Quels sont les points communs que se partageraient Rachid Benaissa,
ministre de l'Agriculture et du Développement rural, et Rabah Saâdane,
sélectionneur national. Il n'y aurait, à première vue, aucun. Et pourtant, ils
sont probablement les seuls tenus par une obligation de résultats pour rendre
compte, avant l'automne, de leur coaching respectif. Populairement adulés, ils
risquent gros si, par malheur, leur campagne est sujette à l'impondérable. Peu
volubiles et sereins contrairement au profil national agité, issus tous deux
des premières couvées de techniciens nationaux, leur cran n'a d'égale que leur
intime conviction de la réussite au terme du parcours. Investi chacun d'une
mission nationale, ils feront, seuls, leur chemin de croix. Ils ne seront pas
jugés, comme certains sont tentés de l'imaginer, par des pairs avisés, mais par
bien plus modestes : le quidam sans emploi et la ménagère qui n'arrivera pas à
remplir son couffin pour alimenter sa «couvée». Les dividendes favorables leurs
seront évidemment ravis par une nuée de nouveaux prophètes, comme il est de
coutume. Il a fallu, à Si Rabah, une sacrée dose de culot pour aller battre
«Renard» dans sa tanière, par une «meute» de Fennecs graciles. Si, sur les
trois matchs retour, deux sont à sa portée, la campagne d'Egypte n'est pas sans
péril ; sachant qu'il ne lui sera pas pardonné le «Trafalgar» de Blida. Aussi,
souhaitons lui la voie royale du Mondial qui pointe à l'horizon. Quant à notre
«Sully»(1) national, le triptyque : Appropriation - intégration et performance,
qu'il ne cesse de marteler, est devenu le leitmotiv du secteur qu'il dirige.
Invité de la chaîne III en ce vendredi 26 juin, le ministre de l'Agriculture et
du Développement rural persiste et signe. Le discours, qui a depuis longtemps
quitté les sentiers battus, rassure quelque part. Usant beaucoup plus de
pédagogie que de déclaration d'intention, il appelle au recentrage du processus
autour d'objectifs réalisables et surtout mesurables. L'élément humain est, à
cet effet, la pièce maîtresse autour de laquelle, la pyramide décisionnelle
doit s'élaborer. Il est fait appel à une multitude de compétences aussi
diverses qu'avérées, composées d'ingénieurs, de techniciens et d'administratifs
au fait du secteur. L'université est plus que jamais sollicitée pour la
recherche appliquée, dans le cadre des stations expérimentales.
Il semble dire qu'il ne tient qu'à nous pour assurer notre sécurité alimentaire
et c'est largement à notre portée. Il demeure néanmoins, un questionnement qui
taraude l'esprit. Y avait-il un capitaine dans ce tanker agricole ? Bien sûr
que si ! La navigation se faisait avec de vieilles cartes sans doute ou un mauvais
sextant ! Les assises nationales du 28 février de Biskra ont été, selon le
membre du gouvernement, le tournant décisif dans la validation de l'approche
managériale imprimée au monde rural depuis 2005. Et c'est à ce titre que le
président de la République s'adressait plus à ce monde agricole et rural qu'au
ministère lui-même. L'appropriation de la stratégie agricole par tous les
acteurs devenait un objectif cardinal. C'est ainsi que, pour la plus mortelle
des compréhensions, le voile se levait pour laisser apparaître des concepts
nouveaux. Si, toutes les potentialités de nos voisins de l'Est et de l'Ouest
ont été presque fonctionnalisées, les nôtres sont au tout début de leur
activation, dira Benaissa. Le terrain chez nous est virtuellement vierge. Les
premiers frémissements sont déjà perceptibles dans les filières du lait et des
céréales récemment balisées. Les incitations financières aux producteurs et
collecteurs sont au jour d'aujourd'hui, une réalité concrète. L'aliment du
bétail est au centre des préoccupations. Il est envisagé, l'intensification de
la culture de la luzerne et la modernisation de sa conservation par
dessiccation. La technologie de déshydration permettra de conserver, les cubes
de luzerne déshydratée pendant 3 ans. Principal intrant dans la production
laitière, cet élément hautement nutritif verra sa durée de vie prolongée par sa
longue conservation et sa mise à l'abri par le stockage. La filière des fruits
et légumes et de la viande est à construire autour d'un office
interprofessionnel, à l'instar de ceux des céréales et du lait. Le préalable
serait d'augmenter les capacités nationales en froid positif et négatif. La
récupération et la réhabilitation de 200.000 m3 d'entrepôts est en phase
d'exécution. L'intérêt grandissant d'investisseurs privés est, à ce titre,
révélateur d'un engouement certain pour cette option. La récupération d'une
partie des terres en jachère de l'ordre de 200.000 hectares sur une superficie
totale de 700.000 hectares sera principalement destinée aux légumes secs que
nous importons encore, en grandes quantités. En ce qui concerne les céréales,
la tendance déficitaire observée depuis fort longtemps, est en train de
s'inverser. Rappelons-nous l'importation d'orge pour sauver le cheptel, d'une
disparition massive. La facture du blé est à la tendance décroissante.
Cette année, et grâce à une pluviométrie exceptionnelle, la production des
orges a été plus que généreuse. A la date du 25 juin, les quantités récoltées
de l'ordre de 17.000.000 qx représenteraient le 1/3 de la production céréalière
attendue. Ce bon augure anticipe déjà sur le score final de la campagne
céréalière. Rétif et apparemment traditionaliste, il évitera de donner un ordre
de grandeur à la récolte escomptée. Le ministre l'avoue lui-même, il craint le
mauvais sort. Il suffisait simplement, au journaliste, de multiplier le chiffre
précédent par trois pour évaluer, approximativement, les quantités attendues
pour cette campagne. La bonification et la mise à disposition de la semence,
par une filiale de l'Office national interprofessionnel des céréales (OAIC),
est dans ce cadre, le nouveau processus mis en place pour l'amélioration des
rendements et la sécurisation de la disponibilité opportune. La prochaine étape
de la campagne moisson-battage qui durera encore deux autres mois, va concerner
les blés tendre et dur. Elle verra l'entrée en action des grandes wilayas
céréalières, telles que Guelma, Sétif et Tiaret. Il faut ici rappeler, que le
parc de moissonneuses-batteuses actuel ne répond plus à la mission attendue. Sa
régénérescence a été enclenchée par l'injection de 500 nouveaux engins. C'est
ainsi que le ministre rebondit sur la confusion généralement faite entre
l'industrie agroalimentaire qui, elle, est le prolongement de la production
agricole et l'agro-industrie, qui vient en préalable par la mise à disposition
d'intrants, films pour plasticulture et outillages mécaniques. Et ce n'est qu'à
la réalisation d'objectifs arrêtés en commun, que l'on pourrait parler de
système intégré dont la finalité ne serait, en bout de course, que l'acte
agricole. La production oléicole est un axe aussi important que les autres,
tant pour l'huile que pour l'olive de table. L'Espagne, qui est le premier
producteur mondial, a modernisé sa production, par des pressoirs montés sur
camions. Il est loisible de s'en inspirer. Quant au crédit bancaire, il faut
bien comprendre qu'il ne s'agit pas d'aumône. Les banques s'inscrivent comme
partout ailleurs, dans une logique économique, mais doivent savoir que ce
crédit à des spécificités propres. On ne peut rester insensible aux travaux de
saison. Un crédit accordé après les emblavures n'aura plus de raison d'être. Il
est vrai qu'en dépit des efforts des banquiers, des lacunes persistent ça et
là, souvent par manque d'information ou de formation. Et c'est principalement
l'organisation coopérative qui lèvera, un à un, les aléas que rencontre
l'agriculteur sur son chemin. L'exemple de la distribution de la ressource
hydrique est des plus illustratifs : «Confiée à l'individu, il en fera un mauvais
usage ou un usage inconsidéré... confiée au partage, elle sera rationalisée».
Les grands apports hydriques mobilisés par le pays auront un impact certain sur
la production agricole, toutes spéculations confondues. Les stations
d'épuration réalisées ou en voie de l'être, généreront d'importantes quantités
d'eau à visée agricole, permettant ainsi de gagner des superficies
supplémentaires sur la jachère. De quel ordre serait la croissance, cette année
? Il est fortement probable qu'elle sera à deux chiffres, dira l'invité du
jour. La pomme de terre est descendue sous la barre des 20 DA et l'oignon à 16
DA. A une meilleure «soudure» et à d'autres pronostics favorables Monsieur le
ministre ! Ce sera là, votre voie royale...
Un scoop radiophonique nous apprend que les Tchèques, les Français et autres
Espagnols se sont disputés les 21.000 tonnes d'abricot de N'Gaous. Serait-ce le
chant du cygne de la disette agricole ou une simple éclaircie due exclusivement
à la manne céleste ? On espère que non ! Il est des exemples de réussite
agricole, non démentis, aussi bien aux Ziban qu'au Souf, connus pourtant, pour
leur tradition phoenicicole et qui se sont mis vaillamment aux cultures de
champ. El-Oued est assurément en train de l'emporter sur la plaine du Chelif pour
la pomme de terre et sur le légendaire Sersou pour les céréales. Les rendements
à l'hectare dépassent largement les moyennes nationales jusqu'ici enregistrées.
Maadher Bou Saada est cet autre haut lieu du produit agricole et du lait. Hassi
Lefhal, Mansoura, dans la wilaya de Ghardaïa et le Tidikelt sont autant de
défis lancés à l'adversité désertique. Le Sud est, en toute apparence, ce
nouveau grenier alimentaire du Nord. Il y aurait tout lieu de l'admettre,
compte tenu de l'expertise acquise et des potentialités hydriques mobilisables.
Aux dernières nouvelles, la station d'épuration de Hamma Bouziane, dans la
wilaya de Constantine, en voie de livraison, permettra la culture en irrigué
d'un millier d'hectares. Bon vent !
-1) Ministre sous Henri IV. On lui doit
: «Labourage et pâturage sont les deux mamelles de la France !»