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 Maladies fongiques des crucifères cultivées

7/12/2009

Maladies fongiques des crucifères cultivées

Introduction

Il est essentiel de combattre les maladies si l'on veut produire des crucifères (chou, chou-fleur, canola, rutabaga et autres) de qualité pour le marché frais, la transformation ou l'entreposage, tout en obtenant de bons rendements. En Ontario, on retrouve chez les crucifères des maladies causées par les virus, les bactéries et les champignons, ainsi que des désordres physiologiques. Cette fiche technique traite de la biologie, du diagnostic et de la lutte contre les maladies des crucifères causées par des champignons.

Fonte des semis et tige noire

La fonte des semis affecte les plantules de crucifères produites en caissettes, en planche de semis ou au champ. Habituellement, la fonte des semis est causée par des champignons du sol, tels que Pythium et Rhizoctonia, qui attaquent les semences et les plantules. En cas d'infection, il peut y avoir pourriture de la semence avant la levée ou affaissement de la plantule quelques jours après. Sur les plantules plus âgées attaquées par Rhizoctonia, il se produit un resserrement de la partie inférieure de la tige qui brunit près de la surface du sol; ce symptôme est appelé tige noire Les jeunes plantes ainsi affectées peuvent mourir lorsqu'elles sont soumises à un stress, s'affaisser par vent fort ou produire un légume rabougri, non commercialisable.

Lutte contre la maladie

La lutte contre la fonte des semis débute avec l'utilisation de semences saines et traitées, ainsi que de caissettes neuves ou préalablement désinfectées, tout comme le terreau, l'équipement et la serre.

Éviter de semer trop serré afin de favoriser la circulation de l'air et l'assèchement de la culture et du sol, car les champignons responsables de la fonte des semis tirent parti des conditions humides.

Semer les graines à la profondeur adéquate dans une terre bien préparée, humide et suffisamment chaude. Les plantules sont plus sensibles aux champignons responsables de la fonte des semis quand la germination et la levée sont retardées. À l'extérieur, ne pas semer plus profondément que 4 cm, dans un sol dont la température est d'au moins 10°C.

Il a été démontré que les amendements au terreau, tels que de l'écorce d'arbre compostée, peuvent empêcher la fonte des semis.

Dans les serres et en couche froide, n'arroser les plantules qu'au besoin, avec de l'eau préalablement réchauffée, et s'assurer d'un bon drainage. Les sols détrempés favorisent la fonte des semis.

Maintenir des conditions de croissance optimales. Les plants hauts sur tige + en raison d'un éclairage insuffisant sont faibles et sujets aux attaques de champignons pathogènes. Éviter la surfertilisation car elle entraine la succulence ou l'accumulation de sels, deux états qui favorisent la maladie. La fertilisation en bandes près de la semence peut retarder la levée. D'autres moyens de lutte sont suggérés dans la publication 363F du MAAO, Recommandations pour les cultures légumières, en ce qui concerne la fonte des semis et la tige noire.

Jambe noire

La jambe noire, occasionnée par le champignon Phoma lingam (Leptosphaeria maculans), est un problème sérieux des crucifères cultivées. Le champignon se propage à partir des semences infestées, d'adventices ou mauvaises herbes de la famille des crucifères et des déchets de culture des crucifères enfouis ou jonchant le sol. Ce champignon tue souvent les plantules ou produit à la base des tiges des chancres noirs et creux qui freinent la croissance des plants ayant survécu .Des taches circulaires jaunes à brunes, au centre gris, apparaissent sur les feuilles. La présence de petits nodules noirs (pycnides) sur les chancres ou les taches foliaires est caractéristique à la jambe noire Ces nodules noirs contiennent des millions de spores du champignon de la jambe noire; ces derniers s'échappent et sont disséminés par temps humide.

Les moyens de lutte contre la jambe noire, semblables à ceux de la nervation noire, comprennent le traitement des semences à l'eau chaude ou avec des fongicides, et la suspension des travaux dans les champs infectés lorsque le feuillage est mouillé. Cependant, si le problème de jambe noire est grave, on recommande la rotation avec une culture autre que des crucifères et la lutte totale contre les hôtes adventices de la famille des crucifères durant une période de quatre ans. Du fait que la maladie progresse rapidement en conditions humides, il est important de planter les crucifères dans des sols bien drainés qui s'assèchent sans tarder.

Hernie

La hernie, causée par Plasmodiophora brassicae, est une maladie du sol très dommageable qui affecte à peu près toutes les crucifères cultivées, ainsi que la plupart des mauvaises herbes et des plantes sauvages de cette famille. Le champignon pénètre par les poils absorbants et les blessures des racines; il se multiplie très vite, provoquant la formation d'excroissances anormales sur la partie souterraine de la tige, de la racine pivotante ou des racines secondaires (figures 4 et 5). Ces racines se décomposent souvent avant que la culture ne parvienne à maturité et libèrent de nombreuses spores dormantes capables de survivre jusqu'à dix ans dans le sol en l'absence de plantes-hôtes.

L'évolution de l'infection et de la maladie est favorisée par les sols froids et humides, de nature acide ou neutre, et la propagation se fait par la terre, l'eau, le fumier ou le matériel contaminés. Cependant, la hernie peut apparaitre dans les sols alcalins, lorsque leurs taux d'inoculum sont élevés, que leur humidité est supérieure à 70 % de la capacité au champ et que leur température se situe entre 17 et 23 oC.

En raison du nombre de races ou souches du champignon de la hernie, les crucifères améliorées pour la résistance donnent souvent des résultats variables selon le milieu de culture. Comme le champignon persiste longtemps dans le sol, il est difficile à déjouer par la rotation culturale. L'emploi de sols bien drainés, suffisamment réchauffés et exempts d'adventices-hôtes de la même famille, le détrempage du sol avec des fongicides et l'épandage de chaux constituent globalement la meilleure méthode de lutte. L'apport de chaux est toutefois la plus efficace de ces pratiques, puisqu'elle permet d'élever à 7,2 ou plus le pH du sol. Il faut au moins un an pour modifier le pH avec de la chaux vive agricole. On obtient des résultats plus rapides en épandant au moins 1700 kg ou plus de chaux hydratée par hectare au moins six semaines avant la transplantation quel que soit le pH du sol. Toutefois, la chaux hydratée ne modifie le pH du sol que de façon provisoire, tandis que la chaux agricole agit durant plusieurs années.

Il importe cependant de disposer les planches de semis sur un emplacement exempt de hernie pour la production de plants à l'extérieur. Ne pas ajouter de chaux hydratée sur la planche de semis, car cela pourrait masquer la présence du champignon; ce dernier s'introduirait au champ, lors du repiquage, et entrainerait des infections subséquentes si le pH du sol le permettait.

Au moment de la transplantation, rejeter tous les plants d'un lot dès que la hernie est détectée sur un plant. Les autres plants pourraient être infectés sans que les symptômes n'aient encore apparus; ils risqueraient d'infecter le reste du champ après la transplantation.

Jaunisse fusarienne

Les symptômes de la jaunisse fusarienne, maladie causée par le champignon Fusarium oxysporum f. sp. conglutinans, ressemblent à ceux de la nervation noire. Les plantes affectées sont rabougries, déséquilibrées et jaunies; elles perdent la majorité de leurs feuilles inférieures et présentent des nervures et des vaisseaux dont la couleur va du brun au noir . Toutefois, la jaunisse se distingue par le dépérissement des feuilles, depuis le pétiole ou de la nervure centrale vers l'extérieur, par l'enroulement latéral des feuilles, par la couleur violacée possible de la bordure des feuilles et par le fait que les zones de coloration foncée n'affectent pas le système vasculaire. La jaunisse fusarienne est une maladie de temps chaud; on la retrouve donc rarement dans les cultures hâtives de crucifères.

En raison de sa persistance dans le sol, ce champignon est très difficile à combattre par la rotation des cultures ou par d'autres méthodes. Une résistance monogénique dominante a été introduite chez plusieurs variétés de choux et chez quelques variétés de radis et choux de Bruxelles, mais on ne trouve pas de chou-fleur ou de brocoli résistant sur le marché. De nombreux cultivars résistants à la jaunisse fusarienne sont mentionnés dans la publication 363F du MAAO, Recommandations pour les cultures légumières

Pourriture sclérotique

Cette maladie, aussi connue sous le nom sclérotiniose, est causée par le champignon Sclerotinia sclerotiorum. Ce champignon attaque non seulement les crucifères, mais aussi de nombreuses autres cultures, au champ ou en entrepôt. Les plantes peuvent être infectées du stade plantule jusqu'à la maturité, par des spores transportées par le vent ou par contact avec des filaments du champignon issus de nodules durs et noirs appelés sclérotes. Des lésions vraisemblablement imbibées d'eau peuvent apparaitre n'importe où sur la plante, mais plus particulièrement sur les feuilles voisines du sol, sur la pomme ou sur les bouquets. Souvent, au champ comme en entrepôt, le tissu affecté prend une teinte grise et produit, dans des conditions humides un duvet blanc cotonneux qui, à la longue, devient parsemé de sclérotes noirs (figures 8 et 9). Dans les champs de canola, surtout dans ceux densément peuplés, on note dès la floraison l'apparition de taches d'un gris pâle délavé, la pourriture de la tige, le rabougrissement et la mort prématurée des plantes. 

De brèves rotations ne constituent pas une méthode efficace de lutte car les sclérotes persistent dans le sol et le choix de cultures résistantes est restreint. Il faut une rotation d'au moins trois ans, constituée de cultures ne pouvant servir d'hôtes (céréales, maïs, graminées, oignons) pour réduire les risques de dommage par ce champignon. Ne pas planter de canola à proximité d'un champ de canola, de haricots, de pois, de soya, de tournesol ou d'autres cultures, où l'on a déjà signalé la pourriture sclérotique. Il faut utiliser des semences exemptes de petits sclérotes, que seul un trieur à rampe en spirale peut séparer des graines contaminées.

Mildiou

Le mildiou, causé par Peronospora parasitica, peut entrainer de graves maladies foliaires chez toutes les crucifères cultivées. Les hôtes sensibles comprennent le canola, le chou pommé, le brocoli, le chou de Bruxelles, le chou frisé, le chou-fleur, le rutabaga, le radis, le raifort, le chou chinois, les moutardes, certaines plantes ornementales, telles que certaines giroflées et l'aubriétie, et enfin plusieurs mauvaises herbes de la famille des crucifères. Cependant, il y a plusieurs variétés pathogéniques (races physiologiques) du champignon; chacune de ces variétés attaque différents groupes, mais non la totalité, des crucifères mentionnées ci-dessus.

Le champignon du mildiou hiverne surtout dans les résidus de culture, sur les crucifères adventices et parfois sur les semences. Ses attaques se font tôt au printemps, à la fin de l'été et à l'automne, quand le temps est frais et humide. De petites taches jaune brun qui apparaissent d'abord sur les feuilles inférieures, s'étendent ensuite et finissent par être marbrées d'un grand nombre de points noir grisâtre disposés en dentelle Un duvet blanc bleuâtre apparait à l'endos des taches par temps humide). Il y a sporulation abondante et propagation rapide de la maladie à une humidité relative supérieure à 98 %, lorsque les feuilles sont mouillées, et à une température située entre 8 et 16 oC. Le mildiou s'aggrave en quelques jours à peine sous ces conditions, surtout quand les plantes restent mouillées jusqu'au milieu de la matinée. Chez le chou-fleur et le brocoli, les symptômes possibles sont des plages grisâtres ou brun pâle sur la pomme ou les bouquets (pousses florales) ou des taches et des stries grises à noires sur les tiges, sous les pousses florales. En entrepôt, les choux pommés peuvent être envahis par des lésions noir grisâtre et montrer une prédisposition aux agents responsables de pourritures secondaires.

Il existe certaines variétés de brocoli et de canola résistantes au mildiou. Les méthodes de lutte recommandées sont : l'arrosage fréquent des cultures légumières avec un fongicide, le traitement des semences, la rotation culturale et l'élimination des moutardes ou autres crucifères adventices. En outre, à moins que tous les résidus de cultures malades ne soient enfouis rapidement après la récolte, le mildiou (et d'autres maladies) continueront de se répandre dans les champs de crucifères avoisinants par l'entremise des spores transportées par le vent. Par ailleurs, on doit détruire les repousses accidentelles de culture comme celles du rutabaga, car elles peuvent abriter et propager le mildiou et d'autres maladies année après année.

Tache grise ou noire

Contrairement au mildiou, les taches grises et noires, causées respectivement par Alternaria brassicae et Alternaria brassicicola, se manifestent habituellement par temps chaud et humide. Des taches brun jaune faites d'anneaux concentriques apparaissent alors sur les feuilles extérieures de cultures ,en même temps que se forment des taches enfoncées et brun foncé sur les pommes du chou de Bruxelles et sur les inflorescences du brocoli et du chou-fleur Ces lésions renferment beaucoup de spores qui seront disséminées par le vent, la pluie, le matériel et les travailleurs agricoles. Les spores requièrent au moins neuf heures d'humidité pour germer et infecter la plante. Les parties sénescentes (plus vieilles) de la plante sont plus sensibles à l'infection.

Éviter d'irriguer par aspersion durant le développement de la tête, éliminer les crucifères adventices et pratiquer de longues rotations avec des cultures autres que les crucifères. Le champignon persiste sur les résidus de culture, les crucifères indigènes et, sur ou dans la semence. Le traitement de la semence à l'eau chaude élimine à la fois l'infection interne et l'infestation externe, alors que le traitement avec un fongicide ne supprime que les spores situées à la surface des semences. Il faut répéter régulièrement le traitement aux fongicides, de l'été jusqu'à la récolte, surtout si le temps pluvieux se prolonge.

Lutte contre les maladies des crucifères

Dans l'ensemble, le programme de lutte contre les maladies des crucifères comprend les mesures suivantes :

A) Production de plants ou semis direct :

S'assurer d'utiliser autant que possible des cultivars résistants. Consulter à ce sujet les catalogues, les représentants des compagnies de semences ainsi que les conseillers agricoles.

Utiliser seulement des semences nouvelles et saines ayant un pourcentage de germination élevé. De vieilles semences mal entreposées germent plus lentement et produisent des plants faibles et prédisposés aux maladies.

Employer des semences certifiées exemptes de la bactérie de la nervation noire et de Phoma, et qui ont été traitées à l'eau chaude et avec des fongicides, contre les maladies transmises par les semences. Le traitement des semences à l'eau chaude peut réduire le taux de germination; il faut donc toujours faire son propre test de germination. Calculer le pourcentage de germination après le traitement des semences et semer plus de graines pour obtenir le nombre requis de plants.

Semer dans un sol qui a été fumigué (planches de semis) ou stérilisé (serres). S'il n'est pas rentable de fumiguer, établir les planches de semis sur un sol où  l'on n'a pas cultivé de crucifères pendant au moins deux ans.

N'utiliser que des caissettes et du matériel serricole neufs ou stérilisés.

S'assurer d'un semis suffisamment espacé et de conditions optimales pour la croissance sur les plans de la ventilation, de l'arrosage, de la fertilité, de la température et de la lumière (voir plus haut la section sur la fonte des semis).

Établir les planches de semis loin des champs de crucifères cultivées pour éviter l'introduction de maladies.

Maintenir les planches de semis, les couches froides et les serres exemptes de mauvaises herbes.

Faire les traitements insecticides et fongicides aux moments précis où ils sont requis, selon les recommandations de publication 363Fdu MAAO.

Empêcher tout ruissellement direct ou indirect (eau d'irrigation), en provenance de champs qui sont ou qui ont été cultivés en crucifères.

Inspecter régulièrement les jeunes plants pour dépister et détruire à temps les zones d'infection * points chauds +.

Éviter de tremper les plants dans l'eau ou de les tailler avant le repiquage au champ car ceci favorise la propagation des bactéries et des champignons.

B) De plus, transplanter ou semer directement dans des champs :

Dont le sol est suffisamment réchauffé, bien drainé, et de pH supérieur à 7,2 si la hernie du chou s'y est déjà déclarée.

Dont la fertilité est suffisante et bien équilibrée.

Où  la lutte contre les mauvaises herbes dans les tournières et dans les champs est adéquate, surtout en ce qui concerne les crucifères échappées de culture et les crucifères adventices, comme la moutarde des champs, la bourse-à-pasteur, les lépidies et le radis sauvage (voir la publication 505F du MAAO, Les mauvaises herbes de l'Ontario, pour l'identification des crucifères adventices).

Qui n'ont pas reçu de crucifères durant les trois dernières campagnes et qui ne semblent pas avoir de résidus de culture de crucifères sur ou dans le sol.

Qui sont traités régulièrement, selon les besoins, contre les insectes et les maladies.

Dont l'hygiène est soutenue grâce à des pratiques telles que l'élimination des plantes infectées lorsque c'est faisable, l'enfouissement rapide des déchets de culture de rutabagas ou d'autres crucifères loin des zones de culture, le travail au champ limité aux périodes où  le feuillage est sec, et l'abstention d'irriguer par aspersion les champs infectés.

C) Lors de l'achat des plants, prévoir les clauses suivantes au contrat :

Mention écrite du numéro et de la provenance du lot de semences, ainsi que des dates de récolte, d'envoi et de réception; calendrier des traitements phytosanitaires dans la culture et conditions de transport.

Certification que les plants sont sains et qu'ils proviennent d'une région où ils sont inspectés par un personnel reconnu, avant et au moment de la récolte; par exemple, les plants qui proviennent du sud des États-Unis doivent être accompagnés d'un certificat.

Déclaration écrite que les plants n'ont pas été écimés par un instrument de coupe susceptible d'avoir répandu les maladies et que seuls des matériaux neufs ont servi à l'emballage.

L'emploi judicieux des méthodes mentionnées plus haut permettra de réduire au minimum le risque de maladie dans les cultures de crucifères.

Nous remercions le Secrétariat d'État pour sa contribution financière à la réalisation de la présente fiche technique.

 

Source : http://www.omafra.gov.on.ca

Category : MALADIES FONGIQUES LEGUMES | Write a comment | Print

Comments

Gaelsss, le 08-12-2009 à 16:37:25 :

Bon article

Très bon article !
Merci pour cette mine d'informations, bonne soirée à vous, gael rédacteur pour le site symptomes.info

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