La banane africaine menacée. » maladies des plantes , agriculture et écologie

 La banane africaine menacée.

3/9/2009

 La banane africaine menacée.

 

La banane aide au renforcement de la sécurité alimentaire et du pouvoir d’achat des fermiers ruraux en Afrique au Sud du Sahara. Culture de rente de grande valeur, elle est au cœur des échanges commerciaux à l’échelle mondiale, quoique soumise aux ravageurs qui nuisent à sa santé et, par conséquent, à la qualité ainsi qu’à l’abondance de sa production. L’effort que déploient les chercheurs pour éviter aux producteurs d’abandonner cette filière du fait des maladies qui font baisser les rendements, le Dr Komi Fiaboé en discute avec Emmanuel Tachin. Par ma voix, ils vous souhaitent la bienvenue.

La contribution à la science de Dr Komi Fiaboé, jeune entomologiste ou médecin des plantes en service à l’IITA-Ouganda depuis quelques années, c’est l’intéressé lui-même qui nous l’expose brièvement.

 

Dr Komi Fiaboé:

«C’est d’étudier le rôle des insectes dans la transmission des maladies des bananes et la façon d’intervenir pour limiter leur impact. La maladie sur laquelle je travaille le plus, c’est la maladie bactérienne de la banane. C’est une maladie comme son nom l’indique causée par une bactérie appelée Xanthomonas Campestris Musacerum qui, au fait, bloque le système circulaire de la banane et le régime pourrit sans mûrir. Malheureusement, la transmission par les outils tels que le coupe-coupe et autres que le paysan utilise en coupant, en récoltant et en travaillant sur la banane mais au même moment un facteur important dans la transmission, c’est les insectes qui visitent les fleurs pour collecter du nectar, pour collecter le pollen accidentellement, parce que ce ne sont pas des ravageurs. Quand nous parlons de ces insectes, il s’agit par exemple de l’abeille mélifère qui fabrique le miel que nous prenons chaque jour. L’abeille va collecter le nectar sur la banane et en collectant le nectar sur un plant malade va visiter le second plant qui est sain et par accident transmet la bactérie qui met l’autre plant en danger ainsi de suite dans un champ et dans village, dans un canton ou bien dans toute une région toutes les plantations sont détruites. A cause de l’abeille qui, pourtant est un insecte bénéfique».

 

Animateur:

Est-ce que donc la solution serait d’éliminer les abeilles?

 

Dr Komi Fiaboé:

«Personne ne veut éliminer les abeilles et personne n’a intérêt à le faire, personne ne penserait le faire».

 

Texte de transition:

Souci réaliste, s’il en est, de nature écologique et économique, qui consiste à laisser vivre les abeilles pourvoyeuses de miel pour notre alimentation et garants pour partie de l’équilibre de notre écosystème. Sauf que dans ces conditions, les chercheurs ont dû proposer une autre alternative à travers deux méthodes qui semblent régler la question du rôle malheureux de vecteurs de maladies que jouent ces abeilles, insectes pourtant bénéfiques.

 

Dr Komi Fiaboé:

«La méthode actuellement utilisée au niveau de l’Ouganda et présentement recommandée, c’est d’enlever les fleurs males, les bourgeons males. Mais cela pose un autre problème. D’abord, l’insecte transmet non seulement la maladie par le bourgeon male mais aussi par le bourgeon femelle; bien que la transmission par le bourgeon femelle n’est pas aussi élevée que celle du bourgeon male. Ensuite, cela empêche les insectes qui visitent, parce qu’on n’a pas trouvé un autre plan a l’insecte. On a juste enlevé parce que nous nous sommes intéressés a la plante, ce qui est normal, on a donc enlevé le bourgeon, ce qui diminue dans l’environnement les ressources alimentaires de l’abeille et donc pour la production du miel et donc pour nous qui le consommons. Maintenant, ce que nous tentons de faire, c’est d’étudier la possibilité d’utiliser

des plants pièges comme on les appelle pour attirer ces insectes. Nous avons les abeilles mélifères, les abeilles sans dard, les guêpes, les mouches drosophiles, les petits insectes jaunes».

 

Animateur:

Ce sont essentiellement les grosses mouches qui dérangent en période de mangues…

 

Dr Komi Fiaboé:

«Les petites mouches qui nous embêtent au champ, surtout les drosophiles jaunes que nous retrouvons sur la banane et qui collectent le nectar. Ces insectes ne sont pas au fait des ravageurs. Donc, notre objectif est d’identifier des plantes qui leur procurent ce nectar, ce pollen aussi bien à l’abeille mélifère qu’a l’abeille sans dard et qui les attire et ou ils trouvent leur

nutrition pour ne plus venir dans notre champ ou bien sur nos plants de banane. Nous avons retrouve a l’est du Congo, par exemple, que l’abeille préfère les palmiers à huile. Des que vous avez des palmiers à huile proche de votre champ de banane, l’abeille n’y rentre pas et si elle rentre c’est pour chercher plutôt les palmiers a huile qui fleurissent. Ce qui veut dire qu’il y a la possibilité, sans endommager la nature, sans empêcher ces insectes de produire pour le paysan qui les élèvent aussi ou bien pour la nature, de protéger au même moment les plants de banane . C’est dans ce sens que nous voulons faire notre contrôle».

 

Texte de transition:

Empêcher par la ruse les abeilles d’avoir accès aux plantations de bananes en les désorientant vers d’autres objectifs est, entre autres, l’une des solutions envisagées. En cela, les chercheurs mettront à contribution dans leurs essais au champs ce qu’ils appellent les "plantes pièges" après avoir étudié au laboratoire des tas de trucs et d’astuces.

 

Dr Komi Fiaboé:

«C’est à la fois au laboratoire et au champ. Il y a une partie que nous faisons au labo et l’autre partie au champ. Nous avons étudié par exemple au labo la possibilité que la bactérie que l’insecte transporte sur le corps soit lavée dans son entrée dans sa ruche. Et on a vu qu’il y a un produit appelé propolis qui contient des anticorps qui permettent de laver le corps de l’insecte quand il rentre. Maintenant, comment l’utiliser dans la pratique, c’est aussi une partie qui s’étudie mais cette fois-ci sur le terrain. C’est la partie que nous allons étudier, l’année prochaine. Il y a l’autre partie qui est sur le champ. Quand je parlais de l’exemple de l’abeille mélifère qui visite plus les palmiers que la banane, et donc attirée par ces palmiers ne va pas visiter la banane, cela ne se fait pas au labo. Ce n’est qu’un travail sur le terrain, observation du terrain, visite… C’est ce que nous sommes en train de faire. Pour l’abeille mélifère au moins nous savons déjà, pour l’abeille sans dard nous sommes aussi en train de chercher les plantes qui l’attirent et nous ferons la même chose pour les guêpes qui sont aussi des vecteurs importants et pour les drosophiles. Nous ferons tout pour chaque espèce et nous verrons dans quelle mesure nous pourrons mettre en place un système de plante piège pour ces insectes».

 

Animateur:

Pourquoi mettez-vous l’accent sur ce type de plantes, qui sont des cultures de rente ? Est-ce cette raison qui vous motive à travailler sur ce genre de maladie?

 

Dr Komi Fiaboé:

«Quand on approche la banane et le plantain en étant du côté ouest africain, on ne voit pas toujours l’importance capitale de la banane. Il faut aller vers un pays comme l’Ouganda ou je réside pour comprendre que la banane n’est pas seulement quelque chose qu’on prend quand on finit de manger mais c’est la nourriture elle-même. Du matin, au petit déjeuner, a midi, le soir, c’est au fait de la banane trois plats bien variés».

 

Animateur:

Peut-être aussi au goûter!

 

Dr Komi Fiaboé:

«Voilà ! Il y a la banane a cuir, il y a la banane dessert, il y a le plantain et il y a même la banane de bière. Nous avons donc plusieurs types de banane et plusieurs types d’utilisations de la banane. L’Ouganda, est le premier producteur de banane en Afrique et le 2 e au monde en terme de volume de production».

 

«En terme de consommation de banane, les Ougandais sont les premiers au monde, a cause de l’importance de la banane chez eux. Donc, une contrée comme l’Ouganda, le Rwanda, le Burundi qui fait toute sa bière avec la banane, et autres on ne s’amuse pas avec la banane avec surtout une maladie comme la maladie bactérienne qui, quand elle rentre dans la plantation vous donne 0% de récolte. Vous n’avez rien parce que toute la plantation est détruite. C’est pour cela que nous sommes actuellement bases de l’autre cote, mais aussi la maladie se limite a ce niveau pour l’instant. Elle se limite à l’Afrique jusqu'à l’est du Congo Démocratique (RDC) et notre objectif, c’est de pouvoir limiter la maladie a ce niveau, la stopper, la maîtriser et éviter qu’elle ne

puisse progresser vers l’ouest».

 

Animateur:

Pour sa propagation, on est inquiet. Est-ce que vous n’êtes pas aussi inquiet de ne pas avoir un délai butoir pour livrer le fruit de vos recherches?

 

Dr Komi Fiaboé:

«Nous espérons tout simplement trouver la solution d’ici la, pour contenir la maladie afin que cela ne se propage. C’est tout ce que nous pouvons dire. En ce qui concerne l’impact sur les paysans, c’est dans ce sens que l’IITA travaille dans la recherche pour nourrir les paysans. La banane comme je le disais tantôt est une grande production en Afrique de l’est et où les gens sont de grands consommateurs. Mais la bonne nouvelle, c’est que l’Afrique de l’ouest est la meilleure exportatrice de banane du continent, bien que au quotidien, les gens de l’ouest ne sont pas de vrais consommateurs. C’est vrai que l’Ouganda produit plus, mais le Cameroun exporte plus de bananes, plus de plantains en Afrique et avec la Cote d’Ivoire et le Ghana qui vient à sa suite. Donc, on exporte de la banane et on rapporte des devises».

 

Animateur:

Des devises… Vous parlez de l’argent au fait pour les budgets nationaux?

 

Dr Komi Fiaboé:

«Non seulement pour les budgets nationaux mais pour les poches du paysan qui a produit la banane et qui l’a exportée».

«Si nous a cet objectif de produire plus de banane en Afrique de l’ouest, donc nous créons aussi de l’argent pour les paysans. Et notre objectif, c’est de faire des paysans des businessmen pas

des pauvres comme ils le sont actuellement».

 

Animateur:

Aurez-vous les moyens financiers nécessaires de poursuivre vos recherches à terme?

 

Dr Komi Fiaboé:

«Le problème qu’on a souvent c’est celui du financement qui s’arrête en milieu de recherche où vous n’avez ni atteint vos buts ni n’êtes au début et ou vous avez des moities de résultats sous

la main qui ne peuvent être utiles a personne. La tendance actuelle est d’arriver a financer de gros projets sur de longues périodes afin de permettre d’arriver au terme des recherches. Nous espérons que les bailleurs de fonds, certains sont déjà convaincus, en seront convaincus pour l’avenir, soit pour la recherche au niveau de l’IITA qu’au niveau des autres centres et instituts.

Mais surtout que nos gouvernements aient une vision lointaine de la recherche. Les fruits de la recherche ne sont pas des choses que l’on découvre un matin au réveil. Nous espérons ainsi aussi que nos gouvernements africains et ceux de l’Afrique de l’ouest particulièrement comprennent l’enjeu pour accepter de mettre de l’argent au service de la recherche».

 

Animateur:

Dr Komi Fiaboé, nous souhaitons que votre appel soit entendu et que nos leaders et nos gouvernements comprennent enfin l’importance d’avoir des chercheurs disponibles, toujours au travail

Ainsi prend fin notre magazine consacré aux efforts de recherche contre les maladies bactériennes qui ravagent la banane et dont s’occupe le Dr Komi Fiaboé. Emmanuel Tachin et moi, nous vous disons merci de votre attention

 

Réalisateur-présentateur: Emmanuel S. TACHIN

(Communication Office, IITA-Ibadan)

International Institute of Tropical Agriculture – Institut international d’agriculture tropicale – www.iita.org

 

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