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 Production de Semences Sélectionnées - Processus de sélection, d'inscription et de multiplication (Maroc)

8/9/2009

Production de Semences Sélectionnées
Processus de sélection, d'inscription et de multiplication

 Introduction

On appelle semence, un organe ou fragment de végétal capable de produire un nouvel individu. Couramment, on donne le nom de semence à l'organe "graine" des différentes espèces végétales qu'on sème.

La semence issue de variétés productives est un facteur de diffusion du progrès génétique et d'amélioration de la production agricole. Ce progrès incorporé dans les gènes de nouvelles variétés, combine une productivité élevée, une bonne adaptation au milieu physique (sol, eau, climat), une meilleure résistance aux parasites et une qualité répondant aux exigences du marché.

Les semences certifiées sont en général issues de variétés sélectionnées. Le processus de création d'une variété demande beaucoup de temps et d'efforts. Il peut prendre plusieurs années, en général 10 à 12 ans, quelque soit la méthode et les techniques suivies pour son obtention: sélection, hybridation ou croisement, mutation, manipulation génétique ou autres (Figure 1, voir fichier PDF).

Création variétale

Au Maroc, actuellement au niveau de l'Institut National de la Recherche Agronomique, l'amélioration des plantes s'effectue généralement de deux manières:

- sélection à partir de matériel végétal introduit et variétés introduites et leur adaptation aux conditions locales.
- hybridation et croisement des variétés et lignées présentant des caractères complémentaires. L'objectif poursuivi par les travaux est de combiner dans une seule variété les caractères désirables de deux ou plusieurs autres variétés (Figure 1, voir fichier PDF).

Inscription au Catalogue Officiel

Les trois meilleures variétés sélectionnées à partir des essais avancés, sont présentées aux essais catalogue pour être évaluées pendant au moins 2 cycles végétatifs en vue de leur inscription. L'évaluation porte sur leur valeur agronomique et technologique (VAT) et sur leurs caractères distinctifs, d'homogénéité et de stabilité (DHS).

Multiplication des semences

Après l'inscription de la variété au catalogue officiel, le processus de multiplication démarre. Quelques épis de la variété inscrite sont remis par le chercheur obtenteur au service des semences de l'INRA. Ces épis sont appelés génération d'origine (GO). Cette génération, semée à raison d'1 épi par 1,5m linéaire (d'où l'appellation épis-ligne), donnera une génération G1 et ainsi de suite jusqu'à R1 ou R2 (tableau 1, voir fichier PDF).

La production moyenne estimée en semences de prébase (G3) et des semences certifiées (R1 ou R2) pour une variété commercialisée et dont la demande est en moyenne de l'ordre de Cent Mille Quintaux (100.000 qx) est résumée dans le tableau 2, voir fichier PDF.

L'Institut National de la Recherche Agronomique a obtenu au cours des 2 dernières décennies 200 variétés inscrites au Catalogue Officiel concernant (20) espèces végétales, dont 90 variétés pour les céréales d'automne (BD, BT, Orge, Avoine).

La superficie moyenne annuelle réalisée pour la multiplication des semences de prébase (G1 à G3) est de 500 ha répartie sur 7 Domaines Expérimentaux, et dont 50% en irrigué. La production brute moyenne annuelle est d'environ 10.000 qx dont 7.500 à 8.000 qx agréés en G3. La quantité commercialisée aux sociétés semencières (Sonacos, Marosem, Agrain Maroc, Delta Sem) est d'environ 6.500 qx. Cette quantité permettra de produire en année normale entre 1,2 et 1,5 million de qx de semence certifiée R1.

Sachant que le processus de multiplication dure 5 années de la G1 à R1, la programmation doit se faire du même nombre d'année à l'avance. Si les Sociétés prévoient de commercialiser X qx en l'an 2005, l'INRA doit commencer à sélectionner les épis-lignes nécessaires en quantité suffisante en 2001. C'est aussi pour cela qu'une nouvelle variété n'arrive chez les agriculteurs que 4 à 5 ans après sa date d'inscription au catalogue officiel.

La semence: de la préparation à l'utilisation

Les semences assurent le lien entre la recherche et les agriculteurs, c'est ce qu'on appelle la "chaîne de semence". Cette chaîne exige différentes interventions comme la production au champ, la transformation, la distribution, la promotion, et l'assurance qualité.

La mise à disposition des agriculteurs, de la semences de bonne qualité des variétés performantes en quantité suffisante, au bon moment, au lieu concerné et au prix convenable, demande une bonne coordination et un management de toutes ces activités.

Le conditionnement ou le nettoyage mécanique qui améliore la qualité des semences est le maillon de la chaîne le plus important et le plus spécialisé.

La multiplication

La production des semences est réalisée à travers plusieurs étapes sous une série de différents contrôles le long des 5 années de préparation. Les premières générations pour le cas des céréales d'automne G1, G2,G3, sont réalisées sous la responsabilité de l'obtenteur qui est l'Institut National de la Recherche Agronomique (INRA) est sous le contrôle de la Direction de la Protection des Végétaux des Contrôles techniques et de la répression des Fraudes (DPVCTRF). Les normes pour ces 3 générations sont très sévères, pour les respecter il faut une grande technicité et des hommes de terrain de grande expérience. Les générations suivantes, G4et R1, sont réalisées sous la responsabilité des sociétés grainières chez des agriculteurs multiplicateurs professionnels. Chaque génération exige des interventions particulières depuis l'installation au champ jusqu'à la commercialisation.

La parcelle à choisir doit être propre et ayant un précédent cultural différent de l'espèce à cultiver. Le semis doit être réalisé au semoir, par une semence d'une génération précédente, agréée par le service du contrôle de la DPVCTRF. Dès son installation, le champ de multiplication doit être déclaré au service du contrôle qui va le suivre tout au long du cycle de la culture. Celle–ci doit être constamment propre et surveillée. Des traitements chimiques doivent être appliqués pour éliminer toutes les catégories de mauvaises herbes, notamment l'avoine sauvage et les espèces coriaces, de même pour éviter les maladies fongiques notamment celles transmissibles par la semence. Cette masse d'intervention est suivi par une autre qui est très importante, l'épuration. Celle-ci pratiquée une, deux ou même 3 fois est manuelle basée sur l'observation et consiste à supprimer tout individu (épis, pieds, espèce….) différent de la variété en multiplication sur le plan phénotypique en matière de hauteur, couleur, et forme des différents organes de la plante. Quelques semaines avant la récolte, le service du contrôle des semences et plants effectue le contrôle au champ. Il consiste à visiter la parcelle de multiplication et à vérifier la propreté et la pureté de la culture. A la récolte, la culture doit être à un stade de maturité convenable et à humidité convenable. Le matériel de récolte doit être propre, bien nettoyé, ne portant aucune graine étrangère et bien réglé de façon à éviter la casse des graines. La semence récoltée doit être emballée dans des sacs neufs afin d'éviter le mélange à des graines étrangères. La production brute est donc ramenée ou livrée à l'usine de conditionnement ou de transformation.

Le conditionnement

Le conditionnement consiste à éliminer les impuretés existantes en mélange dans la semence. Ces impuretés peuvent être:

- des graines d'autres espèces ou des graines de mauvaises herbes;
- des graines immatures, ridées, non bien remplis ou échaudées;
- des graines endommagées, cassées, fissurées, attaquées par les insectes ou les maladies. Ces semences auront donc une faible germination;
- des impuretés étrangères, cailloux, particules de terre, insectes, pailles, tiges, cosses, gousses, poussière. Ils ont tendance à retenir l'humidité et augmenter le poids des lots de semences;

L'objectif de l'opération de conditionnement est de mettre à la disposition de l'agriculteur une semence propre, sans maladie, ayant une haute capacité de germination, bien traitée avec des fongicides et insecticides adéquat, une semence donc propre à l'ensemencement.

L'opération de conditionnement est une opération complexe qui se fait à travers plusieurs étapes successives, réception des semences brutes, séchage pour diminuer le taux d'humidité, pré-nettoyage qui consiste à enlever les grosses impuretés, stockage intermédiaire, le nettoyage de base qui consiste à enlever le reste des déchets et impuretés, le tri qui consiste à homogénéiser le calibre et la taille des graines, stockage intermédiaire, l'application des traitements fongicides et insecticides par enrobage des semences et enfin le stockage définitif.

Cette dernière opération doit se faire en isolant à part chaque lot de semences. Les lots stockés doivent être suivis et conservés en très bon état sanitaire. Pour cela, des traitements sont périodiquement réalisés (chaque semaine ou quinzaine) par fumigation de façon à bloquer le développement des insectes, notamment les charançons qui sont les plus répandus.

Après l'opération du traitement, les semences doivent être emballées ou ensachées dans des sacs neufs et propres. Cette opération est suivie par celle du plombage et d'étiquetage qui est réalisée par un agent du service du contrôle technique de la DPVCTRF. Elle est la dernière opération de contrôle pour les semences certifiées qui seront vendues aux agriculteurs. Pour les autres générations (G2 à G4), le cycle de contrôle recommencera au cours de la campagne suivante et ainsi de suite jusqu'à atteindre le stade de la semence certifié.

La commercialisation

Cette opération consiste à faire connaître et mettre les semences à la disposition des agriculteurs. Des actions de promotion sont nécessaires pour faire connaître les performances des variétés pour chaque région ou zone agroécologique. Ces actions de promotion sont à conduire par les sociétés grainières chargées de la commercialisation.

Les semences adaptées à chaque région devraient être déposées dans des lieux au niveau local (CT, CMV, dépôts agrées) pour être accessibles aux agriculteurs. Les prix doivent être bien étudiés pour permettre aux agriculteurs d'acquérir la semence certifiée pour pouvoir améliorer leur production et participer ainsi au développement agricole.

Par Embarek RAHIM
Ingénieur Agronome, INRA, Rabat

 

Plan National Semencier: actions et mesures proposées

Sur le plan général(*)

- Renforcement des moyens financiers de l'INRA, pour régionaliser la création variétale et créer des variétés plus adaptées aux régions et productives sécuriser la production des semences de prébase (équipement hydro-agricole des stations de recherche).

- Doter le pays d'un centre national pour la conservation et l'utilisation des ressources phytogénétiques.

- Mise en place d'un plan d'action concerté, visant l'amélioration du taux d'utilisation des semences.

- Prise des mesures nécessaires visant à garantir les mêmes conditions de commercialisation pour tous les opérateurs de la filière (tranport, frais de stockage, utilisation des points de vente).

- Sauvegarde de la rentabilité de la filière par la prise en charge par l'Etat du déficit économique actuel pour certaines espèces présentant un intérêt stratégique.

- Création de structures interprofessionnelles: un comité consultatif groupant l'ensemble de la profession et l'administration, et un centre national des semences. Ces deux structures devront permettre à terme la mise en place d'une organisation interprofessionnelle définitive.

- Prise des mesures nécessaires sur les plans législatif et financier pour permettre la restructuration de la filière et la mise en place des structures interprofessionnelles proposées.

- Orientation des programmes de production de semence vers l'irrigué et le bour favorable afin d'augmenter les disponibilités et sécuriser l'approvisionnement.

- Organisation des sessions de formation au profit des techniciens et des multiplicateurs en matière de techniques de production des semences.


Sur le plan spécifique

Légumineuses Alimentaires

- Mise en place des actions appropriées, pour la lutte contre l'orobanche et le développement de la mécanisation de ces cultures.

Betterave à sucre

- Développement de l'utilisation des semences Monogerme: expérimentation pour l'affinement des techniques appropriées, formation et encadrement des techniciens et agriculteurs, mesures incitatives pour l'investissement à l'acquisition du matériel agricole et la création des sociétés de service.

- Production de semences nationales de betterave.

Tournesol

- Amélioration des conditions d'approvisionnement des agriculteurs: installation et multiplication des points de vente pour faciliter l'accès des agriculteurs à l'utilisation des semences certifiées – recherche de formules de préfinancement des semences – présentation des semences en petits emballages (10 Kgs) – maintien de l'exonération des droits et taxes à l'importation pour les semences hybrides de tournesol.

Pomme de terre

- Développement d'un programme national de production de semences de pomme de terre: programme de recherche en matière de techniques de production et de stockage – extension de la gamme des variétés pour une diversification et adaptation régionale –introduction d'une partie de la production nationale en montagne en vue de réduire la durée du stockage.

- Prise en charge par l'Etat d'une partie des frais de stockage de la production nationale, afin d'alléger les charges occasionnées par ce poste.

- Fixation, au début de chaque campagne, un programme d'importation en concertation avec les multiplicateurs et les importateurs, afin d'assurer un approvisionnement régulier du marché.

Potagères

- Développement d'un programme national de production de semences potagères, tenant compte des espèces prioritaires, des régions de production et des données du marché.

- Développement des actions de partenariat entre le secteur privé et les sociétés multinationales dans le domaine de production de semences maraîchères, afin de satisfaire les besoins nationaux et promouvoir les exportations de semences.

- Renforcement du contrôle à l'importation, afin d'éviter toute introduction éventuelle de semences ne répondant pas à la qualité requise.

- Maintenance par l'INRA des variétés du domaine public dans un cadre contractuel avec la profession.

- Assainissement du circuit de distribution des semences.

(*) (Valable aussi pour des céréales d'automne)

Mesures d'accompagnement (Légumineuses alimentaires)

- Développement de la coopération régionale et internationale dans le domaine des biotechnologies pour prospecter les opportunités offertes pour résoudre le problème de l'orobanche.

- Encouragement de la recherche publique et privée en ce qui concerne les aspects relatifs à la création variétale, à la lutte contre le parasitisme, à la mécanisation et à la qualité technologique.

- Multiplication des variétés du domaine public, notamment, la fève et les pois dans le cadre de contrat-programmes entre les organismes de recherche et les sociétés semencières.

- Orientation progressive des programmes de multiplication des prébases et bases vers les zones irriguées en vue de limiter les effets de la sécheresse et sécuriser la production des semences.

- Constitution d'un stock de sécurité en fonction des variétés et générations, dans le cadre de convention entre l'administration et les producteurs des semences.

- Elargissement des dispositions de la convention qui lie le Ministère de l'Agriculture et les Associations aux légumineuses alimentaires à l'instar des céréales d'Automne.

- Elaboration d'un plan de développement du secteur des légumineuses Alimentaires au niveau de la production pour induire la demande des semences sélectionnées.

- Soutien du secteur semencier en vue d'assurer une rentabilité aux niveaux des différents intervenants de la chaîne de production semences .

 

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Comments

controleur, le 17-11-2009 à 17:11:44 :

les fontomes du secteur semencier

Chaque fois que le sujet de la semence certifié est abordé par une partie ou une autre, on constate que le maillon le plus important dans le système semencier au Maroc est belle et bien bien négligé du fait qu'il est apparemment aussi le maillon le plus faible.

c'est vrai que l'obtention des nouvelles variétés capables de répondre aux attentes des utilisateurs est primordiale, que leurs propagation est aussi important afin de réaliser un taux de pénétration plus élevé que le taux actuel qui ne dépasse pas 10%, mais la partie et surtout physique, qui veille sur la garantie  de la qualité de ce produit tout au long de la machine semencière, depuis les tests préliminaires à l'inion au catalogue officiel jusqu'au produit final, se trouve dans un oubli total comme si ce travail n'est rempli que par des fontomes.

Derrière les 35000 ha  réalisée chaque année, pour la production des semences certifiées au Maroc  et qui doivent passer dès la campagne prochaine, à 50000 ha; se trouvent une trentaine de controleurs répartis à tarvers le Royaume et qui se trouvent la plupart du temps, et ce pour sauver la situation, à faire en plus des operations de controle,seule mission qui leur est dévolu par la loi, à faire aussi le travail des autres parties en matière d'encadrement et de vulgarisation.

En europe, un controleur ne doit pas dépasser 200 ha à controler par an, contre une moyenne de 1250 ha/controleur au Maroc, sans oublier les autres missions dont il est appellé à remplir en matière de suivi des tests préliminaires à l'inion,du controle à l'importation, du controle  des pépinières ect...

Dans touts les programmes de développement du secteur semencier, cet maillon est mis à l'oubli sur tout les plans et personne ne se souvient de lui qu'au moment où on a besoin d'un bulletin de controle aux champs, ou pour faire des prélèvement ou sceiller des sacs.

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