Semis Direct : Produire autrement, défi ou nécessité ? » maladies des plantes , agriculture et écologie

 Semis Direct : Produire autrement, défi ou nécessité ?

27/7/2009

Semis Direct : Produire autrement, défi ou nécessité ?

Le Semis Direct (SD) consiste à semer directement dans un sol qui n’est pas travaillé. Seul un petit sillon est ouvert avec des outils spécialement conçus.

Le travail mécanique du sol est remplacé par l’activité biologique des plantes. La couverture du sol par les résidus de la culture précédente sert de protection et maintient l’humidité nécessaire aux semis. Les racines des plantes empêchent le sol de se compacter permettant ainsi à l’eau et à l’air de circuler plus facilement.

La technologie repose également sur une rotation plus longue des cultures en introduisant par exemple des oléagineux tel que le colza et en laissant une place aux légumineuses productrices de quantités d’azote non négligeables.

Le Semis Direct dans le monde

Le Semis Direct connaît un formidable succès au niveau mondial avec plus de 100 millions d’hectares répartis sur l’ensemble de la planète: États-Unis, Brésil, Canada, Argentine, Australie, Europe, Pakistan, Chine et sans oublier les pays du Bassin Méditerranéen et parmi eux le Maroc.

Face aux sécheresses successives, à l’envolée des cours du pétrole et à la demande croissante de denrées alimentaires, il convient de trouver des solutions: le Semis Direct peut probablement en être une.

La mécanisation de l’agriculture a donné naissance au labour afin d’enfouir les résidus qui rendaient les semis difficiles. La conception de semoirs spécifiques et la disponibilité de nouveaux herbicides, qui permettent aujourd’hui de gérer au mieux les résidus, contribuèrent au développement du Semis Direct et ce, en plusieurs étapes.

En 1940, l’arrivée de la molécule 2-4-D a permis les premières tentatives aux États-Unis de semis sans préparation de sol.

En 1960, la diffusion du Paraquat a donné un essor remarquable au Semis Direct dans le continent Nord Américain.

Puis, la mise sur le marché du Glyphosate dans les années 1970, renforcée par les expériences menées aux États-Unis principalement, ont permis au Semis Direct de se développer d’abord en Amérique du Sud puis dans le reste du monde.

Dans le même temps, les constructeurs de machines agricoles fabriquent et mettent au point des semoirs spécifiques Semis Direct capables de réaliser un semis sur un sol non travaillé avec des végétaux en surface.

De nombreux instituts de recherche agronomique affinent leurs travaux sur le Semis Direct en allant progressivement vers les SCV (Semis sous Couvert Végétal).

L’adoption du système Semis Direct se fait pour des raisons économiques, agronomiques mais aussi par des contraintes climatiques.

Dans les zones tropicales avec des pluviométries importantes (2000 mm voire plus), le climat ne permet pas de travailler le sol à temps et en conditions optimales, le Semis Direct donne alors la possibilité de semer aussitôt après la récolte de la culture précédente (par exemple du blé après du maïs grain).

En zones semi-arides, tel que le Maroc, avec des pluviométries très faibles et souvent mal réparties, la technique SD permet d’effectuer des semis à sec et de profiter ainsi des premières pluies.

En Europe de l’Ouest, l’agriculture de conservation occupe une place différente selon la situation géographique des pays qui ont des pluviométries très hétérogènes. Actuellement, les pays de l’Europe de l’Est et les États de l’ancienne Union Soviétique s’approprient progressivement la technique du Semis Direct pour faire face à une très courte période végétative due aux hivers longs et rigoureux.

Le Semis Direct au Maroc

C’est dans le cadre d’un accord de coopération entre l’USAID (Agence Américaine de Développement) et l’INRA (Institut National de Recherche Agronomique) que le Centre d’Aridoculture de Settat a pris naissance du SD. Grâce à cette collaboration, les recherches sur le Semis Direct débutent en 1982 sous la conduite du Dr. Abderrahmane Bouzza et son équipe qui ont fait un travail de recherche remarquable sur le Semis Direct.

Les essais en station ont donné des résultats significatifs à la faveur du Semis Direct qui ont servi de base à la diffusion de la technique au sein de la coopérative de Khémisset Chaouïa dans le cadre d’un accord de coopération entre l’INRA de Settat et l’association FERT (Association Française de Développement International).

En 2005, le Domaine Agricole de Sidi-kacem accepte de faire un essai avec un semoir à disques Kuhn sur une parcelle de 10 hectares en blé tendre ayant un précédent pois chiche.

En 2006, sur la même parcelle, l’essai a été reconduit en blé tendre avec un résultat significatif puisque le semis conventionnel n’a rien donné alors que le Semis Direct a produit 10 quintaux par hectare.

En 2006 et 2007, plusieurs autres essais ont été mis en place, toujours avec un semoir Semis Direct Kuhn, chez la famille Zine El Abidine de Meknès, dans trois grandes exploitations des Domaines Agricoles, une grande exploitation du sud du Maroc ainsi que chez des agriculteurs de Had Bouhassoussem avec l’appui de la Coopérative Agricole de Meknès et FERT (France).

Suite aux résultats significatifs obtenus en 2007, le Domaine Agricole de Sidi-kacem et Aziz Zine El Abidine ont fait le choix d’acquérir chacun un semoir Semis Direct Kuhn combiné (semences et engrais) avec lesquels ils ont fait plus de 1000 hectares pour la saison 2007-2008.

Le système Semis Direct se conçoit dans une globalité agronomique de l’exploitation et autour d’une synergie de compétences et d’expériences entre chercheurs, opérateurs économiques, institutions et surtout des agriculteurs.

Le Semis Direct représente une alternative doublement gagnante permettant à la fois d’augmenter le revenu agricole tout en améliorant la conservation des eaux et des sols, et en atténuant les variations de production.

Michel Raguin, Consultant en agronomie

Source : http://www.vulgarisation.net

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