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 L'arachide - Histoire et perspectives

26/9/2010

L'arachide - Histoire et perspectives

par Robert Schilling (chercheur CIRAD)

Résumé de la Conférence
donnée à Agropolis Museum
le 5 février 2003

L'arachide
Arachis hypogaea L., famille des Fabacées (syn. Papilionacées), ordre des Légumineuses, anglais : Groundnut (UK), Peanut (USA), espagnol : Mani, portugais : Amendoim.

La plante et les produits : Présentation générale

Caractéristiques morphologiques et développement de la planteL'arachide cultivée est une légumineuse annuelle de 30 à 70 centimètres de haut, érigée ou rampante. La partie aérienne est portée par une tige principale, toujours érigée, et deux ramifications latérales primaires issues du collet de la plante. Les feuilles sont composées de deux paires de folioles elliptiques opposées au bout d'un pétiole inséré sur des ramifications alternes ou séquentielles.

Les fleurs jaunes ou orangées, papilionacées, prennent naissance à l'aisselle des feuilles. Elles flétrissent rapidement. La base de l'ovaire fécondé s'allonge pour former un pédoncule appelé gynophore qui s'enfonce dans le sol où se forme le fruit (gousse) composé d'une coque indéhiscente contenant de 1 à 4 graines. Le système racinaire pivotant permet d'explorer un volume de sol important. Il porte des nodosités fixatrices d'azote atmosphérique, caractéristiques des légumineuses, qui permettent à la plante d'enrichir le sol en azote lorsque les conditions sont par ailleurs satisfaisantes : les apports sont alors importants et ont un effet positif sur la céréale qui suit l'arachide dans la rotation. Le bon fonctionnement de ces nodosités est commandé par divers facteurs, dont la présence active de bactéries fixatrices dans le sol.

La graine est non-dormante dans le groupe Virginia, dormante dans les groupes Spanish et Valencia (voir tableau I). Elle lève au bout de 3 à 4 jours ; la plante aura un développement végétatif limité jusqu'au début de la floraison qui commence de 25 à 30 jours après semis (JAS) et se poursuivra tout au long du cycle, avec un maximum entre 40 et 60 JAS. 10 à 20 % des fleurs seulement donneront des gousses qui parviendront à maturité ; les gynophores émis dans la partie haute de la plante ne parviendront pas au sol et les dernières gousses formées ne seront pas mûres à la récolte. Diverses techniques culturales, telles que le semis en poquets surbaissés et le buttage pratiqué au moment approprié, permettent d'améliorer dans une certaine mesure le rapport gousses/fleurs.

Origine du genre Arachis et extension de l'espèce hypogaea

L'arachide est originaire du bassin amazonien où sont localisées toutes les espèces du genre Arachis (plus de 70 ont été identifiées à ce jour), parmi lesquelles seule A. hypogaea a été durablement domestiquée. Sa dissémination, à partir du XVIe siècle, s'est faite en direction de l'extrême orient sur l'axe espagnol Pérou-Philippines et en direction de l'Afrique sur l'axe portugais Brésil-côte ouest africaine. L'introduction au nord du Mexique aurait eu lieu postérieurement en provenance de l'Afrique.

La plante a ensuite progressivement couvert la totalité des zones tropicales à partir des deux centres de diversification secondaire constitués par l'Afrique de l'Ouest et le Sud-Est asiatique, d'où sont issus les types variétaux exploités par la sélection arachidière pour aboutir aujourd'hui à une collection de plus de 15 000 variétés conservées par un centre international localisé en Inde. La culture déborde très largement son aire d'origine, puisqu'on la retrouve jusqu'aux 40e parallèles nord et sud et sur tous les continents lorsque les étés chauds permettent à la plante de boucler son cycle malgré la latitude élevée.

Mode de reproduction et amélioration variétale

L'arachide cultivée (A. hypogaea) est un hybride naturel stabilisé par doublement des chromosomes (2 n = 40, allotétraploïde) à partir de deux parents sauvages non identifiés. On distingue deux sous-espèces et trois groupes variétaux correspondant aux types Virginia, Valencia et Spanish dont les caractéristiques sont données sur le tableau 1.

Tableau 1. Classification et principales caractéristiques de l'espèce
Arachis hypogaea

Genre

Arachis

 

Espèce

hypogaea

 

Sous-espèces

hypogaea

fastigiata

Variétés

Hypogaea

Vulgaris

Fastigiata

Types

Virginia

Spanish

Valencia

Port

Érigé/rampant

Érigé

Érigé

Ramification

Alterne

Séquentielle

Séquentielle

Fleurs sur tige principale

Non

Oui

Oui

Couleur feuillage

Vert foncé

Vert clair

Vert clair

Cycle

120-150 J

90 J

90 J

Dormance

Oui

Non

Non

Gousses (cavités)

2 c.

2 c.

3-4 c.

 

La plante est autogame (le taux d'allogamie est généralement inférieur à 0,5 %), la fertilisation ayant lieu avant ouverture de la corolle. Les populations naturelles sont donc composées de types stables qu'il est possible d'isoler, de multiplier et de croiser entre eux : la diversité variétale actuelle est due essentiellement à l'action de l'homme (sélection). A signaler l'utilisation, à ce jour très limitée, d'autres espèces soit pour la production de fourrage (A. pintoi) soit comme plante de couverture (diverses espèces sauvages rampantes). Le matériel sauvage constitue un réservoir génétique potentiellement intéressant pour l'identification de gènes utilisables en amélioration variétale, mais aucun croisement interspécifique ni aucune modification génétique artificielle n'a encore abouti (en 2003) à des variétés susceptibles d'être proposées sur le marché semencier.

L'évolution de la demande et les progrès de la sélection ont conduit à des modifications importantes du matériel végétal initial : passage des types rampants aux types érigés à fructification groupée ; extension de variétés hâtives ou tolérantes à la sécheresse dans les zones exposées aux aléas climatiques ; variétés résistantes à certaines maladies virales (rosette) et tolérantes à diverses maladies fongiques (rouille, cercosporiose) ; variétés répondant aux normes du marché de l'arachide de bouche ; variétés adaptées à la culture irriguée. Les programmes de sélection en cours sont orientés sur l'amélioration sanitaire du produit (tolérance à Aspergillus flavus, champignon qui propage une toxine cancérigène, l'aflatoxine), à l'amélioration de sa valeur nutritive (optimisation du taux d'acides aminés et d'acides gras essentiels), à la résistance aux prédateurs et maladies, aux stress abiotiques (salinité, acidité, ombrage). La diffusion de ces variétés est limitée par le faible pouvoir multiplicateur de l'arachide et par les difficultés de onservation, surtout en milieu paysannal traditionnel.

Les produits arachidiers

L'arachide est consommée soit en graine (après décorticage des gousses), soit sous forme d'huile (après trituration industrielle ou artisanale des graines), soit sous des formes plus ou moins élaborées issues du marché de l'arachide de bouche et de confiserie (" beurre ", pâte, farine, confiserie, etc.). Les sous-produits donnent lieu à des utilisations diverses : fourrage pour les pailles ; combustible, compostage, panneaux d'agglomérés pour les coques vides ; alimentation humaine ou animale pour les tourteaux. 

Au plan nutritionnel, la teneur de l'huile d'arachide en acides gras essentiels est très proche de l'optimum défini par les nutritionnistes, notamment en ce qui concerne les acides gras mono-insaturés (tableau 2). Prédominants dans l'huile d'arachide comme dans l'huile d'olive, leur rôle dans la prévention de l'athérosclérose a été démontré. 

Tableau 2. Composition en acides gras de l'huile d'arachide

 

Recommandations FAO

Huile d'arachide (Sénégal)

Acides gras saturés

25%

21% (palmitique)

Acides gras mono insaturés

50%

58% (oléique)

Acides gras polyinsaturés

25%

21% (linoléique)

 

Influence des facteurs et conditions du milieu

Le sol

Les sols doivent être suffisamment meubles ou ameublis pour permettre la pénétration des gynophores puis l'arrachage des gousses mûres. De plus, l'arachide requiert des sols bien drainés et aérés car les échanges respiratoires des gousses en formation sont élevés. Les sols à texture fine, meubles et perméables, et en particulier les sols sableux, sont ceux qui conviennent le mieux. La culture d'arachide sur sols lourds et argileux n'est conseillée que si le recours à la mécanisation et l'irrigation au moment opportun sont possibles.

L'arachide est sensible à la salinité et à l'acidité des sols. Les sols très acides (pH inférieur à 5) ou déficients en CaO peuvent induire des toxicités aluminiques ou ferriques ; l'acidité inhibe le développement des bactéries fixatrices d'azote, ce qui est décelable à l'aspect chlorotique du feuillage et à l'absence de la coloration rouge, à l'intérieur des nodosités, qui caractérise la présence de bactéries actives.

La température et l'ensoleillement

Les températures inférieures à 15 degrés et supérieures à 45 degrés ralentissent ou bloquent la croissance, l'optimum se situant entre 25 et 35 degrés. Les températures trop basses ou trop élevées, auxquelles on s'expose sous les climats tempérés et en contre-saison chaude ou froide dans les zones tropicales, ont donc pour effet de prolonger le cycle, voire de bloquer définitivement la germination ou le développement : des variétés de 90 jours en Afrique de l'Ouest pourront mettre 130 à 150 jours pour parvenir à maturité dans le midi de la France, ce qui les expose au froid en début et en fin de cycle.

L'arachide est peu sensible à la photopériode, mais les longs jours ont un effet positif sur la productivité : les semis précoces (lorsque la pluviométrie où l'irrigation le permet) seront donc préférés. Les déséquilibres se traduisent fréquemment par un rapport fanes/gousses défavorable, que l'on observe également en zone équatoriale et dans les cultures sous plantations arbustives, lorsque l'ensoleillement devient limitant.

Le régime hydrique

L'arachide présente des stades de sensibilité variables à la sécheresse : les besoins en eau sont élevés au moment de l'imbibition de la graine, qui une fois la germination amorcée craindra l'excès d'eau. La période de floraison-formation des gousses (30-70 jours après semis) correspond à une phase de sensibilité à la sécheresse, alors que la phase finale de maturation sera favorisée par une sécheresse relative, des pluies à ce stade pouvant en outre provoquer des germinations sur pied chez les variétés non dormantes. Une pluviométrie comprise entre 500 et 1 000 mm pendant la saison de culture permet généralement d'obtenir une bonne récolte, mais la bonne répartition des pluies en fonction du cycle de la variété est plus importante que le total pluviométrique : des rendements supérieurs à 1 tonne/ha en grande culture ont été obtenus au nord Sénégal, sous 350 mm de pluies concentrées sur trois mois, avec la variété hâtive tolérante à la sécheresse 55-437. L'irrigation d'appoint permettant d'intervenir en période de stress hydrique ou de sensibilité maximale, conduit souvent à une amélioration substantielle (y compris qualitative) au prix d'un investissement minime. L'utilisation de variétés tardives, à forte productivité, sera alors préférée.

Caractéristiques agro-économiques générales

Données économiques de base

L'arachide (données moyennes 1999-2002) représente 12% de la production mondiale de graines oléagineuses, 7% de la production mondiale et 1% du marché international des huiles alimentaires. 90% de la production sont assurés par les pays du Sud, dont la CHINE (12 millions de tonnes) L'INDE (7 M) et l'AFRIQUE (6 M) ; les pays producteurs absorbent 90% environ de la production totale dont 50% est triturée aux niveaux familial, artisanal ou industriel. Le marché de l'exportation est dominé par les USA et l'Union Européenne est le principal importateur. La plus grande part des transactions internationales se fait en graines sur le marché très rémunérateur de l'arachide de bouche dont les refus sont triturés en huilerie.

Le marché des oléoprotéagineux (plantes fournissant de l'huile et des protéines en quantités exploitables), auquel appartient l'arachide, est dominé par le soja. Le tableau 3 donne des éléments de comparaison entre les principaux oléoprotéagineux intervenant sur le marché international. L'arachide est la plus riche en teneurs cumulées huile + protéines. Son huile bénéficie d'un surprix de 30 % au moins par rapport aux autres huiles, qui sont subventionnées (colza, tournesol), font l'objet d'un quasi-dumpage lié à l'aide alimentaire (soja) ou constituent un sous-produit par rapport à un débouché principal (coton).

Tableau 3 : Oléoprotéagineux : indicateurs agro-économiques

 

Teneur en huile (%)

Teneur en prot. (%)

Productions
(Mt)

Exportations
(Mt)

Trituration
(Mt)

Soja

21

40

169

45,61

140,6

Coton

20

23

33,07

0,96

24,65

Tournesol

45

22

39,05

9,73

36,44

Colza

45

22

39,05

9,73

36,44

Arachide

50

25

30,6

1,44

14,68

 

arachide

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