De nouveaux espoirs pour les palmiers dattiers d'Afrique du Nord menacés par le bayoud » maladies des plantes , agriculture et écologie

 De nouveaux espoirs pour les palmiers dattiers d'Afrique du Nord menacés par le bayoud

22/9/2008


De nouveaux espoirs pour les palmiers dattiers d'Afrique du Nord menacés par le bayoud
Août-Septembre 1998

Le laboratoire de phytopathologie tropicale de l'IRD vient d'obtenir des résultats prometteurs en matière de lutte contre le Bayoud, maladie du palmier dattier due à un champignon parasite, qui sévit depuis plus d'une centaine d'années dans la plupart des palmeraies du Maroc et d'Algérie. Sur la base d'analyses moléculaires, les chercheurs ont montré l'homogénéité des populations du champignon et mis au point un test de caractérisation du parasite. Cette information et cet outil sont de première importance dans le cadre de la lutte menée contre le Bayoud.

Le Bayoud est transmis par le champignon parasite Fusarium oxysporum f. sp. albedinis, qui provoque un dessèchement puis un dépérissement rapide des arbres. A ce jour, cette maladie a détruit plus de dix millions de palmiers dattiers au Maroc, soit les deux tiers des arbres producteurs des meilleures dattes de ce pays, ainsi que plusieurs millions de palmiers en Algérie. Pour l'instant, l'aire d'extension du Bayoud est encore limitée à ces deux pays. Les conséquences peuvent s'avérer catastrophiques à maints égards. Le Bayoud contribue non seulement à une diminution de la production de dattes, base de l'alimentation humaine et animale dans le désert saharien, mais également à un déséquilibre de l'écosystème des oasis. En effet, les palmiers dattiers protègent les oasis du vent et des avancées du désert, tout en créant sous leur couvert un microclimat propice à d'autres cultures essentielles aux populations qui y vivent (arbres fruitiers, cultures céréalières, fourragères et maraîchères).

Comment protéger les palmeraies contre les menaces du Bayoud qui, en Afrique du Nord, ne cesse de progresser vers de nouvelles régions et de s'étendre dans celles déjà atteintes ? L'une des voies poursuivies ces dernières décennies a été l'obtention de variétés de palmiers résistantes au parasite soit par sélection de palmiers provenant de croisements "naturels" soit par création de génotypes issus de croisements dirigés en laboratoire.

Pour que ces recherches sur des variétés résistantes aient de réelles chances de succès, des études sur la structure génétique des populations du parasite ont été conduites parallèlement par le laboratoire de phytopathologie tropicale du Centre IRD de Montpellier, en collaboration avec des chercheurs de l'Institut national de recherche agronomique (Inra) du Maroc et de l'Inra d'Algérie. En effet, on ne pouvait a priori exclure l'existence de différentes lignées du parasite, dont certaines auraient été capables de surmonter la ou les résistances sélectionnées. Parallèlement à des tests de pouvoir pathogène, des analyses très fines ont été menées à l'aide de techniques récentes de la biologie moléculaire sur le génome d'un large échantillon de F.o. albedinis recueillis dans de nombreuses palmeraies du Maroc et d'Algérie. La comparaison de leurs "empreintes" génétiques a conduit à déterminer qu'il n'existe qu'une seule lignée génétique du parasite. Les différentes populations du champignon, qui est dépourvu de reproduction sexuée, ont donc certainement un même parent d'origine : la propagation d'une même souche virulente serait à l'origine de l'ensemble des foyers de Bayoud dans les palmeraies marocaines et algériennes. La mise en évidence de cette homogénéité génétique du parasite fournit de bons espoirs quant au succès d'une stratégie de développement durable de variétés résistantes chez le palmier dattier.

L'établissement de la " carte d'identité génétique " de F.o. albedinis a, par ailleurs, permis de mettre au point, en collaboration avec la Faculté des Sciences de Paris XI - Orsay, un outil d'identification rapide et fiable du champignon, basé sur une technique moléculaire. Un réel atout dans la lutte contre le Bayoud : alors qu'auparavant, plusieurs mois étaient nécessaires pour diagnostiquer avec certitude la maladie chez des palmiers dattiers présentant des symptômes de dessèchement, désormais quelques heures seulement suffisent. Cet outil devrait être utile aux organismes chargés de la surveillance phytosanitaire des palmeraies ou du contrôle des exportations de matériel végétal, ainsi qu'à tous ceux qui travaillent à l'amélioration du palmier dattier.

POUR EN SAVOIR PLUS

Contacter
Diana Fernandez
Laboratoire de phytopathologie tropicale
IRD, BP 5045, 34032 Montpellier
tél. 04 67 41 62 87
fax. 04 67 41 62 83 ;
courriel : Diana.Fernandez@mpl.ird.fr


Bibliographie
D. Fernandez, M. Ouinten, A. Tantaoui, J.-P. Geiger, M.-J. Daboussi and T.Langin. "Fot insertions in the Fusarium oxysporum f. sp. albedinis genome provide useful PCR targets for detection of the date palm pathogen." Applied Environmental Microbiology, n°64, 1998.

D. Fernandez, M. Ouinten, A. Tantaoui. and J-P. Geiger. "Molecular records of micro-evolution within the Algerian population of Fusarium oxysporum sp. albedinis during its spread to new oases", European Journal of Plant Pathology, n°103, 1997.

source: http://www.ird.fr

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