Chercheurs algériens... ce qui va changer » maladies des plantes , agriculture et écologie

 Chercheurs algériens... ce qui va changer

24/7/2009

Chercheurs algériens... ce qui va changer

Un entretien avec le Professeur Abdelhafid Aourag, directeur général de la Recherche scientifique et du développement technologique

Les assises nationales sur la recherche scientifique des centres et unités de recherches, organisées le 14 juillet à Alger, ont été clôturées jeudi à la faveur d’un nombre important de recommandations émanant de la communauté des chercheurs eux-mêmes. C’est la direction  générale de la recherche scientifique et du développement technologique, une instance à laquelle l’Etat a confié le rôle de booster le secteur de la recherche en Algérie qui a organisé ces assises. Organisées pour la première fois en Algérie dans un nouveau contexte socioéconomique marqué par les nouvelles mutations du pays, ces assises ont été l’occasion pour les chercheurs et les centres de recherches de cerner les différentes contraintes qui n’ont pas permis à la recherche de décoller.   Les conditions de l’évolution du chercheur, les aspects réglementaires et pédagogiques ont été au menu de ces assises.

Le Professeur Abdelhafid Aourag est le directeur général de la recherche scientifique et du développement Technologique (DG.DRST). Il est le pur produit de l’université algérienne. Il a aussi évolué dans d’autres universités étrangères, notamment européennes et américaines. Connu mondialement et réputé pour ses travaux, notamment à la NASA, il a obtenu plusieurs distinctions internationales et nomminé pour le prix Nobel de physique en 2006. Il se confie à El Moudjahid.

Est-ce que vous estimez avoir atteint les objectifs recherchés à travers ces assises?
Les assises constituent à notre sens un véritable apport supplémentaire pour voir un peu la situation de la recherche au niveau des centres et unités de recherches en Algérie. Il est en effet fondamental d’avoir des repères à même de nous permettre d’engager dans le futur une stratégie. Celle-ci doit puiser sa force d’abord en prenant en ligne de compte les problèmes posés au niveaux de ces centres et unités de recherche ainsi que ceux du chercheur également. Il est donc clair que pour nous il s’agit d’associer tout ce monde à la définition de cette stratégie. Ceci dit, nous avons compté sur une collectivité de chercheurs qui ont longtemps travaillé ensemble, qui ont derrière eux une longue expérience, franchi toutes les étapes du monde de la recherche en Algérie et  qui connaissent les contraintes qui ont fait que la recherche n’a pas démarré dans notre pays. Donc à notre grande satisfaction  l’objectif principal recherché  à travers l’organisation de ces assises a été atteint dès lors que nous avons d’abord réussi à réunir la communauté nationale des chercheurs, à fédérer l’ensemble des compétences du pays, mais surtout à voir comment chacun, à partir de son secteur, peut contribuer au développement de la recherche, non pas par rapport à sa vision individuelle, mais plutôt dans une logique de fonctionnement multifonctionnel. Il y a donc nouvelle donne, en ce sens que la recherche en Algérie évoluera désormais dans le cadre d’une stratégie ou l’on s’attellera à agir par rapport à la concrétisation des objectifs socioéconomiques du pays. Cette nouvelle stratégie sera définie après que nous aurions pris en ligne de compte l’ensemble des problèmes socioéconomiques posés et qui consistera à engager les projets de recherche pouvant servir de base à la solution de ces problèmes.

Et l’on parle justement des 34 programmations de recherche qui ont été établis dans le sens qu’ils sont considérés comme prioritaires pour le pays. Sur quelle base ont été retenus les critères du principe de la priorité ?
Ces 34 programmations de recherche projets ne constituent pas une finalité en eux-mêmes, mais plutôt des repères. En réalité ces programmes reflètent la structure institutionnelle du pays en termes de secteur. Cela veut dire qu’à l’image des secteurs de l’eau, l’énergie, l’environnement, l’urbanisme, ou autres, chaque ministère a son programme. Pour la priorisation, elle est basée sur deux aspects. Il s’agit d’abord du besoin crucial du pays. Est-ce l’eau, l’agriculture ou autre…  Par exemple, je ne saurais m’engager sur l’agriculture si préalablement je n’ai pas réglé le problème de l’eau. Le deuxième aspect est lié aux compétences existantes. Est-ce que, par exemple, en matière de biotechnologie, nous avons une masse critique de biotechnologues qui peuvent répondre à nos besoins en agriculture, en médecine ou en santé animale etc. . Cela veut dire qu’il y a là une équation paramétrique entre le besoin prioritaire et la disponibilité des ressources humaines à engager pour tel ou tel programme. C’est pour cela que notre pays est doté d’un Conseil national de la recherche scientifique et du développement technologique, une instance suprême présidée par le Premier ministre, laquelle aura, à elle seule, à décider de la priorisation. Pour notre part, nous donnerons à cette instance toutes les formulations et les paramètres qui pourront exister afin qu’elle puisse choisir le programme de l’année.

Dans ce souci de résoudre les problèmes prioritaires posés au citoyen et au pays l’externalisation ou le partenariat, sont-ils envisagés pour la mobilisation des compétences humaines, d’autant plus que nous sommes à l’heure de la mobilité ?
Vous savez bien que la recherche scientifique est universelle, et pour nous là où il y a la compétence, il faudrait aller la chercher où qu’elle soit. La recherche, c’est la compétitivité, et celle-ci ne saurait être confinée à une région. C’est pour cela que nos chercheurs sont appelés à évoluer dans une logique de compétitivité et dans un contexte de synergie des compétences internationales. Evidemment, cela ne saurait dire que tout chercheur étranger est compétent. La compétence ne vaut que par rapport à des critères universels mondialement admis et reconnus. Et l’Algérie a besoin de cette espèce de compétences qui se distinguent sur le plan universel, c’est-à-dire celles qui font la différence dans toutes les universités du monde. Elles valent donc non pas par leur poste mais par leur apport scientifique universel. A ce titre nous travaillons d’ailleurs sur deux textes, en ce sens que, pour les compétences algériennes à l’étranger, nous voulons les associer dans nos structures. A l’image de nombreux pays émergent, l’on perçoit que la fuite des cerveaux n’est pas une perte pour le pays mais une capitalisation. Le principe est d’admettre que la compétence nationale soit à l’étranger, tout en l’associant à nos structures. Autrement dit, il s’agit de créer  un cadre réglementaire aux compétences algériennes à l’étranger, de manière à participer ou adhérer aux programmes nationaux dans les différentes structures de recherche. Cela permettra également d’inscrire les publications des  Algériens sur le compte de l’Algérie, ce qui est important pour notre pays qui se verra, de la sorte, conforté davantage dans son rang et son poids dans le contexte de la recherche universelle. Aujourd’hui, quand on fait appel à un Algérien à l’étranger, nous lui assurons les mêmes conditions pédagogiques et matérielles et la même rémunération. La majorité de ces Algériens auxquels on a fait appel ont d’ailleurs accepté de venir. Le fait nouveau c’est que cette association des compétences à l’étranger est institutionnalisée et inscrite sur un plan de traçabilité claire et fiable. Ce sont là en réalité des actions qui concrétisent notre démarche portant sur l’organisation du transfert de technologie. Et cela ne veut pas dire que les Algériens qui sont restés dans leur pays ne sont pas compétents. Bien au contraire nous avons chez nous des compétences dix fois plus valorisables que d’autres et qui opèrent dans des grandes universités dans le monde.

Vous évoquez souvent la Chine comme modèle en la matière, un pays qui consacre néanmoins près de 2,5 % de son PIB, soit 45 milliards de dollars…
Il y a un début à tout. Les chercheurs chinois ont aussi connu une étape de disette et ont évolué, tout simplement en développant le génie de transfert de technologie avant de le maîtriser et d’aller vers la création de leurs propres industries, leurs propres licences et leur propre robotique. Pour l’Algérie, ce n’est pas une question d’argent  mais plutôt de démarche et de stratégie porteuse de résultats pour le bonheur des citoyens et du pays. Il est donc grand temps de dépenser utile et dans un souci d’efficacité.

Ce n’est pas la première fois que l’Etat fait appel aux compétences algérienne à l’étranger. Qu’est-ce qui a changé par rapport à aujourd’hui ?
Aujourd’hui on officialise cette relation entre le chercheur résidant en Algérie et  celui résidant à l’étranger, voire les institutions algériennes ayant en charge le secteur de la recherche. Le chercheur évolue donc dans le cadre d’un système national de la formation et de la recherche, il aura  un statut et sera comptabilisé sur l’effectif des chercheurs algériens en tant que tel. Donc il aura ainsi une reconnaissance de l’Etat d’être associé officiellement à une structure de formation et de recherche.

EM

 

Source : http://www.elmoudjahid.com

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