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 Caractéristiques clés des variétés de pommes de terre pour l’adaptation à l’agriculture biologique

7/4/2009

Caractéristiques clés des variétés de pommes de terre pour l’adaptation à l’agriculture biologique

La production de pommes de terre biologiques s’appuie actuellement sur des variétés sélectionnées à l’origine pour l’agriculture conventionnelle. Mais ces variétés sont-elles adaptées à l’agriculture biologique ? Afin de définir les facteurs importants pour l’adaptation à ce mode de culture, une expérimentation coordonnée par des chercheurs de l’INRA sur un ensemble de variétés de pommes de terre a pris en compte différents milieux climatiques et différents types de production. Les caractères d’intérêt tels que les résistances aux bio-agresseurs, la qualité et le rendement ont été mesurés. Il en ressort qu’aucune des variétés étudiées n’a répondu complètement aux exigences de l’agriculture biologique.

 
L'agriculture biologique a connu un développement rapide ces dernières années, en raison d'un intérêt accru manifesté par les consommateurs et les opérateurs commerciaux. La pomme de terre est particulièrement concernée par cette évolution.
Jusqu'à présent les variétés cultivées par les producteurs biologiques sont les mêmes qu'en agriculture conventionnelle, c'est-à-dire celles qui ont un succès commercial. Ces variétés ont été sélectionnées principalement pour leurs caractères de qualité et leur productivité, beaucoup moins pour leur résistance aux parasites. Cependant le cahier des charges de l’agriculture biologique oblige à des règles plus strictes en termes de protection phytosanitaire des cultures, de méthodes de conservation des produits et de production des semences. Un accroissement des rendements est également nécessaire pour améliorer le niveau de rentabilité de ces cultures.

Une étude croisant génotype et environnement

Des chercheurs de l’INRA, l’Aval-douar Beo, l’ITAB et des structures professionnelles comme la FNPPPT, ont mis en place en 2000 et 2001 une expérimentation en culture biologique portant sur 9 génotypes représentatifs d’une variabilité génétique prenant en compte différents milieux agroclimatiques localisés en Bretagne, Vaucluse et Nord-Pas-de-Calais, pour des cultures de pommes de terre destinées à la consommation et à la production de plants. Le matériel génétique a été choisi de manière à couvrir une assez large variabilité (durée de cycle de végétation, résistance au mildiou, aptitude à la conservation…).
Les chercheurs ont observé et mesuré la vitesse de levée, le type de maturité, le rendement (poids brut, poids commercial, nombre de tubercules…), la résistance aux bio-agresseurs. Sur des échantillons prélevés dans les essais, ils ont également réalisé une évaluation systématique des caractères de qualité (teneur en matière sèche, tenue à la cuisson, degré de noircissement à la cuisson, aptitude à la friture, qualité gustative).
Le but de cette étude n’était pas de comparer la performance relative des variétés en conditions de culture biologique, mais d’identifier les éventuels caractères-clés de l’adaptation à ce type de culture. Elle cherchait à préciser les principaux caractères d’adaptation de la pomme de terre dans des contextes agro-climatiques et d’utilisation correspondant à plusieurs situations en agriculture biologique, ce qui pourrait dans un premier temps aider à un choix parmi les cultivars existants, puis enrichir les connaissances scientifiques sur la diversité de comportement en agriculture biologique et les stratégies de résistance aux bioagresseurs.

Trois caractéristiques-clés mises en évidence

Aucun des génotypes expérimentés n’a répondu suffisamment aux exigences de l’agriculture biologique dans le contexte agro-climatique local.
D’après cette étude, les caractères importants, en fonction des spécificités de l’agriculture biologique, sont la résistance au mildiou, l’aptitude à la conservation et le type de maturité.

La résistance au mildiou
La situation en climat typiquement océanique du lieu d’expérimentation met en évidence l’importance de la résistance au mildiou. Par contre, des études conduites en milieu continental montrent l’impact d’autres facteurs limitants tels que la nutrition azotée des plantes, mais l’importance mondiale du mildiou et les restrictions annoncées d’emploi des produits cupriques obligeront à considérer la résistance à ce parasite comme un critère de choix variétal incontournable.

Le type de maturité
Plus une plante est vigoureuse, plus elle est tardive et ce caractère paraît aussi intervenir dans la résistance au mildiou (capacité de développer plus longtemps de nouvelles feuilles après destruction des feuilles précédentes par le parasite). Cependant l’inconvénient des génotypes tardifs est qu’ils initient leurs tubercules après les génotypes plus précoces, et que la période de grossissement de ces tubercules peut être écourtée (plus fortes attaques de mildiou et premières gelées automnales en fin de cycle de végétation). On peut néanmoins se demander si les inconvénients de cette tardiveté ne seront pas pondérés en culture biologique par un moindre niveau de fertilisation qu’en culture conventionnelle. Les variétés tardives resteront sans doute plus vigoureuses, donc potentiellement plus productives que les variétés plus précoces, et leur système racinaire sera vraisemblablement plus développé et plus profond, ce qui augmentera leur tolérance vis à vis des stress abiotiques.

Vers une sélection de variétés spécifiques pour l’agriculture biologique ?

Actuellement, la sélection de variétés spécifiques destinées au secteur biologique ne s'impose pas si l’on considère que quelques unes des variétés étudiées paraissaient acceptables et que le marché pour des cultivars spécifiques est limité, ce qui ne laisse pas entrevoir de retour d’investissement pour les sélectionneurs. D’autre part, il n’est pas certain que des variétés bien adaptées au point de vue cultural répondent forcément aux exigences du marché.
En revanche, si la production de pommes de terre cultivées en agriculture biologique est destinée à augmenter, des variétés mieux adaptées seront nécessaires, et en particulier des variétés possédant des niveaux de résistance aux parasites et ravageurs supérieurs à ceux des variétés actuelles.
De plus, des variétés spécifiques pourront apporter des signes de reconnaissance de l’agriculture biologique et participer à son image de marque.

 

Rédacteur : Service Presse INRA, tél : 01 42 75 91 69

 

Contacts : 
Daniel Ellissèche et Jean-Eric Chauvin - tél. : 02 29 62 63 10 -     jean-eric.chauvin@rennes.inra.fr
Unité mixte de Recherche « Amélioration des plantes et biotechnologie végétale » INRA-AgroCampus Rennes - Centre INRA de Rennes

Source : http://www.inra.fr

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