LE BANANIER » maladies des plantes , agriculture et écologie

 LE BANANIER

10/5/2009

Bananier

LE BANANIER

Introduction

La banane est originaire des jungles tropicales chaudes et humides du Sud-Est Asiatique. Avant 1978, date d'arrêt de l'importation du bananier, le Maroc a toujours été importateur de bananes. Pour la période 1971/1978, la consommation moyenne annuelle a été de 24.000 tonnes dont 98,3% ont été importées. L'arrêt des importations a eu pour conséquence l'introduction de la culture du bananier sous abris-serre. Bien que nécessitant de gros investissements, ce nouveau système de culture a connu une extension rapide, allant de 2 ha en 1980/81 à plus de 3.500 ha et de cent mille tonnes de production annuelle actuellement.

Description de la plante

Le bananier est une plante herbacée. Il possède un rhizome qui donne naissance à des feuilles munies de gaines. La véritable tige de la banane ne dépasse pas le niveau du sol. C'est à partir du rhizome que naissent - vers le haut - les bourgeons auxiliaires donnant des rejets, et - vers le bas - des racines. Le tronc du bananier porte un seul rameau qui formera un régime constitué de fruits (bananes). L'inflorescence, annoncée par l'apparition de bractées, se présente comme un cône violacé dirigé d'abord vers le haut puis, suite à la croissance du rachis, vers le bas (géotropisme positif) tout en déployant des gaines violacées, bractées, comportant à leurs aisselles des doubles rangées de fleurs femelles, mains, de 15 à 22 bananes. Chacune de ces fleurs, après développement parthénocarpique de son ovaire donnera un «doigt» ou banane qui, à la chute de la bractée, se recourbe vers le haut (géotropisme négatif). Chaque nœud ou double rangée de doigts constitue une main. Quant aux fleurs mâles, elles restent groupées sur le cône violacé situé à l'extrémité basale de l'inflorescence. La récolte intervient lorsque les doigts atteignent une croissance diamétrale suffisante (disparition des arrêtes). La plante mère, ayant achevé son cycle est rabattue à un mètre du sol. Le rejet fils sélectionné pour lui succéder va préparer la production du cycle suivant. Trois phases caractérisent le cycle de développement du bananier: une phase végétative de 6 à 8 mois, une phase de floraison d'une durée de 3 à 4 mois. Et une phase de fructification d'une durée de 3 à 4 mois.

Exigences agro-climatiques

Le bananier est une plante de climat tropical humide, appréciant une hygrométrie élevée et un bon ensoleillement mais craint les vents et les variations brusques de température. En cas d'une très basse humidité, on peut y remédier en irriguant ou en déclenchant la nébulisation sous-serre. Des durées d'insolation de 1900 à 2300 heures par cycle sont exigées par la plante. Le système racinaire est traçant et superficiel. La plante exige un sol profond, fertile et léger. Les sols argileux ne conviennent pas du tout à la culture, surtout lorsqu'ils sont mal drainés. Le bananier peut tolérer l'eau d'irrigation d'une qualité allant jusqu'à 350 mg de chlorures par litre et jusqu'à 1,5 g de sels totaux par litre; des taux élevés de salinité ont pour effet le retard de la floraison et la diminution du rendement. Le bananier est très sensible au déficit hydrique.

Les techniques culturales

Préparation des plants et oeilletonnage

Les plants consistent à des rejets qui doivent être prélevés dans des plantations bien choisies et bien entretenues. La sélection des pieds mères influe sur la performance de production. Ces pieds mères doivent être indemnes de maladies transmissibles par les plantes telles que les viroses. La sélection des rejets autour du pied-mère doit se faire en phase végétative. On laisse généralement 1 à 2 meilleurs rejets, bien placés (équidistants autour de la souche mère); les autres rejets sont éliminés. Il est recommandé de faire l'oeilletonnage (élimination des rejets indésirables) avant la floraison du pied-mère. Les plants peuvent aussi être élevés en pépinière à partir d'une culture in-vitro, garantie indemne de virus.

Préparation du sol et mise en place des plants

La préparation du sol comprend un labour moyen ou profond et éventuellement un sous-solage dans le cas de l'existence d'un horizon dur en profondeur. Avant de confectionner les trous de plantation, il faut désinfecter le sol par un nématicide. Les dimensions des trous sont en moyenne comme suit: 40 à 50 cm de côté et 35 à 40 cm de profondeur. Dans chaque trou il faut mettre un mélange de fumier (10 à 20 kg), de l'azote (50-100 g de sulfate d'ammoniaque) et de potasse (100-200 g de sulfate de potasse). Les plants déjà préparés et désinfectés par trempage rapide dans l'eau de Javel diluée, sont plantés dans les trous; on ne laisse apparaître que 8-10 cm du collet. Les plantations très profondes ne sont pas conseillées afin d'éviter la pourriture du collet. La date de plantation n'a pas beaucoup d'importance, mais elle est en général, située fin été-début automne, ou début printemps. Après la plantation, les apports fréquents d'eau sont nécessaires (une fois par jour).

Plantation

Dans le choix du site de la bananeraie, il faut éviter les zones gélives et ventées, l'eau d'irrigation doit être disponible et de bonne qualité. Avant la plantation, il faut procéder à une désinfection du sol pour lutter contre les nématodes. L'installation des brise-vents est également souhaitable voire indispensable dans les régions ventées. La densité de plantation moyenne sous serre est d'environ 2200 plants/ ha, Elle peut atteindre 2500 à 3000 pieds/ha dans des cas extrêmes. Généralement, on adopte deux modes d'arrangement des plants sous serre:

(1) Lignes simples: espacement de 2,5 m dans tous les sens.
(2) Lignes doubles (jumelées): 1,5 à 2 m dans la jumelée; 4 à 6 m entre les doubles lignes et 1 à 2m entre les plants dans la ligne.

Fertilisation

Les besoins en azote sont importants jusqu'à la floraison puis ils diminuent, tandis que les exigences en potassium sont plus grandes à partir de la différentiation florale qu'en période végétative. Le phosphore est apporté en amendement avant la plantation. Le magnésium est utilisé tout le long du cycle. Afin de proposer un plan de fumure, pour une densité de 2500 plants à l'hectare et un rendement de 60 tonnes/ha, les doses préconisées d'apport de N, P205, K20 et MgO sont respectivement de 450-600; 100-200, 1600-2400 et 150-200 Kg/ha/cycle. Un apport allant jusqu'à 80T/ha/ an de fumier, en début d'automne de préférence, hâte la croissance végétative, accélère la floraison et permet un raccourcissement de l'intervalle floraison-récolte.

Irrigation

La culture du bananier sous serre exige un apport élevé en eau, soit 1600 à 2000 mm/an. Afin de couvrir les besoins hydriques de la culture, l'irrigation est nécessaire. Au Maroc l'irrigation du bananier sous serre est pratiquée selon deux modes: irrigation gravitaire et localisée (goutte-à-goutte et microjets).

Contrôle des mauvaises herbes

Les mauvaises herbes peuvent constituer un problème puisque le système racinaire du bananier est superficiel. Le désherbage chimique est à éviter à la plantation. La lutte chimique peut être faite lorsque le pseudotronc est formé; on peut utiliser des herbicides tels que le paraquat (gramoxone) à l'allée et à 1,2 m de la ligne de plantation. L'utilisation de mulch (paille ou feuilles de bananier) constitue le meilleur moyen pour contrôler les mauvaises herbes.

Protection phytosanitaire

Les principales maladies du bananier connues au Maroc sont les suivantes:

(a) la maladie de Panama, d'origine cryptogamique (Fusarium oxyspourm ssp.Cubense),
(b) Les nématodes (Meloidogyne et Radopholus) dont la lutte chimique est à base de:


Produit et (m.a)                         Dose                   Observations

Mocap 20 EC (Ethoprop)            50 l/ha         Traitement localisé à la plantation

Nemacur 240 CS (phénamiphos) 40 l/ha            1ère application à la plantation,           

                                                                       2ème  application au  printemps                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                 

Nemastop 10 G (Ethoprophos)    25 à 30 g/pied            Dose selon densité

Ruby 10 G (Cadusafos)                 20 à 50 g/pied         1ère app.en mars/avril,

                                                                                   2ème app. 3 à 4 mois plus tard

Ruby 200 CS                                100 cc/plant

Vydate 10 G (Oxamyl)                    50 à 60 g/pied            Dose selon densité

Vydate L (Oxamyl)                              6 l/ha

Il est nécessaire de pratiquer une alternance des nématicides.

(c) La culture est également attaquée par le Verticillium theobromae au niveau de la fleur «bout de cigare». On l'évite en pulvérisant le calcium (15-20 Kg/100 litres d'eau) ou en appliquant un fongicide (mancozèbe, manèbe, zinèbe) dès la chute des bractées. L'aération des serres réduit le risque d'apparition du "bout de cigare".

(d) Le Botrytis spp provoque la pourriture de la hampe au niveau de la section du bourgeon mâle. De nombreux fongicides sont efficaces (Bénomyl).

(e) Les Acariens constituent un ennemi redoutable pour la culture. Les mauvaises herbes conditionnent la pullulation de ces ravageurs. Les acaricides utilisés sont Akabar PM 25 (Cyhexathine), Peropal 25 WP (Azocyclotine), Mitac 20 EC (Amitraze), Kelthane (Dicofol) et KT22 ou Tetrafol (Dicofol + tétradifon).

(e) Les chenilles perforatrices attaquent aussi bien les parties végétatives que les doigts. Les produits de traitement utilisés sont karaté, Cymbush, Dursban et Decis.

Soins divers

Le tuteurage (aidant la plante à supporter le poids de ses régimes qui peuvent dépasser 50-60 Kg), l'épistillage(évitant le bout de cigare), l'effeuillage (exposant les régimes à la lumière), l'oeilletonnage (réduisant la compétition entre les rejets fils et la souche mère), l'ablation du bourgeon mâleet un traitement fongicide à la molasse, calmix ou un produit à base de cuivre (évitant la remontée de la pourriture au régime).
Récolte, maturation et conservation

La récolte des premiers régimes a lieu après 11 à 14 mois de la plantation. Généralement, les régimes sont récoltés après la disparition des angles des fruits. Le poids moyen des régimes est d'environ 30 à 50 kg. Parfois, un régime peut peser 60 kilogrammes. Après la récolte du régime, on coupe le pseudo-tronc à une hauteur de 1 m afin que les réserves qu'il contient soient transférées vers le rejet successeur. Après la récolte, les bananes sont déposées pour quelques jours dans des mûrisseries où elles subissent un traitement à l'acétylène à des conditions de température et d'hygrométrie contrôlées. Le réglage des températures est le suivant: les deux premiers jours, la T°C est de 18°C; l'humidité est de 100%. Le 3ème jour , le réglage est à 17°C et 75%; le 4ème jour: T°C :14°C; Humidité: 85%.

 

Prof. Walali Loudyi Dou El macane, Prof. Skiredj Ahmed, Prof. Hassan Elattir
Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II, Rabat

 

 

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