La déforestation, source de richesse éphémère » maladies des plantes , agriculture et écologie

 La déforestation, source de richesse éphémère

25/9/2009

La déforestation, source de richesse éphémère

Par Denis Delbecq • 12 juin 2009

Pour de nombreux responsables de communautés rurales dans les régions tropicales, la déforestation est souvent perçue comme une source de richesses et de développement. Mais des travaux conduits par une équipe internationale (Grande-Bretagne, Portugal, Brésil) montrent que cela ne dure pas. Les chercheurs se sont penchés sur 286 communes d’Amazonie brésilienne, et montrent que, passé un taux de déforestation donné, plus on défriche et plus les indicateurs socio-économiques virent au rouge (1).

La déforestation des forêts humides permet l’exploitation du bois, la culture extensive et le développement de l’élevage. C’est ainsi que le Brésil est devenu l’un des premiers producteurs au monde de soja et de viande de bœuf. Chaque année, depuis vingt ans, 1,8 millions d’hectares de forêts sont rasées en Amazonie.

Pour chacune des communes étudiées, les scientifiques ont consulté les données indiquant l’étendue de déforestation au cours du temps, et plusieurs indicateurs de développement: l’Indice de développement humain (IDH) tel qu’il est défini par l’ONU, mais aussi le niveau de vie, le taux d’éducation et l’espérance de vie. Ils ont ensuite cherché à obtenir une moyenne pour chacun de ces indicateurs, en fonction du taux de déforestation.

C’est ainsi qu’ils relèvent que le défrichage améliore l’Indice de développement humain, tant que le taux de déforestation d’un territoire reste inférieur à 20%. Ensuite, la poursuite de la destruction de la forêt n’améliore plus le développement humain. Mais une fois que 50% des terres ont été défrichées, l’IDH chute et, quand la forêt n’est plus, retrouve le niveau qui prévalait quand la forêt était intacte. Il en va de même pour les autres paramètres: le niveau de vie baisse dès 25% de déforestation, le taux de scolarisation chute après 80%. L’espérance de vie commence par croître avant de diminuer quand le taux de déforestation atteint les 20%. Les scientifiques retrouvent ce type de courbes quand ils évaluent les revenus liés au bois et aux cultures et le nombre de têtes de bétail par habitant.

Comment expliquer ce constat? Pour le bois, c’est une évidence. Quand on rase une forêt en vingt ans, il n’y a plus rien à en tirer. Pour l’agriculture et l’élevage, c’est moins évident à première vue. Mais ces observations des scientifiques soulignent la rapide dégradation des sols qui perdent en productivité. Avant le début des années 90, les trois quarts des terres défrichés étaient utilisées pour le pâturage. Mais un tiers de ces surfaces ont depuis été abandonnées! De plus, la déforestation s’est accompagnée à force d’une nette augmentation de la population dans ces communes, réduisant le revenu disponible par habitant. Au final, on vit aussi bien dans les villages qui ont conservé leur forêt que dans ceux où tout a été rasé.

Pour les scientifiques, ces résultats soulignent la nécessité de prendre en compte la valeur des services rendus par la forêt dans la définition des schémas de développement économique. Ils notent par exemple que le versement de compensations financières aux communautés qui préservent leurs forêts, dans le cadre des mécanismes de lutte contre le réchauffement climatique, pourrait permettre d’améliorer l’existence des habitants (2). En Equateur, le président a même proposé il y a deux ans de ne pas exploiter le pétrole enfoui sous une réserve naturelle particulièrement riche de biodiversité, en échange d’une aide financière internationale. Mais pour le moment, son offre n’a pas fait recette.

(1) Science du 12 juin 2009

(2) Alors que la déforestation génère 20% des rejets de gaz à effet de serre liés aux activités humaines, les discussions préparatoires d’un éventuel traité international sur le climat à Copenhague prévoient un mécanisme de compensation pour les pays qui acceptent de protéger leurs forêts. Une idée qui ne fait pas l’unanimité puisque de nombreuses organisations non gouvernementales craignent que les Etats ainsi financés ne reversent pas la manne aux communautés rurales.

http://mondedurable.science-et-vie.com

Commentaires :

1.    Pardalis le 13 juin 2009 à 11:36:

Donc, si je comprends bien, la surexploitation des forêts entraîne un enrichissement temporaire. Durant cet enrichissement, la population, au lieu de jouir de ses richesses, augmente. Au final, on a une richesse plus grande mais divisée entre plus de personnes qu’avant la déforestation, ce qui revient au même : on a un plus gros gâteau, mais il faut y couper plus de parts.

Autrement dit, la déforestation a eu tout de même une conséquence : l’augmentation de la population. Si on se place du point de vue de cette population, c’est une conséquence positive : les familles ont pu s’accroître (ce qui, dans ces pays, a valeur d’assurance-retraite pour les parents) ; alors que, sans déforestation, elles ne le pouvaient pas. De plus, il y a fort à parier que cela laisse le bon souvenir, dans les mentalités, d’une période dorée, comme il n’y en avait plus eu depuis longtemps.

Par conséquent, le problème est avant tout culturel : allez expliquer à des gens pauvres, qui vivent au jour le jour, qu’ils doivent se passer d’un mieux-être parce qu’il est momentané et qu’ensuite tout redeviendra comme avant… Ils n’ont pas le luxe de pouvoir se projeter aussi loin dans l’avenir. Il est donc légitime qu’ils préfèrent la solution avec le mieux-être momentané plutôt que sans, quitte à ce que ça redevienne ensuite comme avant.

A moins, évidemment, qu’on leur propose le mieux-être sans la déforestation, comme semble bien l’avoir compris le président équatorien (avec le succès qu’on sait), et, en complément, une éducation propre à rendre les individus capables de comprendre les enjeux environnementaux (ce qui, même en Europe occidentale, n’est pas encore gagné).

Bref ! la déforestation n’est pas près de s’arrêter.

 

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