Un débat stratégique essentiel avec Kamel Mostefa Kara, directeur de l'ANCC : Les tours solaires à effet cheminée, «clef technologique» d'avenir pour l'Algérie » maladies des plantes , agriculture et écologie

 Un débat stratégique essentiel avec Kamel Mostefa Kara, directeur de l'ANCC : Les tours solaires à effet cheminée, «clef technologique» d'avenir pour l'Algérie

3/5/2011

Un débat stratégique essentiel avec Kamel Mostefa Kara, directeur de l'ANCC : Les tours solaires à effet cheminée, «clef technologique» d'avenir pour l'Algérie

Par Farouk Djouadi

L'entretien est long mais il vaut absolument le détour. Il y est question du choix technologique à faire par l'Algérie - et par les autres pays maghrébins - dans le domaine des énergies renouvelables. Kamel Mostefa- Kara, directeur de l'Agence nationale des changements climatiques, explique pourquoi la voie allemande dite des «tours solaires à effet cheminée» est la «clef technologique» pour l'avenir. L'investissement dans le photovoltaïque par Sonelgaz n'est, selon lui, qu'une exécution des décisions du ministère de l'Energie «où l'on observe une absence de réflexion sur le modèle énergétique futur et un manque de visibilité et de transparence sur les coûts et les prix réels du KWh».

L'Algérie vient de dévoiler son plan de développement des énergies renouvelables, les débats portent sur le choix technologique qui convient le mieux au pays. Quel est votre avis ?

Ce plan intervient à un moment particulièrement crucial. Une période historique de transition énergétique et de menace climatique, avec un pic pétrolier correspondant au déclin inéluctable des hydrocarbures, des émissions massives de gaz à effet de serre produites par la combustion des énergies fossiles ne cessent d'augmenter rapidement et dangereusement. La catastrophe du Japon vient rappeler que le nucléaire ne peut constituer une solution de masse pour la planète. Pour compléter ce tableau, le printemps arabe annonce que les consciences citoyennes sont en mouvement et en mutations profondes, tout cela augure d'un monde nouveau favorable à l'espace arabe et africain. Concernant le choix technologique incontournable à effectuer, il existe une troisième voie de domestication du rayonnement solaire, assez méconnue et plus récente que les deux autres voies, plus anciennes, que sont le «photovoltaïque» et les technologies dites «miroir». Cette troisième nouvelle voie porte en elle un potentiel plein de promesses pour notre pays et pour l'Afrique en général : les «tours solaires à courant aérien ascendant», dites «tours solaires à effet cheminée». C'est une technologie redoutable et révolutionnaire, d'une simplicité, d'une robustesse et d'une efficacité remarquables, associées à un coût très abordable, ce qui n'est pas le cas des autres technologies. Le principe de fonctionnement de cette technologie est celui, simple, de l'ascendance de l'air chaud par rapport à l'air froid. L'air est chauffé par le rayonnement solaire dans une serre circulaire à la base d'une tour ; celle-ci, située au centre de la serre, évacue l'air chaud par le haut, ainsi des turbines situées à la base de la tour, transforment l'énergie mécanique de l'air en énergie électrique. Les avantages et les points forts de cette technologie sont nombreux. Elle est la seule, par ses atouts intrinsèques, en mesure de rendre possible une industrie énergétique solaire productrice d'électricité verte en masse. Elle fonctionne de jour comme de nuit, n'a pas besoin d'eau de refroidissement ; son fonctionnement et sa maintenance sont simples, sa robustesse et sa longévité remarquables, son intégration aux économies locales est très forte du fait de la simplicité de ses matériaux de construction (principalement béton et verre ordinaire). Une comparaison détaillé et précise des trois voies technologiques citées permet de conclure que la technologie des tours solaires à courant aérien ascendant domine très largement les deux autres anciennes voies. Ces dernières n'ont jamais permis l'émergence de la solution énergétique solaire à cause de leurs nombreux handicaps dont l'intermittence de production due à l'intermittence du soleil, les besoins énormes en eau de refroidissement et une très grande fragilité face aux conditions rudes des déserts ; handicaps associés à une grande complexité qui nous laisserait dépendants en permanence des industries du Nord. Il faut bien prendre conscience que cette troisième voie constitue une véritable «clé technologique» qui a la capacité de nous faire effectuer le saut tant attendu vers une ère post-carbone. C'est une révolution technologique profonde en perspective. C'est cette notion de «clé technologique» qu'il est important de retenir de mon message ! Cette technologie se rapproche de très près de l'idée de «mouvement perpétuel» associée à un coût très abordable, une simplicité et à une robustesse avérées. Toutes ces raisons objectives me poussent à intervenir dans ce débat technologique solaire crucial pour notre pays, d'autant plus qu'en tant que directeur général de l'Agence nationale des changements climatiques, cela fait de nombreuses années que je tente de sensibiliser nos autorités à l'importance de la relation étroite due aux émissions de gaz à effet de serre, entre climat et énergie !

Sonelgaz a investi et continue d'investir dans le photovoltaïque. Un commentaire ?

Le rôle de Sonelgaz est de couvrir et d'anticiper les besoins énergétiques nationaux à court, moyen et long termes. Cette entité importante de notre économie pourrait même avoir plus d'ambition en visant un rôle de grand groupe énergétique international de premier plan et elle en a les moyens. Sa stratégie devrait tenir compte de la mutation énergétique mondiale en cours et privilégier les alternatives énergétiques vertes de masse. Hélas, nous constatons bien que Sonelgaz n'a pas de stratégie propre et exécute simplement ce que décident les autorités et notamment le ministère de l'Energie ; département où l'on observe qu'il n'y a pas de ligne directrice claire, déterminée et étayée, une absence de réflexion sur le modèle énergétique futur, un manque de visibilité et de transparence sur les coûts et les prix réels du KWh. Cette opacité permanente est très préjudiciable pour ce secteur vital et prépondérant de notre économie. Certes, récemment Sonelgaz a commencé à manifester un intérêt pour les énergies renouvelables, mais les choix et les options d'investissement continuent de se faire dans l'opacité et la confusion qui caractérisent le secteur de l'Energie ; certains responsables de ce secteur clé restent enfermés dans les schémas anciens de «la rente hydrocarbure», d'autres «pérorent» sur notre capacité à maîtriser l'atome au moment même de la tragédie nucléaire de Fukushima ; certains admettent tout de même qu'il serait temps d'exploiter le gisement solaire colossal de notre Sahara, car ils sentent bien l'intérêt manifeste des Européens pour celui-ci, surtout du côté germanique.

Le centre de décision de ce secteur stratégique reste mou et hésitant malgré l'accélération actuelle des événements dans ce domaine et ouvert à diverses influences qui ne vont pas toujours dans le sens de l'intérêt premier de l'Algérie. Ce choix du photovoltaïque de Sonelgaz ne correspond à aucun motif objectif de nécessité nationale, il traduit bien les méthodes de fonctionnement du système actuel.

Certains experts trouvent judicieux d'intégrer le plan algérien de développement des énergies renouvelables dans un projet plus vaste à l'exemple de Desertec.

Que pensez-vous ?

Dès 1961, l'idée d'un réseau méditerranéen émaillé de centrales d'énergie solaire a vu le jour avec l'éminent Professeur feu Marcel Perrot qui en fut parmi les pionniers, il fondait à cette période la COMPLES (Coopération Méditerranéenne pour L'Énergie Solaire) dont le siège social fut d'abord à Alger et dont je fus un temps le vice-président et président de la section d'Alger (1974). Le projet allemand Desertec n'est rien d'autre qu'une continuité du projet de la COMPLES et nous pouvons également citer le projet français Transgreen, Notre plan solaire national doit s'insérer et trouver sa place dans ces projets transcontinentaux. Notre stratégie doit avoir de l'ambition et s'assigner un objectif d'essor industriel d'envergure continentale et même mondiale. Seulement, nous ne devons pas nous laisser imposer des technologies non adaptées à nos contrées et qui nous laisseraient dépendants du Nord. Ma conviction demeure que la technologie des tours solaires à courant aérien ascendant porte en elle les germes d'une industrie solaire proprement algérienne et africaine, utilisant les moyens humains et matériels locaux, génératrice de plusieurs centaines de milliers d'emplois, génératrice d'énergie verte à profusion pour l'ensemble du contient africain et au delà, une industrie pourvoyeuse de bien-être économique, social et écologique.

Peut-on parler d'une stratégie maghrébine pour développer les énergies alternatives ?

Au vu de l'impasse climatique qui se pose parallèlement à l'amenuisement des ressources énergétiques fossiles, au vu des besoins énergétiques mondiaux sans cesse croissants et de l'impasse que constitue l'énergie nucléaire, il faut non seulement une stratégie maghrébine mais également africaine. Les Algériens ne doivent pas se laisser aveugler par leur confort énergétique actuel, ce serait une grave erreur ! Le futur énergétique du monde s'élabore aujourd'hui. Il se dessine avec les «smart grid» et les technologies de transport énergétique du futur (comme les supraconducteurs), avec les réseaux électriques intelligents, les nanotechnologies et les technologies liées à l'hydrogène, avec les énergies propres et renouvelables et les biocarburants
… La «clé technologique» que constituent les tours solaires à courant aérien ascendant, n'est aujourd'hui pas prise en compte par les Africains et semble en apparence négligée par les Européens. Mais ne nous y trompons pas, il y a une véritable compétition sourde et mondiale à son sujet !

C'est une technologie allemande, pays de la rigueur et premier au monde dans le domaine du solaire. Son concepteur et inventeur le professeur Jorg Schlaich avec son bureau d'étude de Stuttgart SBP (Schlaich Bergermann und Partner) sont reconnus mondialement. Les équations fondamentales et les données du prototype espagnol de Manzanares sont maîtrisées depuis un certain nombre d'années, la maturité et la sûreté de cette technologie ne font aucun doute.

Par contre, il n'est pas certain que ce soit dans l'intérêt de certains puissants conglomérats européens qu'une telle technologie émerge. C'est aux Africains en général et aux Algériens en particulier à s'approprier et à défendre cette technologie solaire révolutionnaire, les pays industrialisés ne le feront pas, ils ont déjà trop lourdement investi dans les deux premières voies solaires citées plus haut, filières qu'ils veulent aujourd'hui rentabiliser coûte que coûte.

A l'inverse, les Chinois sont dans la course et prennent les devants. Ils ont terminé en décembre 2010 la construction d'un prototype quatre fois plus puissant que celui de Manzanares du professeur Jorg Schlaich, dans le Jinshawan en Chine du Nord, dans la région autonome de la Mongolie intérieure. Ils ont également entamé la construction d'un modèle de 40MW qui s'achèvera en 2013. Si nous comprenons cet enjeu de «clé technologique» lié aux tours solaires à courant aérien ascendant, notre pays, par sa position centrale, peut devenir le point de départ de l'émergence énergétique solaire en Afrique du Nord, qui s'étendra à l'ensemble du contient africain et à l'espace euro-méditerranéen.

Les événements et les initiatives extérieures nous poussent et convergent vers cette destinée. Cette technologie demeure la seule en mesure de nous faire relever ce défi énergétique par une impulsion industrielle algérienne et africaine, la balle est dans notre camp !

Quel est l
‘avenir du nucléaire comme choix énergétique, à la lumière de ce qui s'est passé à la centrale nucléaire de Fukushima ?

Une nouvelle vision et une nouvelle réflexion s'imposent au monde. Pour l'Algérie, rappelons brièvement les handicaps importants et contraignants concernant le nucléaire : sismicité au Nord, ressources en eau rares, faiblesses institutionnelles, technologiques et scientifiques et combustible nucléaire enrichi à importer, ce qui augmente le coût déjà élevé de la technologie. Je comprends qu'un pays comme la France discute de la question de l
‘avenir du nucléaire comme choix énergétique, c'est un pays lourdement impliqué dans la filière nucléaire. Les Français ont du mal à accepter cette remise en cause fracassante induite par le drame de Fukushima. Par contre, je trouve cocasse et en même temps tragique que certains de nos responsables s'obstinent à imaginer cette option nucléaire pour notre pays, ignorant superbement un gisement énergétique solaire considérable que beaucoup de pays nous envient et à l'heure où l'Allemagne, pays technologiquement très avancé, fait le choix de sortir complètement du nucléaire. Bien évidemment, notre recherche scientifique dans le domaine nucléaire doit naturellement s‘approfondir, mais il s'agit aujourd'hui de trouver une solution énergétique de masse et dans ce contexte, cette option nucléaire est absolument inenvisageable et pure folie.

 

Source : http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5152536

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