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 Des "vaccins" pour les plantes cultivées

21/8/2008

Des "vaccins" pour les plantes cultivées

La méthode de la résistance induite pourrait remplacer l'usage des pesticides

Le concept de résistance induite, une approche naturelle et efficace, gagne du terrain dans le débat qui entoure l'usage de produits chimiques polluants pour lutter contre les maladies des plantes cultivées. Cette approche originale a fait l'objet d'un article de synthèse d'une trentaine de pages dans l'édition d'avril 2000 de la revue scientifique Phytoprotection sous le titre: "La résistance induite: une nouvelle stratégie de défense des plantes contre les agents pathogènes". La coauteure, la professeure Nicole Benhamou, du Département de phytologie et du Centre de recherche en horticulture de l'Université Laval, a publié une cinquantaine d'articles scientifiques sur le sujet dans des revues américaines spécialisées.

"Nos connaissances actuelles permettent d'affirmer que la résistance induite, à la manière d'un vaccin chez l'être humain, sensibilise une plante à répondre plus rapidement et efficacement à la maladie, explique-t-elle. Il s'agit donc d'un concept très prometteur pour l'avenir et qui permettra, sans nul doute, de réduire considérablement les doses massives de pesticides couramment utilisées et qui polluent notre environnement." Induire la résistance chez une plante, cela consiste à agir sur sa capacité naturelle à résister aux substances toxiques émises par des microorganismes pathogènes tels que virus, bactéries ou champignons. Ce concept retient de plus en plus l'attention du secteur agroalimentaire, un secteur d'activité confronté, entre autres problèmes, à l'accumulation de résidus toxiques dans les différents organismes de la chaîne alimentaire.

Un arsenal défensif complexe
Les réactions de défense des plantes sont complexes et font appel à des mécanismes cellulaires, biochimiques et moléculaires. Lorsque la stratégie de protection se met en branle, la plante attaquée se lance dans la production coordonnée et séquentielle de molécules défensives. Tandis que les unes renforcent la paroi végétale, les autres agissent comme agents antimicrobiens directs.

Jusqu'à présent, les chercheurs ont réussi à induire la résistance chez des plantes de trois manières différentes: avec une substance biologique (le chitosane), avec des microorganismes bénéfiques (rhizobactéries de type PGPR ou champignons antagonistes tels Trichoderma harzianum et Pythium oligandrum) et avec un produit de synthèse (le BTH).

Le chitosane est un polymère linéaire que l'on retrouve en grande quantité dans la carapace des crustacés, qui est la principale source de déchet pour l'industrie de la pêche. Il s'agit d'un biofongicide naturel très efficace envers le Fusarium oxysporum, un champignon qui cause la pourriture racinaire des tomates cultivées en serre et en plein champ. D'autres agents de lutte biologique sont certaines souches de rhizobactéries de type PGPR. Plusieurs études ont fait la preuve que ces bactéries diminuent l'impact de plusieurs maladies racinaires en plus de promouvoir la croissance des plantes. Les champignons antagonistes, eux, attaquent directement l'agent pathogène à l'aide d'enzymes hydrolytiques et d'antibiotiques. Ils agissent ainsi de façon complémentaire à la résistance induite. Quant au composé chimique BTH, il se distingue, en raison de son action protectrice étendue, des autres produits chimiques capables d'induire la résistance chez des plantes.

Vers la lutte biologique intégrée
Les recherches actuelles sur la résistance induite portent sur les composts d'origine végétale et animale. "Les composts issus de déchets contiennent une flore microbienne importante parmi laquelle se retrouvent beaucoup de champignons et bactéries antagonistes, précise Nicole Benhamou. Par ailleurs, il y a aussi dans les composts des substances susceptibles de stimuler le "système immunitaire" de la plante. La combinaison des deux mécanismes fait que la protection des plantes envers diverses maladies est amplifiée."

Les travaux de recherche menés par Nicole Benhamou sur le chitosane et les rhizobactéries bénéfiques ont fait beaucoup de bruit dans le monde scientifique. Actuellement, un des collaborateurs américains de la chercheure est en voie d'obtenir l'homologation d'un produit à base de chitosane et de Bacillus pumilus.

YVON LAROSE

Source : http://www.scom.ulaval.ca/Au.fil.des.evenements/2000/11.09/plantes.html

Category : ACTION PHYTOSANITAIRE ECOLOGIQUE | Write a comment | Print

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