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 La diversité des semences

28/4/2009

La diversité des semences :

 Il existe aujourd’hui environ 250 000 à 300 000 espèces de plantes. De ce nombre, 10 000 à 50 000 sont comestibles et quelque 7 000 espèces ont déjà été cultivées et utilisées comme aliments. À notre époque, seulement 30 espèces fournissent 90 % des calories ingérées par les êtres humains. La sélection des espèces de grains a permis une augmentation du rendement, mais également de renforcer la primauté du riz, du blé et du maïs sur les autres céréales (500 millions de tonnes chacune produites par année dans le monde). Ces trois céréales procurent la plus grande partie des calories et des protéines consommées par les populations du monde entier, par le commerce mondial (Shiva : 2001). Le résultat en est que plusieurs variétés de céréales ont disparu.

L’avoine et le seigle ne représentent aujourd’hui qu’une infime partie de la culture des céréales. Par exemple, alors que le seigle était cultivé en Bretagne sur 2,5 millions d’hectares au XIXe siècle, il ne représente aujourd’hui que 68 000 hectares. Avec158 millions de tonnes cultivées par année dans le monde, la culture de l’orge reste importante. Elle est surtout utilisée dans l’alimentation animale et la production de bière. C’est la seule céréale qui garde une certaine importance avec le mil en Afrique. Toutes les autres sont récoltées et consommées en quantité très négligeable. Par contre, avec les productions biologiques, on réintroduit graduellement des céréales comme l’épeautre et le kamut.

Les pays en développement ont connu des changements dramatiques au cours des 50 dernières années. L'introduction de variétés à rendement plus élevé a amélioré la capacité de production, mais a également remplacé en partie l'agriculture traditionnelle. Elle en est venue à menacer la diversité génétique des plantes cultivées et on a dû prendre des mesures pour préserver les variétés de semences traditionnelles et faire en sorte qu'elles soient disponibles pour les générations futures.

Il est important de préserver la capacité innovatrice des paysans pour préserver la diversité des semences et l’autonomie alimentaire, mais également parce que ce savoir-faire représente un héritage culturel et social. Par exemple, certaines plantes occupent une place fondamentale dans les traditions religieuses et certaines fêtes sont directement liées aux récoltes. La variété des semences est également importante, notamment lorsque l’on songe à la sécurité alimentaire des peuples du tiers-monde. Dans plusieurs pays, on a mis sur pied des banques de semences qui sont spécifiquement adaptées à une région, à son climat, son type de sol, aux maladies ou aux insectes que l’on y retrouve. Ces banques de semences représentent la capacité des paysans à subvenir à leurs besoins alimentaires.

Les exemples ne manquent pas lorsque l’on cherche à illustrer la perte de la biodiversité mondiale quant aux semences. Par exemple, en Chine, on a déjà cultivé plus de 10 000 variétés de blé, alors qu’on en dénombrait 1 000 dans le courant des années 1970. Aux États-Unis, on a déjà cultivé 7 000 variétés de pommes de terre et 6 000 sont à présent éteintes. C’est sans parler des milliers de variétés de riz, cultivées avant la révolution verte, aujourd’hui disparues (Shiva : 2001).

Avec l’arrivée de la révolution verte dans les années 1950 et, par la suite, de la transgénèse, la biodiversité des semences est encore mise à rude épreuve. Ces nouvelles semences au patrimoine génétique modifié par la science ou par la main de l’homme remplacent souvent des variétés autochtones des pays qui étaient cultivées depuis des temps immémoriaux. Ces variétés locales étaient bien adaptées à leur environnement originel.

Aujourd’hui, plusieurs menaces planent sur la diversité génétique, notamment en raison de nouveaux droits de propriété intellectuelle implantés par l’Organisation mondiale du commerce (OMC) : ce sont les droits de propriété intellectuelle liés au commerce. Les industries et firmes de recherche qui mettent au point des semences dans lesquelles ils introduisent des gènes étrangers et qui les font breveter sont souvent traitées d’usurpatrices. En fait, elles font parfois breveter des semences développées par des populations souvent autochtones, exclues des accords commerciaux mondiaux. Ces entreprises accaparent donc de savoirs accumulés depuis des milliers d’années. C’est ainsi que Calgene, une firme appartenant à la multinationale américaine Monsanto, a obtenu un brevet pour des variétés de semences de soya dans lesquelles ils ont inséré un gène résistant à un herbicide. Le soya est une plante originaire de l’Asie.

Au-delà du fait que les compagnies brevètent les semences transgéniques et en demandent des loyautés, en plus d’empêcher les producteurs de semer à nouveau leurs graines, la concentration au sein de ce secteur est frappante. En 2001, 10 firmes contrôlaient 32 % du marché des semences. Ces firmes sont de plus en plus des compagnies pharmaceutiques ou chimiques qui se surnomment « compagnies des sciences de la vie » et qui achètent les grainetiers régionaux dans le but d’élargir leur part du marché. Ce sont ces mêmes 10 firmes qui contrôlent la totalité des semences génétiquement modifiées (Shiva : 2001). Le marché mondial de la semence supplante les marchés locaux et, ce faisant, les monocultures remplacent la diversité des cultures.

Sources consultées : Shiva, Vandana. Le terrorisme alimentaire : Comment les multinationales affament le Tiers-Monde, traduit de l’anglais par Marcel Blanc, France, Éditions Fayard, 2001. 197 p.

 

Rédaction : Sophie Caron, Isabelle Joncas, Nadine Bachand © Équiterre, juillet 2003

 

 

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