La mouche blanche et le virus des feuilles en cuillère de la tomate (TYLCV) » maladies des plantes , agriculture et écologie

 La mouche blanche et le virus des feuilles en cuillère de la tomate (TYLCV)

27/4/2009

La mouche blanche et le virus des feuilles en cuillère de la tomate (TYLCV)

 Le TYLCV une grave virose introduite accidentellement au Maroc

Depuis presque deux ans, les producteurs de tomate au Maroc ont vu leurs récoltes considérablement amoindries à cause d'une nouvelle maladie provoquée par le virus des feuilles jaunes en cuillère (TYLCV ou Tomato Yellow Leaf Curl Virus), un virus du groupe des géminivirus, transmis exclusivement par l’espèce de mouche blanche Bemisia tabaci. Il a été introduit au Maroc en 1998, probablement à partir d’Almeria, à travers des plantules de tomate infestées. Cependant, il n’est pas exclu que le TYLCV ait été introduit au Maroc à travers des mouches blanches virulifères sur des plantes qui ne sont pas sensibles au TYLCV (fraise, rosacées ou autres). Il est important de préciser que le TYLCV n’est pas transmis à travers la semence.

Les symptômes du TYLCV  apparaissent généralement deux semaines après la transmission du virus par la mouche blanche. C’est pourquoi il y a diffi-culté à corréler le pourcentage d’infection virale (symptôme visibles) avec la population courante de la mouche blanche. L’infection par le TYLCV bloque le déve-loppement des plants et provoque une réduction de la taille des feuilles et un raccourcissement des entre-nœuds ce qui entraîne un nanisme de la plante spé-cialement quand l’infection est précoce. La plante infectée ne produit plus de fruits.

Les dégâts directs et indirects de la mouche blanche sont tellement sévères sur tomate cultivée en plein champ et sous serre que bon nombre de producteurs ont abandonné leurs cultures, en 1999 et 2000, dans les régions de Moulouya, d’El Jadida et du Souss. Ces dégâts ont conduit à l’arrachage en cours de culture de quelques centaines d’hectares de tomate de plein champ comme sous serre. Même quand les producteurs ont essayé de maintenir les cultures de plein champ, avec un rythme soutenu de traitements chimiques (10 fois plus), les pertes dues au TYLCV étaient sévères dans plusieurs situations (perte de rendement de 90%). La production de la culture de tomate de plein champ représente entre 15 et 20% de la production nationale. A moins d’avoir des variétés résistantes au TYLCV, les cultures de tomate de plein champ seront vouées à disparaître, du moins dans les régions à agriculture intensive comme le Souss.

Situation actuelle du TYLCV au Maroc

Dans le Souss, les cultures de tomate sous serre ont été infectées par le TYLCV à des niveaux de 5-10 % (automne 1999) et 100% (printemp-été 2000). A l’automne 2000, le taux d’infection de la tomate sous serre par le TYLCV dans le Souss avait déjà dépassé 20% dans beaucoup d’exploitations et beaucoup de serres ont dû être replantées. Il est donc possible d’affirmer que la situation du TYLCV dans le Souss durant la campagne 2000-2001 sera plus grave qu’en 1999-2000, et ce malgré les mesures préventives et curatives prises par les producteurs.

L’intensité de l’inoculum dans le Souss était beaucoup plus importante en été 2000 qu’en été 1999. Evidement, la majeure partie des plantations précoces sont faite pendant l’été, durant une période qui chevauche avec les arrachages de l’ancienne culture, pas nécessairement dans la même exploitation. Les mouches blanches quittent alors les vieilles cultures très infectées par le TYLCV en fin de cycle et arrivent à infecter les nouvelles plantations à un stade jeune de la plante et qui est très vulnérable au virus.

Quelles plantes hôtes pour le TYLCV ?

Outre la tomate (Lycopersicum esculentum), d’autres espèces cultivées ou sauvages peuvent être infectées par le TYLCV. Parmi les cultures hôtes au TYLCV, le piment (Capsicum annum) est très sensible a une certaine espèce du TYLCV. Le TYLCV-IL a été également décrit sur haricot (Pahseolus vulgaris). D’ailleurs, la prolifération de cette maladie sur haricot en Espagne en 1999 a été corrélé avec l’expansion de cette espèce, puisque TYLCV-SAR n’a jamais été identifiée sur haricot.

En dehors des plantes cultivées, le TYLCV infecte un certain nombre de plantes sauvages comme le Datura (Datura stramonium), la morelle noire (Solanum ni-grum) et d’autres espèces qui hébergent aussi le TYLCV (Cynanchum acutum, Malva parviflora et Malva nicaensis).

Il ne fait aucun doute que la flore sauvage (Photo 2, voir fichier PDF) dans les zones de production de tomate mérite une attention particulière. En effet, la lutte contre le TYLCV doit intégrer non seulement l’élimination des plants de tomate, de piment ou d’haricot infectés mais aussi des plantes spontanées qui souvent assurent le relais pendant des périodes de vide sanitaire dans certaines régions.

Est ce que les épidémies de TYLCV sont à craindre dans toutes les régions du Maroc ?

Le développement de Bemisia est très dépendant de la température mais ceci ne diminue pas de l’importance des autres facteurs comme par exemple la plante hôte qui agit sur la longévité et la fécondité des adultes. Les potentialités de développement de Bemisia dans différentes zones climatiques du Royaume sont différentes.

Dans les régions du littoral atlantique et principalement dans le Massa, les hivers sont doux et Bemisia arrive à se développer d’une manière continue même à l’extérieur des serres, avec un ralentissement très important du développement pendant les mois les plus froids. Le cycle de développement s’accélère des que les températures s’améliorent à partir du début printemps. D’ailleurs, plus de 80% des générations annuelles de Bemisia sont produites pendant le printemps et l’été dans le Souss. Dans de telles conditions favorables au développement de Bemisia, l’espèce s’installe d’une manière durable dans les différents agro-écosystèmes que ça soit en plein champ ou en sous abri. En présence de sources de TYLCV, la lutte contre le vecteur devient alors difficile car l’éradication du virus devient aléatoire.

Dans les plaines de l’intérieur, où les conditions de températures sont rigoureuses en hiver, le développement de l’insecte ne peut être continu pendant toute l’année. Bemisia passe par une période d’hibernation sur des plantes hôtes capables de garder les feuilles pendant l’hiver. Bemisia n’a pas de stade particulier d’hibernation et peut survivre à des températures supérieures à 0°C. Les températures inférieures à 0°C sont létales pour Bemisia. Dans les conditions des plaines de l’intérieur (Sais et Tadla par exemple) le nombre de générations est beaucoup plus faible que dans les régions du littoral.

Le TYLCV, si il est disséminé vers les plaines de l’intérieur, peut se conserver pendant l’hiver soit dans des pupes de Bemisia en hibernation soit dans les plantes réservoirs. Même dans ces conditions, l’intensité de l’inoculum est significativement amoindrie chaque année en hiver, et donc les épidémies de TYLCV dans ces régions n’atteindront pas les dimensions des épidémies en régions du littoral. Dans ces régions, la lutte contre le TYLCV par des mesures phytosanitaires adap-tées est possible.

Dans le cas particulier du Souss, les hivers sont doux et la mouche blanche est active pendant toute l’année, avec des périodes intenses de développement de Bemisia au printemps et en été, et des périodes de développement ralenti en automne et en hiver. Ce développement continu de Bemisia, couplé avec une omniprésence de la culture de tomate pendant toute l’année avec des sources abondantes de virus, risque de compliquer le problème TYLCV/mouche blanche dans la région du Souss. Sur ce seul plan, une stratégie régionale rigoureuse, instaurant un vide sanitaire à l’échelle de ces zones, peut contribuer à une solution durable du problème dans le Souss. Evidement, une telle mesure doit être accompagnée d’une élimination des autres sources de virus que ce soit dans les ad-ventices (Datura, morelle noire, mauves..) ou les plantes cultivées (tomate, piment, et haricot).

Quelles espèces de mouches blanches en cultures sous serre ?

Les aleurodes, ou “mouches blanches", appartiennent à l'ordre des hémiptères. La principale caractéristique de cet ordre est l'appareil buccal de type piqueur-suçeur, particulièrement bien adapté à l'extraction de liquides et à la transmission de certaines maladies virales.

La mouche blanche des serres

La mouche blanche des serres, Trialeurodes vaporariorum (Photo 3, voir fichier PDF) est un ravageur de nombreuses cultures sous abri au Maroc (tomate, poivron, courgette, fraisier, haricot,...). T. vaporariorum était communément rencontrée dans nos cultures maraîchères mais était souvent considérée comme ravageur secondaire et par conséquent avait rarement nécessité des interventions insecticides spécifiques. Ceci est probablement lié au fait que l'aleurode des serres était sous contrôle biologique naturel par un certain nombre de prédateurs ou d’insectes parasitoides. Ces auxiliaires étaient rencontrés assez fréquemment dans les cultures sous serre au Maroc. C'est en fait à partir de 1995, que nous avons constaté des pullulations de la mouche blanche dans certaines serres de tomate dans le Massa. Dans ces cas, nous avons pu vérifier que les exploitations concernées utilisaient un nombre excessif d'applications pesticides et par conséquent les ennemis naturels (Cyrtopeltis sp.) des mouches blanches étaient devenus rares. En 1999, nous avons pu vérifier, dans plusieurs serres, une nette domination de Trialeuro-des (parfois plus de 70% de la populations des mouches blanches). Cette situation ne va pas persister pendant longtemps en raison de la multiplication (10 fois plus qu’avant) des traitements insecticides en culture de tomate.

La mouche blanche du coton

L'aleurode du coton (Bemisia tabaci) (Photo 4, voir fichier PDF) concerne beaucoup plus les producteurs maraîchers au Maroc en raison de sa transmission du virus TYLC. Bien qu'elle soit connue au Maroc depuis longtemps, elle était considérée comme ravageur uniquement pour certaines cultures de plein champ, autres que la tomate. Il y a quelques années, Bemisia tabaci était occasionnellement signalée dans les cultures maraîchères dans le Souss. Ces deux dernières années, nous avons observé ses populations s'accroître au dépend de la mouche blanche des serres. Il n’est pas exclu que cette espèce remplacerait dans un avenir proche la niche écologique traditionnellement occupée par l’espèce T. vaporiarum, qui a toujours colonisé nos cultures sous serre mais elle est plus sensible aux insecticides.

Le statut taxonomique de Bemisia est compliqué par une plasticité écologique impressionnante. Il en résulte des modifications anatomiques mais aussi des évolutions comportementales qui ont amené certains producteurs à croire que Bemisia ne cesse de réduire sa taille pour échapper aux barrières mécaniques qu’on lui impose. En fait, plusieurs biotypes ont été décrit et on continuera à en découvrir d’autres. Une manière pour Bemisia de survivre les différentes barriè-res mécaniques, physique ou chimiques que lui impose l’environnement ou les pratiques agricoles.

Comment se développent les mouches blanches?

Les mouches blanches passent par six stades de développement (Photo 5, voir fichier PDF): un stade œuf quatre stades larvaires et un stade adulte. A la naissance, la jeune larve "mobile" est active pendant quelques heures à la recherche d'un endroit pour se nourrir. Une fois installée, la larve perd ses pattes et devient définitivement im-mobile. Au deuxième stade, la larve est aplatie et transparente et donc difficilement distinguable par un observateur ordinaire. Enfin, au quatrième stade, la larve secrète de la cire et dés l'apparition des yeux rouges, l'insecte est nommé pupe. En effet, la larve ne mue pas mais sa physionomie change. Le dernier stade larvaire ne se nourrit pas, c'est pourquoi certains l'appellent "fausse pupe".

L'aleurode adulte se développe dans la pupe qui prend la couleur blanchâtre. Les adultes des aleurodes possèdent deux paires d'ailes et leur corps est couvert d'un duvet blanchâtre et cireux.

L'adulte est le stade le plus facile à observer sur les plantes. La grande homogénéité de sa morphologie, quelle que soit l'espèce, ne permet toutefois pas une identification aisée. Sur le terrain, le stade adulte se reconnaît facilement à sa couleur, toujours blanchâtre, à sa petite taille et à sa relative mobilité.

Comment différencier entre les deux espèces de mouche blanche

Aleurode des serres

Le puparium est de forme ovale, arrondi postérieurement. Les parois latérales sont droites et placées perpendiculairement au support (Photo6, voir fichier PDF). On note la pré-sence d'expansions cireuses dorsales (à ne pas confondre avec des soies). L'adulte au repos présente des ailes presque parallèles sur l'abdomen, elles, sont jointi-ves dorsalement et arrondies postérieurement.

Aleurode du coton

Le puparium est, en vue latérale, de forme plutôt aplatie, les bords latéraux sont obliques. Il présente 7 paires de soies dorsales; les soies sont plus longues (Photo 7, voir fichier PDF). Au repos, les ailes de l'adulte sont tenues en toit mais ne sont pas complètement jointives dorsalement; la partie distale de l'aile apparaît ainsi plus ou moins pointue.

Quels types de dégâts causent les mouches blanches ?

La succion de la sève par les larves et les adultes de mouches blanches entraîne des dégâts directs se traduisant par une diminution de la vigueur. Les mouches blanches injectent une salive durant le processus de nutrition. Cette salive contient des enzymes et des toxines qui perturbent les processus physiologiques des plantes. Ces perturbations peuvent être à l'origine d'une maturité précoce et d’une coloration irrégulière des fruits de tomate ou de poivron. Ces mêmes toxines sont aussi à l'origine de l'aspect argenté des feuilles de la courgette. Selon la plante hôte, des symptômes variant d’une simple chlorose jusqu'à la déformation des fruits peuvent être observés. Des niveaux de populations importants peuvent causer la mort des plantes.

Les dégâts indirects sont beaucoup plus importants. Ces derniers sont de deux types: développement de la fumagine et transmission de maladie virale.

Le miellat est abondamment excrété par les mouches blanches en raison de leur régime alimentaire liquide. Ce miellat très riche en sucre est favorable au déve-loppement d'une maladie à champignon, appelée fumagine. Cette dernière, par sa couleur noire, a un effet négatif sur la photosynthèse et peut être la cause d'importants écarts de triage en post récolte.

Un dégât indirect, mais de première importance, est représenté par la transmission de viroses. Cette faculté explique à elle seule la gêne croissante que représen-tent les mouches blanches au Maroc. Les mouches blanches transmettent surtout des géminivirus dont le plus préoccupant actuellement est le TYLCV, transmis par Bemisia sur tomate. Comment le virus est transmis par la mouche blanche ?

La transmission du virus TYLC par Bemisia se fait selon le mode persistant. Le virus étant essentiellement concentré au niveau du phloème. Le temps minimum d'acquisition du virus par B. tabaci à partir d'une plante infectée est d’environ 15 minutes à une heure. A partir du moment où l’acquisition du TYLCV a lieu, il faut approximativement 20 heures pour que la mouche blanche puisse transmettre le virus. Une fois la mouche blanche est virulifère elle le restera non seule-ment pendant toute sa vie mais pourra le transmettre à sa descendance pendant au moins deux générations. La mouche blanche a besoin de se nourrir au moins pendant 30 minutes ou plus sur une plante saine pour pouvoir transmettre le TYLCV. Il est donc évident que le processus de transmission du virus TYLC par B. tabaci permet suffisamment de temps à plusieurs insecticides pour agir sur le vecteur avant qu’il ne transmette le virus.

Mesures de lutte contre la mouche blanche et le TYLCV

Production de plantules

Les plantules maraîchères doivent être produites dans une pépinière où les règles sanitaires sont de rigueur. Il va sans dire qu'une telle pépinière doit être abso-lument insect-proof (filet 10*20), doit utiliser des semences certifiées et doit suivre un programme de production et de protection phytosanitaire très rigoureux.

Produire ses propres plantules nécessite un minimum de technicité. Si cela n'est pas possible, il est recommandé de s'adresser à des pépiniéristes spécialisés (Photo 8, voir fichier PDF), qui garantissent la qualité sanitaire requise. Dans tous les cas, que les plantules soit produites par l’agriculteur lui-même, ou proviennent d'une pépi-nière commerciale, il est important de veiller au maintien de cette qualité sanitaire des plantules depuis leur départ de la pépinière jusqu'à la transplantation. Exposer les plantules en plein air même pendant de courtes périodes peut être à l'origine d'infestations fortuites par les ravageurs ou les vecteurs.

Préparation de la serre de culture

A la fin de la production, une serre doit être débarrassée de l'ancienne culture après avoir réalisé un traitement avec un insecticide de choc. Cette mesure a elle seule, si adoptée par les producteurs, épargnerait les mauvaises surprises à leurs voisins, qui eux se trouvent parfois en phase de plantation et donc très vulnéra-bles aux migrations de mouches blanches virulifères.

Quand l'ancienne culture est éliminée, les mouches blanches (larves et pupes) sont également éliminées. Les adultes qui volent finissent par mourir de faim et de chaleur dans une serre vide. Ceci est possible uniquement si toutes les mauvaises herbes sont soigneusement éliminées. Idéalement, pour les cultures sous serre, il faut prévoir une période de vide sanitaire (1 à 2 mois) et procéder à un traitement insecticide de la serre une semaine avant l'installation de la nouvelle culture, pour assurer un bon départ.

Observation des plantes

Commencer votre surveillance toujours en observant la totalité de la culture pour voir s'il y a une différence de couleur, vigueur ou taille des plantes d'une par-celle ou d'une serre à une autre. Quand on localise des plantes ou des lignes anormales, on observe de plus près pour examiner la présence d'insectes, acariens, nématodes ou maladies.

Généralement, les plantes situées près de l'entrée de la serre, en bordure ou en fin de lignes sontgénéralement les premières à être infestées. Dans le cas parti-culier du TYLCV, on a constaté que les premiers symptômes sont généralement exprimés par les plantes situées dans les endroits chauds de la serre (milieu par exemple).

L'examen ne doit pas concerner uniquement les plantes mais aussi le filet, le SAS et les mauvaises herbes à l'intérieur ou à la proximité de la serre.

Pièges jaunes comme outil de pilotage

Les pièges jaunes à glu (photo 9, voir fichier PDF) sont des outils incontournables dans toute opération de management du problème de la mouche blanche. Ils sont également un excellent indicateur de la présence ou abondance d'un grand nombre d'ennemis naturels (parasitoides et prédateurs).

Les pièges jaunes, selon l'usage, peuvent vous renseigner sur:

- Les possible migrations de mouches blanches bien avant l'installation de la culture;
- le mouvement des adultes de mouches blanches dans votre culture;
- les fluctuations des niveaux de population et
- l'efficacité des traitements insecticides.

Il est important de placer les pièges jaunes en parallèle avec la partie apicale des plantes à peu près a 50 cm du sommet des plantes. Les adultes préfèrent le jeune feuillage pour leur nutrition et pour déposer les œufs.

Piège jaune comme outil de lutte

Les pièges jaunes sont recommandés non seulement pour la surveillance mais également pour la lutte contre les mouches blanches en pratiquant le piégeage de masse (photos 10a et 10b, voir fichier PDF). Pour cela il suffit d'augmenter le nombre de plaques jaunes, ou d'installer des bandes (rouleau) de plastique jaune englué dans votre serre. Il est également recommandé d'installer deux bandes jaunes de chaque côté du SAS. Il faut cependant éviter de placer les bandes jaunes en périphérie des serres en raison de leur pouvoir attractif des mouches blanches se trouvant à l’extérieur de la serre.

La lutte mécanique et l’exclusion

L'utilisation des filets à insectes est le meilleur moyen de protéger votre serre contre des invasions d'insectes ravageurs ou de vecteurs. Plus les plants sont jeu-nes, plus elles sont sensibles aux maladies virales (TYLCV).

Les normes d'utilisation des filets existent pour des serres vitrées ou en plastique mais possédant un système de ventilation électrique. L'adoption des filets en culture sous serre au Maroc, doit prendre en considération le type de serre et la ventilation naturelle (photo 11, voir fichier PDF). Une restriction de l'aération des serres, peut avoir des conséquences fâcheuses sur l'incidence de certains ravageurs et maladies. Dans certains cas, l’isolation excessive des serres par des films plastiques a entraîné une élévation des températures causant des dégâts considérables liés à l’avortement des fleurs.

Si nous recommandons aujourd'hui l'utilisation des filets anti-insectes pour les serres, nous n'avons malheureusement pas de normes étudiées et validées pour les types d'abri plastiques au Maroc. Un besoin urgent de la recherche serait de déterminer les conditions optimales d'utilisation des filets anti-insectes SAS à l’entrée de la serre

En plus de l'installation des filets sur toutes les ouvertures de la serre, il est recommandé d'installer un SAS avec au moins une double porte pour chaque serre. Ce SAS devra être équipé de bandes jaunes à glu pour capturer les mouches blanches qui arrivent à pénétrer l'espace pendant les courtes périodes d'ouverture des portes. Idéalement, un SAS doit être muni d’un ventilateur électrique à forte pression qui se déclenche automatiquement à l’ouverture de la porte et qui permet de refouler vers l’extérieur les insectes susceptibles d’être emportés par le visiteur de la serre.

La lutte chimique

Les produits chimiques qui ont une action de contact, agissent sur la cuticule de l'insecte ou éventuellement sur son système intérieur. Dans ce cas, la mouche blanche doit entrer en contact avec l'insecticide. Ce genre d'insecticide nécessite une couverture totale touchant les endroits préférées (face inférieure des feuil-les du bas). Actuellement, la plupart des insecticides utilisés contre la mouche blanche appartiennent à cette catégorie, avec un effet sur les larves et les adultes mais pratiquement sans effet sur les œufs et les pupes.

Un insecticide systémique est absorbé par la plante, véhiculé vers les feuilles et absorbé par les mouches blanches qui sucent la sève. Un insecticide avec un bon pouvoir systémique est distribué d'une manière régulière à travers toute la plante. Par conséquent, il sera ingéré par la mouche blanche se nourrissant de la sève des feuilles, qu'elles se trouvent sur la strate haute ou basse. Certains insecticides systémiques sont plus efficaces quand ils sont appliqués à un stade jeune de la plante. Le transfert aux jeunes feuilles est plus facile et permet de protéger contre les infestations précoces par la mouche blanche.

L'échec des applications insecticides n'est pas nécessairement lié à la qualité du produit ou à un problème de résistance. Il est probable qu'il soit lié à la techni-que d'application, à la période de traitement ou à d'autres facteurs.

Bon nombre de producteurs cherchent une solution miracle lorsqu'il s'agit de combattre les mouches blanches dans leurs cultures sous serre: ils utilisent toute la panoplie d’insecticides possible et ils pensent que le problème est réglé. Malheureusement, la question n'est pas aussi simple. Comme toute autre substance toxique qu'on utilise, les pesticides ne devraient être utilisés qu'en dernier ressort et très prudemment.

Quand les produits chimiques sont utilisés, il est important de respecter la dose, le mode d'action et le stade de l'insecte visé, l'effet secondaire du produit, la période opportune du traitement, la compatibilité du produit avec le mélange utilisé, la qualité de votre matériel de traitement et le sérieux des opérateurs. Enfin, n'oubliez pas d'alterner des insecticides avec différents modes d'action. Bemisia peut vite devenir résistante aux quelques matières actives homologuées au Maroc.

Attention aux problèmes de résistance aux insecticides et aux résidus de pesticides

Depuis la récente introduction du TYLC au Maroc, la réaction de panique des producteurs a favorisé la multiplication des traitements insecticides contre la mou-che blanche. Ces derniers, ont parfois dépassé une application insecticide tous les deux jours pendant au moins les deux premiers mois de la culture. Ce n’est certainement pas une bonne nouvelle. Faut-il rappeler qu’avant l’introduction du TYLCV au Maroc, l’adoption de la protection intégrée avait permis de réduire le nombre d’applications insecticides dans certaines exploitations à 5 applications insecticides pour tout le cycle de la tomate (9 mois). Actuellement, le nombre de traitements insecticides dépasse la moyenne de 50 ce qui représente presque 10 fois le nombre d’applications insecticides utilisées auparavant. Heureuse-ment, la plupart de ces traitements sont réalisésdurant la phase précédant le début des récoltes.

La multiplication des traitements insecticides peut éliminer les auxiliaires et favoriser l'apparition de nouveaux ravageurs. L'application anarchique des pesticides peut être à l'origine de refoulement des exportations, à cause de problèmes de résidus.

Dans tous les cas, il est certain que l’utilisation abusive des insecticides produira l’effet inverse et conduira très probablement à une résurgence accrue du pro-blème de la mouche blanche au Maroc. Une telle attitude bénéficiera en particulier à l'espèce Bemisia. Cette dernière a développé la résistance à une multitude d'insecticides appartenant à différentes classes chimiques de part le monde. Nos producteurs doivent savoir que l'utilisation anarchique des insecticides contre Bemisia a conduit leurs homologues dans certains pays comme le Soudan ou des pays du proche orient vers l'impasse.

Pour ces raisons, il ne faut appliquer des pesticides qu'en cas de besoin. Ne cherchez surtout pas à obtenir l'absence des mouches blanches (niveau zéro). Cette approche n'est ni économique ni écologique. Elle ne relève certainement pas des pratiques d’une agriculture raisonnée et risque de coûter très cher dans le court terme et surtout dans le moyen et long terme.

La lutte biologique

La lutte biologique est intéressante face aux limites de la lutte chimique. L'utilisation d'auxiliaires, combinée à des moyens mécaniques, permet de contenir les populations, à condition de connaître précisément la biologie de la mouche blanche et de réduire significativement les sources du TYLCV. Aussi bien l'aleurode des serres que la mouche blanche du coton ont un grand nombre d'ennemis naturels comprenant des insectes prédateurs, des parasitoides et même des cham-pignons entomopathogènes.

Prédateurs

De très nombreux arthropodes prédateurs généralistes sont susceptibles de consommer les mouches blanches: araignées, Anthocoridae, Coccinellidae (photo 12, voir fichier PDF), Chrysopidae, Hemerobidae et la plupart des Miridae. D'une manière générale, ils ne sont pas efficaces seuls, sauf peut-être Macrolophus caliginosus (Photo 13, voir fichier PDF), déjà largement employé en tomate en Europe et en Amérique du nord.

Parasitoides

Ce sont deux micro-hyménoptères, Encarsia formosa (photo 14, voir fichier PDF) et Eretmocerus eremcius (photo 15, voir fichier PDF). Ces insectes pondent leurs œufs dans (ou sous) les larves d'aleurode. Après éclosion, les larves de parasitoides dévorent leur hôte et se nymphosent à l'intérieur. Le choix dans leur utilisation en lutte biologique découle de leurs préférences alimentaires et leur biologie.

La protection intégrée

La protection intégrée est tout simplement l'utilisation combinée et judicieuse de tous les moyens de lutte discutés ci-dessus. Même si la plupart des composan-tes de la lutte intégrée ne sont pas récentes, la combinaison de plusieurs moyens de lutte est de plus en plus populaire dans les milieux des producteurs.

La lutte biologique a déjà démontré ses potentialités au Maroc contre les mouches blanches grâce à des auxiliaires tels que Eretmocerus sp. Son efficacité est parfois limitée par l'installation d'un déséquilibre entre la population d'auxiliaires et la population d'aleurodes au bénéfice de cette dernière. La bonne sélectivité des larvicides actuellement sur le marché vis-à-vis des auxiliaires donne la possibilité d'utiliser ces produits pour rattraper cette situation et réduire le nombre de larves par plante.

Comme il n y a pas de produit "viricides", le moyen le plus efficace de réduire l'incidence virale est d'exclure le vecteur et d’éliminer systématiquement les sour-ces de virus. Sur ce plan, les cultures de tomate de plein champ sont très difficile a protéger et sont donc condamnées à disparaître sauf si des variétés vraiment tolérantes au TYLCV sont mises sur le marche marocain. Des hybrides sont actuellement disponibles pour les cultures de tomate sous serre au Maroc mais à des prix très élevés (130-220 Dhs/gramme de semence). Malheureusement, bien que ces hybrides soient tolérants au TYLCV, ils n'ont pas montré de bonnes perfor-mances agronomiques (qualité et rendement) dans les conditions de la serre en plastique dans le Souss. D'autres hybrides, plus performants agronomiquement et avec une résistance supérieure (photo ci-dessous, voir fichier PDF), seront disponibles dans le commerce au Maroc à partir de l'été 2001.

La protection de l'environnement, de la santé du consommateur (national et international) et de l'utilisateur, les régulations de plus en plus sévères concernant les résidus des pesticides, l'opinion du consommateur et des écologistes doivent inciter nos producteurs à une moindre utilisation des pesticides. Quelle est alors l’alternative? La production et la protection intégrées, une combinaison des meilleures stratégies de management et de lutte utilisant le bon sens et qui est susceptible de produire des résultats dans le court, moyen et surtout le long terme.

Que peut on conclure?

A travers le monde, les producteurs qui étaient jadis munis d’un grand arsenal chimique pour lutter contre les ravageurs et les maladies se trouvent depuis quel-que années avec un nombre limité de matières actives encore autorisées et dont certaines sont déjà obsolètes, à cause des problèmes de résistance. Nos produc-teurs ont déjà intérêt à en prendre conscience.

La chimie moderne permet actuellement de mettre sur le marché des pesticides qui respectent l'environnement et la santé du consommateur. De leurs côtés, les firmes de production d'agents biologiques (prédateurs, parasitoides ou microbes) ne cessent de développer des souches mieux adaptés aux systèmes de serres médi-terranéennes et compatibles avec certains pesticides. Les firmes de semences, de leur part, profitant des progrès spectaculaires de la biotechnologie continueront à mettre sur le marché des variétés avec des résistances multiples et parfois trop complexes.

Les acquis techniques concernant la lutte contre les mouches blanches au Maroc sont importants. Mais l'omniprésence des mouches blanches rend nécessaire une adaptation constante de la stratégie de lutte, afin de la simplifier au maximum et de maintenir son efficacité.

La protection de l’agriculture marocaine commence aux frontières

Le Maroc a connu durant ces dix dernières années, l'introduction d'un certain nombre de nouveaux ravageurs et maladies dont certains représentent un problème sérieux pour l'horticulture marocaine. La liste exhaustive n'est pas connue mais il serait utile de rappeler certaines introductions.

Parmi les espèces d'insectes qui ont été introduites récemment, nous citerons deux espèces de mouches mineuses de la tomate (Liriomyza huidobrensis et Lirio-myza trifolii), une espèce de thrips, le thrips californien (Frankliniella occidentalis) et la mineuse des agrumes (Phyllocnistis citrella).

Au moins 5 nouvelles maladies fongiques ont été introduites au Maroc durant ces dix dernières années. Il s’agit du Fusarium oxysporum f.sp. radicis lycopersici, Pyrechaeta lycopersici, Oidium lycopersici, Verticillium albo-atrum et une nouvelle souche A2 de Phytophthora infestans.

Parmi les maladies virales, on pourrait citer l'exemple de la catastrophique introduction du virus des feuilles en cuillère de la tomate (TYLCV) en 1998 et celui de l’introduction en 1999 de CYSDV. D'autres maladies virales comme le TSWV (Tomato spotted wilt virus) ou le virus du pépino, ne sont pas loin des frontières maro-caines et leur introduction compliquerait davantage la pratique du maraîchage dans notre pays.

Bemisia est vecteur d’une soixantaine de virus dont certains sont aussi grave que le TYLCV. C’est pourquoi, il est encore temps de rester vigilant sur les importations des végétaux porteurs de Bemisia, surtout à partir d’origines douteuses. Maintenant que le virus TYLCV est bien établi au Maroc, il constituera chaque année l’une des menaces les plus préoccupantes pesant sur la réussite de la culture de tomate.

Il est vrai qu'un certain nombre de ravageur établis au Maroc ont été introduits dans le passé. Cependant, jamais dans le passé, nous n'avons connu des introduc-tions aussi intenses en si peu de temps. Sans aucun doute, l'intensification des échanges commerciaux durant ces dix dernières années a contribué à ces introduc-tions. La réaction du Maroc à cette intensification des échanges est lente. Elle nécessite, à notre avis, la mise en place de moyens législatifs, humains et matériels adéquats. Devant ce fléau, la responsabilité est certes partagée entre professionnels du domaine et administration de tutelle. Quel que soient les efforts de cette dernière, il est capital à ce que nos producteurs prennent conscience de la gravité d'importations non réglementaires de semences ou de matériel végétal. C'est en fait à travers une concertation continue et une action intégrée de tous les concernés, qu'on pourrait effectivement protéger notre agriculture.


Par Dr. Abdelhaq HANAFI
Professeur à l’Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II Complexe Horticole d’Agadir

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