L’Etat est incapable de faire face aux barons de la mafia agricole » maladies des plantes , agriculture et écologie

 L’Etat est incapable de faire face aux barons de la mafia agricole

21/4/2009

  L’Etat est incapable de faire face aux barons de la mafia agricole 

Salah Gaïd (*)  

La pomme de terre à 100 DA le kilo ! Scandaleux, selon les consommateurs pour qui elle est un aliment de base. En réponse, officiels et acteurs du secteur se renvoient accusations sur accusations. Pour en savoir plus, El Watan Vendredi a rencontré le président de l’Union des paysans algériens libres. Il en ressort que les vraies raisons remettent en cause toute la non-politique agricole actuelle.

-  Cette année encore, le prix du kilo de la pomme de terre s’envole, tout le monde accuse tout le monde mais la situation ne change pas. Est-ce une fatalité ?

- Les prix en cette période de mars-avril connaissent la même hausse depuis deux ans, et ce, malgré les mesures prises par le gouvernement pour l’éviter. Mais voilà , il y trop d’intermédiaires entre l’agriculteur et le consommateur, les chambres froides ne servent à rien puisque la pomme de terre de saison (à peau fragile) ne supporte pas le froid, les pluies empêchent les agriculteurs de travailler, les wilayas ne sont pas coordonnées dans le transport des denrées, les marchés de gros sont inadaptés. En outre, l’Etat ne fixe pas les prix de ces produits. Dans quelques semaines, avec l’arrivée de la production sur les marchés et le retour du beau temps, les prix peuvent baisser. Mais l’année prochaine, on aura le même problème. Et encore, là on parle de la pomme de terre, mais dans quelques semaines on parlera de la tomate !

-  Mais les mandataires accusent principalement les intermédiaires d’être derrière la hausse des prix…

- Ce n’est pas faux. Le producteur n’a pas les moyens de transporter et d’emmagasiner, il vend directement dans son champ. Un premier intermédiaire, qui se trouve par exemple dans le café d’à côté, met en contact l’agriculteur avec un second intermédiaire. Ce dernier vend le produit au marché de gros et un autre ensuite au détaillant. Donc le prix augmente. Les plus grands perdants sont le producteur et le consommateur. Il faudrait penser à moderniser les marchés de gros ainsi que les abattoirs et, surtout, ouvrir les marchés de détaillants aux producteurs eux-mêmes comme dans d’autres pays.

Il n’y a aucune réglementation dans cette chaîne ? Aucun contrôle ?

- Bien sûr que les textes existent, mais c’est la coordination et l’application qui fait défaut. Il faudrait que les ministères de l’Agriculture et du Commerce, ainsi que leurs services de contrôle se coordonnent pour réguler les marchés de gros et la quantité de la production. C’est un problème de vision globale. Il est vrai que durant ces dix dernières années l’Etat s’est occupé de l’agriculture : n’oublions pas que les dettes des agriculteurs ont été effacées deux fois, bien qu’il y ait de faux fellahs qui en profitent. Mais en retour, on ne voit pas le résultat concret. L’Etat subventionne sans rentabiliser le secteur. On offre une vache à un paysan, des poules, des ruches, etc., pour fixer les populations rurales. Bonne idée, mais saura-t-on ce qu’on fera de cette vache, de ces poules ou de ces ruches ? Si le paysan se trouve dans la difficulté, il les vendra. Il y a une bonne politique peut-être, mais il n’y a aucun suivi. Il n’y a pas de stratégie, il faut donc absolument créer une instance nationale de planning agricole. Prenons la production de la tomate, elle ne se vend pas tout simplement parce que les usines de transformation sont mal réparties sur le territoire et ne sont pas adaptées à la profusion de la production. Tipaza produit de la tomate mais il n’y a pas d’usine sur place ! Donc les agriculteurs abandonnent leurs récoltes et ensuite on est obligés d’importer. Vous savez, plusieurs politiques agricoles ont été lancées depuis 1966, en vain. A l’époque, on scandait le slogan de l’autosuffisance, maintenant on parle de sécurité alimentaire ! Rien n’a été réalisé en fait. Au contraire : la facture des importations augmente, la production nationale baisse, les ressources hydrauliques se raréfient et nos dividendes pétrolières n’atteindront pas éternellement les mêmes records. Et quand je parle d’importation, ce n’est pas seulement la vache qu’on ramène de l’étranger, on importe aussi sa nourriture et ses médicaments. Tout cela est le résultat du manque de planning et de vision. Il faut absolument un dialogue national autour de l’agriculture. C’est urgent ! C’est une lourde facture. On importe ce que nous mangeons, c’est une honte !

-  Que propose donc votre Union ?

- Nous proposons la création d’un regroupement national pour la sécurité alimentaire, sous tutelle du président de la République ou du Premier ministre, dont la mission serait de dégager des plans scientifiques et à moyen terme (par cinq ans) pour évaluer l’équilibre production/importation en mobilisant les milliers de cadres qui sont marginalisés. Parce qu’il existe des solutions : investir dans les 24 wilayas dites steppiques, créer des fermes géantes, mobiliser les territoires du Sud qui sont immenses mais délaissés. Pourquoi n’investit-on pas dans la production de pommes de terre à Oued Souf (sud-est) qui connaît un boom dans cette filière ? On pourrait ainsi alterner la production avec d’autres régions du Nord. Pourquoi ne pas produire du soja et de la canne à sucre pour le compte de notre industrie agro-alimentaire au lieu d’importer ?

-  Quel est le rôle alors du ministère de l’Agriculture ?

- Le ministère a plusieurs missions et s’occupe de beaucoup de sous-secteurs, de différents offices, du volet vétérinaire, des forêts, etc. On ne peut gérer tout cela à la fois. En plus c’est un ministère lié à d’autres départements et qui n’a pas une totale autonomie financière. Chaque ministre qui vient arrive avec un livre de nouvelles idées, et puis on se retrouve avec les mêmes problèmes !

-  Vous évoquiez des « barons » de la mafia agricole qui profitent aussi de ce manque de stratégie…

- La presse révèle de temps à autre des scandales touchant des personnalités politiques qui ont manigancé dans le secteur, en créant des sociétés fantômes ou en détournant des subventions. En parlant de ces barons, je parle de gens très influents, qui outrepassent la loi et bénéficient de crédits bancaires en violant la réglementation. Je ne sais pas pourquoi les banques accordent des crédits à ces gens-là et crient ensuite au voleur ! L’Etat est incapable de faire face à ces barons. Ces derniers profitent de l’absence de régulation pour imposer les prix des produits. Certains d’entre eux ont, notamment, profité du crédit Rfig (lancé par la Banque de l’agriculture et du développement rural (BADR) destiné au financement du secteur agricole et des activités annexes). Ce sont des gens qui connaissent très bien les réseaux, qui sont capables d’acheter des marchandises au large du port et à qui ils veulent ! Lorsqu’ils quittent, pour certains d’eux, un poste exécutif, ils s’arrangent pour rebondir et occuper un poste politique ou autre. Parfois le discours politique officiel évoque ces barons puissants, mais dans la réalité, c’est tout à fait un autre discours. Personne ne peut les atteindre. Mais il faut leur déclarer la guerre.

-  Pourquoi ne pas donner des noms alors ?

- Des noms ont été révélés, mais que s’est-il passé ensuite ? Les concernés, eux, ne sont pas allés devant la justice, mais d’autres qui n’avaient rien à se reprocher y sont allés. Voilà !

 (*) président de l’Union des paysans algériens libres : Ancien de l’ALN, volontaire de la guerre des Six jours en 1967 au Sinaï égyptien contre Israël, sénateur du RND « quand certains se cachaient par peur du terrorisme », Salah Gaïd a été de tous les combats. En 2003, il a rejoint l’Union du paysan libre algérien (forte de 65 000 adhérents) créée au lendemain de l’ouverture de 1989, après une dispute avec son ancienne organisation, l’Union nationale des paysans algériens.

Par Adlène Meddi

Source : http://www.elwatan.com

 


Avis des lecteurs...


Le 21.04.2009 à 12h15

Le problème fondamental ce n’est pas l’état en lui même mais la majorité des algériens qui ont fait cet état et qui entretiennent en même temps qu’ils le subissent un système qui dépasse tout le monde et en priorité les décisionnaires de tous Bords. A qlq échelon que ce soit vous avez des gens honnêtes mais résignés parce que impuissants et des opportunistes professionnels ou occasionnels qui surfent sur tous ce qui se décide en ... haut lieux ! Quand dans un pays on favorise l’importation de pommes, de poires et de scoubidous ... au dépend de matériel agricole productif on ne peut faire semblant ensuite de se lamenter. Quand dans un pays on attend que les crises et les pénuries soient là, pour ensuite tenter d’y remédier ... à la va vite etc. On peut se poser en toute logique la question de savoir si les algériens que nous sommes avons encore un semblant de raison...Désemparés oui ! Nous le sommes !ce qui favorise une véritable débandade nationale qui se traduit par un sauve-qui-peut que ne pourront enrayer de si tôt nos providentiels dirigeants quels qui soient. Alors y a t-il une solution ? Gagner la confiance d’une majorité d’algériens. Pas si facile maintenant ! Mais possible avec une bonne dose d’honnêteté et beaucoup de bon sens !

Le 19.04.2009 à 21h13

Au moins cette interview a permis de déclencher des réactions.

Avant tout, on ne doit pas dire n’importe quoi. Beaucoup de gens pensent connaître l’agriculture qui est un domaine très vaste et éreintant.

1- Pourquoi les gens et même les pouvoirs publics ne s’inquiètent de la flambée des prix que lorsque les produits agricoles grimpent. Tout le long de l’année, les prix des produits de consommation hors agricoles grimpent mais personne ne dit rien à commencer par la presse.

2- Dans l’interview on parle de soja ? Mais pourquoi parler de soja ? Pour faire du fromage ? Certaines unités privées importent du soja et essaient aussi de cultiver cette plante pour la fabrication de fromage. Mais le soja, c’est une culture d’été, exigeante en eau, très fragile et dont les techniques de récolte ne sont pas très bien maîtrisées chez nous. D’ailleurs c’est une culture mise en veilleuse depuis la fin 70 après une production surtout en Mitidja en collaboration avec une mission chinoise. M. GAID en citant le soja pense t-il peut être pour la production d’huile - l’huile dont nous importons la totalité de nos besoins ? Mais il y a des cultures oléagineuses moins exigeantes que l’Algérie peut mettre en pratique, je citerais le colza, le carthame et le tournesol. Là l’expérience algérienne existe reste à bien subventionner ces cultures. Mais cela est une autre histoire.

3- La canne à sucre ? Quelle expérience avons nous sur cette culture ? Pas beaucoup pour ne pas dire rien. C’est resté surtout au stade de l’observation. Il faudrait parler de la betterave sucrière où l’expérience algérienne existe. Il y avait une production et deux sucreries-raffineries fonctionnaient dans le pays jusqu’à 1983.

4- Concernant l’élevage il est vrai que nous importons des vaches, ses médicaments et sa nourriture (une partie de nourriture faut pas exagérer). Mais y a il un programme réel de développement des cultures fourragères. S’il y avait une volonté politique, des merveilles peuvent être faites sur l’alimentation de nos élevages. Mais peut être que les politiques ne savent même pas ce que peut donner cette terre ou s’il y a des compétences dans tel ou tel domaine. Peut être mal informé.

5- Concernant les cadres, je dirais que c’est dommage pour le pays. Il a formé beaucoup de cadres de qualité et puis il les a délaissé. Les spécialistes de la question agricole se raréfient (beaucoup ont changé de secteurs). Je parle de ceux qui connaissent le terrain avec sa boue en hiver et son soleil en été. Je pense que le ministère a fait une grosse erreur en lâchant ses instituts de formation.

6- Je terminerais ce long avis en posant cette question sur la pomme de terre ?

A combien serait-elle vendue la pomme de terre si une transparence du marché existait et si la réglementation appliquait aux différents intervenants : les différentes redevances fiscales et parafiscales, etc... Je crois que ça tournerait facilement autour de 100 DA/kg.

Donc finalement nous faisons - quelques parts - tous partie de cette mafia dont tout le monde parle et qui reste invisible depuis 1962. Oui nous sommes tous des MEGABERIYA chacun à son niveau.

Pour ce qui est de la filière bois, l’Algérie a importé en 2004 :

- 79 000 m3 de bois rond industriel, - 1 329 000 m3 de bois scié, - 146 000 m3 de panneaux dérivés du bois, - 17 000 tonnes de pâte à papier, - 399 000 tonnes de papiers et cartons. Lazare Hobarth

Le 18.04.2009 à 12h09

En effet, en tant qu’ancien agricolo et cadre retraité, j’ai été meurtri de savoir que la pomme de terre qui a été tellement chantée par la chanteuse libanaise Sabah , nous faisait subir le tournis à cause des fluctuations engendrées par certains spéculateurs. Ces derniers ne faisaient que voir leur intérêt avant celui des autres c’est à dire ceux qui constituent une frange qui a du mal à joindre les deux bouts et qui compte toujours sur cette denrée pour réaliser un semblant de repas , dans l’attente des jours meilleurs....Je me rappelle que la pomme de terre a fait couler beaucoup d’encre au cours de la décennie 90 où un projet de vulgarisation devait être mis en place pour que ce légume appelé aujourd’hui par les citoyens : "kiwi" soit à la portée de toutes les bourses. Dans tous les secteurs, manquent des systèmes d’organisations qui enrichiraient les relations et favoriseraient l’entre aide pour que chacun trouve son compte et alors, ces barons verront leur projet tomber à l’eau car ils auront trouvé des hommes travailleurs, honnêtes et intègres qui leur barreront le passage.

Le 18.04.2009 à 09h19

Quand on est incapable de faire face à la maffia agricole, comme du reste de la maffia des produits halieutiques, on se retire pour laisser place à d’autres qui protégeront mieux les consommateurs de cette faune de requins ou bien on fait appel aux européens de la rive nord pour nous apprendre comment gérer la chaîne du producteur jusqu’au consommateur. Comment peut on laisser son peuple se faire saigner à blanc sans réagir ? Ne nous parler surtout pas de l’offre et de la demande car ça ne marchera pas. Le problème, hormis celui des intermédiaires, c’est qu’il n y a pas suffisamment de production. Est-ce que toutes les terres agricoles ont été travaillées ? Personnellement je ne le pense pas. Les textes de loi existent (nous sommes les champions des textes) mais leur application c’est une autre chose. Vous savez ce qui encourage cette situation de déliquescence dans les secteurs du commerce, de l’agriculture et celui des pêches c’est l’impunité, c’est cela le grand drame du pays. Les solutions existent, mais a-t-on réellement cette volonté de régler le problème de la hausse des prix de tous les produits agroalimentaires ? Tout le monde dénonce les montants faramineux destinés à l’importation qui se multipliés par 20 depuis les années 90. L’Algérie importe tout, même les clous, n’est ce pas honteux ? Et on n’est pas sorti de l’auberge.

Le 17.04.2009 à 22h29

 

Le problème de notre pays l’Algérie, c’est qu’on n’a pas jamais eu d’Etat, depuis 1962 on a eu plusieurs clans qui se succèdent au pouvoir. Nous avons des pouvoirs mais nous n’avons pas encore un Etat. Mourad I




 

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