Djamel Mahiouz et le monde merveilleux des abeilles » maladies des plantes , agriculture et écologie

 Djamel Mahiouz et le monde merveilleux des abeilles

16/2/2010

 

abeilleDjamel Mahiouz et le monde merveilleux des abeilles
Par A. Nedjar

Il est des destins qui s’apparentent à ces indomptables fleuves houleux ou en furie alors que d’autres, plus sereins, se conjuguent discrètement en conduisant les leurs comme les flots paisibles d’une rivière ou d’un ruisseau qui, sans grands bruits, nous apportent la fraîcheur, la joie et le bonheur de vivre. Ainsi la vie de celui que nous allons décrire n’a rien de ces caractères tumultueux. Sa vie à lui est plutôt paisible, sobre et même effacée.
Cependant, derrière cette vitrine à l’apparence presque plate, s’est inscrite une belle histoire d’amour entre un homme et une reine. Cette vie-là se caractérise cependant par des attaches et des attraits extraordinaires à la terre et par le serment fait aux anciens que nul ne peut mieux comprendre, sentir, apprécier, et exprimer autre que celui sur lequel ce destin est venu se greffer. Sommes-nous en présence d’un aliéné ou d’un illuminé ? Non, il n’est ni l’un ni l’autre. C’est juste un visionnaire, un passionné, doué d’une grande capacité de travail. Il est de ceux qui ont su «garder les pieds sur terre». Préparé et promis comme beaucoup de ses camarades à une autre destinée, pourquoi avait-il alors rompu avec les perspectives d’une grande carrière universitaire ou de l’opportunité de devenir ce grand commis de l’Etat avec tout ce que cela suppose comme responsabilités, autorité, contraintes, avantages et même des privilèges ? Pourquoi avait-il renoncé, lorsque d’autres, plus jeunes, ambitionnaient déjà d’atteindre ces objectifs ? Nous ne pourrons certainement pas répondre avec exactitude. Mais au bout d’une heure d’entretien, souriant comme il le fut jadis, jeune surveillant d’internat au lycée, et, au crépuscule d’une vie de travail et de labeur, nous avons retrouvé en lui un homme heureux ! Oui, un homme heureux de ce qu’il faisait et de ce qu’il fait encore. Il parle sans ambages et sans équivoque de ce choix heureux. Né au mois de septembre de l’année 1946, Djamel- Eddine Mahiouz, Djamel pour les amis, est aujourd’hui sexagénaire. Lauréat du baccalauréat en 1967, en 1972, il est licencié ès sciences économiques de la Faculté d’Alger. Il activa même quelques mois en tant que cadre dans les services publics de l’Etat mais il se ravisa vite et abandonna l’idée même et la perspective de mener une vie morose, cloîtré dans des bureaux douillets et feutrés de l’administration. Il voulait, inconsciemment peut-être, une vie plus rude, plus proche de son esprit et de ses origines, moins turbulente dans ces cafouilleuses cités impersonnelles qui caractérisent maintenant toutes nos villes. Très jeune, Djamel fut «piqué» ou profondément «mordu» par une passion, héritée d’un père instituteur de son état, qui fut lui-même un exploitant agricole émérite mais surtout un grand spécialiste en apiculture. Djamel ne put résister à l’appel et aux chants de la reine des abeilles et de ses congénères pour se consacrer entièrement à sa passion par la reprise de l’exploitation agricole familiale après le décès de son père pour leur en dédier intégralement sa propre vie. Ainsi donc, la vie de Djamel et celle de ces dernières nous parurent se confondre ou presque. Leur bourdonnement continu et leurs circonvolutions n’ont pas de mystère pour lui. Ces évolutions sont devenues des langages et des significations qu’il perçoit sous la forme de messages expressifs dont il détient les clefs de compréhension. Un jour, si par un pur hasard, vous croisez un grand blond, au style et à l’allure d’un «American Farmer», chapeau sur la tête, qui arpente les hautes plaines du sud de Sétif, à ratisser ou à escalader les ubacs et les adrets, ces superbes flancs de montagnes de nos majestueux Babors, ou bien à y errer comme à l’accoutumée, les yeux vifs, cachés derrière des lunettes cerclées, les cheveux grisonnants, la démarche déterminée, alors dites-vous qu’il ne pourrait s’agir que de notre Djamel Mahiouz. Qui des apiculteurs régionaux et même nationaux ne connaît pas Djamel ? Il est de toutes les batailles, de toutes les rencontres, expos et autres séminaires liés à la vie des abeilles. A la tête d’une importante colonie de ruches ou de cheptel d’abeilles, comme il se plaît à les nommer, il n’arrête pas de les bichonner, de les entretenir et de les soigner avec un amour infini. Il consacre un temps énorme à les déplacer à la belle saison pour leur permettre de se délecter des meilleurs nectars et pollens. Il nous parle ainsi de ce monde fantastique où le sort même de l’humanité serait intimement lié à celui de l’abeille. Oui, les scientifiques affirment quant à eux, qu’en bonne sentinelle de l’environnement, la fin ou la disparition de cet arthropode signifierait celle toute proche du monde et, par voie de conséquence, l’extinction et la disparition de l’humanité ! «Le monde ne survivrait pas plus de dix ans à la disparition des abeilles», disait le grand Einstein. Durant les années de plomb où l’exploitation agricole privée était décriée, voire abandonnée, Djamel s’efforça contre vents et marées de maintenir et de développer son activité. Il gagna l’estime, la reconnaissance et la considération de tous ses pairs. Ses clients et consommateurs savent apprécier les grandes valeurs naturelles de ses produits qu’il cueille dans différents endroits, offrant de surcroît de grandes propriétés thérapeutiques multiples et variées. Ce monde merveilleux des abeilles, nous affirma-t-il, s’articule autour d’une organisation sociale parfaite dans laquelle chacun des sujets est chargé d’un rôle ou d’une mission bien déterminée. La reine, les faux bourdons que sont les mâles ainsi que les ouvrières, plus nombreuses, quarante à cinquante- cinq mille sujets, constituent la population de la ruche. Quelle est la structure de cette organisation ? Avec force détails, il nous décrit tout le processus ingénieux et complexe de cette activité. Le regard lointain, porté certainement là-haut sur les collines, comme pour communier avec ses sujets, il s’émerveillait et s’extasiait chaque fois à la description de ces armées à l’ouvrage et à la discipline de fer. La colonie, nous dit-il, est très hiérarchisée. Elle forme ce qu’on appelle un essaim qui fonctionne comme un cerveau unique où la reine a un rôle prépondérant. Seul élément fertile, la reine est aussi la mère de toutes les autres abeilles. Elle se distingue par sa taille morphologique supérieure. Les mâles, peu nombreux, quelques centaines à peine, ont pour fonction essentielle de féconder la reine. L’autre rôle dévolu à cette dernière consiste aussi à réguler cette activité à travers des messages qu’elle libère sous la forme de phéromone et de pondre des milliers, voire des millions d’œufs dans des cavités ou alvéoles soigneusement construites et préparées par les ouvrières. L’extraordinaire régularité de l’architecture et des schémas ainsi réalisés poussent à d’autres interrogations sur le sens aigu de ces bâtisseuses. Alors que la vie de la reine peut s’étaler de cinq à six ans, celle des ouvrières est plus éphémère puisqu’elles disparaissent dans la saison. Pour les quelques heureux élus mâles qui arrivent à obtenir les faveurs de la reine, la danse nuptiale en vol pendant l’accouplement se transforme immédiatement en bal tragique. La mort survient juste après cette fécondation à la suite de la perte d’une partie de leurs organes restés fixés sur l’abdomen de leur partenaire. On affirme aussi que la société des abeilles est une société femelle. Les mâles sont expulsés à la fin de l’été ou au début de l’automne. Les ouvrières ne veulent pas entamer la provision de miel soigneusement amassée pour l’hiver par ces bouches devenues des charges inutiles. Djamel nous parla longuement de ce métier où l’abeille est au centre de cette organisation parfaite. Son sens olfactif, ses instincts, son mode d’orientation et de repérage, son mode de communication inspireront longtemps encore les chercheurs. La reine vieillissante est écartée ou carrément éliminée au profit d’une reine plus jeune, plus vigoureuse, capable d’assurer le maintien et la pérennité de l’espèce. «Un pour tous et tous pour un», semble être leur devise. La «tellienne», cette adorable abeille de chez nous, est caractéristique. C’est une espèce docile qui s’est parfaitement acclimatée et adaptée à notre environnement et à nos écosystèmes. Elle a même développé des facultés et des capacités qui la protègent des dangers de certains virus responsables de ravages que vivent d’autres contrées et pays. Chaque médaille a son revers : lança Djamel en tapant fermement d’une main. Soudain, sa voix si «mielleuse » baissa de ton et son assurance diminua. Les mots se sont mis alors à s’entrechoquer devant son regard bleu qui devint presque invisible. Il nous dit tout son dépit, sa stupeur, sa grande inquiétude, son indignation et même sa révolte devant certaines pratiques d’importations clandestines, inconsidérées et non contrôlées à travers nos frontières sud-est qui favorisent l’introduction de l’abeille du Nil et son lot de virus éponymes alors que nous luttons avec acharnement contre la redoutable maladie de la varoise qui frappe depuis de nombreuses années notre cheptel. Pour illustrer davantage ces dérives, il nous relata ce fait malheureux de la disparition de 26 reines abeilles africaines qui s’échappèrent lors de diverses manipulations par un généticien brésilien. Ces abeilles importées d’Afrique, de l’espèce apis mellifera scutellata, appelées également abeilles tueuses pour leur caractère très agressif, essaiment et se développent très vite et tentent de coloniser et de conquérir les nids et les populations locales. Leurs attaques foudroyantes en nombre ont provoqué plus d’un millier de piqûres mortelles. Elles constituent la hantise et sèment la terreur parmi de nombreux fermiers du sud des Etats-Unis d’Amérique où elles se sont propagées et ont proliféré à même les parcs et jardins après avoir envahi le Mexique. Chez nous, la poursuite des pratiques commerciales révélées fragilisent le système immunitaire du cheptel local et risqueraient d’induire de graves conséquences qui aboutiront à terme à la destruction, voire à la disparition totale des essaims d’abeilles. Ces phénomènes vécus ailleurs constituent la grande inquiétude des apiculteurs et des spécialistes qui peinent à trouver des solutions idoines pour lutter contre ces phénomènes. L’emploi et l’usage inconsidéré des fertilisants, des insecticides et autres organochlorés ou phosphorés pour les besoins de l’agriculture ne représentent pas encore de grands dangers vu leurs faibles épandages et concentrations mais nul ne doit ignorer que ces pratiques génératrices certes d’abondance sont autant de dangers pour l’homme que pour toutes sortes d’insectes pollinisateurs où le butinage de l’abeille est l’activité essentielle à son alimentation et à sa survie. Avec la saine garantie de son alimentation, l’abeille nous offre ce produit extraordinaire qu’est le miel à côté de la gelée royale, du pollen, de la cire, et de la propolis. Djamel nous aura appris comment vivre mieux avec des choses simples. Aujourd’hui, au rythme affolant où nous vivons, nous évoquons l’intérêt de son expérience. C’est à se demander ainsi combien de temps devons-nous consacrer à des choses qui ne comptent plus. Pas assez en tout cas pour justifier les peines qu’elles donnent. Se pourrait-il qu’en axant un peu mieux le rythme de nos occupations, nous trouverions peut-être à vivre des plaisirs nouveaux ? Djamel les a découverts il y a si longtemps. Pour les amateurs, les éleveurs d’abeilles ou simples curieux, M. Mahiouz serait disponible pour vous y initier ou vous conseiller.
A. N.

Source : http://lesoirdalgerie.com

 

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