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 Halte à la bureaucratie dans la gestion des laboratoires de recherche en Algérie !

7/1/2010

 

Halte à la bureaucratie dans la gestion des laboratoires de recherche en Algérie !

« Quand le savant, quand le médecin, quand le moraliste recherchent le mal, ce n’est pas pour enseigner à le propager, c’est pour le guérir (Machiavel, Le Prince).(1)

Dans la conclusion de mon article introductif à la recherche, où les notions de thèse et article scientifique(2) ont été détaillées, j’ai souhaité qu’on fasse une évaluation de la recherche en Algérie, dont ses cibles seront les acteurs de la recherche, les opérateurs de la recherche et les systèmes de recherche. Ce vœu est exaucé. A côté de la production scientifique, il conviendrait de s’intéresser aux personnels, aux instruments et dispositifs techniques ainsi qu’aux ressources financières et à leur flux. Le but ou l’objectif de la recherche scientifique est l’accroissement du savoir. La science constitue une activité exemplaire qui se distingue radicalement des autres activités humaines par son caractère rationnel. Par la recherche et la science, des peuples ont mieux « réussi » que d’autres et leur sont supérieurs. « L’histoire des sciences montre que dans leur domaine, les plus grands progrès ont été effectués par des penseurs audacieux qui ont aperçu des voies nouvelles et fécondes que d’autres n’apercevaient pas. Si les idées des savants de génie, qui ont été les promoteurs de la science moderne, avaient été soumises à des commissions de spécialistes, elles leur auraient sans nul doute parues extravagantes et auraient été écartées en raison même de leurs originalités et de leur profondeur. »(3)

 1. Les chercheurs

Le chercheur d’un laboratoire n’est qu’un acteur parmi d’autres et son avis déterminant n’est pas le seul à être pris en considération. Les statuts de « chercheurs de laboratoire » ne sont même pas encore élaborés et diffusés. Un chercheur qui travaille seul dans un laboratoire ne peut jamais échanger ses vues avec un collègue au courant de sa spécialité. Il stérilise et rend inutiles ses efforts. Pour les chercheurs, il est un devoir de dire toujours la vérité à la communauté scientifique, quelles qu’en puissent être les conséquences. Le chercheur ne doit pas être un adulateur zélé, un flatteur patenté et un inconditionnel de tout acabit. Les post-graduants sont les pourvoyeurs en ressources humaines de la recherche. Pour le système LMD, les enseignants ne sont pas impliqués dans sa conception, sa planification et son implantation. Cette réforme est vue comme ne pouvant pas répondre aux besoins des étudiants. Les enseignants ont mis en œuvre ce système imprécis, parce qu’il était introduit d’une manière autoritaire. L’arrêté, no 250 du 28 juillet 2009, fixe en 31 articles les règles de l’organisation de la formation de troisième cycle en vue de l’obtention du diplôme de doctorat.

Dans son article 12, il est stipulé que le concours d’accès à la formation de troisième cycle est organisé par l’établissement d’enseignement supérieur habilité. Il consiste en l’étude de dossiers des candidats afin d’évaluer, chez le futur doctorant, les qualifications, l’habilité et l’aptitude requises pour mener à bien des travaux de recherche d’une façon autonome. Quelle langue de bois !!! On ne parle plus du concours écrit ! On ne parle que de la moyenne obtenue au second cycle de master et de 5 autres points. Or, suite à mon expérience dans la PO (post-graduation) de magister depuis 2002, les notes des étudiants durant l’écrit ne dépassaient pas les 5/20. Des étudiants qui ne savaient ni lire ni écrire ni parler. Des étudiants qui n’arrivaient pas à tracer une droite dans le plan. Dans l’espace de dimension 3, tracer une droite serait une montagne à soulever.

L’écrit est primordial pour jauger l’étudiant et pour connaître ses vraies bases, son « background ». On ne doit retenir que « le nombre de candidats » autorisé par l’habilitation du doctorat, une autorisation du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, le Mesrs, qui dépend du nombre d’encadreurs disponibles. On doit retenir des candidats qui ont obtenu la moyenne supérieure ou égale à 10/20. Si le nombre de ces candidats n’est pas atteint, là, nous ferons un examen supplémentaire oral et une étude du dossier scientifique des candidats ayant eu une note de concours entre 7/20 et moins de 10/20. Si toutes les notes sont inférieures ou égale à 7/20, le concours de préparation au doctorat sera simplement annulé. Qui sont les rédacteurs de cet arrêté ? Sûrement pas des encadreurs. On doit orienter la recherche à l’université sur les thèmes stratégiques de l’agriculture, l’énergie solaire, l’hydraulique, la technologie, etc., ressources dont nous disposons sans limite. Ce sont les projets inscrits dans les PNR, des programmes nationaux de recherche (projets Cnepru, Andru, Anvret etc).

 2. Le laboratoire

Le décret exécutif, no 99-244 du 31 octobre 1999, régit la création des laboratoires dans les universités. Dans les 27 articles qui le constituent, il n’évoque nul part le chercheur. Quel que soit l’engagement des chercheurs, ils sont amenés à produire des documents écrits. Lorsqu’ils élaborent des connaissances certifiées, ils publient des articles, lorsqu’ils innovent, ils déposent des brevets. Quand ils s’engagent dans des activités d’enseignement, ils dirigent des thèses, produisent et rédigent des polycopiés. S’ils se consacrent à la vulgarisation, ils conçoivent des livres ou des scénarios. S’ils agissent en tant qu’experts, ils contribuent à la rédaction d’avis ou de règlements. Il faut se méfier de ces scientifiques, snobs intellectuels, qui se sentent supérieurs de par leur instruction, de leur expérience, ou de leur grade universitaire. La recherche doit être une activité peut voyante, où l’on ne regarde pas souvent la montre ou le calendrier. En l’absence du statut de chercheur dans un laboratoire, aucune indemnité de recherche n’est attribuée aux directeurs du laboratoire, aux chefs d’équipes et aux chercheurs.

 3. Relation du directeur du laboratoire avec le service financier de l’université

Eu égard au chapitre III : organisation et fonctionnement, dans son article 13 du décret exécutif n° 99-244 du 31 octobre 1999, il est stipulé que le directeur du laboratoire de recherche assure la direction scientifique et la gestion financière du laboratoire. Il est ordonnateur des crédits alloués au laboratoire. Il est responsable du bon fonctionnement du laboratoire de recherche et exerce l’autorité hiérarchique sur l’ensemble des personnels de recherche et de soutien affecté au laboratoire. Il dresse, chaque fois, un budget avec l’aide du comité du laboratoire pour trois années, où il s’efforce de prévoir ses recettes et ses dépenses et de les ajuster à chaque fin d’année (reconversion des dettes d’un chapitre à un autre). Un budget public n’est pas seulement un acte de prévision mais aussi un acte d’autorisation, qui comporte le droit de réaliser les dépenses et seulement elles. Le budget est l’acte par lequel sont prévues et autorisées les dépenses et les recettes annuelles du laboratoire que les lois assujettissent aux mêmes règles. Nulle dépense ne peut être engagée qui n’ait été préalablement inscrite au budget. Le budget de fonctionnement d’un laboratoire ne subit pas le visa du contrôleur financier de la wilaya. Le visa est fait lors de l’ordonnancement et l’octroi des budgets de fonctionnement des laboratoires. L’obstacle majeur à une recherche efficiente réside dans au moins trois points :

 3.1. le primat accordé à l’administratif sur le scientifique

Nous sommes abandonnés à une administration universitaire d’une lenteur exaspérante. Tout document du laboratoire à signer par le recteur subit l’aval du secrétariat général de l’université. Le directeur du laboratoire, un enseignant-chercheur de grade professeur ou maître de conférences est un fonctionnaire classé en haute et hors catégorie du régime salarial de la Fonction publique. Il subit les diktats du secrétaire général de l’université, un administrateur de grade subalterne que celui du directeur du laboratoire et d’un simple agent des services financiers, de catégorie 10 ou moins. Certes, dans le décret exécutif, no 03-279 du 23 août 2003, fixant les missions et les règles particulières de fonctionnement de l’université, du titre III : de l’organisation et du fonctionnement, du chapitre 2 : du rectorat, article 30, il est stipulé que le secrétariat général de l’université reçoit délégation de signature du recteur. Au risque de se répéter, le budget du laboratoire ne subit pas le visa du contrôleur financier de la wilaya.

Le visa est fait lors de l’ordonnancement et l’octroi des budgets de laboratoires. Eu égard au texte de 1999 que j’ai cité ci-dessus et à son esprit, le directeur du laboratoire est du type « ordonnateur principal ». Il doit être contrôlé au moment du paiement par le comptable. Or, les bons de commande, avec lesquels le directeur du laboratoire doit faire ses achats de matériels, comportent la mention suivante : « ne prendre en compte que les bons de commande signés par le responsable de la structure ». On entend par responsable de la structure, le secrétaire général de l’université et les chefs de bureau de l’administration générale (S/DAG) des instituts. De quel genre d’ordonnateur est alors un directeur de laboratoire algérien s’il ne peut même pas signer un bon de commande ? « Ordonnateur » signifie-t-il seulement « un donneur d’ordre aux chercheurs » ?

 3.2. Le non-respect des textes réglementant la recherche dans le laboratoire

L’austérité signifie pour nous : contrôle rigoureux des dépenses de l’Etat, suppression du gaspillage et de la dilapidation des deniers publics. Un contrôle ne doit en aucun cas être un frein à la bonne marche du laboratoire. Le directeur de laboratoire doit subir des contrôles « a posteriori ». Selon la réglementation en vigueur, deux contrôles après exécution du budget sont prévus dans le système financier algérien : celui de la Cour des comptes et celui du Parlement. Comment concevez-vous qu’un laboratoire agréé depuis juin 2007, disposant d’une première tranche d’un budget de « fonctionnement » de 4 000 000 DA depuis le 15 décembre 2008, n’a pu acheter une rame de papier au mois de juillet 2009, le jour de départ en vacances universitaires, soit après sept mois de disponibilité d’un budget ? Ce budget étant octroyé depuis août 2008. Selon l’agent de la comptabilité, la répartition et l’utilisation de la subvention de fonctionnement pour l’exercice 2009 au titre du Fnrsdt, un document comportant deux feuillets A4, n’a été signé qu’au mois d’août 2009, soit après sept mois de disponibilité du budget.

 3.3. Une mauvaise définition des rôles entre les diverses hiérarchies

Confusion des pouvoirs et leur empiétement les uns sur les autres. L’incurie bureaucratique se traduit, en l’occurrence, par la négligence, le manque de professionnalisme, l’indifférence envers la chose publique, le laxisme et le laisser-aller. L’absence de contrôle et de sanction est totale. Le dépôt des documents, signature du budget ou des bons de commande chez l’agent des services financiers, n’est pas fait en contrepartie d’un accusé de réception où la date de dépôt est inscrite, éventuellement, pour contrôler la nonchalance de l’administration. Dans la recherche, les rôles du rectorat, du secrétariat général du rectorat, du vice-rectorat, du vice-doyenné chargés de la PG des facultés et de la Direction générale de la recherche scientifique et du développement technologique, (Dgrsdt) sont confus. Leurs devoirs et pouvoirs sont inconnus par les chercheurs. Il me semble qu’il y a beaucoup d’intermédiaires qui font écran entre la direction de la recherche et les responsables des laboratoires. Dans notre université, des responsables de la recherche n’ont aucun CV scientifique et n’ont jamais publié un ou deux articles dans des revues scientifiques reconnues.

Il est nécessaire d’arriver, dans chaque laboratoire, à des comités de laboratoire doués de pouvoirs effectifs et qui se complètent d’organismes identiques sur le plan régional. Les chercheurs n’ont pas besoin d’une direction de la recherche qui n’existe qu’au niveau d’une direction du ministère, soucieuse seulement d’implanter ici et là quelques directeurs permanents qui se bornent à retransmettre les directives du sommet, ils ont besoin de sa présence parmi eux, de responsables irréprochables, conscients qui cherchent d’abord à formuler les revendications collectives, à former dans tous les domaines les chercheurs et à faire naître d’autres chercheurs. C’est un travail lent, ingrat, qui présuppose, de ses initiateurs, une orientation politique scientifique clairement définie ; un travail qui comporte des risques, car il implique une confiance dans les initiatives des laboratoires qui n’irait pas sans certains désordres temporaires. Il sera très fructueux à moyenne échéance.

 4. De quel genre doit être un directeur de laboratoire ?

Du genre que la loi lui a conféré le pouvoir, simplement « ordonnateur ». Pour l’anecdote, en 1998, j’étais bénéficiaire d’une bourse FAD (formation à distance) au laboratoire d’informatique de l’E3I, Ecole des ingénieurs informaticiens pour l’industrie, actuellement dénommée Ecole polytechnique, de l’université de Tours en France. J’avais réussi à coller une communication d’une partie de mon travail de recherche à CESA98, une multi-conférences, en Tunisie. Je ne savais même pas que je pouvais être pris en charge par mon laboratoire d’accueil. A cette date, je n’avais pas encore reçu ma bourse. Je me présente à mon directeur de thèse, qui était aussi chef du laboratoire, actuellement il est directeur de l’Ecole polytechnique. Je lui propose de me prêter de l’argent de l’ordre de 5500 FF. Quand il a su que c’était pour la participation à la conférence, il m’a rappelé que je bénéficiais, comme tous les membres français du laboratoire, de la prise en charge scientifique. Et comme on était en retard de toute constitution de dossier administratif, il a pris une feuille format A4 et l’a coupée en deux et a inscrit le texte suivant : « Veuillez mettre à la disposition de M. Derbala Ali, 5500FF pour frais de participation à la conférence CESA98, qui aura lieu à Nabeul-Hammamet en Tunisie. La régularisation administrative s’ensuivra ultérieurement ». Il a signé et a mis le sceau du laboratoire sur la demi page ! Je me suis présenté au comptable de l’université à la rue des Tanneurs à Tours. Le comptable s’est exécuté sans broncher et en liquide ! De retour de la conférence, j’ai présenté tous les documents qui ont constitué le montant alloué, à savoir la souche du billet d’avion, l’attestation de participation, la facture des frais d’inscription et même les tickets de bus. Voilà le vrai ordonnateur !

5. Les opérateurs de la recherche

Ils ont pour mission de créer un environnement favorable pour les acteurs de la recherche et d’orienter leurs activités vers des objectifs prioritaires (projets de types Andru, etc.). Il s’agit de programmes, d’organismes ou d’entreprises publiques. Lorsque les chercheurs s’inscrivent dans des programmes publics, ils écrivent des demandes de subventions et fournissent des rapports. Les sources d’énergies nouvelles et renouvelables sont les thèmes les plus porteurs. Les ressources sont : l’énergie solaire, géothermique, éolienne, marémotrice et le gradient thermique de la mer, la transformation de la biomasse, le bois de chauffage, le charbon de bois, la tourbe, l’énergie des animaux de trait, les schistes bitumeux, les sables asphaltiques et l’énergie hydraulique. Les chercheurs ne pouvaient compter pour les tenir en haleine que sur leur propre peur de perdre leur contrat Cnepru. C’était au titre de chercheur associé qu’ils tenaient essentiellement. Le Mesrs est en autorité sur les chercheurs et le Cnepru, organisme de recherche sous sa tutelle. Il joue le rôle d’évaluateur. On doit éviter la double contrainte. Un manque de légitimité et de crédibilité en découlera. Cela évitera que ne s’y introduisent des motifs de diversion et des interprétations fausses. Une direction se sent d’autant plus engagée par une activité que celle-ci lui coûte cher. Elle se méfie souvent, et parfois avec raison, des motifs que cachent des offres de service gratuits ou qui ne coûtent que peu. Dans le cadre d’un projet Cnepru, un chercheur de grade professeur ne perçoit mensuellement que l’équivalent de 10 000 DA ou 80 euros !!!

 6. Les systèmes de recherche

On peut parler d’un système régional ou national de recherche, d’une discipline scientifique ou d’un champ technologique considéré dans leur extension internationale. Leur taille et leur nature peuvent varier mais qui ont en commun de mettre en relation une grande diversité d’acteurs et d’opérateurs, sans qu’existent pour autant des structures organisationnelles assurant leur intégration. Il faut trouver des modes d’action collectifs pour sortir de l’impasse, ne pas bloquer des budgets inutilement. Il faut laisser le maximum d’initiative aux chercheurs eux-mêmes. On doit aboutir à une direction de la recherche à sessions régulières discutant de tous les problèmes que rencontrent les directeurs de laboratoires, de planification et d’orientation scientifique. Les authentiques chercheurs, dévoués et compétents, qui sont malgré tout nombreux dans l’administration, sont noyés dans la masse des féodalités diverses. Ils sont réduits à une impuissance quasi totale. Il faut épurer, vite et profondément, l’administration des universités. Mais il faut, plus encore, changer le système de gestion scientifique des universités.

 7. Du budget d’équipement du laboratoire

Je ne vous dis pas ce que l’on va endurer si on veut utiliser un budget « d’équipement ». Selon une note de la direction de la recherche, dirigée par un éminent scientifique au vu de son CV, dans le cadre de la gestion du laboratoire, pour pouvoir acquérir du matériel relativement lourd, d’un montant dépassant les 5 000 000 DA, il faut présenter un dossier en double exemplaires comportant les onze documents suivants :
- 1- rapport d’opportunité relatant le besoin à l’acquisition d’équipements ;
- 2- copie du cahier des charges visé par la commission des marchés publics compétente ;
- 3- copie de l’appel d’offres inséré dans la presse et le bulletin de l’opérateur public ;
- 4- en cas de prolongation du délai de dépôt des offres, joindre une copie de l’avis ainsi que les lettres envoyées aux différents soumissionnaires ayant déposé leurs offres ;
- 5- copie de la désignation des membres de la commission d’ouverture des plis ;
- 6- procès-verbal d’ouverture des plis signé par les membres de ladite commission ;
- 7- copie de la décision portant désignation des membres de la commission d’évaluation et appréciation des offres ;
- 8- procès-verbal d’évaluation et jugement des offres signé par les membres de ladite commission ;
- 9- en cas d’infructuosité, joindre une copie de l’avis des lettres envoyées aux différents opérateurs sélectionnés pour la consultation en justifiant le recours à cette procédure ;
- 10- copie de l’avis d’attribution provisoire dans les quotidiens nationaux et le bulletin de l’opérateur public ;
- 11- rapport circonstancié signé par le chef d’établissement portant liste des laboratoires ou entités de recherche selon le cas, les équipements, les noms des soumissionnaires retenus, le montant global en dinars algériens (si l’appel d’offres est national) et en monnaie convertible (si l’appel d’offres est international), en ajoutant au montant global les autres frais et taxes.

Voilà ce qu’on demande à fournir à un maître de conférences en mathématiques, directeur d’un laboratoire de recherche sensé et censé de donner des cours de graduation et de post-graduation, d’encadrer des étudiants en magistère et au doctorat, et de conduire sa propre recherche. Vous conviendrez que cela décourage et freine le plus téméraire parmi les directeurs de recherche. Entre-temps, que font les administrateurs des universités ? ils ne font que lire les quotidiens nationaux dans les bureaux, s’accrochent au téléphone pour traiter leurs affaires personnelles, etc. Je crois que nous sommes un peuple rendu « fou » par une bureaucratie tueuse !!! Louis de Broglie(3), un autre éminent physicien français, l’a prédit : « A mesure que l’organisation de la recherche devient plus rigide, le danger augmente que les idées nouvelles et fécondes ne puissent pas se développer librement. Il s’appesantit sur la recherche et sur l’enseignement scientifique le poids des structures administratives et des préoccupations financières, qui est la lourde armature des réglementations et des planifications »(3).

Voilà pourquoi, en Algérie, la recherche n’évolue pas !!! Maintenant que le document est signé, la répartition et utilisation de la subvention de fonctionnement pour l’exercice 2009 au titre du Fnrsdt, autorisant un directeur de laboratoire à puiser de son budget de « fonctionnement », à faire ses achats de matériels, nous allons affronter le problème du fournisseur. Vu la panoplie de matériels existants sur le marché, où trouver trois factures proformats de trois fournisseurs différents pour se fournir en matériels formés des mêmes produits, avec les mêmes références et les mêmes capacités ? C’est un vrai problème combinatoire. Il est vrai que la gestion des laboratoires diffère d’une institution universitaire à une autre. C’est regrettable ce qui m’arrive, mais c’est un long combat que j’ai accepté de mener contre la bureaucratie. A cette date, aucune condition matérielle pour que les activités de recherche soient « boostées », ne sont réunies. Nous ne disposons même pas d’un stylo ou de rames de papiers. Nous sommes asphyxiés ! La gestion financière de ce fameux budget de fonctionnement, qui dure depuis deux années, nuit aux activités d’un laboratoire qui n’existe que sur « du papier » depuis juin 2007, année de son agrément, et sape le moral des chercheurs qui ne peuvent fournir des efforts de recherche et surtout à rédiger des rapports. Le directeur de laboratoire que je suis n’arrive pas à puiser de son budget de fonctionnement et à épuiser son budget de fonctionnement !!! Halte à la bureaucratie ! Libérez les esprits !!!

Références :

- 1) Nicolas Machiavel (1469-1527). Le prince Maxi-Poche, Classiques étrangers, 1996.
- 2) Ali Derbala. Invitation à la recherche : thèse et article. Le Quotidien d’Oran, - Rubrique : L’actualité Autrement vue, jeudi 28 février 2008, p 11 ; Rubrique : Opinion, Samedi 1er mars 2008, p.07.
- 3) Louis De Broglie : « La nécessité de la liberté dans la recherche scientifique », 25 avril 1978, dans Revue Science & Vie, hors série, bicentenaire de la science 1789-1989, mars 1989.

L’auteur est universitaire

 

Par Ali Derbala

Source : http://www.elwatan.com

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