le cycle du phylloxéra » maladies des plantes , agriculture et écologie

 le cycle du phylloxéra

4/2/2009

 le cycle du phylloxéra

LA MARSEILLAISE du lundi 3 mars a publié un article sur le phylloxéra. Je souhaite apporter ici quelques compléments, un correctif aussi, à cette question.
Comme cela a été dit la maladie a évolué d’est en ouest. Il est exact qu’il était possible de la combattre en submergeant les terres pendant plusieurs jours. Il me paraît abusif de dire que les plaines de l’ORB, ou celles de l’HERAULT, permettaient la pratique de cette opération salutaire et que cela a conduit à l’introduction de la vigne dans ces zones. Les possibilités de submersion étaient en fait assez rares. Dans la région biterroise l’Etang de MONTADY était un des coins singuliers où la chose était techniquement possible.
Par contre ce qui est vrai c’est que le phylloxéra est asphyxié par la compacité du sol, et gêné dans sa progression, par les terrains sablonneux, ce qui contrarie le développement des colonies de larves aptères lesquelles se reproduisent d’ailleurs par parthénogenèse. Aussi les sables, quoique peu fertiles, offraient un milieu propice à la culture de la vigne à une époque où le vin était devenu rare et donc cher. C’est ce facteur qui est à l’origine de la constitution des vignobles des Salins du Midi.
C’est en fait la parade trouvée pour combattre le phylloxéra qui va provoquer la pire des crises du monde viticole, celle qui a conduit aux événements de 1907. La parade c’est, après des tentatives, coûteuses et aléatoires, de désinfecter les sol par le sulfure de carbone, la greffe des plants Français sur les plants Américains. Ceux-ci, vitis rupestris ou vitis riparia en particulier, résistent à la présence de l’insecte dans ses racines. On notera au passage, juste retour des choses, que l’introduction de la maladie était due à l’importation de ces végétaux sur le sol Européen.
Au moment de la reconstitution du vignoble, ruiné par le phylloxéra, le vin était encore une denrée rare et qui donc, mécanisme de la loi de l’offre et de la demande, se vendait un bon prix. Aussi, parce que cela rapporte, on va planter à tour de bras. C’est de cette période, fin du XIX ème siècle, que date la constitution des grands vignobles de plaine, simplement amorcée, au milieu du XIX ème siècle, avec le développement des moyens de transport. On arrache les oliviers, on supprime les champs de céréales et on plante de la vigne. On développe celle-ci en ALGERIE où elle était inconnue il y a peu de temps. On fabrique même du vin avec du sucre de betterave. Il suffit de mettre celui-ci dans le marc de raisin déjà utilisé pour obtenir, par fermentation, un alcool qui est essentiellement de l’alcool éthylique, sans toutefois les arômes complexes qui accompagnent le vin naturel.
Le résultat ne se fait pas attendre : il y a rapidement une situation de surproduction, les cours s’effondrent. On ne sait plus que faire du vin produit. J’ai entendu raconter par un oncle qu’il avait vu son père jeter le contenu de ses foudres dans le caniveau pour rentrer la vendange nouvelle. Des cafés offraient une possibilité surprenante : on payait un forfait d’une heure et on s’attablait avec libre consommation de vin pour la durée du forfait ! C’est évidemment la misère.
La suite on la connaît : Marcelin ALBERT d’ARGELIERS alerte l’opinion par la constitution d’un comité et la création du journal LE TOCSIN. Toutefois la nature du mal n’est jamais clairement établie. Un mot d’ordre unificateur, mais insuffisant, « NON A LA FRAUDE », ceci en référence à l’alcool obtenu avec le sucre de betterave, est adopté. Certes un tel procédé de fabrication de vin sera interdit. Mais des crises de surproduction cycliques affecteront le monde viticole pendant une bonne partie du XX ème siècle.
On remarquera que la position des salariés de la viticulture n’a pas toujours été au niveau de conscience qui aurait été nécessaire. Ils participent aux manifestations, toutefois leurs revendications spécifiques n’apparaissent pas de façon évidente dans cette affaire. Ils sont évidemment les premières victimes de la conjoncture. Mais, même à l’époque de l’Eldorado de l’Aramonie, comme Jean-Denis BERGASSE, qui évoque les grandes surfaces plantées en Aramon, cépage particulièrement productif, qualifie la période de prospérité du vignoble, la situation des ouvriers agricoles n’est guère enviable. Qu’on me permette de rappeler ici un drame familial. Un de mes ancêtres était domestique (en fait ouvrier agricole) dans une campagne. Il occupait un logement de fonction, avec sa femme et ses deux enfants. Le malheur a voulu qu’il soit tué d’un coup de pied de mule. Eh bien, le seul dédommagement proposé à la veuve, laquelle était partie s’installer au village comme alisaire (repasseuse), avait été de venir le dimanche avec ses deux enfants manger la soupe à la table des maîtres !
Aujourd’hui bien sûr ce n’est plus de surproduction dont souffre le vignoble Français. Politique européenne oblige, la production ne couvre plus les besoins de la consommation nationale. Malgré tout les villages meurent, d’une autre forme de la maladie que celle qui les avait atteints en 1907, mais toujours de la même logique, la logique d’un système, le système capitaliste, fondé sur la recherche du profit le plus grand dans le temps le plus bref. On ne peut plus indéfiniment continuer à faire l’impasse sur cette donnée.

source : http://cessenon.centerblog.net

Tags : phylloxera
Category : VIGNE | Write a comment | Print

Comments

| Contact author |