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 Lutte chimique contre la morelle jaune chez les agriculteurs

11/6/2012

Lutte chimique contre la morelle jaune chez les agriculteurs

INTRODUCTION

La morelle jaune (Solanum ,elaeagnifolium Cav.) n'est plus considérée comme mauvaise herbe exclusive de la région du Tadla, mais elle est devenue un fléau national qu'il faut combattre. Etant une espèce géophyte à rhizomes, les infestations observées dans certaines cultures, pratiquées dans le périmètre du Tadla, sont dominées par les repousses végétatives (AMEUR et BOUHACHE, 1994). Ainsi, une stratégie de lutte efficace devrait viser l'inhibition du système racinaire de la morelle. L'utilisation d'herbicides systémiques et phloème mobiles, au stade sensible de la mauvaise herbe, pourrait être la clé de voûte d'une telle stratégie (BOUHACHE et al., 1993a).

En absence d'une gamme de choix d'herbicides très efficaces, sélectifs des principales cultures du Tadla et utilisables en cours de culture, l'utilisation de certains herbicides totaux a permis d'obtenir des résultats prometteux (BOUHACHE et al., 1993b). Effectivement, l'application du glyphosate avant l'installation des cultures de blé, de la betterave sucrière et du cotonnier a permis de bien contrôler la morelle jaune (AMEUR et al., 1995). Toutefois, ces résultats prometteux ont été obtenus sur des petites parcelles expérimentales et méritent d'être validés à grande échelle chez les agriculteurs. Conscients de l'importance de cette étape dans le transfert de technologie, une action basée sur les considérations précédentes a été lancée par l'ORMVAT en collaboration avec l'IAV Hassan II, l'INRA de Béni Mellal et le SPV de Béni Mellal (BOUHACHE et al., 1997). Les principaux résultats obtenus seront exposés dans cette présentation.

CARACTERISTIQUES DES PARCELLES DE DEMONSTRATION

Ces essais de démonstration ont été conduits sur une superficie de 45 ha appartenant à 31 agriculteurs choisis dans les cinq arrondissements: Béni-Amir, Souk Sebt, Ouled M'barek, Ouled Zidouh et Afourer. Cependant, le suivi et l'évaluation ont été faits uniquement chez 23 agriculteurs. Ces parcelles ont été caractérisées sur la base de trois critères, le degré d'infestation, la culture précédente ou en place et l'état hydrique du sol.

L'infestation initiale relevée avant traitement varie de 6 à 50 pieds/m2. Cependant, 74% des parcelles suivies (17/23 cas) ont une densité supérieure à 20 pieds/m2. Concernant la répartition de ces parcelles selon le biotope, il s'avère que 70% de ces dernières sont des post-betteraves (6 cas), des post-céréales (5 cas) et des post-maraîchages (5 cas). Quant à l'irrigation, seulement quatre parcelles (17,4%) ont été irriguées 7 à 10 jours avant traitement, contrairement à ce qui a été recommandé (Tableau 1) (BOUHACHE et al., 1996).

FONDEMENTS DE LA STRATEGIE

L'élaboration de la stratégie à valider chez les agriculteurs a été basée sur les recommandations de plusieurs études relatives au choix de l'herbicide, sa dose, la stade de la morelle, les conditions et les techniques d'application (BOUHACHE et al., 1993a; BOUHACHE et al., 1993b, AMEUR et al., 1995; BOUHACHE et al., 1996). Ainsi, pour optimiser l'efficacité de cette stratégie, les conditions suivantes ont été réunies:
 

herbicide 

Glyphosate

Dose à l'hectare 

2520 g m.a (7 litres de Roundup)

Adjonction de l'adjuvant 

 

20 Kg de sulfate d'ammoniaque (21%)

Volume de bouillie 

400l/ha

Qualité d'eau de bouillie 

Eau douce

Etat hydrique du sol 

Pré-irrigation des parcelles

Stade de la morelle jaune 

Fin floraison-début fructification

 (baies vertes)

Matériel de traitement 

 

Pulvérisateur à dos muni d'une rampe à 4 buses à fente


L'efficacité du glyphosate dépend beaucoup de l'humidité relative de l'air et dans une certaine mesure de la température de l'air. Lorsque l'humidité relative de l'air est elevée, le glyphosate pénètre rapidement dans les plantes (GAUVRIT, 1996). Par conséquent, les traitements ont été faits tôt le matin et à l'aube pour éviter les fortes chaleurs et le déficit hydrique de l'atmosphère.

EFFICACITE DE LA STRATEGIE

Le tableau 2 (non présenté ici) présente d'une manière synoptique les efficacités obtenues par l'application du glyphosate contre la morelle jaune chez les agriculteurs. Les efficacités satisfaisantes (moyennes à bonnes) ne sont obtenues que si certaines conditions sont réunies notamment l'état hydrique du sol (pré-rrigation, post-maraîchage, chute de pluie avant traitement), le stade début-fructification (baies vertes) et les conditions climatiques assez favorables lors du traitement. A l'inverse, les faibles contrôles ont été enregistrés dans les biotopes post-céréales, post-betteraves et parcelles libres, et qui n'ont pas reçu une pré-irrigation. En plus, le stade de l'adventice était avancé (baies jaunes) au moment du traitement dans certains cas. De même, la température de l'air était parfois élevée suite à l'application tardive du produit au cours de la journée. Par ailleurs, les autres conditions recommandées ont été respectées dans l'ensemble des parcelles suivies à savoir la technique d'application (buses à fente, vitesse d'avancement...), la dose de l'herbicide, le volume de la bouillie, la qualité de l'eau de bouillie et l'addition de l'adjuvant (sulfate d'ammonium).

Ainsi, il s'avère que l'état hydrique est un facteur déterminant de l'efficacité du glyphosate. En effet, le bon contrôle observé dans les cas de post-maraîchage est lié à l'irrigation fréquente jusqu'à la récolte de ces cultures printanières ou estivales (oignon-melon) dont le cycle coincide parfaitement avec celui de la morelle jaune. Dans ces cas, l'efficacité a atteint une année après traitement 95% sur la base de la notation visuelle et 92% sur la base de la biomasse sèche.

La même constatation est faite dans les parcelles ayant reçu une pré-rrigation 7 à 10 jours avant traitement. Il s'agit des biotopes de sésame et de vergers. Dans le premier biotope, le contrôle à long terme a atteint 90 et 85%, respectivement pour la notation visuelle et la biomasse. Dans le biotope vergers, l'efficacité obtenue est relativement inférieure à celle observée dans le cas précédent. Elle a été de 75 et 77%, respectivement pour les deux méthodes d'évaluation. Ceci pourrait être dû aux cover cropages fréquents pratiqués dans les plantations qui permettent la fragmentation et la dissémination de l'adventice au niveau du verger. Dans les autres cas où les biotopes étaient des post-betteraves ou post-céréales et qui n'ont pas reçu une pré-irrigation, l'effet du traitement était assez satisfaisant grâce aux conditions de température et d'humidité relative favorables en plus d'une chute de pluie de 7 mm à 3 jours après traitement. Les efficacités évaluées par notation visuelle et la biomasse ont atteint respectivement jusqu'à 85 et 78%.

Dans ce groupe où l'efficacité a été satisfaisante, les pourcentages moyens de réduction obtenus à court terme sont de 71 et 76% et à long terme sont de 82 et 79%, respectivement pour la notation visuelle et la biomasse. Il est à signaler qu'en général l'effet du glyphosate est relativement meilleur à une année après traitement (à long terme) comparativement à celui obtenu à court terme. Ceci montre que l'herbicide a été bien transloqué vers la partie souterraine en limitant la reprise de l'adventice l'année suivante.

Pour le deuxième groupe où les niveaux d'efficacité obtenus sont faibles (Tableaux 2), le principal paramètre mis en évidence est le stress hydrique dû à l'absence de pré-irrigation d'une part et aux biotopes d'autre part, Ces derniers ont eu des cultures d'automne ou jachère dont la dernière irrigation a été faite au moins deux mois avant le traitement. En plus, d'autres facteurs peuvent être aussi à l'origine de ce faible contrôle dans certains cas, en l'occurrence le stade avancé de l'adventice (baies jaunes) et la température de l'air assez élevée lors du traitement. L'efficacité moyenne obtenue chez ce groupe sur la base de la notation visuelle et de la biomasse est respectivement de 40 et 32% à court terme et de 42 et 35% à long terme.

CONCLUSION

A la lumière des résultats obtenus, on peut dire que l'opération de lutte telle qu'elle a été conçue et suivie chez les agriculteurs a atteint largement les objectifs escomptés. Premièrement, les résultats générés sur les petites parcelles sont confirmées à grande échelle. Deuxièmement, il a été démontré que la réussite de la lutte contre cette redoutable adventice est possible si les conditions d'efficacité recommandées ont été respectées, en particulier l'irrigation avant traitement et l'application des herbicides tôt le matin sans omettre les autres paramètres (eau douce, sulfate d'ammonium, techniques d'application etc...). Troisièmement, l'équipe d'encadrement est parvenue à convaincre les agriculteurs et vulgarisateurs de l'utilité de cette méthode de lutte et de la bonne technique d'application des herbicides.

Vu l'agressivité de la morelle jaune et la difficulté de la combattre, l'encadrement de l'opération de lutte chez les agriculteurs est nécessaire. Outre le glyphosate, d'autre moyens de lutte se sont avérés efficaces dans certaines situations à savoir le sulfosate, le bromacil, l'imazapyr, le labour profond en début d'été, l'emploi du sweep, la combinaison de ces différents moyens, etc... Par conséquent, l'application de ces nouvelles méthodes selon les conditions recommandées exige la participation de toutes les parties concernées qui doivent être en concertation permanente sur la base d'un programme de lutte défini sur plusieurs années.

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES

AMEUR A, BOUHACHE M et EL HASSANI S(1995). Optimisation de l'utilisation du glyphosate contre la morelle jaune (Solanum elaeagnifolium Cav.) dans les principales cultures du Tadla. 2ème congrès de l'AMPP, Rabat, 152-158.

AMEUR A et BOUHACHE M (1994).Emergence dynamic of silverleaf nightshade (Solanum elaeagnifolium Cav.) in sugarbeet and wheat in Tadla (Morocco). Fifth Arab Congress of Plant Protection, Fez, p. 220.

BOUHACHE M, BOULET C et EL KARAKHI F (1993a). Evolution des hydrates de carbone non structuraux chez la morelle jaune (Solanum elaeagnifolium Cav.). Weed Research, 33, 291-298.

BOUHACHE M, BOULET C et MOUNIR H (1993b). Lutte chimique contre Solanum elaeagnifolium Cav. dans les zones non cultivées. Al Awamia, 83, 139-152.

BOUHACHE M, LAAKARI A et HILALI S (1996). Influence of environmental factors on the control of Solanum elaeagnifolium by glyphosate. Proc. 2nd International Weed Control Congress, Copenhagen, Volume 3, 801-806.

BOUHACHE M, AMEUR A et BAYE Y (1997). Stratégie de lutte contre la morelle jaune dans le Tadla. Rapport final de convention, IAV Hassan II/ORMVAT, 18p.
 
GAUVRIT C (1996) Efficacité et sélectivité des herbicides, INRA, Paris, pp. 142-146.
 

Par BOUHACHE  M (1), AMEUR.  A (2) et  BAYE  Y (3)

(1) Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II, (2) Service de la Protection des Végétaux, DPA Béni Mellal

(3) INRA, Béni Mellal

 

Lien : http://www.vulgarisation.net/01-42.htm

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