Le traitement des fourrages grossiers à l'urée: Une technique très prometteuse au Niger » maladies des plantes , agriculture et écologie

 Le traitement des fourrages grossiers à l'urée: Une technique très prometteuse au Niger

1/6/2012

 Le traitement des fourrages grossiers à l'urée: Une technique très prometteuse au Niger


K.M. Sourabie, C. Kayouli et C. Dalibard

K.M. Sourabie a été Conseiller technique principal du projet «Traitement des fourrages grossiers à l'urée» (NER/89/016), BP 3133, Bobo-Dioulasso, Burkina Faso.

C. Kayouli est consultant pour le projet NER/89/016 et professeur de zootechnie à l'Institut national agronomique (INAT), 43 Av. Charles-Nicolle, 1002 Tunis, Tunisie.

C. Dalibard est spécialiste de la production animale, Division de la production et de la santé animales, FAO, Rome.

Au Niger, la persistance des cycles de sécheresses en zone pastorale a eu, entre autres, deux conséquences: d'une part, bon nombre d'éleveurs sont descendus en zone agricole et s'y sont établis de façon quasi permanente; par ailleurs, au plus fort de ces sécheresses, la dégradation des termes des échanges aux dépens des éleveurs a entraîné de nombreux transferts de propriété du bétail des populations nomades et transhumantes vers les populations sédentaires. Ainsi, aujourd'hui, près de 60 pour cent du cheptel national se trouve en zone agricole. Il s'agit essentiellement de bovins et de petits ruminants. Du fait du manque d'aires de pâturage et de la pauvreté des résidus agricoles disponibles, ce cheptel ne peut exprimer pleinement son potentiel. En saison sèche, du mois d'octobre à début juin, les animaux s'alimentent principalement de pailles de brousse et de résidus de récolte tels que pailles de riz et tiges de mil ou de sorgho. La caractéristique dominante de ces fourrages grossiers est leur faible ingestion, leur faible digestibilité et leur faible valeur nutritive, en particulier du point de vue des matières azotées. Il en résulte une sous-alimentation chronique se traduisant par:

· des difficultés de croissance des jeunes animaux;
· des pertes de poids chez les adultes;
· une diminution des productions de viande et de lait;
· une diminution de la capacité de travail (endurance et puissance) pour les animaux de trait;
· une prédisposition aux maladies.

Grâce au traitement des fourrages grossiers à l'urée, il est possible non seulement de rehausser leur valeur nutritive mais aussi d'améliorer leur digestibilité et d'augmenter leur ingestion par les animaux.

Le projet de traitement des pailles à l'urée

Origine du projet

L'introduction au Niger de la technique du traitement des fourrages grossiers à l'urée remonte au début des années 80 - dans le cadre d'un projet d'embouche, dans l'arrondissement de Kollo, exécuté par Euro Action Accord. Cette introduction n'avait pas rencontré de succès et, quelques années plus tard, il était difficile d'en retrouver les traces.  

Cependant, face au problème crucial de l'alimentation du bétail en saison sèche et à l'important disponible fourrager constitué de résidus de récolte, le Gouvernement nigérien sollicita en 1987 l'assistance de la FAO pour l'exécution d'un programme de coopération technique (PCT/NER/6758) en vue de tester l'efficacité du traitement à l'urée des fourrages grossiers en milieu paysan pour l'alimentation des ruminants (20 agroéleveurs dans trois villages).

Pendant six mois, ce programme a permis de mettre en relief les effets bénéfiques de la paille traitée sur les animaux, notamment:

· maintien du poids de fin de saison des pluies, voire gain de poids pouvant atteindre 300 g par jour en saison sèche;

· accroissement de la production laitière;

· amélioration de la condition physique des animaux de trait et meilleure résistance aux maladies.

Les agroéleveurs ont bien accueilli cette technique très simple et facilement maîtrisable. Au vu de ces résultats, le gouvernement présenta une nouvelle requête de financement au PNUD, qui aboutit en 1991 au projet «Extension de la méthode de traitement à l'urée des fourrages grossiers dans les départements de Tillabéri, Dosso et Maradi» (NER/89/016) d'une durée de quatre ans (figure 1). L'exécution de ce projet fut de nouveau confiée à la FAO (FAO, 1994).

L'objectif du projet était d'améliorer le niveau de vie des agroéleveurs tout en intégrant mieux l'agriculture et l'élevage, en passant par les étapes suivantes:

· formation des agents de vulgarisation à la technique de traitement des pailles à l'urée afin de les rendre aptes à la transmettre aux agroéleveurs;

· vulgarisation de cette technique dans au moins 160 villages des 10 arrondissements concernés, afin de toucher environ 800 agroéleveurs;

· augmentation de la productivité des ruminants chez les agroéleveurs utilisant le fourrage traité à l'urée comme ration de base en saison sèche.

Principe du traitement

La technique du traitement utilise l'urée comme générateur du gaz ammoniac (NH3), ce dernier étant le vrai agent de traitement. En présence d'eau et d'uréases naturellement existantes dans les fourrages grossiers en question, l'urée est dégradée en ammoniac et en gaz carbonique selon la réaction suivante:

(uréases naturelles)

CO(NH2)2 + H2O

-------->

2 NH3 + CO2

L'ammoniac libéré détruit une partie des liaisons existant dans les parois végétales et rend ainsi plus accessible le complexe ligno-cellulosique, et les éléments nutritifs qu'il renferme, à la digestion des micro-organismes dans le rumen. De plus, une partie de l'ammoniac se fixe et enrichit le fourrage en azote.

Les effets principaux qui résultent du traitement sont une augmentation de la digestibilité du fourrage (figure 2), de sa teneur en azote (figure 3) et de son ingestion. Le fourrage, grâce à une valeur nutritive améliorée, peut alors être mieux valorisé.

La réussite d'un traitement à l'urée dépend du niveau de transformation de l'urée en ammoniac et de la durée de contact entre ce dernier et le fourrage à traiter. Les principaux facteurs de réussite sont décrits ci-après.

Dosage pour le traitement

Au Niger, le projet a préconisé les proportions suivantes: 5/50/100, c'est-à-dire 5 kg d'urée dissous dans 50 litres d'eau pour traiter 100 kg de paille. Lors du programme de coopération technique (PCT), des essais ont été menés avec un ratio 5/100/100, utilisé couramment dans d'autres pays. Cependant, la disponibilité en eau étant un facteur limitant dans de nombreux villages et le PCT ayant montré que le ratio 5/50/100 donnait entière satisfaction au Niger, ce sont ces proportions que le projet a retenu pour faciliter la vulgarisation de la technique.

Durée du traitement et température ambiante

Ces deux facteurs sont liés: le traitement est d'autant plus rapide que la température ambiante est élevée. Dans les conditions du Niger, la température n'est jamais un facteur limitant. Une durée de deux semaines est largement suffisante pour que s'accomplissent les réactions nécessaires à la réussite du traitement à l'intérieur du silo. De plus, pour l'agroéleveur, l'utilisation de l'unité «semaine» ne pose pas de problèmes.

Fourrages traités

Tous les fourrages grossiers, peu digestibles et pauvres en azote, peuvent être traités. Dans le cas du Niger, le traitement concerne les pailles de riz, les tiges de mil et de sorgho et les pailles de brousse (figure 4) (Saley, 1993). Aucun traitement mécanique préalable (hachage) n'a été pratiqué, même dans le cas des tiges de mil et de sorgho. Le simple fait d'entrecroiser les tiges sur les différentes couches et de bien les tasser par piétinement permet d'obtenir un bon niveau de réussite du traitement. Les pailles de brousse ont également bien réagi au traitement. Ces pailles sont ratissées depuis plusieurs années au Niger à relativement grande échelle et font l'objet d'un commerce dans les marchés et au bord des routes. Le traitement à l'urée permet de beaucoup mieux les valoriser. Cependant, avant d'encourager ce ramassage dans une zone, il faut prendre des précautions de manière à ne pas léser les utilisateurs traditionnels de ces pailles. Dans le projet, les pailles de brousse traitées avec succès comportaient les espèces suivantes, en proportions variables selon les zones et les années: Eragrostis tremula, Diheteropogon hagerupii, Schizachyrium exile, Schoenefeldia gracilis, Digitaria exilis, Ctenium elegans, Andropogon gayanus et Cenchrus biflorus. Parmi ces espèces, certaines, telles Ctenium elegans et Andropogon gayanus, sont traditionnellement utilisées pour la fabrication de toitures ou de séckos (un sécko est un genre de natte épaisse formé par entrecroisement de tiges d'Andropogon gayanus et utilisé dans la construction des cases); de même, les tiges de mil et de sorgho sont utilisées en construction, notamment pour la fabrication de cannisses (un cannisse est un genre de natte formé par des tiges de mil ou sorgho liées entre elles et servant à réaliser des enclos autour des cases). Néanmoins, lors de ces utilisations traditionnelles de certaines pailles de brousse et des tiges de mil et de sorgho, les parties inférieures des plantes, les feuilles et les jeunes tiges restent inexploitées. On a constaté au cours du projet que les agroéleveurs, après les avoir traitées à l'urée avec succès, les utilisent pour alimenter leurs animaux. De même, là où les tiges de mil et de sorgho sont utilisées comme combustible pour la cuisine, les tiges les plus dures continuent d'être réservées à cet usage tandis que les autres font l'objet du traitement.  

D'une manière générale, les effets du traitement à l'urée sont d'autant plus satisfaisants que le fourrage initial est peu digestible et de faible valeur nutritive.

Silos de stockage

Le type de silo utilisé est fonction des moyens de l'agroéleveur, des conditions locales et du volume de la paille à traiter.

Silo-fosse. Il est creusé dans le sol et exige donc un travail important. Le fond et les parois doivent être couverts d'un isolant (sécko, cannisse, etc.) de manière que le sol ne souille pas le fourrage. Il risque de subir des infiltrations d'eau en cas de précipitations importantes. Les sols sablonneux, très fréquents au Niger, sont peu propices à ce type de silo car les parois s'écroulent facilement. Enfin, il fait parfois l'objet de réticences d'ordre culturel (le creusement d'une fosse étant associé aux pratiques funéraires).

Silo en sécko ou en cannisse. Les silos délimités par des séckos ou des cannisses sont renforcés par des piquets en bois (Calotropis procera par exemple). Ils ont pour inconvénients leur faible étanchéité et leur résistance limitée, qui rend difficile le tassement du fourrage qu'ils contiennent.

Silo en banco. C'est un matériau utilisé pour la construction des cases et des greniers. Il est constitué d'un mélange de terre argileuse, de paille hachée et d'eau, durcissant par séchage et pouvant alors résister plusieurs années moyennant un entretien annuel. Les meilleurs résultats sont obtenus avec ce type de silo, en raison de sa bonne étanchéité et de sa durabilité. De plus, lorsque l'agroéleveur possède une case en banco, le silo peut s'appuyer sur l'un des murs de la case, ce qui permet de réduire les coûts de construction. Le projet vulgarise donc ce type de silo, que près de 60 pour cent des agroéleveurs ont adopté. Par exemple, un silo de 10 m3 (L = 3 m, 1 = 2 m et h = 1, 7 m) contient environ 1 200 kg de fourrage, ce qui permet l'embouche de deux bovins pendant trois mois.

Remplissage du silo. Le traitement est réalisé couche par couche, compactée par piétinement (par exemple, une couche de 100 kg recevra 50 litres de solution contenant 5 kg d'urée, bien répartis à l'aide d'un arrosoir). Le matériel utilisé est simple: arrosoirs et seaux de fabrication locale, fûts de 200 litres, corde étalonnée permettant d'entourer une botte de fourrage d'environ 10 kg et calebasse (tia) étalonnée pour le dosage de l'urée. La fermeture du silo s'effectue par la pose de matériaux disponibles localement tels que vieux séckos ou cannisses, ou vieux sacs d'engrais. Lorsqu'il n'est pas possible de faire autrement, la mise en place d'une couche supérieure de paille non traitée bien tassée permet également d'obtenir de bons résultats. Des objets lourds (pierres, morceaux de bois, par exemple) placés au sommet du silo permettent de maintenir le fourrage bien tassé. S'il y a un risque de pluie lors du traitement ou du stockage, la couverture du silo doit impérativement utiliser des matériaux capables d'empêcher toute infiltration d'eau (feuilles de bananier, vieux plastiques, boue séchée, etc.). Des paysans ont constaté que les termites s'attaquent parfois aux stocks de fourrages traités, ce que l'on évite en recouvrant le fond des silos d'une couche de cendres.

Des critères simples permettent à l'agroéleveur de vérifier la réussite du traitement à l'ouverture du silo: une forte odeur piquante d'ammoniac se dégage, et le fourrage grossier est devenu jaune foncé et s'est ramolli.

Période de traitement, utilisation et gestion du stock de fourrage traité

En théorie, le traitement peut être pratiqué à n'importe quel moment de l'année. Cependant, selon les systèmes de production agricoles, certaines périodes sont plus particulièrement recommandées. Dans le cas des tiges de mil ou de sorgho et des pailles de brousse, la meilleure période de traitement est le début de la saison sèche (d'octobre à décembre), lorsque les travaux de récolte sont terminés. En effet, pendant cette période: l'agroéleveur dispose de liquidités lui permettant d'acheter l'urée; la main-d'œuvre est disponible; l'eau est abondante, facilitant le traitement; les fourrages grossiers sont eux aussi abondants; la biomasse par hectare est maximale, car les troupeaux ne l'ont pratiquement pas entamée et les feux incontrôlés n'ont pas encore pu se propager. Le traitement en début de saison sèche doit cependant s'accompagner d'une prise de conscience de l'agroéleveur de l'importance de la gestion de son stock, afin d'éviter toute rupture préjudiciable durant la période de soudure. Il est souvent difficile pour l'agroéleveur de réaliser un traitement en fin de saison sèche: l'argent manque pour acheter l'urée; l'eau est rare; les fourrages grossiers sont rares et chers; les fortes chaleurs rendent les travaux pénibles; et la préparation des champs monopolise la main-d'œuvre disponible. Dans le cas des systèmes rizicoles irrigués, la paille de riz peut être traitée immédiatement après le battage, en novembre-décembre ou en mai-juin, avant les travaux de repiquage.

Pour permettre une adaptation de la flore ruminale au fourrage traité, une période de transition de deux semaines est nécessaire. Le fourrage traité ne représentera donc qu'un tiers des fourrages grossiers donnés à l'animal la première semaine, deux tiers la deuxième semaine et la totalité par la suite. Pour valoriser pleinement le fourrage traité, le ruminant doit le recevoir pendant une période assez longue, en évitant toute interruption.

Différents types de silos sont utilises.

Le fourrage traité peut être conservé plusieurs mois dans le silo de traitement laissé bien fermé. Cependant, l'agroéleveur peut aussi vider ce silo, sécher le fourrage traité et le placer dans un endroit sec (un grenier, par exemple). Cela permet de réaliser de nouveaux traitements dans le silo et d'augmenter le stock de fourrage traité. Afin d'éviter toute rupture de stock du fourrage traité en saison sèche, l'agroéleveur peut aussi disposer de deux silos. Dans les zones intensément cultivées, où les jachères et pâturages sont pratiquement inexistants, les agroéleveurs pourront continuer à alimenter leurs animaux à l'aide des fourrages traités pendant la saison des pluies, et tant que ceux-ci sont privés d'accès aux champs.

Résultats du projet

Adoption de la technique par les éleveurs

Le projet «Traitement des pailles à l'urée» s'est déroulé dans trois départements (Tillabéri, Dosso et Maradi) sur les six ayant d'importantes zones à vocation agricole. Dès la première année, plus de 500 agroéleveurs se sont portés volontaires pour effectuer le traitement et les résultats ont été très encourageants. Au cours du projet, les agroéleveurs ont donné la priorité aux animaux de trait (zébus). En 1994, ceux-ci ont constitué 76 pour cent des animaux alimentés avec les fourrages grossiers, contre 13 pour cent pour les animaux d'embouche et 11 pour cent pour les vaches laitières (figure 5). En fait, chez les agroéleveurs concernés par le projet, on a observé une utilisation des animaux de trait sur seulement trois ou quatre campagnes. En effet, en les embouchant à ce stade, l'agroéleveur arrive facilement à en obtenir un bon prix au marché et à racheter un animal plus jeune, encaissant par là un important bénéfice. Plus d'un quart des animaux de trait sont donc mis à l'embouche dès la fin de la saison de travail.

La culture attelée est bien développée au Niger, en particulier dans la vallée du fleuve où existent de nombreux périmètres rizicoles. Les animaux de trait sont considérés par les agroéleveurs comme le premier facteur de production. De plus, un attelage permet le transport de marchandises d'un marché à l'autre et bien d'autres utilisations encore. Ils peuvent être loués pour ces différents usages ou encore prêtés dans le cadre de l'entraide familiale et de voisinage. C'est pourquoi les éleveurs prêtent beaucoup d'attention à l'alimentation et à la santé de ces animaux, auxquels ils donnent souvent en priorité la paille traitée.

Afin d'encourager les agroéleveurs à essayer la technique, l'urée a été distribuée gratuitement durant la première campagne. Au cours des deuxième et troisième campagnes, comme le montre la figure 6, l'intérêt pour le traitement à l'urée est resté aussi vif, et cela malgré la cession de l'urée à prix coûtant et l'augmentation du prix de l'urée suite à la dévaluation du franc CFA au début de 1994. Le kg d'urée valait environ 65 francs CFA avant la dévaluation, contre environ 90 francs CFA après. En ne tenant compte que du coût de l'urée, le traitement d'un kg de fourrage grossier revenait à 3, 25 francs CFA avant la dévaluation et à 4, 5 francs CFA après. Durant la dernière campagne, la quantité moyenne de fourrages grossiers traitée par éleveur dépassait 600 kg.

Résultats des trois campagnes de traitement des fourrages grossiers à l'urée

 L'ONAHA (Office national des aménagements hydroagricoles) et de nombreux projets tels que le Programme de renforcement des structures d'appui à l'agriculture et à l'élevage de la Banque mondiale (PRSAA/EL), les projets PNUD/FAO de N'Guigmi (NER/86/005), de Zinder/Diffa (NER/89/004), d'Aménagement forestier de Maradi (NER/90/016), le projet Micro-réalisation belge, le projet de l'Agence d'aménagement des terroirs, le projet de l'UNSO «Développement agro-forestier et d'aménagement de terroir» à Dosso, le projet PIDA à Aguié, et des organisations non gouvernementales telles que Care Salama et le CECI (Centre d'études et de coopération internationale, une ONG canadienne) ont sollicité l'appui du projet «Traitement des pailles à l'urée» en vue de former des encadreurs à la technique du traitement.

Afin d'assurer la continuité de l'approvisionnement en urée, des groupements d'agroéleveurs à vocation coopérative ont été créés et dotés d'un stock d'urée leur permettant de disposer d'un fonds de roulement.

Avantages notés par les éleveurs

Au cours du projet, la quasi-totalité des agroéleveurs a noté plus d'endurance au travail (une heure et demie à deux heures de travail en plus par jour) et une meilleure force de traction chez les bœufs de trait. Cela est particulièrement crucial, car les travaux agricoles les plus durs sont réalisés en fin de saison sèche-début de saison des pluies (labours), lorsque les ressources fourragères sont rares et de mauvaise qualité. Les animaux de trait sont donc en général affaiblis avant même le début des travaux; ces derniers s'effectuent alors de manière laborieuse, entraînant des retards compromettants pour les récoltes. Au contraire, grâce aux bœufs de trait nourris avec des fourrages traités à l'urée, les champs sont labourés efficacement et rapidement, les travaux culturaux peuvent se succéder de manière optimale, des surfaces plus importantes peuvent aussi être cultivées; ainsi, les rendements et la production vivrière augmentent. Du fait que les labours se font plus rapidement, l'agroéleveur peut louer plus longtemps ses animaux à l'extérieur et accroître ses rentrées d'argent.

Les éleveurs ont noté une réduction de la durée d'engraissement chez les animaux d'embouche. L'embouche est plus rapide, demandant en moyenne 30 à 45 jours de moins, et moins d'aliments concentrés. Par ailleurs, les animaux se vendent plus facilement au marché (en effet, l'utilisation de la paille traitée permet de programmer l'embouche de manière à ce qu'elle soit terminée au moment le plus rémunérateur, lorsqu'il y a pénurie d'animaux bien conformés sur les marchés). Ainsi, de nombreux agroéleveurs ont signalé des marges bénéficiaires multipliées par trois ou plus (30 000 à 40 000 francs CFA au lieu de 10 000 à 15 000 francs CFA).

Enfin, les éleveurs ont noté une augmentation significative de la production de lait chez les vaches laitières. Cela permet une meilleure croissance du veau, un accroissement de l'autoconsommation par l'agroéleveur et des surplus vendus au marché. L'utilisation de fourrages grossiers traités à l'urée permet aussi d'éviter l'interruption quasi inévitable de la production laitière observée en système traditionnel en période de soudure. Des contrôles laitiers effectués au cours du projet sur des périodes de quatre mois ont permis de confirmer l'augmentation importante de la production (280 à 350 litres au lieu de 150).

Autres observations de la part des éleveurs et des agents de vulgarisation

L'état sanitaire des animaux s'améliore, permettant à l'agroéleveur une baisse de ses dépenses vétérinaires. En période de soudure, la mortalité du bétail est traditionnellement très élevée; avec le fourrage traité, il est possible de remettre en état en quelques semaines des animaux cachectiques qui, sans cela, n'auraient pas survécu.

Afin de maintenir le capital «troupeau» pendant la saison sèche, certains agroéleveurs préfèrent distribuer chaque soir pendant cette période de la paille traitée comme aliment complémentaire pour des animaux au pâturage le jour. Ces agroéleveurs ont par ailleurs remarqué que les animaux recevant ce complément étaient moins sélectifs au pâturage.

Les refus diminuent considérablement, surtout dans le cas des tiges de mil et de sorgho: d'après certains témoignages, les quantités distribuées aux animaux peuvent être réduites au tiers lorsque le fourrage est traité. L'utilisation de ces fourrages grossiers est alors possible sans gaspillage. L'augmentation des quantités ingérées permise par le traitement n'est pas dans ce cas synonyme d'utilisation plus rapide du stock de fourrages grossiers constitué par l'agroéleveur.

La quantité d'aliments complémentaires traditionnellement distribués (ces aliments concentrés sont en général très onéreux en fin de saison sèche) peut être réduite chez les animaux nourris à la paille traitée. Les niveaux de production de travail, de viande ou de lait ne sont pas affectés.

Le fumier est plus abondant et de meilleure qualité. Cela ressort de très nombreux témoignages, suite à des comparaisons faites par les agroéleveurs eux-mêmes entre des parcelles recevant le fumier d'animaux nourris à la paille traitée et des parcelles recevant le fumier d'animaux nourris de manière traditionnelle. En effet, ce fumier est plus riche en azote (7 à 8, 3 pour cent de matières azotées totales au lieu de 4, 5 à 5, 8 pour cent), ce qui permet à l'agroéleveur de diminuer l'emploi d'engrais chimiques coûteux et importés. Par exemple, des paysans ont signalé des augmentations de 40 à 50 pour cent de leur production de riz malgré une diminution de moitié de la quantité d'urée utilisée au champ.

La vulgarisation du traitement de la paille à l'urée a permis d'augmenter le capital de confiance des agro-éleveurs vis-à-vis des agents de vulgarisation au-delà du seul domaine de la santé animale. Les agents de vulgarisation, ainsi renforcés dans leur rôle, sont mieux écoutés par les agroéleveurs dans le domaine de la production animale et sur des sujets qui peuvent ne les concerner qu'à moyen ou long terme.

Les fourrages grossiers ne sont plus brûlés. Dans le cas de la paille de brousse, cela permet en outre de sauver des arbres.

La quantité d'eau bue quotidiennement par l'animal augmente, et l'abreuvement doit être fait deux ou trois fois par jour au lieu d'une afin de ne pas limiter l'un des bienfaits du traitement, qui est d'augmenter l'ingestion.

Les cas d'intoxication ont été très rares au cours du projet. Ils correspondaient toujours au non-respect des recommandations. La négligence la plus classique consistait à laisser sans surveillance des animaux assoiffés en présence de la solution d'urée, ce qui conduisait à une intoxication à l'urée. A condition d'intervenir à temps, l'utilisation de vinaigre, ou de jus de citron ou de limette dilué dans un peu d'eau permet de sauver les animaux.

Conclusion

Les avantages du traitement de la paille à l'urée sont indéniables pour l'alimentation des ruminants en saison sèche. Lors de la conception du projet, les résultats attendus concernaient avant tout la production laitière et de viande. Cependant, il est intéressant de noter que les agroéleveurs ont donné la priorité à leurs animaux de trait et que l'amélioration du fumier en quantité et qualité a été signalée par la majorité d'entre eux comme l'un des intérêts essentiels de la technique. Cette technique renforce donc de manière exemplaire l'intégration durable agriculture/élevage. Les sous-produits agricoles sont valorisés au mieux par les animaux, qui, en retour, fournissent une meilleure capacité de travail et un fumier de meilleure qualité et plus abondant, permettant un enrichissement des sols en matière organique. L'augmentation des rendements vivriers ainsi permise contribue à améliorer la sécurité alimentaire, accroître les revenus des agroéleveurs, diminuer l'exode rural et réduire la pression sur les sols les plus pauvres. A moyen terme, la technique contribue également à faire baisser la pression animale sur l'environnement. Afin de préciser et chiffrer de manière rigoureuse l'ensemble de ces aspects, des programmes de recherche et des enquêtes mériteraient d'être conduits en parallèle avec les projets de développement.

La technique du traitement des pailles à l'urée est très simple, économique et facilement maîtrisable par les agroéleveurs. Après deux campagnes, de nombreux agroéleveurs leaders étaient à même de l'enseigner dans d'autres villages non encore touchés par le projet, tandis qu'en 1994 environ 80 pour cent de l'ensemble des agroéleveurs participant au projet maîtrisaient la technique.

L'expérience du Niger devrait pouvoir servir d'exemple à d'autres pays d'Afrique, en particulier ceux de la zone sahélienne.

Références

FAO. 1994. Projet NER/89/016. Rapport terminal: conclusions et recommandations. Extension de la méthode de traitement à l'urée des fourrages grossiers dans les départements de Tillabéri, Dosso et Maradi. Rome.

Saley, A. 1993. Crop residues in animal feeding: the case of the project «Extension of urea treatment of roughage in the departments of Tillaberi, Dosso and Maradi». Proc. Increasing Livestock Production through Utilization of Local Resources. Sous la direction de Guo Tingshuang. Bureau de la production et de la santé animales, Ministère de l'agriculture, Chine.

Source : http://www.fao.org/docrep/V4440T/v4440T04.htm

Category : PLANTES / ALIMENTATION | Write a comment | Print

Comments

CDER, le 25-07-2014 à 15:29:32 :

CDER

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