Des parfums pour piéger les ravageurs forestiers » maladies des plantes , agriculture et écologie

 Des parfums pour piéger les ravageurs forestiers

19/10/2008


Des parfums pour piéger les ravageurs forestiers

Par Johanne Delisle

Les phéromones sont des composés volatils, des « parfums », responsables de la communication entre les insectes d'une même espèce. Il en existe plusieurs types pour différentes fonctions : les phéromones d'alarme, d'agrégation, de marquage, de piste ou de reconnaissance et les phéromones sexuelles. Des chercheurs du Service canadien des forêts (SCF) de Ressources naturelles Canada effectuent divers travaux destinés à isoler ces dernières et à en déterminer la composition et le mode d'utilisation par les insectes.
Recréées à l'aide de produits de synthèse, ces substances peuvent être appliquées pour le dépistage et la surveillance par piégeage des ravageurs forestiers ou pour leur suppression éventuelle par la capture de masse ou par la confusion sexuelle.
Le temps et le coût limitent le dépistage et la surveillance des ravageurs forestiers sur de vastes territoires. L'installation de quelques pièges à phéromone plutôt qu'un échantillonnage systématique des arbres réduit substantiellement le temps consacré au dépistage et à la surveillance. Cette technique permet aussi d'augmenter la superficie des territoires couverts, à un coût moindre ou équivalant à celui de la méthode traditionnelle d'échantillonnage. Le dépistage sert à déterminer si la population d'un insecte dépasse un seuil critique, tandis que la surveillance vise à estimer l'ampleur des dommages que la prochaine génération de larves pourrait causer. Grâce à cette information, il est possible de prévoir si une intervention phytosanitaire est nécessaire et de choisir le meilleur moment pour l'effectuer.
Des pièges pour tous les goûts

Les pièges les plus couramment utilisés sont le piège collant, dont la capacité de capture se limite à la surface engluée, et le piège à grand volume. Les pièges collants sont peu coûteux et faciles à déployer. Les pièges à grands volumes sont munis d’un récipient contenant un insecticide provoquant la mort des insectes qui s’accumulent au fond du piège.
 
La capture de masse constitue un moyen de lutte impliquant le déploiement de plusieurs pièges à phéromone pour capturer le plus grand nombre possible de mâles avant que les femelles n'apparaissent sur le terrain, afin de nuire à la reproduction. Cette méthode de lutte est efficace dans certaines conditions, par exemple, dans les plantations isolées, dans les vergers à graines ou dans les espaces urbains.
Comme les territoires forestiers sujets aux épidémies d'insectes sont généralement très vastes, le grand nombre de pièges requis, leur installation dans la cime des arbres pour maximiser les captures et leur nettoyage régulier rendent cette technique très onéreuse. Enfin, la confusion sexuelle constitue une méthode de lutte qui raffine l'emploi des phéromones pour manipuler le comportement reproducteur des insectes. Cette technique, qui ne requiert pas l'utilisation de pièges, est expliquée dans L'Éclaircie no 28 (J. Delisle, 2006. Lutte par confusion sexuelle : protéger les arbres en déjouant les insectes. L'Éclaircie no 28, Service canadien des forêts - Centre de foresterie des Laurentides). 
Grâce à la spécificité des phéromones, le dénombrement des captures dans les pièges n'exige pas une connaissance approfondie de la taxinomie des insectes. De conception simple et peu coûteuse, les pièges à phéromone peuvent jouer un rôle important dans l'évaluation de l'impact des changements climatiques, aider au développement de nouvelles stratégies contre les invasions d'insectes ravageurs ou encore permettre une détection hâtive de la présence de ravageurs exotiques.
  Le Québec a établi un vaste réseau de 1 200 stations permanentes d’observation qui permet de surveiller les peuplements les plus vulnérables dans les endroits où les épidémies sont les plus récurrentes. Des pièges à phéromone installés dans certaines stations permettent de détecter de très petites populations larvaires. Les spécialistes peuvent ainsi prévoir les infestations trois ou quatre ans avant leur apparition.

En 2007, l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) a utilisé des pièges à phéromone pour détecter la présence du longicorne brun de l’épinette (LBE), un insecte exotique, dans les provinces de l’Atlantique et au Québec. Les chercheurs du SCF qui ont réussi à synthétiser une phéromone du LBE mâle visent l’amélioration de l’efficacité des pièges à phéromone en tant qu’outil de détection de ce longicorne.
Pour plus de renseignements, veuillez contacter Johanne Delisle
Date : 29 avril 2008
Dernière mise à jour : 23 juillet 2008 08:11:47
L'Éclaircie est une publication pour les intervenants forestiers et les gens intéressés par la foresterie qui présente, sous forme vulgarisée, les travaux, projets et activités en cours au Centre de foresterie des Laurentides.


Lire l’article complet sur : http://scf.mcan.gc.ca/nouvelles/586 

 

Category : ARBRES ET FORETS - 1 | Write a comment | Print

Comments

| Contact author |