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 UNE NOUVELLE BRISE SUR L’AGRICULTURE TUNISIENNE

6/7/2009

UNE  NOUVELLE  BRISE  SUR L’AGRICULTURE TUNISIENNE


Les gens s’imaginent souvent  que la recherche pour le  développement signifie le  recours obligé aux hautes  technologies et à la machinerie  agricole.  Un projet tunisien  démontre, au  contraire, que des techniques aussi  vieilles que l’agriculture elle-même,  bien utilisées et améliorées par le  savoir moderne, peuvent grandement  améliorer les cultures.

Le projet sur les brise-vent, dirigé par  Mme Jélila Benzarti, spécialiste en  climatologie auprès de l’Institut  national de la recherche agronomique  de Tunisie (INRAT), a bénéficié de la  collaboration d’une importante équipe

d’agronomes, d’experts forestiers et  d’autres scientifiques. À l’occasion de  diverses enquêtes menées dans les  principales régions agricoles du pays,  les chercheurs ont constaté que la  majorité des brise-vent étaient mal  installés ou très mal entretenus.  Certains paysans ne s’étaient même

pas donné la peine d’utiliser des  brise-vent à cause de l’impression  erronée que cela grugeait trop de  superficie. Même ceux qui avaient

planté des rideaux d’arbres en bordure  de leurs champs les avaient souvent  placés trop près les uns des autres,  n’avaient planté qu’une seule espèce  ou avaient eu recours à des variétés  qui ne convenaient pas aux conditions  locales.

Selon Mme Benzarti ;Les gens n’ont  qu’une connaissance très restreinte du  sujet. Pour bien des paysans, un  brise-vent est tout bonnement une

série d’arbres que l’on plante en  rangée et qui pousseront bien tout  seuls, sans avoir à s’en occuper. Nous avons démontré que c’est bien autre chose.

 

Du fait de sa situation géographique  au bord de la Méditerranée, avec un

littoral exposé aux vents des deux côtés, la Tunisie reçoit plus que sa part

de l’action éolienne. Qu’il s’agisse des vents cinglants qui descendent des

régions septentrionales ou de ceux qui  montent du Sahara, il vente dans ce  pays nord-africain au moins huit jours sur dix.

C’est pourquoi bien des paysans créaient des brise-vent bien avant cette

étude. Mais personne ne s’était donné la peine d’établir l’efficacité des

brise-vent, ou d’aller plus loin et d’examiner leurs différents types et

leurs avantages.

Les coûts du projet ont été partagés par le ministère tunisien de

L’agriculture et par le CRDI. Les travaux étaient coordonnés par  Mme Benzarti, qui a bénéficié de la  participation supplémentaire de deux

organismes tunisiens: l’Institut national de la recherche forestière et l’Institut des régions arides.

En comparant des sites sélectionnés protégés du vent avec des sites non

abrités, les chercheurs ont irréfutablement établi que la présence  des brise-vent améliorait la production. Lorsque abritées, les cultures de tomates, par exemple, donnaient un rendement supérieur de 37 %, les fèves de 17 %, et certaines fourragères ont même doublé leur rendement.

Mais la tâche la plus difficile a  consisté à trouver le type d’arbres, ou

la combinaison d’arbres, qui convient le mieux à chaque circonstance.

Avec les meilleures intentions du monde, certains fermiers plantaient

depuis des années des rangées de cactus en bordure des champs, réussissant ainsi tellement bien à les abriter du vent que les cultures en

étaient complètement privées. Ils ne se rendaient pas compte que les

brise-vent, comme leur nom l’indique doivent briser le vent, et non pas

l’exclure complètement.

Créer un brise-vent adéquat signifie qu’il faut tenir compte de facteurs tels que le temps et la température, la direction des vents dominants, le type de culture, la topographie et les besoins économiques du fermier.

La meilleure conclusion à laquelle on puisse arriver, c’est qu’il n’existe

pas un seul type de brise-vent qui offrirait la recette magique, déclare Ali

Albouchi de l’institut forestier. II y a un certain nombre de choses qu’il faut assimiler et comprendre.

Certes, le meilleur brise-vent sera celui que l’on aura conçu sur mesure,

mais les chercheurs ont néanmoins découvert certains facteurs communs

qu’il faudra garder à l’esprit. Les brise-vent devront être constitués d’une variété d’arbres de façon à éviter le risque que le système au complet ne

soit décimé par des parasites.Il est préférable d’utiliser une combinaison

d’espèces comme le cyprès, l’eucalyptus, et l’acacia. Certains de ces arbres poussent plus vite que d’autres, offrant une protection presque immédiate. D’autres, bien que de croissance plus lente, ont des durées de vie plus longues, ce qui les rend plus utiles à long terme. Un brise-vent performant doit également incorporer des arbres qui atteignent des hauteurs

faible, moyenne et élevée.

Lorsqu’ils sont destinés à faire partie d’un futur brise-vent, les jeunes plants doivent être protégés avec du plastique afin de limiter une

évaporation excessive et d’éliminer les mauvaises herbes et les parasites. Les chercheurs font également remarquer que les fermiers qui comprennent pourtant fort bien l’importance d’irriguer les cultures ne devraient pas oublier qu’il est tout aussi important d’irriguer les brise-vent. Ils doivent également apprendre à les soigner de la même manière que toute autre culture. On ne peut tout simplement pas laisser les arbres pousser à l’état sauvage. Souvent, il faudra tailler les branches inférieures pour stimuler la croissance en hauteur, et la rangée complète devra être émondée de temps en temps.

 

Durant la deuxième phase du projet, on a créé trois centres de

démonstration afin d’examiner les différents types de brise-vent à Chbika, El Fahs, et Gabès. Des tests ont été effectués pour établir les formules optimales en termes de mélanges d’espèces, d’espacement entre les arbres et les rangées, et d’impact de la température de l’air et de

l’évaporation. Les résultats de toutes ces recherches peuvent maintenant

être appliqués à des cas particuliers.

Étant donné que beaucoup de fermiers se soucient de la perte de terres arables au profit des brise-vent, un autre objectif de la recherche a

consisté à établir si les avantages de la protection contre le vent étaient

supérieurs au coût d’achat des arbres et à la perte de terres productives.

Auparavant, on considérait un brise-vent comme un espace perdu du

fait qu’il ne produisait rien, déclare M. Nbouchi. Le rendement augmentait, oui, mais on ne le considérait pas comme un élément utile en soi.

Pour améliorer sa viabilité économique, on peut utiliser l’espace entre les arbres pour des fourrages qui serviront plus tard à nourrir le bétail.

On peut également planter des espèces médicinales. Quant aux arbres, on doit les considérer comme une ressource qui servira ultérieurement de combustible sous forme de bois , ou pour la production de charbon.

Armés de ces conclusions, les chercheurs ont défini l’objectif de la

troisième phase du projet qui sera non seulement de transmettre le message aux fermiers, mais aussi aux techniciens du gouvernement qui font le travail de popularisation sur le terrain.

Trois messages publicitaires ont été régulièrement diffusés à la télévision

tunisienne ainsi qu’un vidéo de 20 minutes consacré aux brise-vent, ce

dernier ayant ensuite été mis à la disposition des travailleurs sur le

terrain pour utilisation durant leurs séminaires auprès des fermiers.

Des équipes de travailleurs spécialement formés dans les techniques des brise-vent, ont maintenant pour responsabilité d’aider les fermiers à s’aider eux-mêmes.

L’une des idées que l’on exploite consiste à faire parler les fermiers

eux-mêmes durant des messages publicitaires à la télévision et à la

radio. -Nous voulons que ce soit un fermier qui parle de ces choses dans la

mesure où, parfois, les propos d’un technicien ne sont pas aussi bien

reçus , explique M e Benzarti.

Des circulaires envoyées aux paysans étaient rédigées dans un arabe clair et simple, et elles étaient illustrées avec des dessins. On a également réalisé des émissions radiophoniques qui passent à l’antenne à 6 h 30 du matin pour attraper les fermiers qui sont des lève-tôt. En outre, il y a eu une série de visites, d’ateliers et de séminaires.

 

Allan Thompson

Jélila Benzarti

Institut national de la recherche

agronomique (INRAT)

BP 2,

Ariana-Tunis, Tunisie

 

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