Réinventer les circuits courts : une nécessité pour la bio (*) » maladies des plantes , agriculture et écologie

 Réinventer les circuits courts : une nécessité pour la bio (*)

1/10/2009

Réinventer les circuits courts : une nécessité pour la bio (*)

Offrir une nourriture saine ou approvisionner le marché ?

Voilà un choix bien contradictoire qui se pose quotidiennement aux producteurs de fruits et légumes bio.
Le système économique libéral auquel elle s’abreuve parfois n’est-il pas intrinsèquement l’ennemi d’une bio cohérente, et pourquoi ?
Comment la bio peut-elle être une alternative au marché, au lieu d’être prisonnière du marché…

"Croissance, désigne pour l'Afrique un processus de création de richesses au détriment des pauvres et de l'environnement" Aminata Traoré "le viol de l'imaginaire" éditions Actes Sud.

Cette constatation s'applique, dans le sud de la France, à la production des fruits et légumes bio.
Accroître la production, pour répondre à la "demande du marché", signifie le plus souvent conquête de nouveaux débouchés par la baisse des coûts de productions : concurrence oblige ! Cela ne peut se faire qu'au détriment des conditions sociales.
La recherche d'une plus grande productivité se réalisant, elle, au détriment de l'environnement, de l'équilibre des écosystèmes, de la qualité nutritionnelle du produit offert et d'une plus grande dépendance vis à vis de technologies échappant de plus en plus au savoir-faire des paysans.
Le bio-intensif est un paradoxe inacceptable.

Le productivisme entraîne une baisse de qualité qui provient de :
- la production (variété hâtive, gros calibre, plus d'intrant et d'eau, moins de soleil, moins de réserve nutritive)
- la conservation (variété résistante, coloration et cueillette avant maturité, blocage de la maturation par le froid…)
- et la commercialisation (variété supportant les chocs et les trajets de plus en plus lointain, chaîne du froid, mise sous emballage plastique, voire en atmosphère contrôlée…)

Au final, un fruit ou un légume que l'on a cueilli avant maturité et dont on bloque les processus naturels de maturation (parfois même la variété a été sélectionnée à ce seul effet), perd ses éléments nutritifs et gustatifs.

On obtient un produit commercial de bonne présentation mais sans valeur alimentaire et le plus souvent sans goût. Et l'on s'étonne d'une baisse de la consommation en frais !
Il faut avoir goûté des "goldens bio" vendues vertes en barquette sous film plastique en grande surface, pour se convaincre de l'impasse de cette filière mise en lumière par l'enquête de Patrick Herman dans le n°37 de la revue "Nature & Progrès".

Comment ne pourrait–on pas faire un rapprochement entre cette agriculture qui nous donne des aliments dénaturés et la grande industrie pharmaceutique qui nous propose des compléments alimentaires ?

Les causes de la crise : l'export et l'alignement sur le marché

Par des aides et incitations à l'investissement technologique - dont on connaît par ailleurs les conséquences en terme d'asservissement aux firmes agroalimentaires et de dépendance aux banquiers - on a favorisé dans la filière bio l'illusion de l'export.

En effet, l'export exige des volumes de production plus élevés, une régularité d'approvisionnement que ne permet qu'une surproduction structurelle et une organisation du marché centralisée, échappant au contrôle des producteurs (les fameuses O.P. imposées par la PAC).

L'augmentation de la productivité et la surproduction chronique, accompagnées bien sûr d'aides publiques, favorisent l'augmentation de l'offre et donc la baisse du prix de vente.
Mais tirer les prix vers le bas affecte l’ensemble des producteurs, même ceux qui ne pratiquent pas l'export ;
Quant à l'investissement technologique, il induit, lui, la concentration et la disparition des petits paysans qui n'ont pas su ou pu faire le "bon choix" imposé.

Évidemment, le libéralisme ne s'accommode d'aucun marché captif, après l'embellie - "l'eldorado" qui avait déjà détruit les filières locales et les marchés de proximité, et avait aussi déstabilisé les producteurs du nord de la France (Granny Smith, primeurs…) mais aussi ceux de Belgique et d'Allemagne - arrive maintenant la concurrence des Pays encore plus au sud.

Car plus de soleil entraîne de meilleurs rendements.

Et comme l'ex-pays colonisateur (la France) a détruit l'économie traditionnelle, mis ces pays "indépendants" sous la tutelle de l'ancien maître, et maintenu ainsi une main d'œuvre à très faible coût, il suffit de maîtriser le prix des transports, par la déréglementation sociale et le contrôle des produits pétroliers, pour que le tour soit joué et la filière bio à la française en faillite.

"Modèle de vie urbain et de relations sociales" mais aussi modèle industriel de consommation, la grande distribution constitue le second écueil que n'a pas su éviter la filière bio.
Parce que la bio a voulu, sous l'emprise du discours dominant, du profit immédiat, jouer le segment, la gondole, le créneau, avec une marge au départ le plus souvent injustifiée par la qualité des produits offerts.
Elle subit aujourd'hui le contrecoup de la banalisation de ce qui aurait du rester une alternative de vie, s'inscrivant dans une résistance à la déstructuration des territoires.

Cette alternative, non pas technique mais spirituelle, au modèle dominant, aurait dû construire, avec les consommateurs, des outils de commercialisation cohérents ayant pour toile de fond le maintien de la vie sur une planète en danger.
Producteurs et consommateurs devant se réapproprier l'acte essentiel de se nourrir et non pas être les enjeux du marché de la consommation agroalimentaire.

La stratégie de la grande distribution est prioritairement le prix le plus bas alors que la logique de l'agriculture biologique et paysanne est de payer au prix réel, en tenant compte de l'ensemble des coûts techniques, sociaux et environnementaux.
Contradiction impossible, sauf à se résoudre à ne faire que de la technique (et de la mauvaise technique), quitte à entraîner un tassement de la demande, par une baisse de la confiance.

Les consommateurs précurseurs de la bio avaient construit des outils de coopération avec les producteurs :
association commune, organisme de contrôle paritaire, structure de vente coopérative producteurs/consommateurs, etc.
Aujourd'hui l'acheteur bio est un acheteur qui, sans réduire son niveau de vie, cherche à répondre à sa préoccupation d'une alimentation saine ; un travail d'éducation, de responsabilisation sociale et environnementale est à opérer par les tenants de la bio.
Qu'est ce que la qualité d'un produit ?
Qu'est ce que le prix, la saisonnalité des aliments, l'empreinte écologique, l'emballage et les déchets…?
La grande distribution n'est alors pas la bonne réponse.

La bio est une alternative à la marchandisation du monde, à la destruction de la vie, au pillage des ressources, elle ne peut utiliser les méthodes du marché capitaliste.
La "bio" industrielle s'y convertira peut être, à nous de la dénoncer, et de démontrer la tromperie.
L'échec de cette agriculture est patent ; c'est tant mieux et qu'il s'approfondisse ;
à nous de construire un autre modèle de fabrication et d'échanges des aliments.
L'alternative est dans un autre mode de développement, un autre mode de pensée, et la technique doit concourir à cette économie de proximité, sobre et autonome, de coopération entre les producteurs et consommateurs.

Consommer moins et autrement

Manger, structure et reconstitue notre corps ; manger, avec les savoir-faire qui s'y rattachent, construit notre identité en lien avec ceux qui nous entourent : manger est source de civilisation ; c’est ce qui nous relie à la nature, à la temporalité, à la terre, aux autres êtres vivants, aux climats et aux saisons.
Manger replace l'homme dans son écosystème ; cela nécessite de préparer les aliments et oblige à la transmission et à l'apprentissage, à l'échange et au partage : manger nous apprend l'autonomie et la sociabilité. Mais c’est aussi une source de plaisir et de découverte, d’ouverture à d'autres goûts.
L'acte de manger est essentiel à l'individu, cette société qui veut nous transformer en clients, nous dépossède de ces actes primordiaux de maîtrise de notre vie.
"Tu es ce que tu manges, la nourriture est la première médecine".

Retrouver la saisonnalité.

Fruits et légumes sont vivants, leurs constituants utiles à l'organisme humain s'accumulent et se transforment dans la phase de mûrissement propre à chaque espèce et variété en fonction du climat et de la nature du sol.

La production bio doit offrir des produits adaptés au terroir dont le cycle de développement est optimal, cueillis à maturité(1) et dont l'évolution physiologique (mûrissement) n'est pas interrompu.

Elle doit éviter les variétés précoces (n'ayant pas emmagasiné suffisamment de réserves) hors saison (culture hors sol et sous serre) ayant dû voyager de façon abusive, au delà de leur durée de vie physiologique.

Cueillis à maturité, les fruits et légumes doivent être consommés rapidement, donc vendus dans des marchés ou points de vente de proximité.

La conservation en frais doit permettre de garder la valeur nutritive et les autres modes de conservation s'opérer sur place, dans les meilleurs délais et des unités artisanales.

Relocaliser l'économie - Développer les marchés de proximité

La production bio doit s'engager activement dans le développement des commerces de proximité, marchés paysans, unités de transformation artisanale, foires aux produits de terroir.

Les coops Bio doivent, avec les producteurs et les associations de consommateurs, devenir un lieu de sensibilisation, de vulgarisation à la saisonnalité des aliments.
Leur approvisionnement en produits frais doit se faire par contrat avec les producteurs locaux et non plus par l'intermédiaire de centrales d'achat qui ne permettent pas ce lien entre producteurs et consommateurs.

Le système de commandes d'approvisionnement, panier solidaire, panier paysan, vente directe sur catalogue et commande groupée doit être développé par les associations de la bio.

Dans la restauration, il faut refuser les contraintes sanitaires qui interdisent l'approvisionnement direct hors des normes industrielles de mise en marché.

Simplifier les circuits, réduire le gaspillage et les déchets

La bio doit s'interdire les transports d'aliments non indispensables, en refusant de mettre toute l'année sur le marché tous les produits.
Car l'impact écologique, social, culturel de cette demande des consommateurs des pays riches est destructrice des ressources planétaires et des agricultures des pays du Sud.

L'emballage doit être réduit et consigné (ou repris par le producteur). Evidemment la vente de proximité réalisera facilement cette exigence de réduction des nuisances environnementales.

Les consommateurs doivent réapprendre à se rendre chez le paysan producteur, pour connaître sa vie et son métier et aussi pour acheter en quantité les produits de saison ou se conservant.

Renouer avec la diversité, retrouver les usages, relancer la transformation fermière

Les producteurs bio doivent diversifier leur production.

En se spécialisant, ils se retrouvent tributaires des marchés ou des circuits de commercialisation.

La production bio doit s'écarter des marchés spéculatifs (précocité, effet de mode) et s'éloigner des grandes productions sujettes à la fluctuation des coûts et des productions destinées à la transformation industrielle pour, au contraire, proposer une gamme de produit de haute qualité gustative, étalée en saison.
Les pommes par exemple, possèdent une diversité variétale qui permet d'obtenir naturellement des fruits à maturité de juin à mars, évidemment en utilisant une dizaine de variétés, différentes pour chaque terroir, à maturité précoce et tardive, se conservant naturellement bien (y compris chez le consommateur).

Ces productions, liées à un terroir (produit identitaire) doivent chacune avoir des usages différents (cru, à cuire, à conserver, à jus…) de façon à offrir multiples usages au consommateur :
les pêches à cuire ne sont pas celles à croquer, les tomates à salade sont différentes des tomates à farcir etc.
Alors la consommation ne sera pas feu de paille ou déception.
Quel consommateur renouvellera l'achat d'une fraise trop dure, d'un abricot sans parfum, d'une châtaigne sans sucre, même bio ?
Et il n'est là que question de variété et de maturité.

De plus, la production bio doit impérativement trouver un débouché à la surproduction, aux invendus, aux écarts.
Le paysan bio doit être transformateur pour prolonger sa vente, ne rien gaspiller, élargir son offre, être autonome, valoriser son savoir-faire, s'enthousiasmer de la palette des goûts qu'il crée et ainsi fidéliser des consommateurs.

Évidemment, un tel producteur devra limiter sa production, être partie prenante de sa commercialisation, choisir, connaître et aimer son produit, être l'inventeur de son métier.
Alors il pourra trouver des consommateurs pour, à ses côtés, défendre le droit à une alimentation saine.

Cette agriculture patrimoniale permettra la réoccupation de territoires à l'abandon ;
l'attrait pour un métier créateur donnera le désir à de nombreux jeunes de s'installer autant dans l'agriculture que dans l'artisanat de transformation ou la commercialisation de proximité.

Dans l'immédiat, paysans et artisans bio, coopératives et associations, devant la crise qui attend la bio-industrielle, doivent reprendre le débat sur ce que nourrir veut dire, ce en quoi produire bio consiste et en quoi l'acte de consommer a des conséquences sur la planète.

Le monde émergent de la bio, dans l'euphorie des débuts, a éludé toutes ces questions.
La reprise en main par le marché libéral nous permet de le replacer là où il doit être, dans le respect de la vie et de la responsabilité de chacun

.Christian SUNT, Président de l'Association Fruits Oubliés.


(1) pour la plupart des fruits d'automne et d'hiver, de moyenne ou longue conservation (pomme, poire, châtaigne…), il existe une maturité de cueillette qui doit être impérativement respectée - cueilli avant maturité le fruit est de mauvaise qualité et n'évoluera pas vers le mûrissement - cueilli après maturité, le fruit ne se conservera pas et perdra rapidement ses qualités (blettissement), une maturité de consommation qui est une transformation interne des sucres (amidon - glucose) qui peut demander plusieurs semaines de maturation (retour au texte)


Quelques exemples à citer


TERROIR DIRECT Cévennes - Pays d'Oc (Montpellier - 34)
… ou l'authenticité à portée de main.

Un nouveau mode d'approvisionnement pratique et convivial a vu le jour près de Montpellier, grâce au regroupement de 40 agriculteurs des Cévennes et du Languedoc, qui proposent de goûter à de véritables produits fermiers et artisanaux issus de leur exploitation.

Chaque semaine, vous pouvez commander un colis de produits de votre choix par téléphone ou par mail en 5 minutes depuis chez vous.

Un procédé simple et rapide, avec la possibilité d’être livré à votre domicile (les livraisons s'effectuent pour l'instant sur Montpellier et les villages alentours, une antenne est prévue sur Nîmes courant 2003).

Près de 250 produits dont 50% issus de l'agriculture biologique sont en gamme : fruits et légumes, pains, fromages, œufs, viandes, charcuteries, céréales, pâtisseries, confitures, miels, jus de fruits, huile d'olive, condiments, vins AOC, plantes sèches pour infusion… Les agriculteurs vous garantissent la qualité, la saveur et l'origine de leurs produits en mettant eux-mêmes en place leur propre politique de qualité avec l'aide de techniciens spécialisés.
Leur mode d'élevage et de culture, qui supprime ou limite au maximum l'utilisation de produits chimiques, respecte l'environnement et les cycles naturels des animaux et des végétaux.

En consommant les produits de Terroir Direct, vous contribuerez à pérenniser des savoir-faire artisanaux et traditionnels, à maintenir une activité économique dans des zones rurales et de montagne au cœur des Cévennes.

Mail : Terroir-direct@wanadoo.fr

Une Association internationale : SLOW FOOD (Italie)

SLOW FOOD a un agenda culturel, éducatif, scientifique et de solidarité :
Ce mouvement s'oppose aux effets dégradants de l'industrie et de la culture du fast food qui standardisent les goûts ; Il promeut les effets bénéfiques de la consommation délibérée d'une alimentation locale et de nourriture indigène, développe des programmes d'éducation du goût pour les adultes et les enfants, travaille pour la sauvegarde et la promotion d'une conscience publique des traditions culinaires et des mœurs. Slow Food aide par ailleurs les producteurs artisans de l'agroalimentaire qui font des produits de qualité ; Il promeut une philosophie de plaisir, encourage le tourisme attentif et respectueux de l'environnement et les initiatives de solidarité dans le domaine alimentaire.

SLOW FOOD est un mouvement international fondé en 1989 et actif dans 45 pays du monde, comptant 75 000 membres et 620 convivia environ.
Le convivia est l'unité locale de Slow Food : la structure de base du mouvement, coordonnée par le siège international et par le réseau des bureaux nationaux.
C'est la voix de la région, comme une aire homogène historique, culturelle et culinaire, et c'est aussi une structure qui véhicule les idées Slow Food au niveau local.
Tous les convivia forment un réseau international et joyeux, de connaissance, de goût et de plaisir.
Le jumelage international des convivia favorise les échanges et les connaissances des saveurs et de cultures diverses.

Site Internet : http://www.slowfood.com

(*) article paru dans la revue Fruits Oubliés n° 4-02 et dans la revue Nature et Progrès (Hiver 2002)

nos coordonnées complètes :
fruits.oublies@wanadoo.fr

 

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Comments

izza, le 22-06-2013 à 06:41:46 :

je suis ce que je mange

je vous félicite ,l'agriculture bio est indispensable pour la protection de notre planète et de l'humanité.j aimerai bien créer une association pour la sensibilisation des gens par l'approche de l'éducation alimentaire .pouvez vous m aidez ;merci infiniment.

izza, le 22-06-2013 à 06:41:46 :

je suis ce que je mange

je vous félicite ,l'agriculture bio est indispensable pour la protection de notre planète et de l'humanité.j aimerai bien créer une association pour la sensibilisation des gens par l'approche de l'éducation alimentaire .pouvez vous m aidez ;merci infiniment.

izza, le 22-06-2013 à 06:41:45 :

je suis ce que je mange

je vous félicite ,l'agriculture bio est indispensable pour la protection de notre planète et de l'humanité.j aimerai bien créer une association pour la sensibilisation des gens par l'approche de l'éducation alimentaire .pouvez vous m aidez ;merci infiniment.

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