10/7/2009
Variétés de blé adaptées
au Nord-Ouest du Maroc
Introduction
Le blé dur et le blé tendre sont
des cultures prioritaires dans le périmètre du Loukkos, occupant 43% de
l'assolement, soit une superficie de
Peu d'études ont été consacrées
aux problèmes de la céréaliculture dans le Nord-Ouest du Maroc, notamment pour
l'identification des variétés de blé les plus adaptées à cette zone. La
problématique de la céréaliculture dans cette région, telle qu'elle a été
formulée par l'ORMVAL, peut être résumée comme suit:
- Les variétés de blés utilisées actuellement
dans la zone sont de type semi-précoces produites pour d'autres régions
céréalières du pays n'ayant pas les mêmes caractéristiques pédo-climatiques que
celles du Nord-Ouest du pays. La moyenne régionale des rendements du blé tendre
et dur est très en deçà du potentiel du Loukkos.
- En raison de la pluviosité des
mois de novembre et décembre, les semis sont en général effectués assez
précocement, en début novembre. Ceci fait que les variétés arrivent à maturité
au mois de mai qui est généralement pluvieux. Certaines années, ces pluies
peuvent provoquer des pertes de qualité du grain et des germinations sur épi,
en plus d'une poussée de mauvaises herbe gênant la récolte et occasionnant des
pertes en grains.
C'est pour ces raisons que
l'Office Régional de Mise en Valeur Agricole du Loukkos a initié un programme
de recherche appliquée visant la mise en évidence de variétés de blé dur et de
blé tendre, adaptées au Nord-Ouest du Maroc. Les variétés adaptées devraient
avoir les caractéristiques suivantes:
- Un fort potentiel de rendement
capable de s'extérioriser avec les conditions édapho-climatiques très
favorables de cette région;
- Une résistance aux maladies
cryptogamiques, particulièrement prévalantes en raison de la proximité du
littoral atlantique et de l'importance de la pluviométrie;
- Une longueur de cycle adaptée,
de façon à ce que la maturité n'intervienne qu'après l'arrêt des pluies.
En partant de ces considérations,
l'objectif de cette étude est d'expérimenter dans le périmètre du Loukkos un
certain nombre de variétés de blé dur et de blé tendre à haut potentiel de
rendement, et qui présentent une large gamme de maturité et de résistance aux
maladies cryptogamiques, afin d'identifier celles qui s'adaptent le mieux aux
conditions du nord ouest marocain, et particulièrement le Loukkos.
Méthodologie
Au total, 23 variétés de blé dur
et 25 variétés de blé tendre ont fait l'objet d'essais installés dans deux
sites (Mrissa et Rissana) et pour deux campagnes agricoles 98-99 et 99-00. La
station Mrissa est située au niveau de la plaine, avec un sol de type Dehss et
un climat partiellement sous influence océanique. La station Rissana est située
au niveau du plateau avec un sol de type Tirs et un climat continental.
Les essais de blé à la station
Mrissa, où les maladies se sont développées, ont reçu sur la moitié de chaque
parcelle un traitement antifongique (Impact RM, 1 litre/ha) à 2 reprises après
l'épiaison. Les essais de la campagne 1999 dans les deux stations ont été
semées en ligne (manuellement) les 12 et 13 novembre 1998. Ceux de la campagne
2000 ont été semé avec un semoir de précision du 8 au 10 novembre 1999. La
densité de semis était pour tous les essais de 145 Kg/ha.
Tous les essais ont reçu au semis
l'équivalent de 42 unités/ha de P2O5 et 100 unités/ha de K2O, de façon à
s'assurer un approvisionnement correct et non limitant en phosphore et en
potassium. Par ailleurs, les essais de la station Mrissa ont reçu l'équivalent
de 180 unités/ha d'azote. Ceux de la station Rissana, ont reçu l'équivalent de
135 unités/ha d'azote. La quantité totale d'azote a été fractionnée en 3
apports: semis, début tallage et début montaison (stade épi
Les essais ont été désherbés une à
deux fois, selon le degré d'infestation par les mauvaises herbes, avec un
anti-dicotylédone (Printazol 75). En 1999, les essais de la station Mrissa ont
en plus reçu une application d'un anti-graminée.
Résultats
Performances des
variétés de blé dur
Variation du rendement
L'analyse de la variance du
rendement de vingt deux variétés de blé dur durant les campagnes 1999 et 2000
dans deux sites différents, révèle un effet significatif de l'année, du site,
du génotype et de l'interaction 'génotype x site'. Ainsi, il y a eu différence
entre années, entre sites, et entre variétés. L'année
Les variétés ont gardé leur rang
dans les deux années, mais par contre, il y a eu changement de rang, selon le
site. L'interaction 'génotype x essai' significative, a été due en gros à
l'interaction 'génotype x site', plutôt que 'génotype x année'. La part de la
variation du rendement due à l'interaction 'génotype x essai' a été faible,
comparée à la variation entre années ou entre sites. Bien qu'il y aie de
grandes différences entre les années et les sites, les variétés ont
relativement conservé leur rang, indépendamment de l'année ou du site. Les
meilleures variétés restaient toujours les meilleures, et les mauvaises
restaient mauvaises, indépendamment de l'année. Ceci semble indiquer que le
climat du Loukkos est relativement stable, à en juger des résultats de ces
essais. L'analyse des moyennes serait un indicateur suffisant pour classer les
variétés de point de vue productivité.
Différences entre variétés
Les rendements de blé dur et
l'indice de supériorité, qui indique la stabilité dans la haute performance,
sont au tableau 1. Les variétés de blé dur les plus performantes, moyenne de 5
essais, ont été, en ordre décroissant, Sarif, BD98A1-16, Ourgh, BD98I1-26,
Tarek, Sebou, Yasmine, Anouar, Amjad, Jawhar, BD98A1-18, et BD98A1-19, avec des
rendements entre 49,8 et 43,8 qx/ha. La variété témoin Karim a donné 43,5
qx/ha, soit 54% plus productive que l'ancienne variété Oued Zenati (BD2909). La
variété Oum Rabia, qui est aussi cultivée depuis quelques années dans la
région, a été en moyenne inférieure à Karim d'un quintal. Cette dernière a
donné 19,1 qx à Mrissa et 15,9 qx à Rissana, quand les meilleures variétés ont
produit plus que le double.
La réponse à l'environnement,
représentée par le coefficient de régression des rendements d'une variété et
des rendements moyens des essais, indique trois types de réponses (Tableau 1,
voir fichier PDF). Les variétés Ourgh, Yasmine, Jawhar, et Sebou, ont une
réponse aux intrants supérieure à la moyenne. Elles sont donc plus adaptées aux
conditions favorables. A part la variété Amjad, qui a eu une réponse légèrement
inférieure à la moyenne (b= 0,85), les autres variétés ont eu des réponses
moyennes. La variété Amjad est plutôt adaptée aux conditions moins favorables,
alors que les autres sont moyennes dans les deux types de conditions.
Connaissant le type
d'environnement, ce sont les variétés à réponse favorable, qu'il faudrait
promouvoir dans le Loukkos, à savoir, Ourgh, Yasmine, Jawhar, et Sebou, pourvue
que la conduite soit optimale, car ces variétés sont sensibles aux maladies
prévalantes dans la région, avec des réponses élevées au traitement fongicide
(Tableau 1, voir fichier PDF). Autrement, les variétés à réponse moyenne,
peuvent aussi être recommandées pour la région, en attendant la maîtrise des
techniques de production, comme Sarif, BD98A1-16, BD98I1-26, Tarek, Anouar, et
BD98A1-18. Les variétés BD98A1-16 et Tarek, ont besoin de protection
phytosanitaire alors que Sarif, BD98I1-26, Anouar et BD98A1-18, se défendent
relativement bien contre les maladies; il n'est donc pas urgent qu'elles soient
chimiquement protégées.
Toutes ces variétés sont des
obtentions INRA, chez qui la semence pourra être réclamée. Certaines de ces
variétés sont déjà disponibles sur le marché comme Ourgh, Yasmine, Jawhar,
Sebou, Sarif, Tarek et Anouar. Par contre, BD98A1-16, BD98I1-26, et BD98A1-18,
sont au stade final de sélection, et ne seront disponibles qu'après inscription
au Catalogue Officiel.
Ces variétés sont toutes de type
semi-précoce ou semi-tardive, avec un nombre de jours levée-épiaison de 104 à
109 jours, soit 5 à 10 jours de moins que l'ancienne variété tardive Oued
Zenati. Trois autres variétés, à cycle tardif, aussi tardif que Oued Zenati,
ont donné mieux que ce témoin mais étaient moins performantes que les variétés à
cycle moyen ou précoce.
Ces variétés sont d'excellente
qualité semoulière et pastière, à l'exception de la variété Sarif qui était la
plus performante. Leur utilisation est dans l'industrie des pâtes (spaguetti,
macaroni, couscous, etc…) et semoule (couscous), bien que dans les ménages on
en fabrique du pain.
Performances des
variétés de blé tendre
Variation du rendement
L'analyse de la variance du
rendement de vingt cinq variétés de blé tendre durant les campagnes 1999 et
2000 dans deux sites différents, révèle un effet significatif de l'année, du
site, du génotype et de l'interaction 'génotype x site' et 'génotype x année'.
Comme pour le blé dur, bien qu'il y aie de grandes différences entre les années
et les sites, les variétés ont relativement conservé leur rang, indépendamment
de l'année ou du site, sauf pour quelques unes. La moyenne des cinq essais
pourrait être un indicateur valable pour juger la valeur agronomique des
variétés (Tableau 2, voir fichier PDF).
Comportement des variétés
Les variétés de blé tendre les
plus performantes, moyenne de 5 essais (Tableau 2, voir fichier PDF), ont été,
en ordre décroissant de productivité et de stabilité, Mehdia, Amal, Trap/Bow,
Pastor, Prl/Sara/Tsi /Vee, Tilila, Milan, Tigre, Rajae, Massira, Attila,
BT98P1-18, BT98P4-20, Prinia, et Arrehane, avec des rendements entre 57,4 et
49,0 qx/ha. La variété témoin Achtar a donné 47,8 qx/ha, soit près de 10 qx de
moins que la meilleure variété Mehdia, et de un quintal de moins que la
dernière variété sélectionnée Arrehane. Les variétés Marchouch et Kanz, ont été
inférieures à Achtar. Sur les 25 variétés de blé tendre testées, se sont ces 15
variétés qui ont, en moyenne, dépassé le meilleur témoin Achtar, d'au moins 1
quintal. Cependant, elles ne se comportent pas de la même façon d'un
environnement à l'autre. La réponse à l'environnement, représentée par le
coefficient de régression des rendements d'une variété et des rendements moyens
des essais, concrétise ce comportement, et elle est de trois types. Elle est
moyenne, quand la variété produit autant que l'environnement, supérieure à la
moyenne, quand la variété produit plus et inférieure à la moyenne quand elle
produit moins. La variété qui a une réponse supérieure à la moyenne, valorise
mieux les intrants et serait plus adaptée aux conditions de niveau élevé
d'intrants. Inversement, les variétés à réponse inférieure à la moyenne,
produisent mieux dans des conditions à faible niveau d'intrants. Celles à
réponse moyenne seraient adaptées à des environnements intermédiaires.
Les variétés Tilila, Tigre,
BT98P4-20, Prinia et Arrehane ont une réponse aux intrants supérieure à la
moyenne (tableau 2, voir fichier PDF). Elles ont réagi positivement au
traitement anti-fongique. Elles sont donc plus adaptées aux conditions très
favorables, avec une conduite optimale, sous une bonne protection contre les
maladies foliaires.
Les variétés Mehdia,
Prl/Sara/Tsi/Vee, Milan, Massira, et BT96P1-18, ont eu une réponse moyenne.
Elles sont dans la plupart résistantes ou moyennement résistantes aux maladies
prévalantes dans la région. L'effet du traitement fongicide sur ces variétés a
été moyen ou faible, et même négatif pour deux variétés (tableau 2). L'effet
négatif, sur les variétés résistantes, indique que le fongicide affecte la
plante. Ces variétés peuvent être utilisées pour une conduite optimale, même
sans protection phytosanitaire. Cependant, la semence certifiée n'est
disponible que pour les variétés Mehdia et Massira. La première est
commercialisée par
Les variétés Amal, Trap/Bow,
Pastor, et Rajae, ont eu une réponse à l'indice environnemental inférieure à la
moyenne, similaire à celui de Achtar. Leur réaction au traitement anti-fongique
a été de 10,8 qx, 9,6 qx, 5,5 qx, 5,3 qx (tableau 2). Elles sont adaptées aux
conditions difficiles d'environnement, qu'elles soient dues aux stress
biotiques (maladies) ou abiotiques (sécheresse), en produisant de hauts
rendements dans ces conditions. Elles combinent tolérance aux maladies et tolérance
à la sécheresse. La semence certifiée est disponible pour les variétés Amal et
Rajae (SONACOS).
La longueur du cycle, n'a eu aucun
effet sur le rendement, bien qu'elle soit plus variable que dans l'essai blé
dur, variant de 101 à 119 jours à l'épiaison, et de 110 à 126 jours à la
floraison. Les variétés tardives de blé tendre étaient de 5 jours plus tardives
que la variété de blé dur Oued Zenati. Parmi les variétés productives, trois
(BT98P1-18, BT98P4-20 et Prinia) ont eu une longueur de cycle de 111, 111, et
112 jours à l'épiaison, de 6 à 7 jours plus tardives que Achtar, et de 7 jours
moins tardives que la variété la plus tardive de l'essai, mais la moins
productive. Ces variétés semi–tardives ne sont pas disponibles sur le marché.
Leur inscription au Catalogue Officiel et la disponibilité en semence,
pourraient prendre quelques années. Toutes les variétés sont d'excellente
qualité boulangère.
Essais chez les
agriculteurs
Les essais de démonstration
constituent une étape nécessaire au transfert de nouvelles technologies chez
les agriculteurs, qui préfèrent croire ce qu'ils expérimentent sur leur propre
exploitation, que ce qui peut être démontré ailleurs. C'est une étape qui suit
la mise au point de la technologie, dans ce cas la variété performante adaptée
aux conditions du Loukkos, qui a été l'objet des essais d'expérimentation en
station, durant les deux dernières années.
Les essais chez les agriculteurs
avaient pour objectif d'identifier parmi les variétés déjà inscrites au
catalogue officiel, et qui à priori peuvent convenir à la région, celles qui
s'adaptent bien aux conditions de différents agriculteurs du Loukkos. Les
variétés adaptées peuvent être immédiatement utilisées, étant donné que les
semences de ces variétés sont disponibles et les circuits de commercialisation
établis. Un autre objectif de ces essais était de faire des démonstrations et
de montrer aux agriculteurs l'existence d'autres variétés à bon potentiel et de
rendement supérieur aux génotypes communément utilisés dans la région.
Au total, 14 essais ont été
installés chez 7 agriculteurs, à raison de 2 essais par agriculteur l'un sur
blé tendre, l'autre sur blé dur. Les agriculteurs ont été sélectionnés par les
services de l'ORMVAL selon leur proximité aux voies de circulation, leur
réceptivité et collaboration ainsi qu'en fonction de la validité de leur
parcelle pour les essais (homogénéité, type de sol, précèdent, pente, etc.).
Les variétés de blé tendre
retenues sont Achtar, Kanz, Marchouch, Rajae, Mehdia, Amal, Tigre, Arrehane,
Tilila et Massira. Celles du blé dursont Anouar, Jawhar, Yasmine, Amjad, Tarek,
Ourgh, Karim, Colosseo, Oum Rabia et Sebou.
Chaque variété a été semée dans une parcelle élémentaire de
Tous les essais ont reçu au semis
l'équivalent de 90 unités de P2O5/ha et 96 unités de K2O par hectare. En plus,
ils ont reçu 135 unités d'azote à l'hectare. La quantité totale d'azote a été
fractionnée en 3 apports: semis, début tallage et début montaison. Par ailleurs
et chaque fois que nécessaire, les essais ont été désherbés chimiquement pour
les maintenir propres et réduire l'effet nuisible des adventices.
Performances des
variétés de blé dur
Le tableau 3 (voir fichier PDF)
montre que la moyenne des rendements des variétés de blé tendre (tous
agriculteurs confondus) révèle une différence de rendement allant de 29,0 à
34,0 qx/ha, mais accentuée pour le blé tendre.
Concernant l'indice de
supériorité, celui-ci varie de 72 à 235, dans les mêmes proportions que pour le
blé tendre.
En conjuguant les résultats des
rendement et de l'indice de stabilité, on peut retenir que toutes les variétés
testées ont donné des rendements moyens satisfaisants variant autour de 32
qx/ha (29 à 34 qx/ha).
Parmi les 10 variétés testées,
celles qui ont présenté une supériorité remarquée sont Amjad, Jawhar, Anouar,
Yassmine, Karim et Tarek. Ceci rejoint les recommandations des essais en
station.
Performances des
variétés de blé tendre
Le tableau 3 (voir fichier PDF)
montre que la moyenne des variétés de blé tendre, (tous agriculteurs confondus)
révèle une différence de rendement allant de 32,4 qx/ha à 41,7 qx/ha. Il y a
donc une différence significative de rendement entre variétés.
L'analyse de l'indice de
supériorité (IS) révèle de même une grande différence entre variétés allant de
86 à 252, les génotypes ayant un faible indice sont ceux qui ont enregistré des
rendements stables et proches du maximum chez tous les agriculteurs.
En conjuguant les rendements et
l'indice de supériorité on peut classer les variétés en 3 groupes:
Groupe 1: Mehdia, Amal, Rajae
Rendement moyen = 40,6 qx/ha; Indice de stabilité = 94
Groupe 2: Tilila, Tigre, Massira,
Arrehane
Rendement moyen = 37,3 qx/ha; Indice de stabilité = 148
Groupe 3: Achtar, Kanz
Rendement moyen = 33,9 qx/ha; Indice de stabilité = 259
Ce classement rejoint celui des
essais en station. Ainsi on peut recommander les variétés Mehdia, Amal, Rajae,
Tilila, Tigre, Massira et Arrehane pour le Loukkos.
Recommandations pour le
Loukkos
Blé dur
Les variétés de blé dur
recommandées pour la région, et dont la semence est disponible, sont:
- Sarif, avec 6 qx de plus que
Karim (43 qx/ha), semi précoce, tolérante aux maladies;
- Ourgh, avec 4,5 qx, de plus que Karim, semi précoce (106 j), sensible, très
valorisant du traitement fongicide;
- Tarek, avec 2,5 qx, de plus que Karim (43 qx/ha), semi-tardif, valorisant le
traitement fongicide;
- Sebou, avec 1,5 qx de plus que Karim (43 qx/ha); semi-précoce, valorisant le
traitement fongicide;
- Yasmine, avec 1 qx de plus que Karim (43 qx/ha), semi-précoce, valorisant le
traitement fongicide;
- Amjad, aussi productif que Karim, en moyenne, mais plus adapté aux conditions
difficiles, semi précoce, valorisant en même temps le traitement fongicide;
- Jawhar, aussi productif que Karim en moyenne, mais plus adapté aux conditions
optimales.
De nouvelles lignées non encore
inscrites au Catalogue Officiel, de meilleur rendement:
- BD98I1-26, avec 47 qx/ha, semi
tardif, relativement tolérant aux maladies;
- BD98A1-16, avec 49 qx/ha, semi-précoce, valorisant les intrants,
- BD98A1-18, avec 44 qx/ha, semi-précoce et résistant aux maladies.
Blé tendre
Les variétés de blé tendre
recommandées pour la région et dont la semence est disponible, sont:
- Mehdia, avec 10 qx de plus que
Achtar, à cycle moyen (104 j), auto-protectrice contre les maladies;
- Amal, avec 8 qx de plus que Achtar, à cycle moyen, (106 j), adaptée aux
conditions difficiles et valorisant le traitement fongicide;
- Tilila, avec 6 qx de plus que Achtar (53 qx/ha), cycle moyen (106 j),
valorise le fongicide (+11 qx/ha);
- Tigre, avec 4 qx de plus que Achtar (52 qx/ha), semi précoce (108 j),
valorise le fongicide, ne tolère pas les maladies;
- Rajae, avec 2 qx de plus que Achtar (50 qx/ha), adaptée aux conditions
difficiles, résistante aux maladies;
- Massira, avec 2,46 qx de plus que Achtar (50 qx/ha), semi précoce (106 j),
résistante aux maladies;
- Arrehane, avec 1,17 qx de plus que Achtar (49 qx/ha), précoce (102 j), à
résistance moyenne.
Des lignées plus tardives de 4 à 7
jours par rapport à Achtar, de meilleure productivité et de meilleure
résistance à la séptoriose et à la rouille, sont disponibles et peuvent faire
l'objet d'inscription au Catalogue Officiel. Il s'agit tout particulièrement de
Milan, BT98P1-18, BT98P4-20, et Prinia.
Itinéraire technique pour la culture
intensive de blé au Loukkos
En condition de culture intensive,
l'expression du potentiel des variétés recommandées nécessite absolument
l'adoption d'un itinéraire technique performant, qui tient compte des
conditions édapho-climatiques de la région. Pour une culture de blé en
conditions intensives avec un objectif de rendement de 60 qx/ha, l'itinéraire
technique doit être basé sur les principes suivants:
Précèdent: Il est déconseillé de cultiver le blé
derrière une céréale (blé, orge, avoine). La monoculture aboutit toujours à des
chutes de rendement. Aussi s'avère t-il nécessaire d'alterner le blé avec
d'autres cultures en fonction de l'assolement de l'exploitation.
Travail du sol: Un travail du sol profond est conseillé
pour enfouir les résidus fins de la culture précédente, les résidus grossiers
tels que ceux de la canne à sucre, du maïs, ou du tournesol doivent être
ramassés et évacués de la parcelle. En plus le travail du sol a pour objectif
d'ameublir le sol sur une grande profondeur afin de permettre un bon développement
du système racinaire. Le travail profond doit être effectué dans des conditions
optimales d'humidité du sol pour obtenir de bons résultats et éviter de gâcher
la structure du sol.
Préparation du lit de
semence: Des outils
de reprise tel que le cover-crop permettent de reprendre le travail profond du
sol sur les 20 premiers centimètres pour obtenir un lit de semence fin. Sur les
sols limoneux craignant la formation d'une croûte de battance, il est conseillé
de viser un lit de semence moyen avec des agrégats.
Fertilisation de fond: Les engrais phosphatés et potassiques
doivent être incorporés au sol au moment de la préparation du lit de semence.
Les doses à apporter doivent être déterminées en fonction de la richesse du
sol, appréciée par les analyses de sol. En plus, il sera procédé à l'apport
d'un tiers de la dose totale d'azote avec les engrais de fond.
Mode de semis: Le semis mécanique au semoir est conseillé
car il permet d'obtenir un peuplement régulier et homogène. En plus, le
pourcentage de levée est beaucoup plus important avec le semoir qu'avec le
semis manuel. Si le semis à la volée doit être pratiqué, il est fortement
conseillé de passer un crosskill après le recouvrement pour casser les mottes,
améliorer le contact terre-graine et aplatir la surface du sol. Une surface du
sol bien plate permet une bonne répartition des engrais et des herbicides en
surface, et permet de baisser la barre de coupe de la moissonneuse batteuse
sans pour autant ramasser des pierres et des mottes et donc la récolte se fait
dans de bonnes conditions et avec un minimum de pertes.
Dose de semis: La dose de semis doit permettre de
réaliser un peuplement optimal de 350 pieds/m2. En guise d'exemple, pour des
variétés ayant un poids de mille grains de 40 mg, avec un pourcentage de levée
de 85%, cela équivaut à une dose de semence de 165 Kg/ha. Si le semis est fait
à la volée (sans passage de crosskill), il faut s'attendre à un pourcentage de
germination-levée de l'ordre de 70%, la dose de semence sera dans ce cas de 200
Kg/ha. En cas d'infestation par la cecidomyie, il est conseillé de renforcer la
dose de semis.
Date de semis: La date optimale de semis est celle qui
permet à l'agriculteur de placer ses semences dans le sol avant le pic de
pluviométrie qui s'observe vers la mi-novembre. En conséquence, il est
conseillé de semer les blés au Loukkos durant la première quinzaine de novembre
au plus tard sous peine d'être dans l'impossibilité de rentrer dans les champs
avec des sols très humides après le 15 novembre.
Fertilisation azotée: Le calcul de la dose totale d'azote à
apporter doit tenir compte des exportations de la culture qui sont fonction du
rendement objectif (ici par exemple 60 qx/ha), sachant que le blé tendre et le
blé dur exportent respectivement 2,5 et
La dose totale d'azote est à
fractionner en 3 apports, 1/3 au semis, 1/3 au début tallage et 1/3 en début
montaison (stade épi à
Lutte contre les mauvaises
herbes: En raison de
la fréquence des pluies au Loukkos, favorisant des poussées successives de
mauvaises herbes, il s'avère important de veiller à maintenir la culture
propre. A cet effet, il est conseillé de recourir aux herbicides de pré-levée
pour le contrôle des dicotylédones. Ces herbicides s'emploient à des doses
relativement faibles réduisant ainsi la pollution de l'environnement, en plus
ils permettent un contrôle précoce des mauvaises herbes alors que celles-ci
sont encore jeunes et faciles à détruire. Les herbicides de post-levée sont
aussi préconisés pour le contrôle des dicotylédones et des graminées à des
stades ultérieurs.
Irrigation d'appoint: En raison de la forte variabilité du climat
marocain, l'expérience montre que l'on peut avoir des périodes de sécheresse
certaines années comme celle que l'on a eu durant la campagne 99-00. Dans de
telles situations il est préconisé de recourir à une ou des irrigations
d'appoint pour éviter à la culture les effets adverses du stress hydrique,
surtout quand on mène la culture avec un itinéraire technique intensif.
Lutte contre la verse: La réalisation de hauts rendements avec un
itinéraire technique intensif expose la culture aux risques de verse. Pour
palier à ce risque et optimiser l'utilisation de la fertilisation azotée
surtout en irriguée, il serait possible de recourir aux régulateurs de
croissance pour réduire les risques de verse. Ces produits ont pour effet de
raccourcir les inter nœuds et d'augmenter le diamètre de la tige augmentant
ainsi sa résistance à la verse. Il est préconisé de tester ces produits sur blé
dur et blé tendre conduits en culture intensive et irriguée pour évaluer le
gain que l'on peut en tirer.
Protection de la culture
contre les maladies:
La protection de la culture contre les maladies cryptogamiques est une
nécessité au Loukkos où les maladies fongiques sont prévalantes en raison du
climat de région. Deux applications d'un produit antifongique à large spectre
sont conseillées en début épiaison et trois semaines plus tard. Plusieurs
spécialités commerciales sont disponibles à cet effet et sont économiquement
rentables.
Récolte: La récolte doit avoir lieu dès que la
culture a atteint la maturité et qui se situe à partir du moment où le grain a
atteint 14% d'humidité. Une récolte tardive peut être à l'origine de plusieurs
problèmes, notamment des pertes en quantité et en qualité. Les pertes en
qualité se produisent en raison de la dessiccation excessive des épis et des tiges
et on assiste ainsi à l'égrenage et à la cassure des tiges au moment de la
récolte. Les tiges tombées par terre ne sont pas récupérés par la barre de
coupe. Des pertes en qualité ont été aussi reportés par les agriculteurs quand
des pluies tardives surviennent alors que la culture est à la maturité mais non
récoltée. Ces problèmes de récolte sont accentués durant les années moyennes à
bonnes pendant lesquelles les moissonneuses-batteuses restent occupées dans la
récolte des autres régions du Maroc plus au sud du Loukkos. Le périmètre du
Loukkos ne dispose pas de suffisamment de moissonneuses-batteuses pour assurer
la récolte des superficies en céréales de la région.
Mécanisation de la culture
de céréales: la
mécanisation est nécessaire pour permettre l'intensification de la culture de
céréales. En effet cela permettrait d'intervenir à temps, dans de bonnes
conditions et avec les exigences techniques de réglage nécessaires. La
mécanisation concerne toutes les opérations du travail du sol jusqu'à la récolte,
d'autant plus que les outils acquis sont polyvalents et serviront pour
plusieurs autres cultures de l'exploitation.
Actuellement des subventions
particulières et intéressantes sont accordées par l'Etat pour l'acquisition de
semoirs, pulvérisateurs, rouleaux, et tracteurs. Aussi une campagne de
sensibilisation doit être menée pour inciter les agriculteurs à s'équiper en
outils et équipements.
Dr.
Mohammed Jlibene
Institut National de
et
Prof. Ali Chafai Elalaoui
Ecole Nationale d'Agriculture de
Meknès