La chrysomèle des racines du mais » maladies des plantes , agriculture et écologie

 La chrysomèle des racines du mais

20/11/2009

La chrysomèle des racines du mais

Petit coléoptère originaire d'Amérique centrale, il est devenu, au cours des années 60, le principal ravageur du maïs en Amérique du Nord. Signalé en Europe centrale en 1992, en France en 2002, les foyers se développent sur ce continent. L'Inra mène des recherches pour comprendre ces invasions, gérer les populations et lutter contre ce ravageur.

Un berceau en Amérique centrale, une terre d'élection en Amérique du Nord, de nouveaux territoires en Europe. Une implantation progressive en France avec de nouveaux foyers détectés dans trois régions différentes depuis 2002.

Chronique d'une invasion

Un berceau en Amérique centrale, une terre d'élection en Amérique du Nord, de nouveaux territoires en Europe. Une implantation progressive en France, avec de nouveaux foyers détectés dans trois régions différentes depuis 2002.

D'où vient Diabrotica et où l'a-t-on détecté ?

La chrysomèle des racines du maïs, Diabrotica virgifera virgifera, est un petit coléoptère de la famille des Chrysomélidés, originaire d’Amérique et récemment introduit en Europe occidentale.

1955-80  L'extension en Amérique
Cet insecte, originaire d’Amérique Centrale, a progressivement envahi l’Amérique du Nord, dans les années 1955-70 où il est devenu le principal ravageur du maïs. Les larves peuvent générer des dégâts qui, dans le cas de fortes attaques, peuvent entraîner 80 % de perte de rendement dans les exploitations. L’ensemble de la "Corn Belt" (centre des États-unis, à vocation céréalière) fut atteint dans les années 80.

1992  Arrivée en Europe centrale
Il est signalé pour la première fois en Europe en 1992 en République fédérale de Yougoslavie (Serbie), près de l’aéroport international de Belgrade. À partir de ce premier
foyer*, il a rapidement atteint les pays voisins.

1998  Un foyer en Italie
Un nouveau foyer, éloigné du foyer principal, est apparu en Italie en 1998 (Venise). Plusieurs autres foyers ont été détectés dans différents pays, notamment à proximité des aéroports qui avaient été ciblés comme l’une des voies possibles d’introduction.

2002-2009  Apparition des premiers foyers en France et extension dans plusieurs régions
Alerté par la multiplicité des foyers en Europe, le Service de la Protection des Végétaux français, a mis en oeuvre une
surveillance du territoire en 1999 par piégeage sexuel (pièges à phéromones sexuelles). Plus de 2 000 pièges ont été disposés en 2009 pour contrôler le territoire.
La chrysomèle des racines du maïs a été détectée pour la première fois en 2002 en Ile-de-France. Des foyers ont été à nouveau observés en Ile de France en 2003, 2004 et 2005 mais, en 2008, un seul individu a été piégé dans cette région.
En Alsace on a observé des chrysomèles en 2003 et chaque année depuis 2006 tandis qu’en Rhône-Alpes, la chrysomèle a été détectée depuis 2007. L’insecte a été piégé en Bourgogne en 2007 et 2009.
En 2009, Diabrotica a ainsi été détecté en Alsace, Bourgogne et Rhône-Alpes. Le nombre de pièges contenant des chrysomèles est nettement plus élevé en 2009 que les années précédentes.
Des détails supplémentaires sur le piégeage sont disponibles sur le
site du ministère de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Pêche (mise à jour juillet 2009)

Portrait d'un envahisseur

Petit coléoptère dont les adultes sont polyphages et se nourrissent en particulier de pollens tandis que les larves ont un régime à base de racines de graminées, et tout spécialement de celles du maïs. La chrysomèle des racines du maïs est dénommée "Diabrotica" par les spécialistes.

Fiche d'identité

La chrysomèle des racines du maïs, Diabrotica virgifera virgifera, est un petit coléoptère de la famille des Chrysomélidés.

Les adultes sont des coléoptères ailés d'environ 7 mm dont le déplacement peut atteindre quelques kilomètres. Ils sont jaunes avec des bandes noires longitudinales sur les ailes (photos ci-dessous). Il existe des variations de coloration entre les sexes et parfois entre les individus, les mâles étant généralement plus foncés. La tête est noire, les antennes presque aussi longues que la longueur du corps et les fémurs postérieurs bordés de noir.

Les larves sont des vers minces et cylindriques au corps blanc muni de trois paires de pattes et dont le déplacement est limité. Leur tête est de couleur brune et une plaque de même couleur est présente à l’extrémité opposée du corps. Au troisième et dernier stade, elles mesurent 10 à 18 mm. On les trouve exclusivement dans le sol, sur les racines de maïs.

Les adultes et les larves ont des régimes alimentaires distincts. Leur régime alimentaire est flexible en fonction du sexe de l'insecte .

Placé sous surveillance rapprochée pour prévenir son extension, les moyens de lutte dans les zones atteintes reposent sur les traitements insecticides et la rotation des cultures.

Moyens de lutte

La chrysomèle des racines du maïs est placée sous surveillance rapprochée pour prévenir son extension. Les moyens de lutte dans les zones atteintes reposent sur la rotation des cultures et les traitements insecticides.

Un organisme de quarantaine pour l'Union européenne

En France, un arrêté ministériel relatif à la lutte contre Diabrotica a été publié en août 2002, rendant la lutte obligatoire. Il définit les périmètres à traiter en fonction des captures réalisées et fixe les mesures à prendre. C'est le Service de la Protection des Végétaux français qui met en oeuvre les mesures d’éradication et de limitation de progression des foyers.

Devant le risque pour les cultures de maïs en Europe, la Commission Européenne a pris des mesures d'urgence et a adopté une directive (2003/766/EC). Diabrotica a été déclaré organisme de quarantaine pour l’Union Européenne. Un organisme de quarantaine est un organisme nuisible dommageable pour l'économie d'une zone menacée et qui soit n'est pas encore présent dans cette zone, soit y est présent, mais à distribution restreinte, et fait l'objet d'une lutte organisée par les services publics, en vue de l'éradiquer. Son introduction et sa dissémination sont donc interdites dans toute l’Union Européenne. Ce statut interdit également aux chercheurs d'étudier des Diabrotica vivants, à moins de disposer de chambres de quarantaine permettant leur confinement strict.

Les mesures adoptées par la France sont pleinement en accord avec celles prévues par la directive européenne.

Quels sont les moyens actuels de lutte ?

En France, le Service de la Protection des Végétaux tente d’éradiquer et de limiter la progression des foyers par deux méthodes de lutte complémentaires :

Les traitements insecticides qui sont obligatoires. Dans un rayon de 10 km autour des points de capture de Diabrotica, on applique à 15 jours d'intervalle 2 traitements aériens (deltaméthrine) anti-adultes pour réduire au maximum les pontes. L’année suivante, dans un rayon de 5 km, un larvicide est appliqué contre les larves, et la semence de maïs doit être traitée.

La rotation des cultures qui consiste à cultiver les parcelles infestées avec une autre culture. La rotation sur 1 ou 2 ans selon les zones a pour objectif de casser le cycle de l'insecte. Du fait de l'absence de maïs l'année suivante sur cette zone, les larves se trouveront privées de leur alimentation. Des populations de Diabrotica capables de s’accommoder de cette stratégie en allant pondre ailleurs que dans le maïs, ont été décrites dans la corn belt américaine. La présence de cette « résistance » dans les populations européennes limiterait l’efficacité de cette méthode de lutte.

Questions de recherche

Mieux comprendre les mécanismes de l'invasion, gérer les populations, lutter contre ce ravageur.

Les chercheurs de l'Inra de Sophia-Antipolis, de Versailles et de Montpellier travaillent en partenariat avec la Direction générale de l'alimentation du ministère de l'Agriculture et de la pêche (DGAL) sur la génétique des populations de Diabrotica. En analysant la diversité génétique des foyers français détectés par le Service de la Protection des Végétaux, ces chercheurs peuvent identifier leur provenance et définir s'il s'agit d'un foyer provenant directement d'Amérique du Nord ou provenant d'un foyer déjà identifié en France ou en Europe. Ils ont ainsi publié un article dans la revue scientifique internationale Science en 2005 décrivant les routes d’invasion de la chrysomèle en Europe. [cf. communiqué de presse Inra du 10 novembre 2005]

L’équipe "Biologie des populations en interaction" continue ses recherches sur les modalités de l’invasion de l’Europe par Diabrotica. Les chercheurs ont notamment récemment montré que la diversité génétique de Diabrotica en Europe était pratiquement la même qu’en Amérique du Nord du fait des introductions multiples et répétées d’individus américains vers l’Europe et ceci malgré le faible nombre d’individus introduits en Europe.

L’Inra est engagé également dans des études sur la résistance des chrysomèles aux pesticides en collaboration avec l’Université d’Illinois et l'Université du Nebraska. Les chercheurs de Sophia-Antipolis ont ainsi montré qu’à l’occasion d’introductions récurrentes en provenance d’Amérique du Nord, la résistance à certains insecticides (il ne s’agit pas de ceux qui sont utilisés en France) avait été introduite plusieurs fois en Europe. Des recherches sur la résistance à la rotation des cultures ont également été menées. Il s’agissait de mettre en évidence des différences génétiques entre populations sensibles et résistantes à la rotation présentes dans la Corn Belt Américaine.

Contacts scientifique Inra :
Thomas Guillemaud
Unité Mixte de Recherche "Interactions Biotiques et Santé Végétale" Inra-CNRS-Université de Nice-Sophia Antipolis
Équipe "Biologie des Populations en Interaction"
Centre Inra de Sophia Antipolis
guillem@sophia.inra.fr


Contact Service de la Protection des végétaux :
Pour en savoir plus sur les piégeages et les mesures d'éradication du service de la protection des végétaux du ministère de l'agriculture :

Jean-Claude Streito
SPV - DGAL Ministère de l'agriculture
Station de Montpellier
streito@supagro.inra.fr

Rédaction :  Thomas Guillemaud
Contact scientifique :  Thomas Guillemaud
Unité :  Unité mixte de recherche "Interactions biotiques et santé végétae" Inra-CNRS-université de Nice-Sophia Antipolis
Département :  Santé des plantes et environnement
Date de création : 25 Novembre 2005
Date de dernière mise à jour : 21 Septembre 2009

Source :http://www.inra.fr/la_science_et_vous/dossiers_scientifiques/maladies_emergentes/la_chrysomele_des_racines_du_mais

 

 

Tags : chrysomele
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