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 Agriculture : Contrats pour une performance durable

14/2/2009

Agriculture : Contrats pour une performance durable

 

La récente initiative du ministère de l’Agriculture vise le double objectif de la croissance du secteur et les facteurs de la stabilisation des populations rurales.

Lors de la cérémonie de signature des contrats de performances avec l’ONIL et l’OAIC, deux organismes interprofessionnels de premier plan, Rachid Benaïssa, ministre de l’Agriculture a révélé que 1 100 projets de proximité de développement rural intégré sont en cours d’exécution à travers le pays.

 

Lancés au courant de ce mois de janvier, ces contrats de performance visent à mobiliser les actions au niveau local pour créer une synergie des multiples capacités agricoles et unifier les agriculteurs face à leurs problèmes communs. C’est là la solution concrète, pratique, que veut mettre en œuvre le ministère de l’Agriculture qui parle désormais d’une nouvelle politique de renouveau rural dans le cadre d’une meilleure prise en charge de l’économie agricole dans son ensemble. Globalement, ces contrats de performance représentent une somme d’objectifs que les agriculteurs sont tenus d’atteindre, en échange de l’aide de l’Etat. On voit là que les leçons de la mise en œuvre des différents dispositifs d’aide aux professionnels dans différentes filières ont été tirées et il s’agit aujourd’hui d’apporter les correctifs nécessaires pour une meilleure mobilisation des ressources, financières notamment, afin d’en optimiser les résultats par un meilleur ciblage des allocations. L’intervention de ces contrats de performance s’inscrit donc en aval de l’économie agricole, pour «gagner en efficacité», comme l’a dit Rachid Benaïssa. Ce dernier voit en cette année le début d’une nouvelle phase qui, promet-il, sera marquée par le recentrage, voire le ciblage dans l’octroi des ressources, qui seront donc opérés après une identification et une évaluation des besoins et capacités de chaque région.

 

En plus clair, le gouvernement compte désormais «ses sous», mais surtout pour qu’ils reviennent avec des petits. Le ministre de l’Agriculture a d’ailleurs clairement fait savoir cette semaine qu’il était temps de sortir de «la politique de distribution de l’argent», interpellant par la même occasion les responsables locaux pour qu’ils sortent un peu plus de leurs bureaux et aillent voir ce que font les agriculteurs sur le terrain.

Le ministère de l’Agriculture entend, présentement, mener à leur terme plus de 12 100 projets de proximité de développement rural intégré à travers plusieurs wilayas à fort potentiel agricole. Objectif : la promotion de 7 millions de personnes, vivant du travail agricole et plus de 1 million d’emplois directs et indirects. Il s’agit, également, de moderniser les villages et les ksours, de protéger le patrimoine de ces régions, mais aussi de diversifier la réalité économique en milieu rural. Dans la foulée de cette initiative, l’on annonce aussi que des crédits fournisseurs seront accordés aux aviculteurs pour relever la production.

Au plan des initiatives créatrices de richesses et d’emploi, la nouvelle politique devra, par ailleurs, créer un certain nombre de centres de multiplication animale et accoucher d’un dispositif de contrôle et de suivi des différentes opérations.

Les contrats de performance offriront, à n’en pas douter, un moyen plus efficient pour les Directions des services agricoles, au niveau des wilayas, pour assurer un meilleur suivi des programmes soutenus ou impulsés par le gouvernement.

 

En termes macroéconomiques, il est question d’atteindre l’objectif peu facile d’une croissance proche de 8% par an (contre 5% à 6% actuellement), sur la période 2009-2014, avec le concours des différents mécanismes de soutien à la production agricole. Mais, réaliste, le gouvernement conditionne aussi le succès de son plan par les conditions climatiques, le degré du respect des engagements des signataires des contrats de performance, la maîtrise des nouvelles techniques de l’économie de l’eau ainsi que de l’amélioration de la qualité des semences.

En attendant la conférence nationale sur l’agriculture, prévue pour le mois prochain, et placée sous le haut parrainage du président de la République, il convient d’indiquer qu’il y a dans cette approche mise en place par l’actuel ministre de l’Agriculture, dont on sent le récent parcours à la tête du secrétariat d’Etat au Développement rural, une tentative de renforcer les efforts de l’Etat pour stabiliser les populations rurales.

 

En liant les professionnels par des contrats de performance (aides contre résultats) et en insistant sur les responsables locaux pour qu’ils veillent à une plus grande transparence, le gouvernement vise ainsi à mettre les agriculteurs en situation réelle et non plus factice de soutien rentier. De la sorte, les professionnels, quelle que soit leur filière, seront dans l’obligation de monter en cadence de production, de rationaliser leur gestion et, forcément, au vu de la nature du travail agricole, de renforcer leur potentiel humain. Sachant que la main-d’œuvre pour le secteur ne peut se trouver que dans les zones rurales, il va sans dire qu’on pourrait alors assister à une dynamique d’attraction salariale au profit des jeunes pour renforcer les moyens humains des producteurs, que cela se fasse de manière permanente ou saisonnière. On peut aller plus loin en estimant que ce n’est pas seulement de la croissance à marche forcée, mais c’est aussi une manière, dont on jugera plus tard de l’efficacité, de lutter contre le phénomène dont on parle peu, celui de l’absence de relève dans le secteur agricole.

 

Au jour d’aujourd’hui, l’agriculture abrite 1,5 million de professionnels recensés par les 48 Directions des services agricoles de wilaya (DSA). Et leurs chiffres font ressortir que le métier demeure largement tenu, à bouts de bras pourrait-on dire, par la vieille génération, dont certains se souviennent, comme d’hier, des premiers villages socialistes. Selon des chiffres officiels, près de 500 000 agriculteurs sont âgés de plus de 50 ans et la jeune génération fuit le métier vers les grandes villes, un métier qu’elle trouve à la fois ingrat et difficile et, peut-être aussi, à l’heure des médias et des nouvelles technologies, peu épanouissant.

 

Les efforts de l’Etat pour stabiliser les populations rurales en leur apportant autant de confort de vie que possible ne peuvent être niés. Mais le mouvement de l’exode vers les villes n’a jamais cessé. Les chiffres officiels donnent aussi un autre indice sur les facteurs du problème : contrairement à une fausse idée répandue, seul 1% des professionnels du secteur sont liés aux banques, 90% des agriculteurs ne sont aucunement assurés. Et cela démontre bien que les entraves de toute nature ont fini par décourager les jeunes qui n’osent même pas faire le premier pas et se diriger vers telle ou telle instance chargée de soutenir la production agricole. Des indicateurs dont la mise en œuvre des contrats de performance devra tenir en ligne de compte si elle veut s’inscrire dans le temps.

 

Nabil Benali

 

Source : http://www.lesdebats.com

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