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 SOMMET DE NAGOYA : Un espoir pour la Terre et les générations futures

1/11/2010

biodiversitéSOMMET DE NAGOYA : Un espoir pour la Terre et les générations futures
01 Novembre 2010  

«Nous allons discuter sincèrement de l’avenir de la Terre pour trouver une solution. Transmettre une Terre belle, avec une biodiversité riche, aux prochaines générations est un désir partagé partout dans le monde.»
Ryu Matsumoto, ministre japonais de l’Environnement

Ces belles paroles et cet espoir sera-t-il atteint durant le Sommet de Nagoya du 18 au 29 octobre. Les 193 pays signataires de la convention sur la diversité de Rio, en 1992, se sont penchés sur la santé de la Terre. Pour le journal Le Monde: «Les délégués vont devoir reconnaître qu’ils ont échoué jusqu’à présent à enrayer le déclin de la biodiversité, objectif qu’ils s’étaient fixé en 2002. Surexploitation des ressources, pollution, modification des habitats, espèces exotiques envahissantes, changement climatique: le taux d’extinction des espèces animales et végétales est désormais «jusqu’à mille fois plus élevé» que le taux historique connu jusqu’à ce jour, rappelle l’ONU. (...) De manière plus ou moins explicite, plusieurs pays du Sud ont lié cette négociation à celle sur la création d’un «Giec de la biodiversité», qui permettrait de disposer d’un outil de mesure fiable pour éclairer les décideurs politiques».(1)
Cela fait 20.000 ans que l’homme croit vivre dans un immense décor, où il peut puiser dans les ressources naturelles sans compter. La consommation débridée d’énergie demande toujours plus à la nature; nous avons dépassé cette année, le 20 août, soit en 7 mois et vingt jours, ce que la nature nous a «donné» à dépenser pour une année. A cause, notamment du CO2 produit et responsable comme vient de l’affirmer l’Académie des Sciences en France, contredisant les thèses des Climato-sceptiques.
«Pour Claire Peltier, les espèces continuent de disparaître inexorablement et aujourd’hui 25.000 d’entre elles figurent sur la liste rouge des espèces menacées de l’Union internationale pour la conservation de la nature (Uicn). (...) Se basant sur ces données, 174 scientifiques du monde entier se sont plus précisément focalisés sur le devenir des vertébrés. Selon les résultats de leurs recherches publiés dans le journal Science, 20% des vertébrés sont menacés d’extinction, soit 25% des mammifères et 41% des amphibiens! De plus, 52 espèces de mammifères, d’oiseaux et d’amphibiens se classent chaque année dans une catégorie plus près de l’extinction. (...) Les causes de cette dégradation sont en majorité liées à l’expansion de l’agriculture, à la déforestation, aux surexploitations et aux invasions insulaires par des espèces étrangères. L’Asie du Sud-Est est particulièrement touchée, principalement à cause de la déforestation au profit des gigantesques palmeraies destinées à la production de l’huile de palme.(...) L’objectif de stabiliser la biodiversité pour 2020 semble donc irréalisable, mais la Plate-forme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écologiques (Ipbes), veille et jouera le rôle d’intermédiaire entre les scientifiques et les politiques pour accélérer la mise en oeuvre de mesures concrètes.(2)
Comment peut-on mesurer l’état de dégradation d’un écosystème?
La Norvège a créé un indice qui permet d’évaluer l’état de la nature, qu’elle présente comme une première étape avant une éventuelle valorisation économique de «services gratuits» comme la pollinisation des insectes ou l’expansion des forêts.

Les écosystèmes dans l’économie
Oslo dit avoir utilisé 309 indicateurs pour obtenir ce qu’il qualifie de «premier indice de nature au monde», qui compare 2010 à 2000 et 1990. Sur une échelle de 0 à 1, l’eau douce obtient l’indice 0,8, loin devant les forêts avec 0,4.
Des bio-indicateurs sont utilisés dans de nombreux pays, comme les Etats-Unis, pour évaluer l’état de la nature. C’est «le premier indice au monde. Ceci peut être un excellent outil qui pourrait venir en aide aux comptes nationaux. C’est un très bon point de départ», estime la vice-ministre de l’Environnement norvégienne, Heidi Soerensen dans Le Monde.(3)
Présenté mercredi à Nagoya, le rapport Sukhdev prône l’intégration des services rendus par les écosystèmes dans l’économie. La question se fait de plus en plus insistante: faut-il s’intéresser à la valeur des services rendus par les écosystèmes? Faut-il donner un prix à la nature? La synthèse du rapport final sur l’économie de la biodiversité a été rendue publique. Le groupe de travail est piloté par l’économiste indien Pavan Sukhdev. Un travail inspiré par celui rendu en 2006 par Nicholas Stern sur le climat. «Cette nouvelle approche peut réinitialiser la boussole de l’économie et ouvrir une nouvelle ère dans laquelle la valeur des services de la nature est rendue visible et devient une composante explicite du processus de décision dans le monde politique comme dans le monde des affaires», a expliqué Pavan Sukhdev. (...) Les services rendus par la nature sont estimés «à 23.500 milliards d’euros par an», soit la moitié du PIB mondial. On mesure ainsi des valeurs d’usage. Le chiffre d’affaires de certains secteurs économiques est très directement lié à la biodiversité. C’est le cas pour l’industrie pharmaceutique. Aux États-Unis, dix des 25 médicaments les plus vendus sont dérivés de la biodiversité. C’est également le cas du tourisme. «La pêche récréative, toujours aux États-Unis, représente 37 milliards de dollars et un million d’emplois. La valeur d’usage des récifs coralliens dans les territoires d’outre-mer français varie entre 5000 et 10.000 € par hectare et par an.» Dans leur synthèse, les membres de la commission Sukhdev citent également, à titre d’exemple, une décision de la municipalité de New York, qui, en donnant des subventions (1 à 1,5 milliard de dollars) à des agriculteurs se trouvant en amont de la ville pour éviter des pollutions, a économisé la construction d’une station d’épuration d’une valeur comprise entre 6 et 8 milliards de dollars. Plusieurs États, dont la France, ont été condamnés pour non-respect des directives européennes. En 2005, Paris a dû payer 20 millions d’euros d’amende, les filets des pêcheurs n’étant pas aux normes. (...) Mais la grande question reste de savoir «s’il est légitime de défendre la nature avec des valeurs monétaires», poursuit le spécialiste. Un débat tranché par beaucoup d’écologistes. «Il est important que l’on se pose la question de la valeur», estime Franck Courchamp, du Cnrs, mais il redoute que la valeur se transforme en prix».(4)
«Le rapport de l’économiste indien Pavan Sukhdev le 20 octobre, sur «l’économie de la biodiversité et des services écosystémiques» écrit Laurence Caramel, ne livre pas une équation globale du «prix de la nature» qu’il faudrait intégrer dans les équations économiques pour que soit tenu compte de cet actif naturel aujourd’hui négligé. Alors même que les scientifiques considèrent que la disparition des espèces se produit actuellement à un rythme de 100 à 1000 fois plus élevé, le rapport cherche en revanche à faire apparaître et à chiffrer sur des exemples, les services indispensables que nous rend la nature, que ce soit en termes d’approvisionnement (alimentation, eau douce, ressources médicales) ou de régulation (qualité de l’air, stockage du CO2, prévention de l’érosion, pollinisation). Autre exemple cité pour illustrer la démarche: en Suisse, la pollinisation par les abeilles assure, chaque année, une production agricole estimée à 210 millions de dollars. La recommandation du rapport Sukhdev apparaît dès lors évidente: avant de détruire la nature, réfléchissez à ce que vous allez perdre. La démarche de Pavan Sukhdev reste cependant controversée pour une partie des écologistes qui déplorent et redoutent cette «marchandisation» de la nature. A leurs yeux, le débat sur la protection de la nature doit demeurer sur un terrain strictement éthique».(5)
Au niveau mondial, on estime aujourd’hui que plus d’un tiers des espèces sont menacées d’extinction et que 60% des services écosystémiques ont été dégradés ces cinquante dernières années. Mais le premier défi pour la communauté internationale consistera à reconnaître que l’échec de ses précédentes stratégies est lié au double mythe fondateur de nos modèles de développement: celui de la gratuité de ressources naturelles inépuisables; et cette croyance inébranlable que l’intelligence technologique humaine pourra toujours répondre aux improbables défaillances de la nature. Les effets de l’érosion de la biodiversité sont autant de signes précurseurs de la fin d’un modèle périmé. Agriculture, pêche, industries, transports, urbanisme, etc.: toutes nos politiques sectorielles et économiques doivent être repensées en dehors de ce double mythe.(...) Le risque est de breveter le vivant, par un système légalisant la «biopiraterie» et ouvrant la porte à la marchandisation de la biodiversité. L’écologie n’est pas un luxe pour nantis. Les inégalités environnementales accompagnent les inégalités sociales. 70% des populations pauvres de la planète vivent dans des zones rurales et dépendent directement d’un large éventail de ressources naturelles et de services écosystémiques pour leur survie et leur bien-être. (...) L’indispensable évaluation économique des services rendus par la nature ne doit pas conduire à une Banque mondiale de la nature et ouvrir à la spéculation sur le vivant dans un nouveau marché de la biodiversité. La destruction de la nature a un coût, mais la nature n’a pas de prix. Ce qui est gratuit n’est pas à vendre.»(6)

Vers une responsabilité internationale !
C’est en gros aussi l’avis de Ages Bertrand et Françoise Degert qui vont loin dans la critique du Sommet en mettant en valeur les non-dits. Ecoutons-les: «L’avalanche de déclarations, rapports, événements et autres publireportages qui a jalonné cette Année internationale de la biodiversité augure-t-elle vraiment d’un nouveau cap pour les écosystèmes et les millions d’espèces qui les constituent? Tous les grands équilibres de la planète sont menacés - stabilité du climat, capacité des océans à absorber le gaz carbonique, des sols à se régénérer, etc. On serait en droit d’attendre un sursaut des décideurs politiques et des organismes internationaux. Or il n’en est rien. Ou plutôt si, mais c’est un saut périlleux, qui prépare le transfert de la gestion de la biosphère à la sphère financière. Science- fiction? Hélas ! Non. La financiarisation des «services écosystèmiques» (sic!) est déjà en marche. Le programme TEEB, The Economics of Ecosystems and Biodiversity, a chiffré les services économiques rendus, par hectare et par an, par les prairies, forêts, zones humides, bassins versants, massifs coralliens, etc. The Business of Biodiversity promet des chiffres d’affaires faramineux aux investisseurs «verts». Après un recensement exhaustif de tous les écosystèmes de la Terre, leur enregistrement complet par photos satellites, et toutes données disponibles en ligne pour les firmes transnationales, le grand marché va pouvoir prendre son essor. Mais puisqu’on vous dit que c’est pour sauver la planète !»(7)
Evidemment, l’approche économétrique présente quelques avantages. Elle permet d’éluder les mesures d’urgence que les constats alarmants sur l’état des écosystèmes imposeraient: mettre progressivement fin à l’agriculture intensive et à la prolifération des OGM par exemple; contrôler davantage les industries polluantes et la mise sur le marché de nouvelles substances toxiques; ou encore planifier une décélération massive de la consommation de combustibles fossiles. Or, toutes ces solutions, sans exception, ont rencontré l’opposition féroce des géants qui dominent chacun des secteurs - les pétroliers, l’agrochimie, l’agroalimentaire, les biotechnologies! (...) Le calcul du prix des «services écosystémiques» n’a de sens que dans la logique qui postule que dès lors qu’on les monétarise, ils sont substantiellement équivalents, échangeables, et que ces nouveaux marchés d’écosystèmes permettront une meilleure allocation des ressources. (...) Au cours des cinq dernières années, plus de cent millions d’hectares de terres fertiles ont été rachetées, parfois par des fonds souverains, le plus souvent par des firmes transnationales et fonds d’investissement. En achetant des «crédits biodiversité» sous d’autres latitudes, les géants pourront continuer à piller là où ils exercent, et accapareront des écosystèmes ailleurs, voire pourront capitaliser sur leurs «réserves d’actifs naturels». Déjà, pour compenser l’assèchement de nappes phréatiques provoqué en Inde, notamment au Kerala, Coca-Cola restaure des rivières en Afrique. (....) L’Ipbes? Retenons ce sigle. L’Intergovernemental science-policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services se présente comme un Giec de la biodiversité. Mais contrairement au groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat, l’Ipbes aura un mandat politique, et de facto, un mandat supranational. Aujourd’hui, la convention sur la diversité biologique oblige les multinationales qui veulent investir dans les ressources naturelles, à demander l’accord des Etats pour y accéder. L’Ipbes leur permettra de s’exonérer de cette obligation. (...) Autrement dit, sous prétexte de les sauver, un chèque en blanc au capitalisme spéculatif sur tous les écosystèmes de la planète. (...)»(7)
En définitive, on apprend qu’un accord sur le partage des bénéfices issus de l’exploitation des ressources génétiques de la planète pourrait être adopté. Les ultimes tractations - très techniques - sur le partage des bénéfices tirés par les industries de la pharmacie et des cosmétiques des ressources génétiques des pays du Sud (animaux, plantes, micro-organismes) ont permis des avancées significatives. L’issue des discussions sur ce «protocole ABS» (Accès et partage des avantages) est cruciale dans la mesure où nombre de pays en développement - qui le réclament à cor et à cri depuis plusieurs années - ont clairement indiqué que le sort des autres décisions en dépendait. «Il faut stopper la biopiraterie (...) Pour nous, il est inacceptable de ne pas avoir un cadre légal sur ce point», a averti la ministre brésilienne de l’Environnement, Izabella Teixeira. Les aires protégées qui représentent actuellement 13% de la surface totale des terres et un peu moins de 1% de la surface totale des océans passeront en 2020 à 17% pour les terres et 10% pour les mers. Pour Russell Mittermeier, président de l’ONG américaine Conservation International, très en pointe sur ce dossier, «les aires protégées, quelle que soit leur nature, sont le meilleur outil dont nous disposons à ce jour pour protéger la diversité du vivant», ajoute-t-il».(8)
Le risque demeure que la finance internationale s’empare de la nature et la marchandise. Les prochaines cibles sont l’eau et l’air que nous respirons. Le Nord polluera et le Sud paiera, s’il a les sous, pour avoir un air moins pollué. Est-ce la fin de l’histoire de l’humanité?

(*) Ecole nationale polytechnique

1.Sommet de Nagoya: 12 jours pour préserver la biodiversité. le Monde.fr, AFP 18.10.10
2.Claire Peltier: La biodiversité est toujours en danger! Futura-Sciences. 28 octobre 2010
3.La Norvège crée un indice pour évaluer l’état de la nature. LeMonde.fr 21.10.10
4.Marielle Court: 23.500 milliards d’euros par an grâce à la biodiversité 21/10/2010
5.Laurence Caramel. Donner un prix à la nature pour la protéger? Le Monde.fr 20.10.10
6.La biodiversité un des indicateurs de la richesse et du bien-être Le Monde 20.10.10
7.Agès Bertrand, Françoise Degert: le bal des financiers Mondialisation.ca, 24/10/ 2010
8.Redaction:Vers un accord mondial à Nagoya sur la biodiversité AFP 29/10/2010

Pr Chems Eddine CHITOUR (*)

Source : http://lexpressiondz.com

 

 

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