biodiversité est liée aux activités humaines, il faut rechercher les moyens d’y remédier dans les comportements des sociétés. C'est-à-dire dans les systèmes de valeurs, les systèmes économiques et politiques existants, dans les options en matière de développement.

Les changements climatiques à venir menacent-ils la biodiversité ?

La biodiversité est le produit du changement, pas du statu quo. Elle est née des changements de l’environnement (climatiques, géologiques, biologiques, etc..) et de l’adaptation des espèces à ces changements. Au moins 99,9 % des espèces qui ont existé sur terre ont disparu. L’histoire de la biodiversité est donc celle d’un champ de ruines… Or, notre vision de la nature est souvent celle d’un système plus ou moins en équilibre que l’on cherche à protéger en l’état. Cette vision quelque peu fixiste et idéologique nous renvoie aux notions « d’équilibre de la nature »… du 18ème siècle.

Quand on lit que le réchauffement climatique va entrainer la destruction de 1,5 millions d’espèces (article paru dans la revue Sciences), que la remontée du niveau marin va entrainer la destruction des milieux côtiers, etc., on ne peut manquer de s’interroger sur la logique de ces scénarios « catastrophes » qui ignorent l’histoire de la biodiversité ! Ou alors, et c’est peut être vrai, nous allons de catastrophe en catastrophe… ? Le niveau marin était 120 m sous le niveau actuel il y a 15 000 ans. Sa remontée a-t-elle été une « catastrophe » pour la biodiversité côtière ? Ce qui est certain c’est que l’homme n’y était pour rien.

Les introductions d’espèces sont elles une menace pour la biodiversité ?

Pour les ONG de protection de la nature, les introductions d’espèces sont une des principales causes d’érosion de la diversité biologique. Une affirmation qui mérite pour le moins d’être explicitée.

Il est vrai que sur les îles, les introductions volontaires ou accidentelles d’espèces (rats, animaux domestiques) ont causé la disparition d’espèces autochtones qui avaient évolué sur les îles de manière isolée. La liste des espèces éteintes comprend beaucoup d’espèces insulaires.

La situation est plus complexe pour les systèmes continentaux. Ainsi, l’Europe qui subit depuis des millions d’années des vagues de glaciations, suivies de réchauffements, s’est repeuplée lors du dernier évènement climatique par des espèces qui avaient trouvé refuge dans le sud. Et par des espèces commensales qui ont accompagné les premiers agriculteurs, ou qui ont été importées, certaines depuis fort longtemps, en raison de leur intérêt agricole ou autre. Personne n’a pu prouver que le recolonisation de l’Europe du nord était achevée… ! Et pour cause, c’est un processus continu, qui n’a pas de raison de s’interrompre avant la prochaine glaciation….

On reconnaît en écologie le rôle des animaux dans le transport des espèces et leur dissémination. On a mis l’accent notamment sur la zoochorie. On a montré que l’écureuil et le geai avaient joué un rôle important dans la recolonisation « par sauts de puce » de l’Europe par les chênes, lors du dernier réchauffement climatique. On a démontré que les oiseaux aquatiques transportaient nombre d’espèces d’un système à l’autre, soit dans leur tractus digestif, soit dans leurs plumes… et on s’en félicite. Mais quand l’homme se mêle de transporter des espèces, cette activité est mise en cause.

On utilise vis-à-vis des espèces introduites le langage xénophobe : elles viennent prendre la place des espèces autochtones, sont prolifiques.... Il est vrai que quelques-unes d’entre elles se mettent à proliférer et deviennent envahissantes, créant ainsi des nuisances. Au même titre d’ailleurs que des espèces autochtones qui prolifèrent parfois elles aussi à l’exemple des méduses sur nos côtes. Mais, dans ce cas, on traite les méduses d’envahisseurs. L’idéologie ici encore prime sur l’objectivité scientifique.

Un cas assez emblématique en matière d’introduction d’espèces est celui de la perche du Nil dans le lac Victoria qui aurait entraîné la disparition des petits poissons cichlidés endémiques du lac. Sans nier le rôle prédateur de cette espèce, on a pu montrer que l’une des causes principales de la disparition des Cichlidés et de la prolifération du prédateur était en réalité l’eutrophisation du lac : diminution de la transparence, désoxygénation des eaux du fond sur lequel se reproduisent les Cichlidés, etc.. L’arbre cache la forêt !

Dans le monde réel, nos paysages regorgent d’espèces introduites dont certaines sont considérées maintenant comme patrimoniales (le mimosa ou la carpe par exemple..). Les transferts d’espèces pour l’horticulture ou pour les activités ludiques sont importants. Les espèces voyagent aussi dans les containers et les ballasts des bateaux. Alors ? Bienvenues aux immigrés ? Ou allons nous interdire les transports internationaux ? Ou allons nous barricader les frontières ? La page de garde du supplément hebdomadaire du monde affichait en décembre 2009 une photo d’un ours avec le commentaire « espèces, vos papiers ! ». Quoiqu’il en soit les législations concernant les introductions sont inappliquées et probablement inapplicables…

Agir-réagir

L’homme entre en concurrence avec les autres espèces c’est indéniable, mais ce n’est pas nouveau... il le fait depuis les origines de l’espèce humaine. Et il n’est pas le seul ! Les rapports des espèces entre elles font état d’un univers impitoyable de prédation.

Le discours de type « prêt à penser » colporté autour de la biodiversité, s’appuie sur une vision de type « Paradis perdu » issue de l’écologie. L’écologie a mis l’accent très longtemps sur les notions d’équilibre, de résilience, de stabilité. Elle évoque des états écologiques idéaux comme le climax, ou le « bon état » qui fait florès avec la directive cadre européenne sur l’eau, sans qu’aucune définition scientifique n’ait été proposée. Or, l’histoire de la biodiversité montre qu’elle est le résultat du changement… elle est jalonnée de ce que nous appelons « catastrophes » qui sont en réalité les évènements aléatoires qui sont à l’origine de cette diversité biologique que nous connaissons. La mutation de l’écologie vers une écologie du changement, et non de l’équilibre, est en cours, mais elle est difficile. Et pour le public, médias, ONG et certains scientifiques, utilisent encore des concepts obsolètes. Il faut du temps pour faire passer des idées nouvelles. Pensons à Wegener et à sa théorie de la dérive des continents qui n’est pas sans rapport, d’ailleurs, avec la biodiversité que nous observons !

Ce qui semble poser problèmes actuellement c’est la démesure des moyens mis en œuvre par l’homme. Nous sommes, de fait, dans la problématique du développement durable. Mais on voit bien les difficultés posées dans le monde réel pour protéger la biodiversité face à des motivations aussi profondes et différentes que la recherche de moyens de subsistance (pauvreté), que la course au profit à court terme (système économique) ou la corruption (système social). Sans oublier le fait que plus nous sommes nombreux, plus nous avons besoin de places et de ressources, et plus nous émettons de déchets.

Il faut bien réaliser que la biodiversité est loin d’être le domaine réservé des naturalistes. Elle nous intéresse dans notre quotidien par ses aspects directement utilitaires (ressources génétiques, ressources vivantes, molécules pharmaceutiques, etc..). Mais elle est aussi indispensable à notre santé mentale, si l’on en croit les nombreuses relations affectives existant entre les hommes et la diversité biologique (animaux de compagnies, contes et films mettant en scènes les animaux, totems, monstres pour se faire peur..). Cette dimension psychologique est rarement abordée, alors qu’elle est probablement fondamentale pour envisager un futur dans les relations des hommes avec le monde vivant.

Enfin, sans tomber d’un extrême à l’autre, il faut avoir un discours plus équilibré, plus réaliste sur la biodiversité. La dramatisation à outrance conduit à la lassitude et à la démobilisation. Les discours déclamatoires répétés à l’envie sur la nécessité de protéger la biodiversité sans être assortis de mesures concrètes conduisent au même effet. Et, comme le dit Michel Serres, si l’on veut faire bouger les frontières, il faut faire de la biodiversité un objet de droit ! Sinon, nous répèterons probablement encore dans quelques décennies qu’il faut stopper l’érosion de la biodiversité avant …2010 !

Source : http://www.futura-sciences.com

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