L’agriculture du XXIe siècle devra s’adapter au climat » maladies des plantes , agriculture et écologie

 L’agriculture du XXIe siècle devra s’adapter au climat

7/10/2009

L’agriculture du XXIe siècle devra s’adapter au climat

Par Denis Delbecq • 8 janvier 2009

Ça va chauffer pour la production agricole. C’est du moins ce que pensent David Battisti (Université de Washington à Seattle) et Rosemond Naylor (Université de Stanford), qui publient leurs travaux vendredi dans la revue américaine Science (1). Les deux chercheurs ont utilisé 23 modèles climatiques pour tenter de déterminer la température moyenne pendant les saisons de cultures, et leur impact sur la production agricole. Plutôt inquiétant.

Tout le monde a encore en mémoire la canicule qui a frappé l’Europe et la France l’été 2003 et probablement tué 52 000 personnes sur le continent. Cet été là, la production agricole fut particulièrement touchée. En Italie, la production de maïs avait chuté de 36%, tandis qu’en France la récolte de la céréale et de fourrages a baissé de 30%, les récoltes fruitières de 25% et le blé de 21%. Plus loin de nous, peu s’en souviennent, l’URSS avait été frappée par des chaleurs estivales record en 1972, induisant un triplement des cours internationaux du blé entre 1972 et 1974 alors qu’ils baissaient depuis la seconde guerre mondiale.

Ces deux exemples, Battisti et Naylor s’en servent pour appuyer leur démonstration. D’après les modèles retenus par le Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat (Giec) de l’ONU, la température estivale médiane devrait être plus élevée dès 2050 dans les régions tropicales que les niveaux records relevés au XXe siècle. Selon Battisti et Naylor, la probabilité d’un tel événement est supérieure à 90% dans l’Asie, l’Afrique subtropicale et tropicale, ainsi qu’au Moyen-Orient et dans certaines régions d’Amérique du sud, centrale et du Nord. Dans ces régions, les variations d’une année sur l’autre sont plus faible que dans les régions tempérées. L’impact du réchauffement pour l’agriculture n’en serait que plus rude. Près de trois milliards de personnes habitent ces régions, dont la majorité disposent d’un peu plus d’un euro par jour pour survivre, revenu provenant essentiellement du produit de l’agriculture.

Dans les régions tempérées, les projections de Battisti et Naylor ne sont pas plus optimistes: à la fin de ce siècle, la norme de température pendant la période de cultures correspondrait à ce que l’Europe a enduré en 2003. Il est donc urgent d’investir tous azimuts pour étudier le meilleur moyen d’adapter les cultures au futur réchauffement climatique. Les semenciers l’ont compris. Monsanto a déposé mercredi une demande d’autorisation de commercialisation d’un maïs OGM résistant à la sécheresse aux Etats-Unis. L’industriel a également fait savoir qu’un soja transgénique aux vertus similaires était «presque prêt».

(1) Edition du 9 janvier 2009.

Image: Champ de colza © Denis Delbecq

http://mondedurable.science-et-vie.com

6 commentaires

  1. Emmanuel ROBERT :

1972, URSS : tiens, c’est amusant de constater qu’il y a aussi des sécheresses et des températures très élevées en pleine période de… refroidissement global.

En effet, le dernier cycle négatif “trentenaire” du Pacifique (PDO pour Pacific Decadal Oscillation en anglais), entre 1947 et 1977, a conduit à un recul - modéré il est vrai - de l’anomalie globale des températures de notre planète entre 1949 et 1979.

Mauvaises nouvelles :

- la température globale n’augmente plus depuis 2003 (http://wattsupwiththat.files.wordpress.com/2009/01/rss-december-2008.png) ;

- après un cycle positif particulièrement actif, dont les effets ont été seulement atténués par les événements volcaniques CHICHON (1982) et PINATUBO (1991)
(http://wattsupwiththat.com/2009/01/13/how-did-the-el-chicon-and-pinatubo-volcanic-eruptions-affect-global-temperature/) le Pacifique vient de repasser en négatif, c’est officiellement reconnu par la NOAA en avril de l’année dernière.

On pourrait rajouter :
- le réseau occidental de stations météo s’appauvrit au profit des stations urbaines;
- les mesures satellites, de qualité, ne rendent pas toujours bien compte des températures au sol. Cela limite l’effet d’ilôt urbain, mais cela ne prend pas suffisamment en compte les situations d’inversion thermique (en hiver : quand il fait jusqu’à -10° en plaine et 0° en moyenne altitude…). Ex: Paris et région parisienne à la fin de la semaine du 5 au 12 janvier 2009.

Résultat : la mesure de l’anomalie globale des températures pourrait ne pas trop bouger, la situation, elle, est en train de changer.

Et enfin, un dernier pour la route :
C’est en décembre 2008, en Sibérie, qu’a été mesurée la température la plus froide dans l’hémisphère nord (-67°C).

Bien évidemment, tout cela ne paraîtra pas dans les grands médias.

  1. Kilroy le 16 janvier 2009 à 18:38:

L’agriculture des pays développés (la plus productive) va certainement beaucoup souffrir de la hausse du prix de l’énergie qui interviendra lorsque le pic de production de pétrole sera passé. C’est un paramètre à ajouter aux variations climatiques.

  1. decotroy le 26 janvier 2009 à 19:42:

rappels: le Moyen-Age a connu une période “chaude” au cours de laquelle les côtes du Groënland étaient cultivables, avec une moyenne de températures environ 1 à 1,5°C supérieure à celle du XXème siècle, et les années 1580-1720 un “petit âge glaciaire”, avec certains hivers pendant lesquels on traversait la Seine sur la glace, avec une différence négative du même ordre ; l’évolution du climat se considère en décennieS ,voire en siécles, pas en année ; plus il fait chaud en été, plus le risque d’incendies, y compris des cultures, est élevé (ce qui se comprend en diminution potentiel supplémentaire des récoltes et en augmentation substentielle des émissions de CO2, entre autres) ; l’évolution en cours du climat n’empêchera pas des périodes de grand froid, mais entrainera des contrastes plus marqués des températures, même si la châleur l’emporte en moyenne ; avant 2003, les années de plus fortes sècheresses les plus fortes en France étaient 1947 et 1976, à rapprocher des périodes évoquées par Emmanuel Robert . Enfin un record n’a pas de rapport avec une évolution globale …

  1. John d'Oeuf le 28 janvier 2009 à 21:26:

L’agriculture va évoluer, nous devrons évoluer et notre système de consommation devra évoluer, en fonction du climat. Mais il faut arrêter de penser que nous vivrons toujours comme aujourd’hui. Il y a cent ans, ils ne faisaient pas autant les malins concernant les stocks de nourriture. On est pas dans un système figé qui dure comme ça depuis 10000 ans. C’est pas ça l’homme.
Il faut savoir évoluer et surtout aider les autres à évoluer. Je ne pense pas que certains africains apprécient le fait que l’on ait peur de l’avenir quand eux n’en ont pas.
Pensons au global pour terminer ce que nous avons commencé : que tous les peuples vivent au même niveau avec le moins de disparité social possible. Et pas l’inverse. Et ce sera possible par l’agriculture et ses techniques d’évolution.

  1. Chirazi le 29 janvier 2009 à 12:09:

Durant le XXè siècle,trop de choses ont été faites en dépit du bon sens:
-Exploitation coloniales de domaines et de territoires dont on a changé les façons de faire et les façons d’être.Cela a malheureusement déteint,Ô combien,sur la manière de concevoir l’agriculture des autochtones.
Des variétés ont été à jamais perdues du fait de l’introduction de la monoculture capitalistique ,ainsi que des modalités culturales adaptées à l’environnement socio_historique et culturel.
L’agriculture en zone aride a besoin d’être étudiée sérieusement si l’on veut pallier la désaffection des formes de production liées à l’abondance aquifère.Ce n’est pas trop tard .

 

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