Production et protection intégrées : une approche orientée vers la production de légumes 'sains' en Afrique » maladies des plantes , agriculture et écologie

 Production et protection intégrées : une approche orientée vers la production de légumes 'sains' en Afrique

18/10/2008


Production et protection intégrées : une approche orientée vers la production de légumes 'sains' en Afrique


Extrait d'un exposé présenté au séminaire sur les normes phytosanitaire et sanitaire à Brazzaville, Congo
jeudi 16 octobre 2003.

 Michel GERARD, Consultant AGPC, Organisation de Nations Unies pour l'Agriculture et l'Alimentation, Via delle Terme di Caraccalla, 00100 Rome, Italie

Les fruits et légumes ont longtemps été considérés en Afrique comme des produits de luxe et ont, dans le passé, été largement cultivés pour et consommés par la population expatriée. Pour faire face aux problèmes d'approvisionnement alimentaire liés à une croissance rapide de la population, la plupart des gouvernements en Afrique ont concentré leurs efforts sur la promotion et l'intensification de la production des principales cultures vivrières, essentiellement les céréales, base d'un apport calorique. Maintenant, de plus en plus de pays ont commencé à réaliser que les cultures horticoles pouvaient jouer un rôle important dans leur économie. L'horticulture, activité typiquement familiale et à haute intensité de main-d'œuvre génère de l'emploi et fournit un revenu substantiel par unité de surface. De plus, les fruits et légumes sont de riches sources en vitamines et minéraux et les médecins insistent continuellement sur la nécessité de consommer plus de fruits et légumes pour équilibrer l'alimentation et combattre la malnutrition endémique, les carences en oligo-éléments et en vitamines. Selon la littérature consultée, la surface totale récoltée en légumes au niveau mondial est de 1.321.000 ha ce qui représente 0,81 % de la surface arable totale estimée à 162.684.000 ha (FAO, 1992). Par ordre d'importance, selon les surfaces récoltées, les principales cultures sont : tomate, piment et poivron, oignon, pastèque, potiron, courge et courgette, melon, pois, carotte, chou, haricot vert, aubergine, concombre et cornichon, ail, chou-fleur et artichaut. En Afrique, la production horticole est une activité typique des petites exploitations ou des jardins familiaux. Les rendements moyens sont relativement bas comparés aux niveaux atteints dans les autres systèmes commerciaux de production ou sur les autres continents. Le chou vient en première place avec des rendements moyens approximatifs de 25 t/ha suivi par la tomate : 22 t/ha ; l'aubergine et le chou-fleur avec approximativement 19 t/ha chacun ; les concombres et cornichons : +/- 17 t/ha ; la pastèque : +/- 15 t/ha ; les melons : +/- 14 t/ha ; l'ail +/- 13 t/h ; les artichauts, oignons et carottes : +/- 12 t/ha chacun ; les potirons, courges et courgettes : +/- 12 t/ha ; le haricot vert : 7 t/ha ; les pois : 4 t/ha. En général, il existe encore un grand potentiel pour augmenter la productivité des légumes en Afrique. Cependant, le but n'est pas d'augmenter les rendements par tous les moyens possibles et par l'utilisation massive d'intrants. L'accent doit être mis sur le développement de systèmes de culture durables, respectueux de l'environnement et de la santé des consommateurs. C'est pourquoi il est proposé d'adopter une stratégie pour la production de légumes 'sains' par l'application de la production et protection intégrées. Partout en Afrique ainsi que dans les régions arides et semi-arides qui incluent la ceinture du Sahel, les cultures légumières sont touchées par de nombreux ravageurs, maladies, virus, nématodes, bactéries, etc. Certaines d'entre-elles ont atteint de hauts niveaux d'infestation alors que le contrôle chimique efficace devient de plus en plus difficile mais aussi plus cher et toxique.

Alors que la liste des ravageurs et maladies et leur incidence est laissée aux spécialistes de la protection des plantes, cet exposé se concentrera sur différentes composantes d'une approche globale de la production de légumes 'sains'. La stratégie consiste à appliquer des moyens non chimiques et des pratiques agronomiques pour contrôler l'incidence des ravageurs et maladies alors que l'usage judicieux et rationnel des pesticides chimiques est admis en dernier recourt. Un légume de bonne qualité doit aussi être un produit 'sain' répondant à un certain nombre de caractéristiques comme : · l'absence de résidus de pesticides ; · des concentrations acceptables en minéraux ; · l'absence d'agents pathogènes ; · une bonne valeur nutritionnelle (vitamines, minéraux, protéines et hydrates de carbone) ; · un goût apprécié par le consommateur (caractéristiques organoleptiques) ; · une conformité avec les besoins du marché : aspect, forme, taille, couleur, ... L'approche globale de la production de légumes 'sains' consiste en une série d'activités pouvant être exécutées à 3 niveaux : · le niveau supérieur ; · le niveau des agriculteurs ; · le niveau des consommateurs.

NIVEAU SUPERIEUR Adaptation et adoption d'une série de réglementations pour assurer le contrôle de la production de légumes 'sains' et l'emploi de pesticides. De telles règles peuvent être développées sur base d'expériences acquises dans d'autres pays et de références internationales disponibles comme : la Convention Internationale de la Protection des Plantes ; le Codex Alimentarius ; le Code International de Conduite pour la distribution et l'usage des pesticides ; les conseils produits par la Commission du Codex Alimentarius sur l'étiquetage et les normes de qualité des denrées alimentaires. Cela comprend également la diffusion et la mise à jour annuelle d'une liste de pesticides autorisés en production et protection intégrées des légumes.

NIVEAU DES AGRICULTEURS La production et protection intégrées, partie de la gestion intégrée des cultures, devrait immédiatement être transférée au niveau des agriculteurs en introduisant une série de pratiques agronomiques qui peuvent réduire l'incidence des ravageurs et maladies. La stratégie consiste à prendre toutes les mesures possibles pour prévenir l'apparition des ravageurs et maladies ou les garder à un niveau acceptable.

Première étape Elle concerne la sélection et l'utilisation de variétés maraîchères adaptées aux conditions agro-climatiques et qui offrent une résistance génétique à des ravageurs et maladies spécifiques. Si de telles variétés ne sont pas disponibles sur le marché international des semences (variétés à pollinisation ouverte ou hybrides), le développement d'un programme national de sélection , multiplication et diffusion de variétés améliorées se justifie pleinement. Des exemples existent dans certains pays en Afrique où des progrès importants ont été faits au niveau de la sélection et de la multiplication de variétés non hybrides, résistantes à d'importants ravageurs et maladies. · La tomate var. Xina pour la nouaison en conditions chaudes et humides et pour la haute tolérance à certains nématodes à galles (Meloidogyne). · L'aubergine africaine (Diakhatou) var. lignée 18, offre une tolérance aux acariens. · Des lignées de tomate sont isolées pour la résistance au Tomato Yellow Leaf Curl virus (TYLC), au niveau d'un projet financé par la CEE qui comprend 25 systèmes nationaux de recherche africains en agriculture jumelés avec des centres de recherche européens sous la direction de l'INRA Montfavet (France).

Deuxième étape Elle consiste à adopter une série de pratiques culturales pour éviter ou retarder l'atteinte de niveaux dommageables de ravageurs et maladies. De très importantes précautions peuvent être prises au niveau de la pépinière pour éviter une contamination précoce de la culture : · Les maladies transmises par les semences peuvent être évitées en utilisant uniquement des semences certifiées ou traitées. · La diffusion de pathogènes de plants à multiplication végétative peut être retardée ou évitée en ne prélevant que les organes des plants mères sains et en élevant les jeunes plants sous une serre 'pare-insecte'. La culture de tissus combinée à la thermothérapie est déjà appliquée avec succès pour 'régénérer' ou 'assainir' des variétés locales et pour accélérer la multiplication clonale. · L'utilisation de voile non tissé comme filet de protection pour la pépinière a été testée dans plusieurs pays africains comme un moyen d'éviter les viroses précoces transmises par les vecteurs (puceron, jasside, mouche blanche), de dissuader les lépidoptères de pondre et donc d'éviter les dégâts de chenilles. · La production de plants se développe comme une pratique spécialisée vers des plants robustes et sains : cultivés dans des mottes de compost stérilisé pour éviter les fontes de semis et réduire les pertes et problèmes de reprise lors de la transplantation au champ. En champ, l'attention doit être portée sur les pratiques agronomiques suivantes :

· Choix du type de sol Les sols légers, sableux et riches en terreau sont généralement préférés aux sols lourds argileux qui peuvent causer un engorgement et favoriser les maladies telluriques. Cependant, les nématodes apparaissent souvent dans les sols légers. Un pH neutre (pH = 7) favorise la croissance de plants sains et l'absorption équilibrée des éléments nutritifs. Un sol acide va favoriser Plasmodiophora brassicae sur chou, alors qu'un sol trop alcalin entraînera des déficiences en oligo-éléments particulièrement en fer et en bore, ce dernier causant la nécrose du coeur de la tomate.

· Nutrition de la plante Une préférence doit être donnée à l'utilisation large de matière organique (compost et fumier) qui fournira un réservoir équilibré de macro et oligo-éléments et qui s'accorde avec la promotion de systèmes d'exploitation durables à faible utilisation d'intrants pour les petits agriculteurs. L'usage excessif de fertilisants azotés minéraux favorise les attaques d'acariens. Une proportion importante de matière organique dans le sol semble limiter les fontes de semis et les proliférations de nématodes. · Irrigation Certains problèmes seront amplifiés ou diminués en fonction du type d'irrigation et de sa conduite. L'irrigation par submersion et à la raie favoriseront la propagation des maladies telluriques comme Phytophthora capsici (sur poivron) et Rhizoctonia solani (sur tomate). D'un autre côté, cela réduit les risques de maladies fongiques foliaires. L'irrigation par aspersion favorise les maladies fongiques foliaires comme le mildiou (Pseudoperonospora cubensis sur melon et concombre) ainsi qu'Alternaria solani sur tomate et favorise la propagation des infections bactériennes (Xanthomonas vesicatoria sur tomate, piment et poivron). Cependant l'irrigation par aspersion diminue l'importance du Thrips tabaci sur oignon ou Phenacoccus manihoti sur manioc. Les dégâts par Cylas puncticollis sur patate douce sont réduits quand le sol est constamment maintenu humide. · Densité de plantation, conduite et taille Tuteurer les tomates y compris celles à croissance déterminée, retirer les gourmands combiné à un espacement adéquat entre plants réduit les maladies fongiques foliaires de la tomate (Alternaria solani) et la propagation du rhizoctone (Rhizoctonia solani) sur les fruits. · Rotation des cultures Elle reste un des plus anciens moyens mais est efficace pour éviter naturellement l'émergence d'importants ravageurs et maladies. La monoculture, comme adoptée dans les exploitations très spécialisées en production commerciale de légumes, a favorisé le développement rapide de ravageurs et maladies spécifiques. L'emploi de pesticides plus 'puissants' (toxiques) et souvent non sélectifs pour contrôler ces ravageurs a abouti au développement de populations résistantes. La rotation des cultures peut aider à casser ce cercle vicieux mais devrait plutôt être adoptée comme un moyen pour prévenir le problème. Les systèmes de jardin potager à petite échelle offrent d'intéressantes possibilités pour la diversification des cultures et la rotation sur différentes petites parcelles. Cependant, ceci doit être soigneusement étudié en fonction de la sensibilité des cultures à des ravageurs et maladies spécifiques mais aussi en fonction des besoins du marché et des considérations économiques. Au Sénégal la culture d'arachide (Arachis hypogea) a été introduite dans le système cultural. Elle s'avère diminuer l'infestation de nématodes et enrichit le sol en azote. De plus, c'est une plante à 'usage multiple'. Les cacahuètes sont consommées fraîches ou traitées pour l'huile et le feuillage est un aliment de valeur pour le bétail.

· Contrôle des adventices Le désherbage n'est pas seulement justifié pour éviter la compétition pour l'eau, l'air, la lumière et les fertilisants. Les adventices rendent les pulvérisations moins efficaces et sont des hôtes potentiels pour les ravageurs et maladies. Troisième étape Elle consiste en l'application de mesures de contrôle non chimique destinées à aider la plante à croître avec les pratiques culturales appropriées pour mieux résister en cas de forte pression de ravageur ou maladie avec des degrés d'infestation dépassant le seuil économique.

De telles interventions sont de : · nature mécanique ou physique (épouvantails, traitement du sol par solarisation ou vapeur) ; · nature biotechnologique (inoculation du sol, pièges avec différents attractifs comme la couleur, la lumière, les solutions sucrées, les phéromones sexuelles, ...).

Contrôle biologique Par l'emploi d'auxiliaires ou d'insectes parasites (exemple : Encarsia formosa pour lutter contre la mouche blanche Trialeurodes vaporariorum) ainsi que par l'emploi de biopesticides (composés ou préparations bactériennes, virales ou fongiques). Ces derniers sont plus faciles à gérer que les insectes parasites et ont un effet immédiat (exemple : pulvérisation de Bacillus thuringiensis (Bt) pour contrôler Plutella xylostella et autres chenilles sur culture de crucifères).

Quatrième étape Si un ravageur ou une maladie se développe malgré tout, alors le temps est venu de considérer l'utilisation de certains produits chimiques autorisés en respectant toutes les recommandations indiquées relatives à leur usage (utilisation des pesticides en sécurité) et en respectant le délai imposé avant récolte. En aucun cas les produits chimiques appartenant aux catégories I et II (Classification Organisation Mondiale de la Santé) ne seront utilisés sur légumes. Ils sont ou trop toxiques (DL50 trop basse) ou peu ou pas décomposés (cassés en composés simples non toxiques). Seule peut être envisagée l'utilisation rationnelle de produits de la catégorie III, qui contient des pesticides peu toxiques avec des effets à court terme et non persistants. Cette catégorie inclut aussi les régulateurs de croissance d'insectes qui sont déjà utilisés avec succès par exemple au Cap-Vert pour lutter contre Helicoverpa armigera sur tomate. Une nouvelle catégorie de produits naturels ou biologiques, qui ont un bon effet par contact et qui ne sont pas persistants, est commercialisée. Cependant, les utilisateurs sont avertis que des concentrations moyennes ou élevées de ces produits naturels peuvent être aussi toxiques que d'autres pesticides de synthèse. D'autres éléments, partie intégrante de l'utilisation rationnelle de pesticides chimiques, font appel à des technologies et méthodes d'application de pesticides qui augmentent l'efficacité : par exemple la pulvérisation électrostatique, les buses de pulvérisation haute pression et autres qui contribuent à la sécurité sans oublier la tenue spéciale, les bottes, les gants et les masques ainsi que des dispositifs de dosage appropriés. Les cas d'empoisonnement ou d'intoxication sont souvent dus à des concentrations excessives dans les solutions de pulvérisation. Les agriculteurs ont toujours des difficultés à verser quelques millilitres de pesticide dans un pulvérisateur à dos. La présentation commerciale habituelle souvent en grand bidon (1 à 5 l) et les récipients de mesure disponibles ne se prêtent pas à un dosage facile et précis. Plus d'attention devrait être apportée pour promouvoir des préparations 'prêtes à l'emploi' qui offrent non seulement la garantie de concentrations précises mais évite également l'utilisation de récipients additionnels pour dissoudre et mesurer les pesticides (formulation gel, granules hydrodispersibles, sachets hydrosolubles et comprimés). Cinquième étape Elle consiste à prendre l'action, de manière pratique et immédiate, nécessaire pour initier la production de légumes 'sains' au niveau des agriculteurs. Il serait approprié de définir et d'exécuter directement un programme d'actions pour le transfert et l'adaptation, au niveau des agriculteurs, de la production de légumes connus et de méthodes de protection connues compatibles avec le concept de production et protection intégrées. Un tel programme peut être composé des éléments suivants : · Identification/validation des messages techniques 'prêts à l'emploi'. Pour suivre cet élément, il est proposé que pour chaque culture un formulaire soit élaboré et complété afin de noter l'information disponible sur les pratiques agronomiques ainsi que sur les mesures de contrôle chimique compatible avec l'approche 'production et protection intégrées', étant donné qu'elles ont été vérifiées ou appliquées dans une situation particulière. Cet exercice a déjà été initié dans certains pays de l'Afrique de l'Ouest en tant que suite aux recommandations formulées par l'Atelier panafricain sur le Protection Intégrée des légumes, tenu à Dakar en novembre 1992. · Préparation de matériel simple de formation en langues locales. · Formation des agriculteurs. · Démonstration sur le terrain. · Création d'associations d'agriculteurs pour produire des légumes 'sains'. Ces agriculteurs signeraient une charte par laquelle ils s'engagent à observer un ensemble de règles concernant la production et protection intégrées, en même temps que la stratégie de production et protection intégrées et qui devrait mener à un étiquetage autorisé du produit.


Source : http://www.au-appo.org/fr

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