Maladies bactériennes de la tomate : Tache bactérienne, moucheture bactérienne, chancre bactérien (2° partie) » maladies des plantes , agriculture et écologie

 Maladies bactériennes de la tomate : Tache bactérienne, moucheture bactérienne, chancre bactérien (2° partie)

19/1/2009

Maladies bactériennes de la tomate : Tache bactérienne, moucheture bactérienne, chancre bactérien (2° partie)

Méthodes culturales
Semences

Idéalement, seule de la semence exempte de maladies devrait être employée pour la culture de la tomate. Dans les faits, il est impossible d'avoir la certitude que l'on utilise de la semence entièrement saine, ce qui oblige à prendre d'autres mesures pour atténuer les risques d'infection.

On ne peut se fier uniquement à l'extraction, que ce soit par fermentation ou par l'emploi d'acide, pour éliminer les bactéries à la surface des semences. L'extraction doit être suivie d'une désinfection à l'eau chaude, à l'acide ou au chlore. Tous les lots de semence devraient être désinfectés par l'une ou l'autre de ces méthodes.

La désinfection à l'eau chaude est la méthode la moins conseillée, car la nécessité de maintenir la semence viable oblige à limiter la température de l'eau et la durée du traitement. Le traitement à l'eau chaude offre par contre l'avantage de pouvoir être fait à la ferme avec du matériel relativement facile à se procurer et est quand même préférable à aucun traitement. Il est important de respecter rigoureusement la marche à suivre afin d'endommager le moins possible la semence. Malgré cela, il faut s'attendre à ce que ce genre de traitement réduise considérablement le pouvoir germinatif de certains lots de semence.

Les traitements à l'acide et au chlore sont difficiles à réaliser à la ferme. Ces traitements sont risqués pour les semences si les protocoles ne sont pas suivis à la lettre. En général, les producteurs doivent se fier à l'assurance donnée par leur fournisseur qu'il a désinfecté la semence adéquatement.

Les traitements à l'acide et au chlore sont très efficaces contre la tache bactérienne et la moucheture bactérienne, pour peu qu'ils soient faits correctement. Dans le cas du chancre bactérien, il faut s'attendre à ce que survivent certaines bactéries logées à l'intérieur du tégument.

Une désinfection efficace des semences est de toute première importance dans la lutte contre les maladies bactériennes des tomates. Il appartient au producteur de se renseigner auprès de son fournisseur de semence sur les traitements de désinfection qu'ont subis les lots de semence qu'il achète. Voici des questions auxquelles le fournisseur devrait être à même de répondre :

  • Quelle méthode de désinfection a été utilisée? Il y a les traitements à l'eau chaude, à l'acide et au chlore dont il est question plus haut, mais d'autres désinfectants et méthodes sont actuellement à l'étude, notamment les micro-ondes, les ultrasons (sonication) et la pression hydrostatique.
  • Comment s'assure-t-on que les graines ont toutes été convenablement traitées? Le prétrempage est nécessaire pour assurer la séparation des graines. Celles qui restent collées ensemble ont nécessairement des surfaces qui échappent au traitement. Des recherches montrent qu'une heure de prétrempage est insuffisant. Sous certaines conditions, les graines peuvent avoir besoin de 18 heures de prétrempage pour être bien séparées. L'agitation est nécessaire pour garantir que toutes les surfaces des graines soient uniformément exposées à la solution désinfectante.
  • Les solutions désinfectantes sont-elles vérifiées pour garantir le maintien des concentrations, du pH et des températures recherchés? À quelle fréquence le sont-elles? La matière organique désactive le chlore, dont l'efficacité est également influencée par le pH de la solution. Le maintien du bon pH est évidemment primordial dans le cas d'un traitement à l'acide.
  • Des tests sont-ils faits sur des échantillons des lots de semence traitée pour vérifier l'absence de bactéries pathogènes? Les tests sont coûteux à réaliser, car ils obligent à utiliser de grandes quantités de semence qui sont détruites au cours du procédé. Toutefois, si le fournisseur est à même de produire des résultats de tests négatifs relativement à des échantillons représentatifs de ses lots de semence, ses allégations de semence exempte de maladie sont plus crédibles. Garder à l'esprit qu'un test négatif ne signifie pas nécessairement que la semence est effectivement exempte de toute bactérie pathogène. Un test négatif signifie simplement que dans l'échantillon de semences soumises au test, le nombre de bactéries présentes se situait sous le seuil de détection.
  • D'autres étapes du processus de désinfection peuvent aussi comprendre le délintage des graines et des rinçages de neutralisation. Ces étapes sont tantôt utilisées, tantôt non, selon la méthode employée. Après la désinfection, la semence est asséchée et peut ensuite recevoir un traitement pesticide ou un enrobage.

Sous des conditions propices à l'éclosion d'une maladie, il suffit d'une seule graine infectée sur 10 000 pour déclencher un foyer d'infection.

Traitement à l'eau chaude

Placer la semence dans un sac de coton tissé peu serré (comme de la gaze ou de la toile à fromage). Laisser amplement d'espace dans le sac pour que les graines puissent s'y déplacer facilement. Préchauffer les graines pendant 10 min dans de l'eau à 37 °C (100 °F). Placer les graines préchauffées dans l'eau chaude à 50 °C (122 °F) pendant 25 min, en surveillant constamment la température.Refroidir immédiatement les graines en les plongeant dans un bain d'eau froide pendant 5 min. Laisser sécher à fond. S'attendre à perdre 5-10 % de semence viable.

Production de plants

En suivant un protocole de désinfection efficace, le fournisseur de semence a tout fait pour s'assurer d'offrir de la semence saine. Il appartient ensuite au producteur de plants de prendre les précautions voulues pour éviter que la semence ou les plantules ne s'infectent dans la serre.

Les producteurs de plants doivent se doter de bonnes pratiques sanitaires. Il existe toutes sortes d'installations de productions de plants destinés au marché du frais et au marché de la transformation, mais en général, voici les pratiques sanitaires que ces installations ont en commun :

  • Débarrasser la serre de toutes les matières végétales avant le départ d'une nouvelle culture.
  • Maîtriser les mauvaises herbes dans la serre ainsi qu'à ses abords.
  • Au démarrage de la culture, utiliser des plateaux et des mélanges d'empotage stériles.
  • Utiliser si possible de nouveaux plateaux stériles ou désinfecter convenablement les plateaux ayant déjà servi en les soumettant à un traitement par solarisation ou en les lavant avec un désinfectant (pour plus d'information, voir la section consacrée à la production de plants dans la publication 363F du MAAARO, Recommandations pour les cultures légumières).
  • Désinfecter les clayettes, les outils, le matériel et les surfaces de la serre avant la saison de culture; faire tremper les supports en bois dans une solution désinfectante pendant au moins 1 heure.
  • Éviter tout contact entre les lots de semence - assainir le matériel et bien se laver les mains entre les lots; séparer physiquement les lots les uns des autres dans la serre.
  • Éviter tout contact entre les semences et plants de tomate et les semences et plants de poivron - assainir le matériel et bien se laver les mains avant de passer d'une culture à l'autre, et maintenir une barrière physique entre les cultures (l'idéal étant de ne produire qu'une culture par serre).
  • Réduire au minimum la manutention et les déplacements dans la serre.

Une pratique culturale importante dans la lutte contre les maladies durant la production des plants consiste à éviter que les feuilles ne restent mouillées. S'efforcer de réduire le nombre d'heures où les feuilles sont mouillées en minutant les arrosages, en surveillant l'humidité relative, la ventilation et le chauffage.

Utiliser des buses à basse pression pour arroser afin de réduire au minimum les dommages causés aux plants et les risques de contamination par les éclaboussures d'eau.

Éviter de manipuler ou d'expédier les plants quand ils sont mouillés. Des feuilles mouillées et de l'eau qui dégoutte des remorques où sont placés les plants provoquent à coup sûr la propagation de maladies et la prolifération des bactéries.

 

Culture de plein champ

Étant donné que les trois bactéries pathogènes peuvent survivre dans des résidus de végétaux, il faut alterner dans la rotation les tomates avec d'autres cultures qui ne sont pas des plantes-hôtes. Si l'on prend soin de bien enfouir les résidus de la culture de tomate dans les 15 premiers cm de sol (6 po) de manière à en accélérer la décomposition, une rotation sur trois ans devrait faire l'affaire. Combattre les mauvaises herbes et les repousses spontanées de tomate dans le champ et à ses abords, car elles constituent un réservoir pour les maladies.

Veiller à ce que le sol soit bien drainé et suffisamment fertile. Après de fortes pluies, l'excès d'eau doit être évacué le plus tôt possible en drainant les zones détrempées à l'aide de colonnes descendantes, par exemple.

Si possible, séparer les lots de végétaux dans des champs différents. Envisager d'utiliser une culture haute qui crée un obstacle entre les lots et les champs avoisinants en prenant soin toutefois de maintenir une bonne circulation d'air à l'intérieur du champ.

Éviter de procéder à la mise en place des plants quand les feuilles sont mouillées. Il est bon de faire tremper les plateaux multi-cellules pour mouiller les mottes, mais il faut prendre garde de mouiller le feuillage.

En principe, les travailleurs ne devraient pas circuler dans les champs quand le feuillage est mouillé, bien que cela ne soit pas toujours possible. Garder à l'esprit que plus les infections sont précoces, plus elles ont de temps pour causer des dommages. Rappelons également que les lésions sur les fruits apparaissent lorsque ceux-ci sont encore verts. Les symptômes foliaires de fin de saison sont peu préoccupants.

Si l'on utilise un système d'irrigation par aspersion, il vaut mieux opter pour un système à basse pression, afin de réduire au minimum les éclaboussures d'eau et les dommages causés aux plants. Si l'on ne dispose que d'un système d'irrigation par aspersion, il importe de soupeser les avantages de l'irrigation par rapport aux risques de dissémination des maladies qui y sont associés. Les plants déjà soumis à un stress résisteront moins bien à l'éclosion d'une maladie.

Génétique
Tache bactérienne

Il existe depuis au moins 20 ans des programmes de sélection génétique axés sur la résistance à la tache bactérienne. Le travail se trouve compliqué par la présence d'au moins quatre groupes (qui seraient peut-être en fait des espèces différentes) de pathogènes responsables de la tache bactérienne chez la tomate. Récemment, des lignées de tomate ont été identifiées comme affichant une résistance à de multiples races de bactéries causant la tache bactérienne. Du fait de la diversité des agents pathogènes en cause, il reste à voir si des cultivars commerciaux appartenant à ces lignées seront résistants dans des conditions de culture de plein champ.

Moucheture bactérienne

Bon nombre de cultivars commerciaux affichent le gène Pto, qui confère une résistance à la race 0 de la moucheture bactérienne. À ce jour, la résistance a été maintenue chez les plants renfermant ce gène. La race 1 de la moucheture bactérienne, qui peut infecter des plants ayant le gène Pto, n'est pas préoccupant pour le moment dans les cultures commerciales.

Chancre bactérien

Des cultivars de tomate affichant une certaine résistance ou tolérance au chancre ont été introduits, mais la tolérance à cette maladie reste faible chez les cultivars commerciaux de tomate. Des travaux récents ont permis d'identifier deux gènes de la résistance au chancre bactérien. D'autres travaux seront nécessaires avant que des cultivars offrant une meilleure résistance ne soient offerts aux producteurs.

Produits chimiques

Les bactéricides à base de cuivre insoluble sont pour le moment les seuls produits chimiques efficaces qui soient homologués pour la lutte contre les maladies bactériennes de la tomate. Il faut savoir toutefois que de multiples populations de bactéries responsables de la moucheture bactérienne qu'on retrouve en Ontario affichent une résistance au cuivre. Dans certaines régions des É.-U., une résistance est aussi apparue chez les bactéries responsables de la tache bactérienne. Il reste que les produits cupriques demeurent utiles en Ontario pour combattre la tache bactérienne et le chancre bactérien.

Des recherches menées notamment au Collège de Ridgetown (Université de Guelph) et à Agriculture et Agroalimentaire Canada montrent que les pulvérisations foliaires de bouillies cupriques réduisent la numération bactérienne sur le feuillage de tomate. Selon la quantité de bactéries présentes et selon la taille et la vitesse de croissance des plants, des traitements répétés à intervalles d'au plus 7 jours peuvent être nécessaires. Les bouillies cupriques sont moins efficaces, pour ne pas dire plus efficaces du tout, quand les intervalles sont plus longs entre les traitements. Un bon recouvrement du feuillage est important tout comme l'utilisation des doses recommandées.

On ne connaît pas trop pour le moment l'influence que peut avoir le pH de la bouillie sur l'efficacité des traitements à base de cuivre insoluble. L'action du cuivre insoluble sur lesbactéries est due aux ions cupriques libres dans la bouillie, dont la concentration change en fonction du pH. La formulation des pesticides commerciaux comprend en général des tampons, des surfactants et d'autres additifs qui assurent l'efficacité du produit sous des conditions données (y compris le pH de la solution à pulvériser). Respecter les directives du fabricant en ce qui concerne les mélanges et l'application, car à fortes doses,les ions cupriques peuvent léser les tissus végétaux.

Les bactéries se reproduisent très rapidement. Même si des pulvérisations foliaires peuvent débarrasser la surface des feuilles des bactéries, en peu de temps, celles qui se trouvent à l'intérieur des feuilles et celles qui se trouvaient sur les feuilles mais qui ont échappé au traitement (faute d'un recouvrement suffisant) peuvent reconstituer la population et déclencher une infection.

 

Dans le passé, les pulvérisations de bouillies cupriques ne se faisaient pas au moment optimal. Les producteurs ne sont pas tous chaque année aux prises avec des maladies bactériennes. Ils avaient l'habitude de ne recourir aux traitements cupriques intensifs qu'à partir du moment où des lésions apparaissaient. Il est reconnu aujourd'hui que les traitements commencés après l'apparition des symptômes sont inutiles. Pour que des symptômes se manifestent, il faut que les populations de bactéries soient déjà très importantes. Les efforts qui sont alors déployés pour les éradiquer sont vains.

Les dernières recommandations visant les traitements cupriques applicables à la production de plants en serre et à la culture de plein champ se trouvent dans la publication 363F du MAAARO,Recommandations pour les cultures légumières. Ces recommandations, qui doivent être suivies à la lettre pour donner des résultats, décrivent un programme préventif. Il est parfois difficile de se décider à entreprendre un programme de pulvérisation contre les maladies bactériennes quand rien n'en laisse soupçonner la présence. Néanmoins, avec des semences saines, l'adoption des pratiques culturales (non chimiques) décrites ci-dessus et les pulvérisations préventives de cuivre dans la serre et au champ, relativement peu de pulvérisations seront nécessaires.

Si l'on se fie à bon nombre d'études réalisées en Amérique du Nord, le mélange en cuve de mancozèbe et de cuivre renforcerait la lutte contre les maladies bactériennes.

Voir la publication 363F du MAAARO,Recommandations pour les cultures légumières, pour plus d'information sur les produits homologués et les recommandations les plus à jour sur la lutte contre les maladies bactériennes. Les producteurs sont aussi invités à s'enquérir auprès du transformateur avec qui ils font affaire ou de leurs acheteurs des restrictions ou des exigences particulières que celui-ci peut imposer relativement à l'usage de pesticides.

 

L'avenir

Voici des technologies actuellement à l'étude :

  • Bactériophages. Les phages sont des virus qui infectent les bactéries. Les scientifiques ont réussi à produire des mélanges de phages qui sont inféodés à des populations de bactéries présentes dans une région donnée. Cette technologie se heurte surtout à la difficulté de maintenir une population de phages viable sur le feuillage pendant un laps de temps suffisamment long.
  • Produits affichant une résistance systémique acquise (RSA). Ce type de résistance bâtit ou renforce les défenses naturelles de la plante contre l'infection. Certains de ces produits se sont révélés prometteurs pour réduire les maladies bactériennes de la tomate et sont maintenant utilisés dans certaines zones de culture.
  • Bactériocines. Les bactériocines sont des substances produites par des bactéries phytopathogènes qui antagonisent d'autres bactéries qui leur sont apparentées. Il reste à mettre au point des variantes génétiques avirulentes des bactéries pathogènes qui produisent les bactériocines recherchées et de trouver un moyen de les formuler de manière à en permettre l'utilisation sur les cultures.
  • Agents de lutte biologique microbiens. Des travaux en cours visent à élaborer des agents de lutte biologique qui pourraient être utilisés dans les cultures de tomate en Ontario. De tels agents mis au point pour d'autres cultures commerciales sont déjà offerts aux É.-U.
  • Nouveaux produits. Les scientifiques ont découvert plusieurs nouveaux produits qui ont le pouvoir de maîtriser les maladies bactériennes dans les cultures légumières. On trouve sur Internet la IR-4 New Products/Transitional Solutions List, une liste publiée aux É.-U. qui est mise à jour périodiquement et qui donne un aperçu des nouveaux produits et de leurs utilisations possibles, ainsi que de nouvelles applications possibles de produits moins récents.

Pour des recommandations à jour,voir l'édition la plus récente de la publication 363F du MAAARO,Recommandations pour les cultures légumières, ainsi que le site Web http://www.omafra.gov.on.ca.

 

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