La mineuse de la tomate - cycle évolutif et stratégies de protection des tomates de serre » maladies des plantes , agriculture et écologie

 La mineuse de la tomate - cycle évolutif et stratégies de protection des tomates de serre

20/7/2009

La mineuse de la tomate - cycle évolutif et stratégies de protection des tomates de serre

Introduction

La mineuse de la tomate [Keiferia lycopersicella (Walsingham)] est essentiellement un ravageur des régions tropicales et subtropicales de la planète. Aux États-Unis, sa présence a été signalée dans plusieurs états du sud, tels la Californie et la Floride. En dehors des États-Unis, on l’a également signalée dans des pays comme Hawai, Haïti, le Mexique, le Pérou, Cuba et les Antilles. Au Canada, la mineuse fut observée pour la première fois en 1946. En Ontario, ses premières manifestations chez les tomates de serre datent de 1991 et, depuis, quelques serres sont infestées chaque année.

Plantes hôtes

Les cultures de la famille des solanacées, comme la tomate, la pomme de terre et l’aubergine, sont les plantes hôtes de prédilection de la mineuse de la tomate. En revanche, d’autres espèces de la même famille comme le poivron et le tabac ne sont pas favorables au développement de ce ravageur. Certaines mauvaises herbes de la famille des solanacées, comme la morelle de la Caroline (Solanum carolinense L.), peuvent servir d’hôtes secondaires.

Description des dommages

La mineuse de la tomate s’attaque également aux feuilles et aux fruits de la tomate. Les galeries que ses larves creusent à l’intérieur des feuilles sont les lésions les plus communes. Au début, la galerie est longue et étroite , mais elle s’élargit ensuite et prend la forme d’une tache boursouflée. Vers la fin de leur développement, les larves replient parfois les feuilles en deux ou tissent deux feuilles ensemble, entre lesquelles elles continuent de se nourrir, provoquant l’apparition de larges taches. Lorsque l’infestation est grave, toutes les feuilles sont attaquées, ce qui donne aux plants un aspect « grillé » .Les plants de tomates peuvent subir des dommages plus directs quand certaines larves âgées rentrent dans les fruits qui se trouvent à leur portée en creusant une galerie au-dessous du calice. L’entrée des galeries est un très petit trou d’épingle qui est marqué par la présence d’un petit tas de « sciure », qui sont les excréments de l’insecte .Les entrées des galeries situées sous le calice sont très discrètes et peuvent passer facilement inaperçues au moment de la mise en conserve. Il arrive aussi que les larves creusent des galeries dans les flancs des tomates lorsque l’infestation est forte.

Cycle évolutif et moeurs

Le cycle évolutif de la mineuse de la tomate comporte quatre stades (oeuf, larve, pupe, adulte) et se déroule en 26 jours lorsque la température varie de 24 à 26 oC, et en 100 jours lorsqu’il fait de 10 à 13 oC. La mineuse de la tomate ne serait pas capable de survivre aux rigueurs de l’hiver canadien en lieu non abrité. Cependant, il semble qu’elle puisse survivre à l’abri des résidus de culture laissés sur le champ ou dans d’autres zones refuges.

Sitôt éclose, la larve rampe à la surface de la feuille pendant un court laps de temps jusqu’à ce qu’elle trouve un point qui lui permette de se faufiler dans le limbe et elle se met à dévorer les tissus situés entre les deux épidermes de la feuille. Elle se nourrit à l’intérieur de sa galerie jusqu’à mi-développement, puis elle sort pour parfois replier la feuille sur elle, ou rapprocher deux feuilles en les entourant de fils qu’elle sécrète de sa bouche. Dans cet abri, la larve continue de ronger les tissus internes des feuilles et les galeries ainsi creusées apparaissent sous forme de taches. Quand les plants portent des fruits, les larves peuvent choisir de s’y installer au lieu de replier les feuilles. Le nombre de larves qui pénètrent dans les fruits est d’autant plus grand que la densité de la population est élevée. Les larves parvenues à la fin de leur développement se suspendent à un fil et se laissent tomber jusqu’au sol où elles réaliseront leur nymphose, mais cette étape peut aussi se produire à l’abri d’un coin de feuille replié et à l’intérieur d’un fruit. Dès la sortie de la coque de nymphose, les adultes s’accouplent, pondent des oeufs et le cycle recommence. L’accouplement a lieu de 24 à 48 heures après la sortie des adultes et la plupart des oeufs sont pondus quelques jours seulement après. Les adultes se cachent pendant le jour et se mettent à voltiger parfois dans tous les sens si l’on remue les feuilles situées près du sol. Le vol des adultes et la ponte des oeufs commencent d’ordinaire à la tombée du jour et se poursuit toute la nuit si la température est supérieure à 16 oC.

Description des stades de développement

Oeufs

Les oeufs sont pondus isolément ou en petits tas de trois à sept, pour la plupart sur les feuilles du sommet du plant, tant sur le dessus que sur le dessous (figure 5). L’oeuf est de forme ovale et très petit (environ 0,4 mm de long). Il est de couleur blanc nacré au début, puis devient jaune pâle avant l’éclosion. Le stade de l’oeuf dure de quatre à huit jours lorsque la température est de 22 à 24 oC.

Larve

La larve connaît quatre mues. Au sortir de l’oeuf, elle est minuscule (environ 0,7 mm de long), sa tête globuleuse est brun foncé et son corps couleur crème. À la fin du stade larvaire, elle mesure de 6 à 8 mm de long et porte des tachetures brunâtres ou violacées le long du corps (figure 6). De façon caractéristique, les larves sont très actives et se tortillent quand on les touche. Le stade larvaire dure dix jours lorsqu’il fait de 24 à 26 oC.

Pupe

La nymphose se déroule dans un cocon aux fils peu serrés que la larve peut installer dans plusieurs types d’endroits, notamment sous des débris à même le sol, juste sous la surface du sol, dans une feuille repliée, sur les fils qui servent à tuteurer les plants de tomates, ou rarement, dans les fruits. La pupe, en forme de fuseau, est d’abord verdâtre, puis elle change rapidement pour prendre une couleur châtain foncé (figure 7). Le stade de la pupe dure de huit à 20 jours selon la température.

Adulte

L’adulte ressemble à la mite des vêtements par la taille et la couleur. Elle est de couleur gris brun et mesure de 6 à 8 mm de long (figure 8). L’adulte vit de sept à neuf jours à une température de 24-26 oC, et environ 23 jours à une température de 13 oC.

Stratégies de lutte

Le meilleur moyen de se prémunir contre la mineuse de la tomate consiste à conjuguer plusieurs stratégies, qui sont les suivantes :

1. La surveillance est essentielle pour détecter l’apparition des adultes et éviter la multiplication. La surveillance la plus efficace consiste en une inspection hebdomadaire des pièges à phéromone que l’on place dans la serre pendant toute la saison de végétation pour détecter les adultes mâles. Les pièges doivent se trouver au même niveau que le sommet des plants (figure 9). Rappelons que les leurres à base de phéromone dont on garnit les pièges doivent être renouvelés régulièrement conformément aux instructions du fabricant.

2. L’hygiène – L’enlèvement complet d’une culture infestée par la mineuse de la tomate est la condition essentielle pour éviter ou du moins réduire au minimum les risques de réinfestation d’une récolte à l’autre. Il faut veiller à ce que tous les débris des cultures soient parfaitement détruits par incinération ou enfouissement profond. Lorsque les pupes se retrouvent enfouies sous au moins 7 à 9 cm de terre, la sortie des adultes se fera plus difficilement. Voir la fiche technique intitulée Mesures d’hygiène recommandées pour combattre les insectes et les acariens chez les légumes de serre, commande no 94-030.

3. Ramassage de la mineuse à la main – En inspectant régulièrement la culture dès le tout début, en enlevant à la main et en détruisant les feuilles infestées, on peut limiter l’importance des populations voire l’éviter.

4. Désinfection des caisses – Veiller à ce que les caisses ou les boîtes qui ont servi à une opération soient soigneusement désinfectées avant d’être réutilisées pour l’opération suivante. Les adultes, les feuilles infestées ou les fruits laissés dans les caisses peuvent servir de source d’infestation.

5. Lutte biologique – Les résultats d’études menées au Centre de recherches sur les cultures abritées et industrielles, à Harrow en Ontario, donnent à espérer que certaines espèces de Trichogramma (figure 10) peuvent être de bons auxiliaires de lutte biologique contre la mineuse de la tomate, à condition d’appuyer leur action par d’autres mesures de lutte.

6. Confusion sexuelle – Il est possible de désorienter les mâles de la mineuse de la tomate qui sont à la recherche des femelles en diffusant lentement dans l’atmosphère une phéromone sexuelle de la mineuse. En empêchant les mâles de repérer les femelles, on empêche l’accouplement. Quand les populations de mineuse de la tomate sont faibles, et qu’il n’y a aucune source voisine d’infestation, l’emploi de la technique de la confusion sexuelle est efficace pour empêcher la prolifération. Cette technique est donc intéressante dans les cultures commerciales.

7. Pièges lumineux – La mineuse adulte est attirée par la lumière et on peut se procurer dans le commerce des pièces lumineux qui contribuent à réduire la population

Références bibliographiques

Elmore, J. C. et A. F. Howland. 1943. Life history and control of the tomato pinworm. Ministère de l’Agriculture des États-Unis, bulletin technique 841.

Neiswander, R. B. 1950. The Tomato Pinworm. Ohio Agr. Exp. Sta. Wooster, Ohio Research Bull. 702.

Shipp, J. L., K. Wang et G. Ferguson. 1998. Evaluation of commercially-produced Trichogramma spp. (Hymenoptera: Trichogrammatidae) for control of Tomato Pinworm, Keiferia Lycopersicella (Walsingham) (Lepidoptera: Gelechiidae) on greenhouse tomatoes. Can. Ent.: (soumis).

Thomas, C. A. 1936. The tomato pinworm (Gnorimoschema lycopersicella Busck). Pa. Ag. Expt. Sta. Bull. 337.

Wang, K. G. Ferguson et J. L. Shipp. 1998. Incidence of Tomato Pinworm, Keiferia lycopersicella (Walsingham) (Lepidoptera: Gelechiidae) on greenhouse tomato in southern Ontario and its control using mating disruption. Proc. Ent. Soc. Ont.: (sous presse)

Nous remercions le Secrétariat d’État pour sa contribution financière à la réalisation de la présente fiche technique.

Redacteur :

Gillian Ferguson - spécialiste de LI dans les légumes de serre/MAAO;

Dr. Les Shipp - entomologiste/Agriculture et Agroalimentaire Canada


 Source : http://www.omafra.gov.on.ca

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