POLITIQUE DE RECHERCHE SCIENTIFIQUE EN ALGÉRIE-A-t-on fait fausse route ? » maladies des plantes , agriculture et écologie

 POLITIQUE DE RECHERCHE SCIENTIFIQUE EN ALGÉRIE-A-t-on fait fausse route ?

22/2/2010

POLITIQUE DE RECHERCHE SCIENTIFIQUE EN ALGÉRIE:A-t-on fait fausse route ?

Après plus de quarante ans de suivi du système de recherche scientifique français, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique se serait aperçu que ce n’était finalement pas le bon modèle. L’Algérie pourrait opter pour le système anglo-saxon.

Mehdi Mehenni - Alger (Le Soir) - Il a fallu donc attendre 2010 pour comprendre que l’Algérie a fait fausse route en matière de recherche scientifique. Et encore, faut-il le préciser, ce n’est pas le ministère de l’Enseignement supérieur qui s’est aperçu de la défaillance du modèle français, mais ce sont les Français eux-mêmes qui l’ont décelée en s’auto- évaluant, constatant que leur système de recherche scientifique n’avait pas atteint les objectifs fixés. C’est ce qu’a clairement signifié le professeur Aourag, directeur général de la recherche scientifique et du développement technologique (RSDT). Intervenant hier lors d’une réunion du Comité sectoriel permanent (CSP), ce responsable s’est montré plus que convaincu que le modèle anglo-saxon est celui qui, aujourd’hui, correspond le mieux aux aspirations de l’Algérie. «Après quelques années de réflexion, nous avons compris qu’il fallait d’abord commencer par la base. Jusque-là, nous avons suivi le modèle français, et ce n’est que dernièrement que les Français eux-mêmes ont avoué la défaillance de leur politique de recherche scientifique. L’Etat français est en panne d’innovation et subit une inquiétante fuite des cerveaux. Aujourd’hui, la vision de l’Algérie a changé, et nous devons absolument passer à un autre système», a-t-il indiqué. Ce nouveau modèle adopté par l’Algérie repose principalement sur la recherche appliquée et la création de campus universitaires intégrant des centres de recherche et de petites entreprises, dans le but de créer des passerelles entre l’université et le milieu socioéconomique. Actuellement, 90 % des chercheurs algériens font dans la recherche fondamentale, et la recherche scientifique algérienne tourne autour de la formation et non pas de la créativité, de l’innovation. Selon le Pr Aourag, les chercheurs algériens sont actuellement évalués sur le nombre de publications et de communications qu’ils effectuent, ce qui ne sert finalement que l’évolution de leur carrière personnelle, alors qu’ailleurs le niveau des chercheurs est estimé selon leurs capacités d’innovation et de créativité. Et les laboratoires de recherche restent séparés de l’université, ce qui a donné lieu à un cloisonnement entre les travaux des chercheurs permanents et les chercheurs universitaires. Dorénavant, annonce le DG du RSDT, les laboratoires de recherche seront implantés au sein des universités, pour éviter de tomber dans ce genre de situation. Toujours selon le même responsable, l’Algérie compte actuellement 19 centres de recherche scientifique. Le but étant d’atteindre 50 centres en 2012, le département de Haraoubia prévoit la création de 12 centres en 2010 et de 12 autres en 2011. Toujours dans la même optique, le Pr Aourag s’est dit désolé de constater que les 19 centres de recherche scientifique disponibles actuellement tournent avec seulement 1 200 chercheurs permanents. « Nous sommes encore très loin des normes internationales pour parler d’une recherche scientifique efficace. La France compte 35 000 chercheurs permanents pour une population de 62 millions d’habitants. L’Algérie, qui compte 35 millions d’habitants, dispose seulement de 1 200 chercheurs permanents», a-t-il regretté. Pour sauver la face, le ministère de l’Enseignement supérieur compte porter le nombre de chercheurs permanents à 4 500 d’ici 2012, à travers le lancement d’une opération baptisée «Jeune talent». Une fois les meilleurs étudiants identifiés, ces derniers suivront une formation d’élite, afin de pouvoir intégrer, en 2012, les nouveaux centres de recherche. Toutefois, si le Pr Aourag pense que l’échec de la politique de recherche algérienne est principalement dû au modèle français jusque-là suivi, bon nombre de chercheurs universitaires, interrogés sur les lieux, ne semblent pas partager le même point de vue. Pour eux, si l’Algérie a fait fausse route en matière de recherche scientifique, c’est tout simplement parce que l’on n’a pas fixé d’objectifs bien précis. «Je crois personnellement que le système français n’y est pour rien. Le problème n’est pas du tout là. Ce même modèle a permis aux Français de concrétiser beaucoup de projets, parce qu’ils ont tout simplement travaillé sur des objectifs bien définis. Alors qu’en Algérie, la recherche se fait d’une manière globale, sans cibler un but précis», explique un chercheur universitaire de l’Université des sciences et de la technologie Houari-Boumediene. Enfin, il est à se demander si l’Algérie n’attendra pas encore plus de quarante ans pour réaliser que le modèle anglo-saxon n’était finalement pas celui à suivre !

M. M.

Un comité sans règlement intérieur !
En marge de la réunion du Comité sectoriel permanent (CSP), le professeur Aourag, directeur général de la recherche scientifique et du développement technologique (RSDT), a remis en question le rendement de cette structure chargée d’asseoir une véritable politique de recherche scientifique et de développement technologique. Pour lui, le CSP s’est contenté de faire des analyses et d’émettre des propositions, alors qu’il a pour mission de mettre en place une stratégie à court, moyen et long terme. Mais pour beaucoup de participants à cette journée d’évaluation, le Pr Aourag a peut-être oublié que ce comité fonctionne depuis sa création il y a quatre ans sans règlement intérieur !
M. M.

Source : http://lesoirdalgerie.com

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