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 CONFÉRENCE MONDIALE SUR L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR

8/5/2009

CONFÉRENCE MONDIALE SUR L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR
Le savoir, condition du développement

Que veut-on, où va-t-on, quel choix de société voulons-nous?

En juillet 2009 se tiendra un sommet de l’Unesco sur l’enseignement supérieur. Dans ce cadre, ces 6 et 7 mai s’est tenue au Caire une réunion arabe préparatoire. L’Université arabe est très mal en point. Elle ne figure pas dans les 100 meilleures du monde, et surtout produit des chômeurs au lieu de créateurs d’emploi et de richesses. En raison de la complexité, de l’importance et de la rapidité des changements et des enjeux de rapports de force dans le monde, la société moderne est de plus en plus fondée sur le savoir. L’enseignement supérieur et la recherche sont les composantes essentielles du développement sur tous les plans, culturel, social et économique des individus, des communautés et des nations. Aux USA, depuis un siècle, la priorité est telle que ce sont les organismes militaires qui investissent le plus dans ce domaine. Les centaines de projets par laboratoires ne suffisent pas à répondre aux besoins s’il n’y a pas la cohérence. C’est-à-dire si un ambitieux projet de développement avec des priorités n’est pas clairement élaboré.

Sans pôles d’excellence, il n’y a pas d’avenir
Que veut-on, où va-t-on, quel choix de société voulons-nous? Car si on ne produit pas des richesses technoscientifiques adaptées à nos besoins, on restera soumis aux bons vouloirs, aux pressions et aux intérêts étrangers. Rares parmi les pays musulmans qui ont fait des choix judicieux: la Malaisie, l’Iran, la Turquie, et même le Qatar, ont mis en oeuvre des politiques hardies et stratégiques. L’enseignement supérieur dans le monde arabe est confronté à de formidables défis et doit se transformer et se rénover plus radicalement qu’il n’a jamais eu à le faire, de sorte que la société, qui connaît aujourd’hui une grave crise de sous-développement et des valeurs, puisse se fixer une stratégie. Il s’agit de transcender les considérations à courts termes et intégrer des dimensions plus profondes à moyen et long termes. Sans les sciences enseignées dans des pôles d’excellence, il n’y a pas d’avenir conséquent. Il ne s’agit pas d’élitisme, mais de haute compétence. Dans le contexte de priorité aux sciences, on doit être capables de fonder des réseaux Intranet pour collecter et faire circuler l’information, la sécuriser et maîtriser les technologies de l’information et de la communication (TIC). Ils sont de plus en plus utilisés de façon variable par les établissements d’enseignement supérieur à travers le monde.
Les TIC apparaissent autant comme une prestation valorisante sur le campus que comme un enseignement ouvert et à distance. Développer des politiques dans le domaine des TIC dans l’enseignement supérieur est une priorité. Les TIC dans l’enseignement supérieur sont utilisés pour développer les matériels de cours, la distribution et partage des contenus, la communication entre les étudiants, les enseignants et le monde extérieur, la création et la diffusion de présentations et de conférences, la recherche académique, le soutien administratif, l’inscription des étudiants. Malgré des efforts, on est bien en retard.
Les établissements d’enseignement supérieur des pays en développement ont besoin de logiciels et de matériel informatique à leur disposition et plus encore une adaptation à leurs besoins propres. Des progrès sont possibles malgré les défis posés par les infrastructures de télécommunication insuffisantes, un manque de formation des enseignants, un déficit de spécialistes avec une expérience en technologie de l’information pour aider au développement des TIC, à la maintenance, et à l’aide technique dans les établissement d’enseignement supérieur. Selon tous les spécialistes, les plans d’action et les investissements en matière de TIC sont toujours bénéfiques pour les institutions d’enseignement supérieur même s’ils ne remplacent pas toujours les modes d’apprentissage ou d’enseignement classiques. Assurément, comme le prévoyait la création de l’Université de la formation continue, les TIC peuvent fournir un plus grand accès pour les différents étudiants ciblés, et sont des moyens incontournables pour des expériences pédagogiques enrichies, en particulier pour les éducateurs à distance et les étudiants séparés par le temps et l’espace. L’enseignement à distance, virtuel est un axe d’avenir.

Compter sur nos élites à l’étranger
Pour pouvoir tirer profit des expériences des autres pays, il faut analyser les différents contextes de recherche à travers le monde, ainsi que leurs implications dans la production d’une base de connaissances adaptée pouvant à la fois soutenir les politiques nationales de développement et se greffer aux réseaux internationaux de la recherche. Pour suivre les nouvelles découvertes, il est urgent de compter sur nos élites à l’étranger, qui souhaitent tous contribuer au développement de l’Algérie. Connaître, cartographier et analyser les systèmes de recherche est une nécessité absolue en fonction de nos centres d’intérêt. Il s’agit, dans ce cadre, de faciliter les investissements dans le domaine de la recherche et faire face aux défis et obstacles spécifiques à nos pays. Ainsi, les experts prennent en considération les environnements favorables, les facteurs contraignants, et la diversité des défis posés par les transformations majeures. Renforcer le rôle de l’enseignement supérieur dans la société du savoir d’aujourd’hui en tant qu’élément essentiel du développement culturel, social, économique et politique, passe par une refonte complète du système.
En ce début de XXIe siècle, la compétitivité d’un pays dépend de sa capacité à produire et à assimiler les connaissances pour défendre sa souveraineté, engager son développement et consolider son identité. La recherche scientifique et l’Université doivent assumer un rôle fondamental dans la production, la diffusion et l’assimilation du savoir au service de la patrie. Il est donc essentiel de développer ce secteur pour sortir du sous-développement et améliorer la compétitivité du pays. A voir l’état déplorable des routes et des villes, l’état des hôpitaux et des infrastructures et plus encore au vu de la violence sociale, de la dégradation de l’environnement et de la bureaucratie régnante, il y a de quoi déclarer un plan de redressement national dans tous les domaines. A commencer par l’université qui, malgré ses potentialités n’arrive pas à se gérer suivant les normes internationales. Comment peut-on oublier que la mondialisation affaiblit encore plus les faibles? Les avancées technologiques ont accéléré sa généralisation par-delà les frontières, mais les faibles sont ceux qui consomment sans maîtriser l’outil. La connaissance, tout comme les économies fondées sur le savoir, deviennent mondiales dans leur orientation, leur portée et leur mode opératoire, les forts sont ceux qui les produisent ou les adaptent. Dans un contexte de mondialisation et de commerce international, le processus de production du savoir dépend et des forces du marché et de la volonté politique à intégrer la culture des techno-sciences. Le savoir est ainsi devenu une arme de domination, pas seulement une marchandise comme une autre, qui s’échange.
Quand oserons-nous mettre en place un segment de l’industrie automobile, surtout en ces temps de crise, un partenariat est possible, qui générera de l’emploi et mettra les ingénieurs algériens face à leur responsabilité? L’automobile étant un des facteurs de toute modernisation, autant que le bâtiment, au lieu de se limiter à acheter de l’étranger et ainsi garantir l’emploi à d’autres sociétés. La dépendance alimentaire, sanitaire et scientifique transforme tout pays en zone «colonisée» sous de nouvelles formes. L’Université arabe et tous les secteurs concernés doivent se mobiliser pour changer l’amère réalité.

La mondialisation et les compétences
L’enseignement supérieur en Occident attire les investissements de capitaux, stimule la compétition et génère des profits parfois plus élevés que dans d’autres domaines, et participe ainsi à la mondialisation de l’économie. Mais, dans de nombreux pays, les systèmes éducatifs ne peuvent pas fournir le nombre requis de professionnels hautement qualifiés, ce qui, paradoxalement, encourage la fuite des cerveaux, la migration d’intellectuels ayant un niveau de qualification. La compétition mondiale pour attirer des personnes qualifiées et la «guerre des cerveaux» faisant rage, on doit encourager des formes de participation multiples, comme par exemple l’enseignement à distance, espérant ainsi profiter des compétences expatriées, pour atteindre le nombre de diplômés qualifiés. L’éducation transfrontalière est devenue un élément important de la mondialisation de l’enseignement supérieur de demain, renforçant la mondialisation économique.
Les institutions s’intéressent plus particulièrement à l’éducation par Internet - nouvelle source de revenus - au moment où les places pédagogiques sont limitées et que le financement des gouvernements s’amenuise. Selon les estimations, les revenus assurés par les étudiants étrangers constituent plus du tiers du budget total de certaines universités occidentales. Les étudiants s’engagent dans l’éducation par Internet car les obstacles, espace et temps et retours sur investissement sont intéressants au niveau personnel. Autrement dit, les intérêts de ceux qui demandent et ceux qui offrent l’éducation par Internet sont en concordance.
Les quatre modes d’enseignement supérieur à distance sont fonction de la mobilité des programmes et des matériels didactiques, des étudiants, des fournisseurs de services éducatifs, des enseignants. Entreprendre des recherches sur toutes les formes d’accès au savoir dans 20 ans est une priorité d’aujourd’hui, un sujet d’avenir. Les études sur les universités virtuelles insistent sur la souplesse des programmes et des cours via Internet.
A compter du mois d’octobre 2009, par exemple, l’Université Ouverte de Catalogne, à Barcelone, qui offre déjà plus de soixante masters scientifiques et culturels, proposera un Master international en Etudes islamiques et arabes (www.UOC.educ) que tout étudiant dans le monde pourra suivre par Internet, selon des conditions simples. Le monde arabe a intérêt à retrouver le chemin des innovations dans les domaines-clés pour enrichir ses valeurs, édifier l’Etat de droit et sortir du sous-développement. Il n’y a plus de temps à perdre.

(*) Professeur en relations internationales
www.mustapha-cherif.net

Mustapha CHERIF

 

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