L’agro-diversité, recette contre les nitrates » maladies des plantes , agriculture et écologie

 L’agro-diversité, recette contre les nitrates

25/9/2009

L’agro-diversité, recette contre les nitrates

Par Denis Delbecq • 11 février 2009

Un travail de titan. Deux chercheurs américains ont fouillé un siècle de données scientifiques. Ils en concluent que plus les cultures agricoles sont diversifiées, moins elles contaminent l’eau. (1)

Whitney Broussard et Eugene Turner ont passé en revue les données disponibles depuis le début du siècle dernier sur la concentration en azote des cours d’eau, et sur l’usage des terres agricoles. Ils montrent que dès le début du XXe siècle, les cours d’eau américains subissaient déjà un trop-plein d’azote.

Pour obtenir ces résultats, les deux scientifiques de Louisiane ont étudié les informations accessibles sur 56 bassins versants américains dont la surface est comprise entre mille kilomètres carrés (Cache River, Illinois) et deux millions de kilomètres carrés (Mississippi).

En un peu plus d’un siècle, selon les deux chercheurs, la surface moyenne des exploitations agricoles aux Etats-Unis a doublé, quand leur nombre a chuté des deux-tiers. Ils confirment également que le passage de la force animale à la mécanisation doublée de l’usage accru d’engrais a accru les rejets d’azote dans les rivières. Et montrent que, dans un bassin hydrologique donné, la contamination de l’eau est d’autant plus forte que la monoculture s’est développée.

La raison de ce phénomène semble logique, pour Broussard et Turner, même s’ils soulignent que le sujet doit encore être creusé. Plus les cultures sont variées, plus les terres agricoles sont fractionnées, et donc plus les zones-tampon entre ces cultures sont nombreuses. Ces frontières enherbées ou boisées tendraient à capter les surplus d’azote liés à l’usage des engrais, et donc à éviter qu’ils ne se retrouvent dans les cours d’eau.

Depuis les années mille neuf cent, la concentration de nitrates liée à l’épandage d’engrais azotés a été multipliée par trois à quatre en moyenne aux Etats-Unis, et par dix dans l’Iowa, l’un des greniers à maïs américain. On utilisait là-bas huit fois plus d’engrais en 2003 que quarante ans plus tôt.

Au début du XXe siècle, la relation entre la surface cultivée et le taux d’azote des rivières était linéaire, expliquent Broussard et Turner. Mais désormais, cette linéarité n’est plus de mise. Trop d’engrais, trop de drainage ont multiplié l’azote polluant bien plus vite que les terres agricoles ne progressent. Signe qu’il est peut-être temps de revenir à un mode de production plus raisonnable. Réduire les pertes pour réduire la pollution, le pari d’une agriculture moins néfaste pour l’environnement reste à relever.

(1) Frontiers in Ecology and the environment, 11 février 2009

Image: © Denis Delbecq

http://mondedurable.science-et-vie.com

 

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