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 LA MINEUSE DES POUSSES DES AGRUMES

23/3/2009

mineuse agrumesLA MINEUSE DES POUSSES DES AGRUMES - Etat actuel et perspectives d'avenir

 INTRODUCTION

Malgré une relative accalmie, qui contraste avec la panique générale qu'a engendré son apparition dans les vergers Méditerranéens et américains il y a trois ans, et son invasion de presque la totalité des régions productrices des Citrus dans le Monde, la mineuse des pousses des agrumes (MPA) suscite toujours des questions relatives à sa nuisibilité et aux mesures à prendre pour juguler ses pullulations.

Dans toutes les régions du monde concernées par ce ravageur, l'usage d'une seule technique de lutte, a montré qu'il est difficile, voire impossible de bien le contrôler efficacement. Par ailleurs, une stratégie qui ne tiendrait compte que du seul problème "mineuse", ou qui le négligerait lors de la lutte contre les autres ravageurs (acariens, cochenilles, cératite) a montré ses limites. C'est pourquoi la stratégie doit être globale, tirant profit de manière judicieuse de l'arsenal des techniques disponibles, en évitant le plus possible leurs effets négatifs sur l'environnement et l'équilibre écologique au sein du verger, et aussi sur la santé du consommateur.

LUTTE CULTURALE

Une fertilisation azotée et une taille concentrées, lorsque cela est possible en fin d’hiver, dont le but d'avoir une pousse massive au début du printemps, sont recommandées (Espagne, USA, Australie). En effet, cette pousse échappe en grande partie aux attaques de la mineuse. C'est ce que nous avons pu vérifier durant les deux années de présence de ce ravageur dans notre pays.

Des recherches préliminaires conduites en Espagne (Malaga) ont montré qu'il serait possible de réguler les émissions des pousses d'été par le biais de l'irrigation. Des arbres ayant subit une période de stress hydrique de 20 à 30 jours en juillet, n'ont pas émis de pousses à cette période, et présentaient un aspect d'affaiblissement. Cependant, un rattrapage a eu lieu durant la seconde moitié du mois d'août, avec une pousse massive et uniforme, suite à des irrigations normales. Par ailleurs, le rendement en fruits, n'a pas été affecté par cette approche de stress.
 
LA LUTTE CHIMIQUE

Partout dans le monde, l’utilisation des insecticides s’est heurtée à de nombreuses contraintes, et s’est avérée ne pas être la solution à long terme (très polluante et coûteuse).

Très souvent, des applications répétées sont nécessaires pour assurer une protection prolongée, car peu de produits homologués garantissent plus de 10 à 14 jours de protection par voie foliaire.

L’utilisation au moment opportun des insecticides sélectifs, pour chacune des pousses d’été et d’automne, est une garantie pour assurer une bonne protection pour les jeunes plantations, et les arbres jeunes en production.

Certains chercheurs ont monté qu'en tenant compte de la phénologie des jeunes pousses, et de la biologie du ravageur, deux applications pour chacune des principales pousses fournissent une protection adéquate.

La résistance aux insecticides, signalée en Chine et au Japon, est l’une des conséquences graves de cette pratique. En Chine plusieurs organochlorés, organophosphorés, et carbamates sont devenus relativement inefficaces. Le même phénomène est observé actuellement avec les pyréthrinoïdes.

L'application d'insecticides systémiques sur le tronc, par badigeonnage, ou par voie racinaire, en irrigation a montré dans certains pays, dont le Maroc, un niveau de contrôle, des populations de mineuse, satisfaisant sur des arbres de moins de 5 ans d'âge. Cependant une seule matière active est actuellement homologuée sur agrumes, et les éventuels effets secondaires de son usage répété, sur l'arbre et la faune, ne sont pas connus.

En Espagne, le traitement aérien par hélicoptère a donné de bons résultats. Son coût était 6 fois inférieur à celui du traitement terrestre conventionnel.

Le problème relatif aux résidus, et les effets secondaires sur les ennemis naturels de la mineuse et des autres ravageurs des agrumes sont à craindre.

En attendant de trouver d'autres alternatives aux produits chimiques, les huiles minérales, et les dérégulateurs de mue des insectes (IGR en anglais) sont recommandés.

Les recherches sont actuellement focalisées sur les biopesticides. Des essais avec des solutions à base de Bacillus thuringiensis (Bt) en mélange à un mouillant organosilicone "L-77", ont monté une efficacité du Bt dont le pouvoir de pénétration dans le tissu foliaire se trouve renforcé.

Le nématode entomopathogène Steinernema carpocapsae a été testé, et s’est avéré capable de réduire les infestations de MPA. Son coût reste toutefois très élevé à cause des fortes concentrations de nématodes qui sont nécessaires.
 
LA LUTTE BIOLOGIQUE

En Asie du sud-est, 39 espèces de parasitoïdes de MPA ont été recensées. D’autres parasitoïdes et prédateurs ont été aussi signalés comme étant des ennemis naturels de la mineuse, dans des pays récemment envahis par ce ravageur. Cependant, on ignore beaucoup de choses sur leur biologie, écologie ou leur impact sur les populations de MPA.

Les taux de parasitisme sont de 25 à 58% environ, en Thaïlande. Ils peuvent atteindre 100% dans des vergers de pomelo, non traités. Cependant, les traitements chimiques réalisés contre divers ravageurs comme les thrips et les psylles, détruisent les auxiliaires s’attaquant à la mineuse.

En Chine, Sept espèces de parasitoïdes vivant sur les larves, et deux sur pupes ont été identifiés. Le taux de parasitisme peut aller de 40 à 70% selon les saisons et les régions. Des prédateurs de larves de la mineuse, tels que les Chrysopes, punaises, fourmis et araignées, sont également connus.

Toutefois, l’abus de l’usage des pesticides a conduit à une perturbation de l’équilibre écologique qui existait, non seulement entre la mineuse et son cortège d’ennemis naturels, mais aussi celui des autres ravageurs et leurs parasitoïdes et prédateurs.

Au Maroc, comme dans tous les pays méditerranéens, plusieurs espèces de parasitoïdes et de prédateurs vivant sur divers ravageurs ont été recensés sur la mineuse. Les deux genres identifiés avec certitude dans notre pays sont Pnigalio et Cirrospilus. On estime à 20% leur taux moyen de parasitisme.

L'impact, sans aucun doute non négligeable, des prédateurs est plus difficile à évaluer. Des araignées et Chrysopes sont rencontrés en verger, associés aussi bien à la mineuse qu'aux autres ravageurs.

Les pays récemment colonisés par la mineuse, jugent urgent d’introduire des auxiliaires exotiques à partir de l’Asie. Certains parasitoïdes ont été introduits, élevés puis lâchés en verger. La plus célèbre étant Ageniaspis citricola, introduit au Maroc, et libéré dans certaines régions en 1996.

En Floride A. citricola a été introduit avec succès, et s’est rapidement acclimaté. Des taux de parasitisme de 60-80% sont fréquents.

La lutte biologique classique pose néanmoins plusieurs questions relatives à l’opportunité de multiplier les introductions de nouvelles espèces d’une part, et à la capacité des producteurs à instaurer des systèmes de gestion de la lutte qui permettraient de préserver la faune utile, d’autre part. Sans cette dernière mesure, tous les efforts consentis actuellement seront vains.

L'exemple concret est celui des pays appartenant à l'aire d'origine présumée de la mineuse, où malgré une grande diversité des auxiliaires, le problème demeure à cause de la lutte chimique menée contre les autres insectes (psylles, thrips etc.), et contre la mineuse. Dans certains de ces pays la mineuse est également rendue responsable d'une plus grande propagation du chancre citrique (les mines pratiquées dans les feuilles facilitent la contamination).

PERSPECTIVES D'AVENIR

La mineuse est un ravageur nouveau pour les agrumes dans notre pays, et il serait prématuré de fournir des solutions définitives. Si la lutte chimique avec toutes ses contraintes (son coût en particulier) demeure, à court terme, le mal nécessaire, il est temps pour tous les intervenants dans ce secteur de redéfinir une nouvelle stratégie de protection phytosanitaire du verger marocain.

Certains pays comme les USA (Californie et Floride), et l'Australie qui ont une longue tradition en matière de lutte intégrée et qui sont souvent cités comme exemple de réussite, ont plus de problèmes phytosanitaires que le Maroc, sur agrumes.

Cette approche nécessite, cependant, l'adhésion de tous les organismes du MAEE (Instituts de formation et de recherche, DPVCTRF, les ORMVA etc.), et celle producteurs et leurs associations, premiers concernés.

Chaque pays, voire chaque région d'un même pays, offre des conditions d'évolution de l'entomofaune, différentes. La conduite du verger et les variétés cultivées, sont autant de facteurs source de variations dans la composition qualitative et quantitative de cette faune.

C'est pourquoi une extrapolation des résultats obtenus dans une région ne sont pas nécessairement transposables à toutes les situations (seuil d'intervention, nombre de générations et leur phénologie, par exemple). Des recherches intensives, par zone de production, sur les ravageurs-clés, en relation avec leurs diverses plantes hôtes (y compris les Citrus), seraient une meilleure garantie de réussite.

L'Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II, conscient de sa mission œuvre avec les autres organismes du Ministère de l'Agriculture, et avec certaines agriculteurs et associations de producteurs de développer des approches culturales, biologiques et autres pour le contrôle de ce déprédateur. Nous sommes optimistes, et considérons que ce problème et maîtrisable, mais il est de notre devoir d'attirer l'attention sur les problèmes réels ou potentiels dans ce domaine.

Les dégâts, certes très spectaculaires de la mineuse, du fait de ses attaques très apparentes sur le feuillage, et aussi graves sont-ils, ne doivent pas reléguer au second rang les problèmes existants avant son apparition. Le pou de Californie, la cératite, les acariens et autres ravageurs causent chaques année des dégâts aussi importants que ceux de la mineuse, car affectant directement le fruit. Ces ravageurs sont souvent considérés comme une fatalité par les producteurs, si l'on en juge par les interventions chimiques régulières pratiquées chaque saison et supposées inéluctables, or des mesures et techniques parfois simples d'emploi peuvent être bénéfiques, et contribuer à résoudre le problème (observations, piégeage, choix des périodes opportunes et seuils d'intervention etc..). Leur mise en application passe par une recherche appliquée à l'échelle locale (région), à mener par des chercheurs spécialisés de diverses institutions, et un suivi dans les exploitations par des techniciens propres à celles-ci. Le rapprochement entre les chercheurs et les producteurs doit être renforcé et encouragé davantage dans ce domaine. Si la volonté existe bien de part et d'autre, l'expérience a montré, hélas, que les bonnes intentions, seules, ne suffisent pas. Des ravageurs plus ou moins nuisibles ont fait leur apparition dans nos vergers, et rien ne dit que d'autres vivant sur les agrumes ailleurs n'arriveront pas. Dans la région du Souss, et depuis le début des années 90, trois espèces nouvelles ont envahi les vergers: l'Aleurode japonaise d'abord (heureusement, a disparu rapidement), la mineuse ensuite, puis l'acarien rouge depuis l'été dernier. C'est pourquoi, une vigilance et un effort soutenus s'imposent. Même en Floride, dont le système de quarantaine est peut-être le plus performant au monde, on considère qu'en moyenne un nouveau ravageur des agrumes est introduit accidentellement tous les 3 ans, le dernier en date, et extrêmement dangereux a été Toxoptera citricida, une espèce de puceron considérée de loin comme étant le vecteur le plus efficace de la Tristeza. Ce puceron a été introduit un an seulement après la mineuse. Rappelons néanmoins que cette espèce est surtout connue des régions à climat tropical et subtropical.
 

Par Prof. Ahmed MAZIH
Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II, Complexe Horticole d'Agadir

Source : http://www.vulgarisation.net  

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Comments

KBGROUP SA, le 22-05-2012 à 20:18:02 :

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