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 D'un continent à l'autre… les plantes voyagent aussi !

2/9/2008

D'un continent à l'autre… les plantes voyagent aussi !

Plantes invasives

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Jura agricole et rural

Publié le: 11 juillet 2008

 

La prolifération de la jussie dans les étangs, va très vite, étouffant tout sur son passage (plantes, poissons…), et entraînant la fuite du gibier d'eau

Réchauffement climatique et présence accélérée de plantes et de faunes invasives sont intimement liés. La mondialisation des échanges, les modes de transports, associés au réchauffement climatique provoquent l'installation de nouvelles espèces jusque-là inconnues.

Le phénomène n'est pas nouveau mais il s'accélère.

L'Inra associé à quinze institutions des différents pays européens dans le cadre d'un projet européen " Daisie "(1) vient de conduire, entre 2005 et 2008, le recensement des espèces exotiques d'invertébrés terrestres.

Une vingtaine chaque année

Ce travail a permis de mettre en évidence un total surprenant de 1 517 espèces exotiques d'insectes, acariens, vers et autres mollusques terrestres déjà établis sur le continent européen. L'étude révèle un accroissement marqué des arrivées d'espèces exotiques avec la mondialisation. Une moyenne de dix-neuf espèces exotiques d'invertébrés, en grande majorité des insectes, s'est ainsi établie chaque année en Europe durant la période 2000-2007 contre dix en moyenne par an entre 1950 et 1975.

Ces espèces viennent principalement d'Asie, largement devant l'Amérique du Nord. Moins de 10 % de ces espèces ont été délibérément introduites pour la lutte biologique ou à des fins récréatives, la majorité arrivant comme contaminants de marchandises. Le commerce des plantes ornementales, sous toutes ses formes, semble la voie privilégiée d'invasion et la majorité des espèces exotiques se sont établies dans des milieux liés aux activités humaines (aires d'autoroutes, aéroports, parcs et jardins, habitations) plutôt que dans les milieux naturels ou semi-naturels. Avec le réchauffement climatique, on a aussi mis en évidence l'implantation croissante, au moins dans les zones méridionales, d'espèces d'origine subtropicale, voire tropicale.

Conséquences sur la vigne

De son côté Jocelyne Pérard, professeur de climatologie, titulaire d'une chaire Unesco " culture et tradition du vin " à l'Université de Bourgogne à Dijon a dressé l'inventaire des conséquences sur la vigne du réchauffement climatique. Selon elle, alors que le scénario optimiste retenu pour la France prévoit un réchauffement global de 2°C à 2,5°C d'ici à 2050, le scénario pessimiste l'estime entre 4 et 5°C. Ce qui s'accompagne d'une baisse des précipitations. C'est une tendance qui va durer pendant des siècles car le temps de réponse de la planète est très long. Le climat est un facteur important pour le vin, rappelle la climatologue. Le réchauffement climatique a déjà des impacts sur la vigne. Une étude portant sur l'évolution de 27 vignobles entre 1950 et 2000 le démontre. La température a globalement augmenté de 1,3°C sur cette période, surtout pendant la nuit, au printemps et en hiver. Au cours de ces cinquante années, la température moyenne a grimpé de 2,5°C dans le vignoble de Californie, de 1,8°C dans le vignoble du Bordelais, de 1,3°C dans celui de Beaune, de 1,1°C dans celui du Beaujolais… Dans les dernières périodes, l'augmentation est devenue très forte. " A Beaune, c'est comme si la vigne était maintenant à 200 km plus au sud ", explique Jocelyne Pérard.

Danger après 2050

En cinquante ans, les dates des vendanges ont avancé de deux semaines en Bourgogne et de plus d'un mois dans le Bordelais. La situation n'est pas propre à la France et s'observe dans les autres pays avec une évolution plus marquée dans les vignobles méditerranéens.

" Pour l'instant, les vignobles le vivent assez bien mais ce réchauffement provoque des inquiétudes. Déjà, on observe un excès d'alcool, des dégâts aux feuilles, des raisins plus souvent brûlés par le soleil, un manque d'eau malgré l'irrigation et une remontée des parasites vers le nord, telles que les cochenilles, cicadelles et fulgores ", poursuit la climatologue. La chaleur stimule la croissance de certaines moisissures à l'origine de problèmes organoleptiques. La dormance de la vigne est arrêtée, ce qui entraîne un vieillissement prématuré.

" Les vignobles septentrionaux tiendront le coup jusque vers 2050. Après ils auront des problèmes. Certains cépages auront dépassé leur zone climatique favorable. On aura des vignes en Scanie (Suède). Et certains vignobles très florissants aujourd'hui (Californie, Australie, Afrique du Sud) vont connaître des réductions drastiques ", prédit Jocelyne Pérard. Les vignobles auront besoin d'une réadaptation complète avec de nouveaux cépages. Jocelyne Pérard estime qu'il y a obligation dès aujourd'hui d'adopter les " bilans carbone ". Il faut également, selon elle, anticiper la réduction des précipitations qui va concentrer la pollution par les intrants.

(1) Unités impliquées : Zoologie forestière, Inra d'Orléans ; Centre de biologie et génétique des populations, Inra de Montpellier ; Station commune de recherches en Ichtyophysiologie, biodiversité et environnement, Inra de Rennes ; biologie et gestion des adventices, Inra de Dijon, et UMR biodiversité, Gènes et écosystèmes, Inra de Bordeaux.

Déjà l'introduction du phylloxéra

Le phylloxéra, cette maladie de la vigne tant redoutée des viticulteurs était causée par un petit insecte. Il ruinera le vignoble français à la fin du XIXe siècle. Cette apparition était déjà le résultat d'une introduction clandestine. L'insecte est en effet originaire de l'est des États-Unis et a sans doute été introduit dans le Gard, en 1863, par le transport de plants de vigne venus des États-Unis. Il faudra plus de trente ans pour surmonter, en utilisant des porte-greffes issus de plants américains naturellement résistants au phylloxéra, la disparition programmée du vignoble français et même européen. Cette solution du greffage sur plants américains permettra de combattre l'insecte tout en préservant nos cépages nationaux de qualité.

Source : http://www.juragricole.com

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