LA POLITIQUE DE L’ÉDUCATION ET DE L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR DANS NOTRE PAYS : La gestion par l’absurde » maladies des plantes , agriculture et écologie

 LA POLITIQUE DE L’ÉDUCATION ET DE L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR DANS NOTRE PAYS : La gestion par l’absurde

6/3/2011

LA POLITIQUE DE L’ÉDUCATION ET DE L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR DANS NOTRE PAYS : La gestion par l’absurde

Par Dr D. Benyahia*
La politique de l’éducation suivie par notre pays depuis l’indépendance est caractérisée par l’à-peu-prisme et la fuite en avant qui sont deux éléments tout à fait étrangers aux valeurs de logique, de rationalité, de synthèse et d’organisation planifiée qu’on apprend justement dans une école qui respecte son étendard de lieu du savoir et de la connaissance universelle, que l’on transmet par conviction pour mieux préparer les apprenants à affronter les difficultés de leur temps et à aspirer à un mieux-être sur cette terre bénie d’Algérie.
Si on exclut volontiers la première décennie où l’effort à mener s’est cristallisé sur la construction des écoles et la formation des formateurs, il est grand temps de reconnaître que tout ce qui a été fait après n’est qu’une succession de recettes de charlatans qui, au mieux, ont permis d’embaucher des milliers de manœuvres dans ce vaste chantier où tous les membres du corps sont mis à contribution sauf la tête, qui a été sommée de se mettre au frigo dès l’admission ; au pire, ont transformé les établissements scolaires et universitaires en entrepôts de conditionnement et de conservation où en super-garderies, c’est selon !! Ainsi, nous citerons à titre indicatif les plus zélés d’entre ces charlatans d’un nouveau genre qui ont donné un sérieux coup d’accélérateur à cette descente aux enfers. Le premier coup de grâce a été l’œuvre de Kherroubi and co dont les hauts faits d’armes ont été l’arabisation musclée opérée et l’article 120 qui a été surtout érigée en son temps pour étêter et éloigner du champ de décision le peu de matières grises qu’avait notre pays à l’époque, dont le seul reproche avéré qu’on pouvait faire aux responsables incriminés était lié à leur maîtrise de la langue de Voltaire. Le second des Mohicans est lui toujours aux commandes de ce train de l’éducation, qui n’arrête pas de siffler mais qui n’a jamais quitté la gare, il s’agit de l’indéboulonnable Benbouzid. Ce ministre, décrié par tous et qui a été maintenu contre vents et marées, est à même d’incarner cette gestion politicienne qui se gargarise de chiffres trompeurs alors que tous les indicateurs, notamment ceux des performances pédagogiques, sont précisément au rouge. Qui veut-on leurrer, les Algériens ? l’Unesco ? Le monde qui nous entoure ? Nous ne savons pas trop. N’est-ce pas Benbouzid qui manipule à volonté les taux de réussite au Bac avant même que l’examen n’ait lieu, prouvant à ses supérieurs qu’avec des taux de plus en plus élevés ces dernières années, sa politique de l’approche par l’absurde a justement réussi ? C’est ce même ministre de la République qui, sans gêne aucune, fait une grosse coupe dans les programmes en disant à qui veut l’entendre que les épreuves ne porteront pas sur tel ou tel chapitre. Quel sens, quel niveau, quelle reconnaissance donner à ce baccalauréat avec de telles inepties, sachant que les enseignants et surtout leurs élèves vont négliger de facto les parties amputées, alors qu’elles sont essentielles dans la compréhension globale des phénomènes et/ou des approches développées ? Il fut un temps où la mention assez bien au baccalauréat était synonyme de grandes capacités chez son détenteur. Avec Benbouzid, on a appris à compter des milliers de mentions bien et très bien alors que dans la réalité, certains de ces lauréats sont incapables de commenter une courbe (non mémorisée), de tirer les tendances d’un tableau de valeurs, de faire une synthèse d’un article, de rédiger convenablement et sans fautes en français, en arabe, en anglais ou en tamazight. Les résultats de leur scolarité, dès leur admission à l’université (ici et plus encore ailleurs), prouvent, si besoin est, que le souci de Benbouzid n’est point d’améliorer la qualité de l’enseignement et ses performances pédagogiques mais de s’éterniser au poste occupé, Ad vitam aeternam. N’est-ce pas lui qui a déclaré vouloir «fermer l’université» en réponse à une grève de plusieurs mois du Cnes, au lieu d’avoir l’humilité et la grandeur de démissionner de son poste, car incapable de répondre positivement aux préoccupations des enseignants de l’université à l’époque. Il est vrai que ce comportement qui fait honneur à ses auteurs ne fait pas partie des mœurs de nos dirigeants. Il est utile de signaler que dans cette vaste déstructuration par réformettes inappropriées opérées çà et là, nous n’omettrons pas de relever qu’il y a eu d’authentiques responsables qui ont voulu infléchir cette tendance, mais, malheureusement, ils n’ont pas pu lutter ou imposer leurs idées à des décideurs qui ont toujours érigé le critère de la durabilité avec si possible une relative paix sociale comme élément capital d’une bonne gouvernance. Nous pouvons citer la sonnette d’alarme tirée par feu Lacheraf, que Dieu ait son âme, quand il a eu l’honneur d’être sollicité aux commandes de l’éducation et la petite contribution de Djebbar qui voulait, en créant un super-ministère, amener les pouvoirs publics à avoir une politique de l’éducation cohérente et structurée qui repose sur l’apport concerté et responsable de ses différents paliers. Qu’en est-il à l’université, où la souffrance, l’incompréhension et le dépit de sa composante malade est proportionnelle à la dose de l’à peu- prisme que les ministres appelés à son chevet ont administrée comme traitement thérapeutique ? Si justement un bon médecin qui se respecte ne préconise un traitement qu’après avoir examiné le malade et parfois après avoir pris connaissance de son bilan de santé, il n’est pas faux de dire que les ministres (y compris l’illustre Benbouzid) qui se sont succédé à la tête de ce département, ô combien important pour le développement d’un pays, ont procédé à des pseudo- réformes sans qu’aucun audit ou état des lieux, même sommaire, n’ait été réalisé au préalable. L’introduction du nouveau système d’enseignement LMD a été justement conduite en droite ligne par rapport à cette logique avec des mots d’ordre vaseux comme la mondialisation, la mobilité et... tutti quanti. Certains recteurs d’université ont cautionné cette «mahzala», eux qui ont été chargés de la mission d’implanter et de généraliser ce système, advienne que pourra ! Le comble c’est que les décideurs ainsi que les têtes pensantes de cette réforme étaient incapables d’avoir une vue au moins à moyen terme. Ils essayaient de régler les problèmes au fur et à mesure qu’ils apparaissaient. Même les textes d’application et les circulaires naissaient au jour le jour. Si bien qu’on est arrivé, après presque une décennie d’application, à une situation inextricable, matérialisée par le décret présidentiel 10- 315 du 13 décembre 2010 (qui fixe la grille indiciaire des traitements et le régime de rémunération des fonctionnaires), où on retrouve des système d’équivalence qui n’ont jamais été discutés à la base et qui viennent d’être remis en cause, à juste titre, par cette base qui, aux yeux des décideurs, ne compte que pour du beurre, la plupart du temps rance !!! En effet, s’il faut reconnaître au président de la République le mérite de reconsidérer le statut des enseignants chercheurs et les réhabiliter pour crédibiliser un tant soit peu une échelle de valeur mondialement admise, il est grand temps de penser à décerner à Benbouzid, Amar Tou et Harraoubia des distinctions pour leur contribution à… la déstructuration réussie de l’éducation et de l’enseignement supérieur dans notre pays. En effet, les résultats sont là, à la portée de tous : 1/ Le premier cycle est caractérisé, qu’on le veuille ou non, par le niveau de plus en plus faible des élèves qui obtiennent le baccalauréat (parfois avec des mentions remarquables) qui sont d’ailleurs recalés dès les premiers examens passés à l’université. Ce niveau se matérialise aussi bien par la non-maîtrise de l’expression écrite et parlée des langues mais aussi par le poids des méthodes suivies qui favorisent dans leur grande majorité la mémorisation au détriment de l’esprit de réflexion, de synthèse, de logique cartésienne et d’approches structurées. Les apprenants sont capables de réciter un cours de plusieurs pages, illustrations comprises, mais peinent à faire un raisonnement cohérent pour interpréter une observation ou disséquer et dénouer graduellement les données d’une problématique. 2/ Au second cycle (à l’université), on a réussi la performance de subdiviser les étudiants en deux collèges : le premier est réservé à ceux qui se sont inscrits en LMD. Les bénéficiaires ont tous les égards. Ils bénéficient des moyens et de l’attention de la tutelle et en plus, ils ne doivent pas trop se fatiguer pour arriver après seulement 5 années d’études à s’inscrire en doctorat. D’ailleurs, ils ne sont pas tenus de s’arrêter après la licence, car on leur a promis une inscription de fait en master. Résultat des courses, au lieu de favoriser l’émergence de diplômes intermédiaires, pour éponger les demandes du secteur de l’emploi qui sollicite plus de cadres moyens que de docteurs, on va asphyxier davantage l’université où on va compter de plus en plus d’entrants et peu de sortants. Le second collège comprend les étudiants inscrits dans l’ancien système. Ces enfants de l’Algérie éternelle, à qui on est tout prêt à reprocher d’avoir contracté la gale, sont abandonnés à leur triste sort. Ils sont éjectés des préoccupations des décideurs y compris dans l’octroi de bourses de post-graduation (qui sont attribuées exclusivement ces dernières années aux titulaires de licences et masters). N’est-ce pas une injustice criante qui est commise quand on sait que de ce lot émergent des étudiants très méritants qui aspirent à approfondir leurs études en préparant des thèses de doctorat ? En vérité, les textes qui sont sortis ces derniers temps portant sur le gel d’ouverture des magisters ainsi que la mouture relevée dans le décret présidentiel suscité ne sont en fait qu’une suite logique de cette volonté de sacrifier des générations de cadres, pour seulement assouvir les désirs politiques de quelques politiciens de bas étage. 2/ Dans le troisième cycle (post-graduation), la situation n’est guère plus reluisante. Jugez-en : l’université compte actuellement 3 formes de doctorat : le doctorat d’Etat, le doctorat nouveau régime et le doctorat 3e cycle (spécialement pour les inscrits en LMD). Dans ces trois formes, les situations relevées par les inscrits ou leurs encadreurs sont burlesques. La cacophonie est générale. La gestion des cas et des questions soulevées se fait au jour le jour. Il n’y a ni moyen terme, ni Sidi Zekri. Cette tchekchouka indigeste est une copie conforme des équivalences remises en cause aussi bien par les étudiants en ingéniorat que ceux inscrits en magistère. Par contre, les inscrits en doctorat formulent cette gentille question à l’adresse du ministre : par quelle baguette magique les doctorants qui ont de la peine à faire aboutir leurs travaux pendant 10 années pourraient le faire aujourd'hui en trois ans ? Il est utile que les stratèges de cette architecture unique au monde (l’Algérie a l’habitude de se singulariser dans l’idiotie) proposent aux uns et aux autres des recettes magiques avant que le vent de contestation ne touche ce dernier maillon de la chaîne. Ces indicateurs ne sont d’ailleurs pris qu’à titre illustratif, car on peut aisément en faire des développements sur des centaines de pages pour mettre à nu ces échecs répétés d’une politique désastreuse qui, le moins que l’on puisse dire, est qu’elle a été menée en autarcie, parfois à contre-courant des synthèses faites par les connaisseurs tant au niveau des collèges et lycées qu’à celui des universités. Le problème est que la facture est lourde. L’Etat consent beaucoup d'argent, mais les résultats sont à l’inverse de ceux souhaités. A ce titre, ceux qui disent que les diplômes des années 1970 reflètent un niveau nettement supérieur à ceux d’aujourd’hui (40 ans après avec des budgets relatifs beaucoup plus conséquents) sont-ils dans l’erreur ? Nous laissons le soin à chacun( e) de répondre à cette question et méditer ces repères travestis et pollués par des concepts tels l’école fondamentale, la démocratisation de l’enseignement, les places pédagogiques, etc. Aujourd’hui, on veut opposer deux catégories d’étudiants : les inscrits du LMD aux autres étudiants, comme hier on a essayé d’opposer les arabisés aux francisés. Ce sont les facettes d’une même médaille qui s’appelle gestion par l’absurde. Notre jeunesse, qui croit malgré tout aux études, doit se hisser aux aspirations de l’heure et doit se sentir concernée par cette demande de changement d’hommes et de méthodes de gestion où la planification, la concertation, la transparence, la non-exclusion, l’encouragement de la pratique démocratique par la participation de la base aux questions sensibles, l’organisation du travail avec échéanciers, l’établissement de règles admises par tous et enfin la présentation et la discussion des bilans de gestion sont autant d’éléments qui peuvent être revendiqués à juste titre. Leur prise en compte aujourd’hui ou demain sont de nature à redonner espoir à ces milliers de jeunes qui ont perdu confiance en leur pays, qui, paradoxalement, est l’un des rares au monde à pouvoir satisfaire leurs besoins, si bien évidemment, une gouvernance effective au service du pays se met en place. S’il n’est pas interdit de rêver en des lendemains meilleurs qui passent par une éducation bien assise et de qualité, il serait plus indiqué de croire que les changements font suite à une volonté de l’homme, qui doit forcer le destin pour aspirer à mieux. La conviction et la volonté de faire font voler en éclats les obstacles de toutes sortes et font barrage aux pratiques séculaires héritées de l’âge de la pierre.
D. B.
* Universitaire, Alger

Source : http://lesoirdalgerie.com/articles/2011/02/22/article.php?sid=113248&cid=41

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