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 Une recherche scientifique pour qui, pour quoi et par qui ?

24/11/2009

Une recherche scientifique pour qui, pour quoi et par qui ?

La formation, la recherche et le développement scientifique sont prépondérants pour la production de connaissances, mais aussi comme instruments de développement économique lorsqu’ils sont directement indexés sur les préoccupations du pays. Dans les sociétés où le facteur de production décisif est l’innovation et le savoir, la recherche est une activité stratégique.

Les universités occupent une place centrale dans le système national de recherche. Sur le terrain, cependant, on confond recherche et pratique de la recherche, recherche scientifique et recherche industrielle. De quoi parle-t-on lorsqu’est évoquée la recherche scientifique en Algérie ? Faisons l’effort de discipliner le propos. Que signifie projeter, pour 2012, la mise en place de 50 centres nationaux de recherche scientifique et du développement technologique, 1000 laboratoires de recherche, et 30 000 chercheurs dont 4000 permanents ? Produire des chiffres et projeter des quantités à l’horizon x ou y, signifie-t-il pour autant une dynamique de croissance ? La recherche est-elle affaire de chiffres, ou d’ajustement mécanique ? Il suffit parfois d’un seul laboratoire efficace pour assurer le décollage de la recherche et éviter la dispersion des budgets. Le saupoudrage crée rarement des effets de synergie. Les effets d’annonce sont par contre immédiats : chaque recteur y va désormais de son « année de la recherche scientifique », slogan révélateur d’une vision marketing déplacée, comme si on pouvait assimiler une nouvelle université en voie d’ancrage, avec une plus ancienne et bien établie dans son environnement. La recherche scientifique doit, avant tout, s’interdire l’incohérence.

 1. Où ancrer et comment intégrer la recherche ?

Les États modernes ont mis en place des systèmes d’intégration de la recherche à travers leur stratégie de développement économique, mais surtout leur stratégie de défense. En Algérie, on présume que la recherche se fait à l’université et on ambitionne de « redonner sa place à l’université comme moteur du développement local », place qu’elle n’a jamais occupée. En a-t-elle la vocation ? Faut-il admettre enfin qu’il n’y a de recherche que technologique ? La société, avec ses dysfonctionnements et son évolution, parfois tragique, ne saurait être traitée seulement du côté de la technologie. S’il faut souscrire à la nécessité d’ancrer la politique de la recherche au sein des universités, faut-il encore procéder à son intégration. Cet ancrage ne peut être ni administratif ni spatial. Il est opérationnel et approprié, autrement dit, efficient. Vouloir assurer la mise à niveau de l’université à travers la recherche semble une idée pertinente, mais qui gagnerait à ne pas mettre la charrue avant les bœufs : autrement dit, la mise à niveau de l’université commence à l’école primaire, ce qui paraît être une évidence simple ... Or, on procède à l’envers du processus. Versus industriel, sont évoqués des pôles de compétitivité et la mise en place d’un vivier d’experts et de consultants nationaux, capables d’intervenir dans les domaines de la recherche, du développement et de l’innovation industrielle ».Voilà donc deux ministères (MESRS et MIPI) qui parlent un même langage.

Ce qui est encourageant, mais on voit bien que chacun veut y aller à sa façon. Certes, la recherche scientifique n’est pas uniforme. Néanmoins, si elle recouvre une réalité hétérogène, elle doit malgré tout souscrire à un système de normes et de règles. Parler de pôles d’excellence et de pôles de compétitivité dans une économie qui, à titre d’exemple, importe tous ses outils de métrologie demeure surréaliste. L’Office national de métrologie légale annonce que depuis le début de l’année en cours jusqu’en août dernier, c’est-à-dire en 7 mois à peine, 1855 visas ont été délivrés pour les importateurs algériens d’instruments de mesure. Commençons donc à construire une industrie de fabrication d’outils de métrologie et attelons-nous ensuite à apprendre à quantifier, mesurer, calculer et évaluer manipulations et expérimentations dans nos laboratoires. Des programmes peu pertinents, un cloisonnement infécond entre disciplines, un déséquilibre arbitraire des effectifs entre filières scientifiques et filières dites littéraires, une orientation inadaptée de la recherche et une absence de cohérence avant même sa valorisation constituent des constellations d’anarchie. L’intégration devient une nécessité.

Les laboratoires assureront un rôle d’interface avec l’industrie ou l’agriculture d’une manière générale, mais aussi avec le secteur public et les autres universités en particulier afin d’assurer la diffusion nécessaire à la vulgarisation des résultats. La mise en réseau est impérative, de même que la multiplication des points de contact avec le monde économique afin de favoriser le processus technologique. Par ailleurs, l’ouverture internationale est incontournable. Mais il faut d’abord envisager la mise au profit de l’ensemble des secteurs d’une banque de données portant sur le panel des expertises locales disponibles, les recherches en cours et les équipements utilisables dans les différentes institutions de recherche du pays. La reconnaissance de la pertinence de la recherche au développement doit amener le lancement de programmes liant les institutions de recherche et les secteurs économiques parallèlement à la mise en œuvre de mesures incitatives (fiscales et autres). Tout lien entre institution de recherche et secteur économique doit être directement relié à la mission et aux objectifs de l’institution, ainsi qu’à la mission et aux objectifs du secteur. Les équipes de recherche peuvent alors jouer un rôle d’experts, apportant une aide à la décision politique, évaluant risques et avantages des options offertes aux pouvoirs publics. Enfin, il est important de susciter une nouvelle approche de l’intégration de la recherche dans la société civile, car celle-ci est confrontée à des problèmes qu’elle souhaite voir abordés de façon prioritaire par les chercheurs ; et ce ne sont pas les thèmes « sociaux » qui manquent en Algérie. Les décideurs sont-ils convaincus qu’ils doivent introduire des modes de pilotage de la recherche, permettant d’inciter les chercheurs à travailler sur ces thèmes ?

 2. Qui finance, qui ordonne, qui évalue ?

Le principal défi à relever pour asseoir durablement le partenariat institutions de recherche/secteur économique sera la réalisation de l’équilibre financier. Les masses d’argent consacrées à la recherche dans les pays industrialisés, aussi bien par le secteur public que privé, sont l’objet d’enjeux considérables. Depuis que l’université algérienne s’est dotée d’un statut majeur, des assises se sont tenues et des débats ont eu lieu sur la recherche, sa gestion, ses finalités, son évaluation, ses résultats et sa valorisation ou encore, mais rarement sur son financement. Des équipes de recherche émargeant au budget de l’Etat ont été installées, mais peu d’entre elles ont pris en charge leur financement, et partant, leur raison d’être, en se posant la question « à quoi sert-on » ? Le financement de la recherche se fait sous forme publique ou privée. En Algérie, l’Etat joue un rôle central dans le financement de la recherche : financement par projets, financement par contrat, qu’importe. Comment s’organise alors la recherche ? Généralement, la recherche scientifique est menée dans des universités ou d’autres établissements d’enseignement supérieur, dans des organismes de recherche publics et, plus rarement, dans les départements de recherche des entreprises.

Pour parvenir à des objectifs de politique scientifique, les organismes de financement de la recherche lancent des appels d’offres sur des thèmes prédéfinis. On peut envisager la création de sociétés mixtes, institution de recherche/entreprise pour favoriser l’application des recherches menées dans les laboratoires et profiter ainsi des avantages fiscaux consentis sur la politique de recherche. Les laboratoires de recherche, regroupés au sein d’institutions (universités, CHU, centres de recherche, parfois entreprises ou fondations) ; c’est au niveau de ces institutions qu’est organisée la recherche scientifique : là est organisée la répartition des moyens et la structuration des équipes, de même que sont définis des dispositifs d’évaluation. Au niveau national, les États définissent des politiques de recherche qui déterminent le financement public de la recherche, mais aussi le contexte institutionnel et juridique. Se posent alors des questions sur le pilotage de la recherche et sur les grandes orientations stratégiques. Ces structures peuvent être des parcs scientifiques, des technopôles, ou plus récemment, comme le MIPI l’évoque, des pôles de compétitivité. Quid de ces pôles avec ceux préconisés par le ministère de l’Enseignement supérieur. Qu’ont-ils en commun et par quoi peuvent-ils être liés ? L’évaluation de la recherche peut porter sur plusieurs niveaux : les chercheurs eux-mêmes, leurs laboratoires et les institutions accueillant ces laboratoires.

De surcroît, les systèmes nationaux de recherche doivent eux-mêmes être évalués afin d’améliorer et d’adapter les politiques de recherche. Dans tous les pays, il est primordial d’évaluer l’efficacité des efforts de la recherche. Les chercheurs sont doublement évalués : par leurs institutions, qui en se basant sur des procédures et des critères particuliers déterminent l’évolution de leur carrière par leurs pairs qui évaluent la valeur de leurs travaux scientifiques. Ces deux formes d’évaluation sont liées, la première reposant en grande partie Sur la seconde, qui est la pierre angulaire du fonctionnement de la science. Les chercheurs scientifiques publient leurs travaux dans des publications évaluées par un comité scientifique, dirigées vers un public de spécialistes, des ouvrages collectifs rassemblant des articles de revue ou de recherche autour d’un thème donné, coordonnés par un ou plusieurs chercheurs ; des monographies sur un thème de recherche. Le monde académique développe cette forme de publication de ses travaux. Cependant, dans le cas de la recherche fondamentale, il est difficile, à court terme au moins, de déterminer la portée des résultats obtenus.

L’évaluation se base sur des indicateurs concernant la communication de résultats par les chercheurs, la continuité des recherches basées sur ces résultats, la reconnaissance des avancées réalisées par le reste de la communauté scientifique, et, dans les cas où cela est pertinent, la valorisation commerciale ou sociale des résultats. L’évaluation se fait en amont et en aval : évaluation des laboratoires, évaluation des institutions, évaluation des systèmes nationaux de recherche. Cette évaluation peut être effectuée sur une base individuelle ou collective ; chaque chercheur étant régulièrement et individuellement évalué dans son institution. Cependant, les brevets restent généralement un produit plus caractéristique de la recherche privée que de la recherche publique.

 3. Quoi valoriser et par qui ?

Dans ce qu’ il est convenu d’appeler valorisation de la recherche, les retombées issues des progrès scientifiques sont de plusieurs ordres, bénéficiant à différents acteurs : retombées technologiques proposant des produits et services nouveaux, ou moins coûteux, retombées sociétales éclairant des dysfonctionnements et apportant des améliorations aux systèmes sociaux, au bénéfice des populations ou des organisations qui les administrent. Car il faut distinguer les différents secteurs disciplinaires : la recherche fondamentale, en vue de produire de nouvelles connaissances indépendamment des perspectives d’application et la recherche appliquée, qui est dirigée vers un but ou un objectif pratique avec des activités de développement (parfois confondues avec la recherche technologique, qui consiste en l’application de ces connaissances pour la fabrication de nouveaux matériaux, produits ou dispositifs. Ces différentes formes de recherche se distinguent, par ailleurs, par le système normatif qui les encadre, mais aussi de manière plus concrète par les lieux, les métiers, les modes de financement et d’évaluation. C’est pourquoi, il ne suffit pas d’en appeler à l’émergence d’un partenariat pour développer la recherche appliquée, car on distingue différents types de recherche : utilitaire, académique et technico-instrumentale.

Toute recherche devrait répondre à des objectifs socioéconomiques et faire l’objet d’une organisation et d’une planification rationnelle. Selon les différentes formes de recherche rencontrées, des normes et des règles distinctes encadrent les pratiques scientifiques. La recherche vise évidemment à produire des connaissances scientifiques. Ces connaissances peuvent prendre des formes diverses : publications, rapports, brevets. Enfin, ces connaissances peuvent être incorporées dans de nouvelles machines, de nouveaux instruments ou dispositifs. Ce sont tous ces produits qui, en étant diffusés au sein de la communauté scientifique, permettent au chercheur d’être reconnu par ses pairs, et de recevoir en retour les moyens nécessaires à la poursuite de son travail. L’initiative peut aussi venir d’une organisation extérieure à la recherche : une entreprise rencontrant un problème spécifique, mais aussi une collectivité territoriale, ou tout acteur de la société civile. Ceux-ci peuvent susciter des appels d’offres financés, ou tenter de contacter les chercheurs et de les intéresser au problème de façon à ce qu’ils relaient l’initiative. Car il s’agit d’apporter des solutions concrètes à des problèmes réels.

Il devient donc nécessaire de donner la priorité aux projets de recherche à rendement rapide dans des domaines spécifiques du développement, qu’il soit industriel, rural, utilisation de nouvelles technologies ou développement de services, ainsi que des projets de recherche pour étudier des opportunités locales afin de créer de nouveaux emplois. Pour valoriser les résultats de la recherche, il est nécessaire de mettre en place des espaces servant de ponts entre les institutions de recherche et les utilisateurs potentiels de leurs résultats afin d’en assurer, avant toute valorisation, d’abord la cohérence, c’est-à-dire la convergence des intérêts entre attentes identifiées des uns et offres répertoriées des autres. A ce prix, on pourra espérer accéder au rang de nations productrices de connaissances, de savoir et de science ... et donc de brevets. La formation, la recherche et le développement scientifique sont prépondérants pour la production de connaissances, mais aussi comme instruments de développement économique lorsqu’ils sont directement indexés sur les préoccupations du pays. Dans les sociétés où le facteur de production décisif est l’innovation et le savoir, la recherche est une activité stratégique.

En Algérie, elle reste confinée dans des espaces universitaires réduits à des laboratoires disséminés à travers le pays et souvent sans lien objectif. En outre, la vocation étant mise sous le boisseau, rien ne garantit la promotion de la recherche quand la vocation est déclassée ; et le risque est assuré d’une formation sans éclosion de chercheurs. Peut-on espérer bâtir des pôles d’excellence dans un océan d’ignorance si, par ailleurs, on pense appliquer à la recherche les méthodes du football : les professionnels évoluant à l’étranger sont censés être meilleurs que ceux d’ici. L’émergence d’une recherche de qualité doit être sous-tendue par l’émergence d’une formation de qualité. Et c’est là, prioritairement, la fonction cardinale de l’université.

O. B. : Institut de développement durable des ressources, Oran

Par Omar Benbekhti

Source : http://www.elwatan.com

Avis des lecteurs...

Le 24.11.2009 à 17h07

Bravo pour votre article. Pour vous dire que j’ai fait trois universités au Canada, j’ai toujours travaillé sur des projets en collaboration avec les partenaires industriels. La recherche consiste à trouver des solutions à des problèmes rencontrés sur le terrain. Telle est la vocation de l’université d’aujourd’hui. Ce n’est pas faire de la recherche pour la recherche.

Le 24.11.2009 à 01h30

La recherche scientifique en Algérie devrait répondre à des problématiques Algériennes. Faire de la recherche pour la recherche n’a aucun intérêt sauf à lapider les deniers public. La recherche scientifique devrait permettre aux Algériens une vie meilleure, apporter de la richesse et du bonheur à la société Algérienne.

Les Algériens souffrent de beaucoup de problèmes qui empoisonnent leurs vies de chaque jour, problèmes de logement, de transport, d’éducation, de l’enfance, de corruption, de haraga, etc…

Alors que nos chercheurs délaissent tous ces besoins de recherche urgents et s’occupent d’une recherche importée pour résoudre des problématiques inconnues dans la sphère nationale, par exemple le problème d’étanchéité des navettes spatiales, les réseaux de neurones, la théorie du chao, la théorie des fractales, etc…

Toutes ces recherches n’apportent rien aux Algériens, au contraire, c’est de l’argent jeté par les fenêtres. Le bon sens veut qu’il serait plus judicieux de commencer à nettoyer devant sa porte avant de se lancer dans la résolution de problématiques qui n’ont aucun impact sur la population Algérienne.

Ce comportement d’une grande majorité de nos chercheurs est dû essentiellement au fait qu’ils n’ont jamais baigné dans un milieu industriel ou économique. Ils ont étudié pour enseigner, rechercher pour publier et publier pour progresser dans la hiérarchie des postes académiques.

L’Algérie doit organiser sa recherche scientifique autour des priorités nationales en tenant compte des atouts et spécificités de notre pays pour améliorer le quotidien des Algériens, améliorer la compétitivité de ses entreprises à l’échelle internationale, subventionner et aiguiller ses entrepreneurs vers des activités objets de ruptures technologiques, créer des pôles de compétitivités pour capitaliser son savoir faire et son expertise. T. Nacer,

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