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 Cours particuliers ! Cours publics ?

25/10/2010

classeCours particuliers ! Cours publics ?

Par Mohammed Beghdad

«Il faut payer les enseignants. Sinon, c'est les enfants qui payent.»Guy Bedos, humoriste français.

Actuellement, c'est une véritable galère à laquelle sont soumis les nouveaux candidats au prochain baccalauréat. Pour établir la carte d'identité nationale, ils vont passer un temps fou pour se faire délivrer l'extrait de naissance, le désormais fameux S12, qui fait jaser depuis son apparition tous les demandeurs et surtout ceux qui sont nés à des milliers de lieux de leur résidence.

À la pêche des cours privés

Et ce n'est pas fini, depuis la rentrée scolaire, de très nombreux lycéens courent vite s'inscrire dans les cours particuliers qui ont pris des proportions alarmantes ces dernières années. C'est une véritable course effrénée contre la montre. Le phénomène ne cesse de s'amplifier d'années en années. Si les élèves optent pour ces cours qui ne sont plus des cours de soutien comme dans un passé pas lointain, c'est que l'école publique ne joue pas pleinement, comme jadis, son rôle de leader. Et puis qu'est-ce qu'on peut faire avec un bac autour de la moyenne ? On ne peut espérer obtenir une moyenne élevée si l'on doit se contenter que des cours dispensés au lycée. On ne peut que dire adieu au mois de juillet au rêve de la pharmacie, de la médecine ou encore de l'informatique à Oued S'mar.

 Nos élèves assimilent sensationnellement la même leçon en cours privé dont ils n'ont retenue que des bribes en cours scolarisé. Le mal ne réside pas en l'existence de ces cours individuels, mais ce qui dérange le plus c'est que cela se fasse au détriment de la qualité des cours procurés à l'école étatique.

C'est donc une école adultérine qui a été enfantée dans l'ombre et dont on ne veut absolument pas évoquer le nom dérangeant dans les discours même officieux. Elle est surtout née de la dégradation des conditions de travail de l'enseignant, de son rang dans la société et de sa place dans l'échelle des valeurs. Il faut noter que les classes bondées d'élèves ne plaident aucunement en faveur de la sérénité à développer de sérieux concepts pédagogiques chers aux théoriciens de l'éducation nationale. La réalité du terrain est très éloignée de la démagogie. Il faut être un fou pour retenir l'attention de 45 élèves en moyenne, dans une classe bouillante où il faut ouvrir les fenêtres pour ne pas suffoquer, et qui perdent leur temps à se chamailler à toutes les séances pour repérer la bonne table afin d'avoir le meilleur angle possible de visée du tableau.

 En occupant l'espace, les cours particuliers possèdent naturellement leurs statuts particuliers et règlements intérieurs approuvés sous le manteau. La panique aidant, il faut réserver sa place dès la fin de l'année scolaire écoulée pour être certain d'être sélectionné. Le bouche-à-oreille fait des siennes à merveille. Les transactions battent leur plein en pleine saison estivale. A la fin du mois d'août, ils sont déjà au grand complet.

 Ces cours privés sont entrain de crever le budget familial. Les plus nantis se foutent éperdument du prix à mettre dans l'enveloppe. A force de persévérance, le pouvoir matériel prend le dessus sur l'instruction dans le pays. Imaginez un père de famille fonctionnaire de son état dont plusieurs bambins suivent en parallèle ces cours devenus presque une obligation à toute réussite de sa progéniture. Des parents, perdus et à la merci de ce lobby, subissent ce mouvement la mort dans l'âme sans broncher. C'est une véritable saignée mensuelle au sein de la famille au même titre que la facture d'électricité ou du loyer. La loi du silence sévit dans le milieu. L'éthique et la déontologie font des vagues dans les parages. D'autres cèdent à perte leur dernier trésor, leur chère bague de fiançailles pour tenter de hisser le niveau éducatif de leurs enfants. Que pensent ces messieurs de ces parents pauvres qui n'arrivent plus à subvenir aux ventres de leurs petits ? Ils seront sans doute les victimes directes de ces inégalités.

 Pressés par l'entourage comme des citrons, les écoliers font endurer à leurs malheureux parents les plus pires pressions. Le snobisme fait des dégâts incommensurables au sein des lycéens. Gare à celui qui ne choisit pas cet insolite engouement des temps nouveaux à cet âge terrible de l'adolescence. Il sera mis à l'index, écarté du groupe et banni de la récréation. Il sera à jamais marqué par l'impitoyable complexe d'infériorité en laissant assurément des séquelles incurables au sein d'une partie de cette jeunesse avide de rêves en monts et merveilles.

 Puisque l'école publique abandonne presque ses enfants à la rue, ce sont d'autres qui en profitent allégrement de cette aubaine. Ils n'étaient pas demandeurs, c'est l'école étatique qui leur a présenté ce présent royal sur un plateau doré. Plus l'école publique plonge vers le bas et plus le filon continue son extraordinaire ascension. C'est devenu même une concurrence déloyale.

 Les enchères du montant de ces cours fluctuent d'une ville à l'autre selon sa portée, son opulence et principalement selon sa bourse locale. Elles peuvent varier du simple au quintuple, voire davantage. Cela dépend couramment du nombre d'élèves dans le groupe qui peut monter de l'unité à la vingtaine. Pour les moins onéreux, l'enveloppe du mois par tête se chiffre à 1500 DA comptant par matière à raison de 2 séances par semaine. Pas de négociations ni de rabais ne sont permis dans la sphère.

 Nous sommes dans une boutique de luxe, les prix sont fixés à l'avance en été et affichés, pas un centime de moins. Chaque formule est cédée à son juste prix, c'est la loi du marché. Il y a des enseignants qui se font le plein chaque mois avec 4 groupes, chacun de 20 élèves. On peut facilement deviner la rentrée conséquente, nette d'impôts dans les poches, à la fin du mois. Pour les grandes villes, c'est une autre histoire. Cela dépasse l'imaginaire.

 Une grande majorité de ces messieurs, fort heureusement pas tous, font le juste minimum le jour, le moindre effort aux cours officiels mais ils carburent le soir à plein régime. Ils ne peuvent pas tenir la cadence maximale exactement comme un footballeur ne peut jouer deux matchs consécutifs le même jour. Le choix du match à jouer avec les tripes est vite déterminé. Au lycée, c'est le match amical, le cours du soir c'est le match à points importants où il faut mouiller son maillot pour empocher la prime substantielle. Et c'est tout à fait normal pour un enseignant qui a perdu tout espoir d'augmentations de normes universelles.

 Ces cours payants se font généralement dans des garages aménagés ou dans le salon exigu de l'intéressé. Le pousse-pousse y est présent à chaque séance. Pour les plus chanceux, ils se déroulent dans l'école publique avec toutes les charges aux frais du contribuable.

 Ils ne suscitent guère de commentaires du secteur car ils aident sournoisement à améliorer de manière très sensible les résultats au baccalauréat. Si ces cours seront prohibés, on ne peut éviter la catastrophe nationale du taux de réussite du baccalauréat. Ils constituent naturellement un allié stratégique avec les affaires de la politique du triomphe virtuel de l'enseignement dans le pays. A-t-on entendu un quelque responsable de l'éducation nous parler de cette fatalité qui s'est installée comme un passage incontournable à tout succès scolaire ? Il y a quelques années, le ministère de l'éducation a élevé la voix mais comme d'habitude sans suite. Comme il ne peut pas s'aligner sur les salaires des pays normalisés, c'est le silence intégral qui est préconisé. On ne doute pas que ce dopage va être néfaste à ces futurs étudiants qui ont été trop habitués à cet assistanat anti-pédagogique.

 Il est temps que les responsables du ministère établissent des statistiques sur le pourcentage d'élèves de terminales qui sont des assidus de ces cours privés ainsi que leur taux de réussite au baccalauréat. Nous devinons que les résultats attendus ne seront pas loin des consternations mais il faut nécessairement aborder le choc de face pour ne pas fuir ces réalités. On ne peut cacher inlassablement le soleil à l'aide d'un arbrisseau.

 Les cours privés prolongent leur avancée en frappant aux portes du cycle primaire. Au sein du cycle moyen, des règles inhabituelles se sont déjà érigées en maîtresses des lieux. Ces cours particuliers sont entrain de poursuivre leur bonhomme de chemin à l'université, eh oui ! En sévissant dans l'illégalité.

 Est-ce une privatisation masquée de l'école publique qui ne veut pas dire son nom où est-ce un prélude à une politique future? L'avenir nous montrera clairement les réelles intentions.

DES START-UP EN ATTENTE

Des cours particuliers qui ont pris ces derniers temps des tournures agressives en se donnant virtuellement à distance. En effet, des sites créés nouvellement sur le web, genres de start-up à l'algérienne tombée de nulle part, proposent des cours en vidéo en contrepartie bien sûr de l'argent en dinars sonnants et trébuchants ordonnés à l'avance pour l'inscription. On ne sait même pas s'ils sont agrémentés et leurs cours certifiés. Les placards publicitaires de ces nouveaux juteux commerces occupent des pages entières sur les journaux nationaux par défaut de textes et en narguant le vide juridique qui plane dans le pays. Y a-t-il un pilote dans l'avion de l'éducation ? Où est cette école publique dont on n'arrête pas de vanter les mérites dans tous les JT de l'ENTV ? Est-elle devenue une coquille vide, sans résonance ? Nos enfants sont devenus un but lucratif à souhait sans que l'on bouge un seul doigt de la main.

 Ce dont je n'arrive pas à comprendre, ce ne sont pas uniquement comme dans un passé récent les cours de mathématiques et de physique-chimie qui font sensation en milieu lycéen mais des émules ont vu le jour un peu partout pour les autres matières. Les sciences naturelles, la philosophie, l'histoire-géo, la langue arabe, les langues étrangères française et anglaise, etc. ont aussi trouvé preneurs parmi nos élèves étourdis par tant de sollicitations et qui ne savent plus où se donner leur frêle tête juvénile par cet enseignement généralisé. Je ne vois pas comment on peut esquiver de parler de déroute de l'éducation !

 La fièvre de la « coursmania » s'est emparée de toutes les villes, ne laissant aucun lycéen indifférent. Il y a des localités où des parents aisés cotisent pour s'acquitter des cours, sans exception, pour toutes les classes de terminales afin de ne pas créer des distinctions entre les élèves du même pâté. C'est vrai que c'est une bonne note pour la solidarité du groupe, pourtant c'est une grosse gifle sur l'effigie de l'école publique.

LES POUVOIRS PUBLICS À L'INDEX

Il faut quand même souligner la responsabilité flagrante des pouvoirs publics qui ont laissé trop traîner les choses en ne répondant pas favorablement aux revendications socio-professionnelles de cette frange de la société qui est chargée de former les hommes de l'Algérie de demain. Ils ont laissé s'installer des mœurs travestissant l'enseignement dont il sera difficile de s'en priver si les problèmes de l'éducation en général demeurent interminablement en suspension. On ne peut bâtir une éducation solide sur des enseignants lésés.

 L'état a mis le plus gros budget aux mains de l'éducation nationale mais il a omis de valoriser l'élément humain qu'est l'enseignant, véritable nœud gordien pour toutes réformes éducatives.

 Ils subsistent heureusement dans ce pays de très nombreux enseignants qui luttent pour la survie et la prise en charge par les pouvoirs publics de l'école étatique qui leur a permis d'arriver là où ils le sont actuellement. Ils n'ont pas oublié d'où sont-ils venus. Nos parents fauchés des années 60 ne seraient jamais permis le luxe de nous offrir aujourd'hui des cours particuliers si ce n'est l'école publique qui nous a octroyée le niveau d'instruction actuel en étant habillés à cette époque en sandales de caoutchouc pour ne pas dire pieds nus et en vêtements rapiécés tout en étant usés et décolorés par le temps.

Thank you mister GUEZOURI

Enfin, l'exemple typique qui me paraît le plus exceptionnel à citer est celui de Monsieur Abdelkader Guezouri du lycée de Maraval de la ville d'Oran à qui je dédie un grand bravo et d'immenses remerciements pour les efforts consentis pour sa profession et son dévouement à la cause. Je sais qu'il n'est pas le seul dans ce métier mais à travers lui, c'est un hommage rendu à l'ensemble de ses consciencieux et soucieux collègues sans oublier ceux des paliers primaire et moyen.

 Monsieur Guezouri dépense, sans compter, depuis des années de gros efforts en offrant gracieusement des cours de physique-chimie tous niveaux confondus ainsi que des exercices d'application corrigés à travers son site sur la toile et dont je me permets de le citer, non à titre publicitaire puisqu'il est gratuit: www.guezouri.org.

Un site très riche, mis à jour périodiquement, avec des liens intéressants de ses collègues des autres matières professant en des endroits différents dans le pays. Ces cours, devenus une référence, sont repris par de nombreux de ses collègues enseignants au niveau du territoire national.

Sans le connaître personnellement, il est devenu par la force de la science un vrai familier de la famille où ses pages sont visitées et épluchées par les enfants chaque jour, du matin au soir, pour guetter ou télécharger la moindre nouveauté d'un cours ou d'un exercice éclairé. Nos internautes peuvent même le saisir par mail pour un problème ou un cours non élucidé.

Continuez à défendre l'école qui vous a permis de forger en vous le partage de tout ce que vous avez acquis de vos antécédents enseignants. Vous honorez fort bien votre profession. Il faut que la cocotte se secoue bien pour nous donner des milliers de votre espèce pour espérer renouer les liens avec notre éducation.

Par ailleurs, on ne peut infiniment bâtir une politique basé sur le bénévolat, il est temps que l'état passe à la caisse pour payer les efforts fournis à la sueur du front.

Source : http://www.lequotidien-oran.com

Category : ENSEIGNEMENT ET PROGRAMMES | Write a comment | Print

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