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 Mohamed Senouci. Enseignant-chercheur à l’Institut hydrométéorologique : «On assiste à une défense accrue des intérêts nationaux»

12/12/2010

Mohamed Senouci. Enseignant-chercheur à l’Institut hydrométéorologique : «On assiste à une défense accrue des intérêts nationaux»

Taille du texte normaleAgrandir la taille du texteLe 11.12.10

Mohamed Senouci est enseignant-chercheur à l’Institut hydrométéorologique de recherches à Oran. Il est également Point focal national de l’Algérie auprès du GIEC. Alors que la manifestation de Cancun s’est clôturée hier, l’expert algérien nous parle de la place algérienne sur l’échiquier écologique

- Quelles conséquences peuvent avoir les changements climatiques en Algérie ?

Les études réalisées jusqu’à présent montrent que les impacts du changement climatique sont déjà ressentis en Algérie. Les régimes thermiques et pluviométriques ont changé de façon significative au cours des 20 ou 30 dernières années. Même si on ne peut attribuer les phénomènes extrêmes, tels que les inondations récentes au seul changement climatique, on peut cependant affirmer que le climat est entré dans une nouvelle dynamique. Cela n’est pas étonnant du fait que l’Algérie se situe dans une région à la fois sensible aux modifications climatiques globales et particulièrement vulnérable aux impacts de ces variations. Nous n’avons pas encore suffisamment de certitudes en matière d’évolution du climat à des horizons courts et à des résolutions spatiales suffisantes pour éclairer la décision ou la prospective.

- Que peut attendre l’Algérie des manifestations telles que celle de Cancun au Mexique ?

A priori, on ne peut espérer un gain immédiat ou tangible. Ce n’est pas le but de ce genre de conférence mondiale sur un sujet aussi complexe que le futur régime climatique. La 16e manifestation des Parties à la Convention cadre sur les changements climatiques qui s’est déroulée la semaine dernière à Cancun est  un exercice difficile pour la communauté internationale. Elle est profondément marquée par le résultat détestable de la Conférence de Copenhague en 2009. Dans le contexte actuel de la négociation, les pays n’attendent pas de résultat à l’échelle globale, encore moins à l’échelle individuelle. Cela étant, on assistera à une défense accrue des intérêts nationaux, ce qui implique inévitablement un jeu des rapports de force entre les groupes de négociation en présence. Pour revenir à votre question, l’Algérie continuera de défendre sa position en tant que pays africain, membre du groupe des 77, producteurs d’hydrocarbures mais soumis, en raison de sa position de pays semi-aride, à des impacts sévères du changement climatique actuel et futur. Par ailleurs, l’Algérie mène les négociations africaines au niveau ministériel, ce qui signifie que l’intérêt diplomatique n’est pas négligeable.

- Que peuvent exiger les pays en voie de développement, comme l’Algérie, qui subissent fortement les conséquences des changements climatiques sans être de gros émetteurs de GES ?

Cet aspect continue d’être la pierre d’achoppement de la négociation globale sur le climat. Dans sa doctrine, la Convention elle-même se fonde sur la notion de «responsabilités communes mais différenciées». Cependant, la situation a évolué, et aujourd’hui par exemple, les pays du Nord veulent fixer des objectifs contraignants pour les pays dits «émergents» (Chine, Inde ou Brésil). Les pays en développement continuent donc d’exiger que les négociations ne remettent pas en cause leur droit au développement et souhaitent un accord qui situe clairement la responsabilité des pays développés, notamment en termes de financement de l’adaptation ou le transfert technologique.  Rappelons qu’à cet égard, la Conférence de Copenhague a été particulièrement décevante. Le texte final, connu sous le nom d’Accord de Copenhague (en réalité, il n’a aucune valeur juridique) semble avoir reculé sur les aspects essentiels de la négociation  et se contente d’inviter les pays à œuvrer pour atteindre les objectifs de la Convention.
Les promesses financières, bien en deçà des besoins réels des pays en développement, n’ont quasiment pas été tenues à ce jour. Seul fait à noter, depuis Copenhague, on discute de mesures visant à réduire les émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts dans les pays en développement (REDD) ainsi que de mécanismes de gestion durable des forêts (REDD+).

- Le fait de ne pas être émetteur de GES, doit  nous dispenser de politique environnementale et comment pourrait-elle se traduire ?

Pas du tout. Au contraire, la lutte contre le changement climatique ne s’oppose pas à des politiques environnementales dynamiques au niveau national et régional. Mieux, le véritable sens du développement durable n’est plus à chercher au niveau théorique, mais beaucoup plus en termes d’actions concrètes au niveau national et local.
Il faut bien comprendre que le citoyen ou les communautés de base doivent affronter des questions concrètes comme les inondations ou les vagues de chaleur, qu’elles soient ou non directement liées au changement climatique. 

Ce n’est pas une mince affaire, car elle oblige souvent  à une refonte des modes de pensées et des systèmes de gestion. Il est  clair qu’une telle stratégie ne peut être que plurisectorielle avec un rôle moteur de la science et des savoirs. Dans le contexte particulier du changement climatique, les pays en développement, tels que le nôtre, peuvent parfaitement promouvoir leur croissance en intégrant les voies progressivement économes en carbone. De façon plus précise, le développement progressif des énergies renouvelables, la maîtrise de l’énergie ou le régénération végétale possèdent une double vertu, celle de sous-tendre le développement à court et moyen termes, et de placer le pays dans une perspective positive de lutte contre le changement climatique global à long terme.

Zineb Amina Maiche

Source : http://elwatan.com

 

 

 

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