Les céréales en Algérie. » maladies des plantes , agriculture et écologie

 Les céréales en Algérie.

10/7/2010

 

Les céréales en Algérie.

La production les céréales est très irrégulière, avec des maxima et des minima se traduisant sur la courbe des récoltes annuelles par une série de "dents de scie" et si la céréaliculture connaît dans ce pays des années exceptionnelles (24.849.000 q en 1939), elle connaît aussi trop souvent des années déficitaires nécessitant des importations massives et pressantes de céréales exotiques. L'influence du climat saisonnier, maintes fois rappelée et qu'il est sage de ne jamais perdre de vue, est décisive sur l'importance et la qualité des récoltes algériennes
L'Algérie qui, dans les plaines sub-littorales, apparaît comme la zone de l'oranger, de la vigne et lies primeurs, est dans son ensemble un pays au climat trop rude pour ces cultures exigeantes.
Dès que sur les plateaux l'altitude augmente, l'oranger disparaît ; l'olivier et la vigne même, en bien des points, ne supportent plus les hivers, mais les céréales sont à leur place.
Leur culture apparaît comme la spéculation essentielle de ce pays où l'ensemble du territoire est d'altitude moyenne de l'ordre de 700 mètres, avec de hautes zones à céréales étalées parfois à plus de 1.000 mètres comme le sont les plaines à blé de Sétif ou de Tiaret.
La culture du blé notamment se heurte de ce fait à de grosses difficultés dues à cette altitude, difficultés résultant d'hivers rudes et de gelées tardives jusqu'en mai, que n'ont pas à connaître les cultivateurs de Tunisie et de la plupart des zones céréalifères du Maroc.
Ce sont ces conditions climatiques et géographiques qu'il faut avoir sans cesse présentes à l'esprit pour comprendre les problèmes que pose à l'Algérie la mise au point (le sa production en blé et en orge. Quoi qu'il en soit, les céréales représentent pour l'Algérie la production agricole la plus importante tant sur le plan économique que sur le plan humain.

HISTORIQUE.

La culture des céréales en Afrique du Nord remonte à la plus haute antiquité. Il semble qu'elle soit antérieure à la colonisation phénicienne dont les premiers établissements datent du 12è siècle avant J.-C. La fondation d'Utique, qui précéda celle de Carthage au débouché de la vallée de la Médjerda (" pays de vivres " particulièrement propice à la culture du blé), ne parait pas avoir eu primitivement d'autre objet que d'assurer dans cette escale, sur le long trajet de Tyr au Guadalquivir, le ravitaillement des " rouliers de la mer " de l'époque. Carthage naquit ensuite pour suppléer puis remplacer Utique comme port d'exportation (les céréales (le la Médjerda dont le commerce dans la Méditerranée n'a pas cessé à travers les âges d'être extrêmement important. A l'époque où Rome, après avoir détruit puis reconstruit Carthage. s'était installée en Afrique, la culture des céréales était largement pratiquée déjà sur les plateaux sétifiens, et dans la Numidie que les Romains occupèrent plus tard eu raison (le la fertilité de certaines régions (le cette province et (le l'abondance des céréales qu'elle pouvait leur procurer.
" Le sol de l'Afrique, écrit Pline, l'ancien, au premier siècle de notre ère, a été donné tout entier à Cérès : l'huile et le vin lui ont été presque refusés ; toute la gloire du pays est clans la moisson ".
Sans doute s'est-on exagéré l'importance de la production frumentaire de l'Afrique Proconsulaire et (te la Numidie ainsi que les quantités qu'en tirait Rome qui s'approvisionnait sur tout le pourtour et dans les îles de la Méditerranée, particulièrement en Égypte, mais il faut reconnaître que la politique romaine île l'accroissement des superficies d'emblavures au dépend du maquis dans toutes les régions où cela fut possible, eut un résultat qui, à nos yeux, fait figure d'enseignement ( Voir Document Algérien N° 24 de la Série Culturelle : PANORAMA DE L'ALGÉRIE ROMAINE DE M. P. SALAMA.). Si les zones de production intensive étaient comme aujourd'hui celles de Guelma. de Constantine, de Sétif, de La Medjana, d'Aumale, du Chéliff, la culture du blé dur et de l'orge s'était glissée bien avant vers le Hodna, vers Biskra et jusque dans les hautes vallées des Monts Aurès.
Mais, à une époque où l'Italie se dépeuplait et ne pouvait envoyer en Afrique des colons pour la cultiver, Rome comme Carthage n'est parvenue à maintenir et à développer la culture des céréales qu'avec le concours des populations indigènes qui ont continué à en produire jusqu'en 183o en quantité suffisante pour approvisionner, après les Romains, les Génois et les Marseillais.

LES ESPÈCES ET VARIÉTÉS DE CÉRÉALES CULTIVÉES EN ALGÉRIE

Quand on parle de céréales en Algérie, on peut sans commettre une erreur trop grossière ne penser qu'aux céréales d'hiver, le rôle des céréales d'été restant peu important. Ainsi, en 1939, sur une production globale de 25 millions de quintaux, la part des céréales d'été ne fut que de 115.000 quintaux, soit environ 0,46 % de l'ensemble.
Les céréales principales ou céréales d'hiver. - Ce groupe, dont la période des semailles s'échelonne de septembre à janvier, suivant les lieux et l'altitude, comprend les blés, l'orge et l'avoine.
Les blés cultivés en Algérie se rapportent à deux espèces principales : blé dur (Triticum durum Desf.), qui sert à la fabrication des semoules, du couscous et des pâtes alimentaires, et le blé tendre (Tr. vulgare Host.) dont le grain est utilisé pour la fabrication de la farine et du pain. On ne note plus qu'à titre de curiosité quelques autres espèces du genre Triticum comme le blé poulard, l'Amidonnier, le Blé de Pologne, rencontrés très exceptionnellement dans les blés locaux ou dans les céréales d'introduction ; une mention spéciale doit être faite pour l'Épeautre (Tr. spelta var. Sahara L.D.) encore signalé dans les blés des Oasis.
Le blé dur (Guemah des Musulmans) est représenté en Algérie par une multitude (le formes, pour la plupart cataloguées, dont le nombre justifie la place donnée à l'Afrique du Nord par Vavilov comme centre secondaire de diversité de l'espèce. Les variétés algériennes appartiennent toutes au groupe : Tr. durum aristatum Orl., commune Flaksb, et peuvent être rangées, d'après Orlov, dans au moins une quinzaine (le variétés botaniques différentes. Il n'existe en culture ni de variétés mutiques (Tr. durum muticum Orl.) d'origine hybride (croisements naturels ou artificiels), peu intéressantes et mal fixées, ni (le types durocompactum Flaskb.
Les sortes indigènes, très nombreuses et d'intérêt inégal, sont presque toujours cultivées en mélange accusé : bien que rustiques, peu exigeantes et assez bien adaptées au milieu naturel et au mode de culture local, elles présentent les graves défauts d'être susceptibles à certains accidents sérieux verse, échaudage, mitadinage, rouille noire, etc...
Les colons ont, au début, cultivé les mélanges indigènes, puis ils ont employé des sélections massales locales (Poulot, Courtellement, Pélissier, etc...) qui les ont vite fait se rendre compte de l'intérêt (les sortes même peu améliorées. Ce n'est cependant qu'à partir de 1905 que l'amélioration méthodique et rationnelle des céréales a été entreprise par le Pr. L. Ducellier qui, le premier, a tiré des populations locales et par sélection généalogique, les premières lignées pures de blé dur. Son coeur a été continuée, après sa disparition prématurée, par ses élèves à la Station Centrale d'Essais de Semences et d'Amélioration des Plantes de grande culture de Maison-Carrée. Si la sélection généalogique peut encore, en raison des grandes ressources locales, jouer un rôle appréciable dans le travail d'amélioration (les blés durs, il deviendra cependant de plus en plus difficile de trouver dans l'avenir des lignées supérieures à celles qui sont en grande culture. Pour augmenter le matériel d'étude des sélectionneurs, il a été procédé périodiquement à (les introductions de blés durs exotiques (Espagne, Italie, Grèce, Syrie, Russie, U.S.A.) et plus récemment (depuis une quinzaine d'années) à des croisements entre les principales variétés locales et les meilleures sortes étrangères.
Ces travaux sont poursuivis par la Station Centrale de Maison-Carrée qui dispose à cet effet d'un réseau d'une dizaine de stations de sélection ou de stations expérimentales régionales, correspondant aux principales grandes régions céréalifères de l'Algérie.
Le blé tendre (farina des Musulmans) n'était pas cultivé en Algérie avant 1830, sauf cependant dans les Oasis où il existe encore une variété spéciale (Tr. vulgare var. oasicolum L.D.). Toutes les variétés en grande culture aujourd'hui dérivent d'introductions ou de croisements. Les blés métropolitains, introduits périodiquement, n'ont jamais donné grande satisfaction en Algérie, en raison de leur tardivité ou de leur susceptibilité à la rouille jaune : il faut cependant faire une exception concernant la Tuzelle d'Aix, dont la culture s'est maintenue par suite de sa résistance aux gelées printanières dans les zones d'altitude. Cette variété, dont il est difficile de se ravitailler en souche pure, tend d'ailleurs à céder de plus en plus le pas aux blés .Mahons (importés dès les débuts de la colonisation des I1es Baléares) qui forment encore parfois, en mélange avec la Tuzelle rouge barbue, le fonds des blés dits " Colon ". Ces divers blés ont été à peu près les seuls à être cultivés jusque vers 1930-32. Rustiques, assez bien adaptés malgré une certaine tardivité et leur susceptibilité à la verse - en terres fertiles - et à la rouille noire - en printemps pluvieux - ils étaient estimés pour leurs rendements satisfaisants et la qualité de leur grain (blés blancs) qui les faisait rechercher non seulement par le marché local, mais aussi par le commerce métropolitain comme blés de soudure. A partir de 1930, la production française augmentant, l'Algérie dut, comme la Tunisie et le Maroc, s'orienter, pour trouver le débouché de ses récoltes sans concurrencer les blés métropolitains, vers l'obtention et la production de blés de force, ce qui fut assez rapidement réalisé grâce aux hybrides Florence x Aurore et Pusa x Florence du Professeur E. Schribaux et aux travaux du Professeur. F. Boeuf.
L'amélioration des blés tendres a suivi la même marche que celle des blés durs. La sélection généalogique à l'intérieur des blés dits " de pays " a, été entreprise dès 1905 par le Pr. L. Ducellier. Cette méthode d'amélioration est encore poursuivie aujourd'hui, sur une assez faible échelle cependant, les ressources locales ayant été déjà bien prospectées. Le gros effort porte depuis une quinzaine d'années sur les introductions et l'hybridation. En ce qui concerne les introductions, ii est à signaler très peu de réussites, les meilleurs résultants ayant été obtenus avec (les variétés hindoues ou australiennes, utilisées d'ailleurs plus souvent comme géniteurs que directement.
Les orges algériennes cultivées appartiennent presqu'exclusivement à l'espèce Hordeum tetrastichum L. (orge carrée ou escourgeon d'Afrique). Cependant, on rencontre quelques orges également à 6 rangs (H. hexastichum) peu appréciées en raison de la dureté de leur grain, des orges à 2 rangs (H. distichum) surtout signalées en dehors de cultures spéciales peu étendues, en mélange dans les céréales introduites du Proche et Moyen-Orient. Par sélection généalogique, il a été tiré des sortes locales : les orges carrées I.A.A. 2 et Saïda 183, les plus cultivées actuellement, et plus récemment l'orge à 6 rangs 839. Ces orges, toutes à grains blancs, servent surtout à l'alimentation des populations rurales (Kesra) et à la nourriture du cheptel. Une partie toutefois des récoltes est destinée à la fabrication de la bière, soit directement dans les brasseries locales, soit par l'exportation du grain (dont il existait avant guerre un débouché intéressant sur les pays nordiques). La culture des orges spéciales de brasserie ne s'est pas développée en Algérie par suite de leur susceptibilité à l'égrenage, qui les rend sous notre climat de récolte délicate, et de l'indifférence (le l'industrie locale ou métropolitaine d'utilisation. Il existe cependant certaines souches de Colmar, de Probstdorf ou des introductions comme U.S. 43 qui seraient susceptible, d'intéresser la culture si la brasserie voulait en encourager la production.
Les avoines d'Algérie appartiennent à l'espèce Avena algeriensis Trab., dérivée elle-même de l'Avena. sterilis L. et se différenciant nettement par toute une série de caractères botaniques végétatifs et culturaux des avoines communément cultivées dans la Métropole. Ces dernières, introduites périodiquement dans le pays, n'y ont jamais bien réussi par suite de leur tardivité et de leur feuillage trop abondant qui les rend susceptibles à l'échaudage et à la rouille. Jusqu'ici, une seule variété d'avoine ordinaire (A. Sativa L.), quoique très peu répandue, a donné quelque satisfaction : il s'agit de l'avoine Cowra (d'origine australienne), utilisable d'ailleurs plus pour la production fourragère (son cycle végétatif s'apparente mieux avec celui de la vesce locale ou du Languedoc) que pour la production (lu grain.
Des avoines locales (probablement originaires du bassin méditerranéen oriental), il a été tiré par sélection généalogique les avoines rouges : 31, la plus répandue ; 61, convenant mieux aux zones littorales ; 8, plus résistante à la sécheresse, et enfin l'avoine noire 912, en voie de large diffusion, plus productive, plus résistante à la sécheresse, à l'égrenage et au charbon et dont le grain est aussi plus riche en amande. Un gros effort reste à faire pour améliorer les avoines algériennes à chaume versant facilement et à grain pailleux. peu nutritif.
Le seigle n'est guère cultivé en Algérie que dans les régions côtières, comme brise-vents dans les vignes. Cette céréale, rustique, mériterait 'd'être mieux connue des agriculteurs clés zones arides d'altitude où elle pourrait rendre des services tant au point de vue alimentaire que fourrager.

Les céréales d'été.
Les sorghos-grains sont représentés par de nombreuses sortes indigènes très mélangées et hybridées, d'intérêt inégal quant à leur valeur alimentaire et culturale. Ils se divisent en deux grands groupes : les sorghos à grains blancs ou " Bechnas " et les sorghos à grains noirs ou " Dra ".
Les maïs-grains cultivés en Algérie sont généralement impurs et mélangés. Le fonds des cultures est constitué par du maïs jaune ou blanc des Landes et par des variétés introduites de divers pays, d'Espagne notamment. Une sélection : le maïs jaune L.D. commence à se répandre dans les bonnes fermes européennes.

SURFACES CULTIVÉES.

La culture des céréales est et restera vraisemblablement pendant longtemps encore la spéculation, prédominante de l'agriculture algérienne, plus de 5.500.000 hectares (emblavures et jachères comprises) lui étant réservées annuellement sur environ 6.ooo.ooo d'hectares de terres cultivées. Celles-ci représentent environ le tiers de la superficie de l'Algérie du Nord.
Dès 1865, la superficie des terres emblavées est estimée entre 2 millions et 2.500.000 hectares.
De 1900 à 1939, malgré les fluctuations diverses, on constate une augmentation des surfaces (2.860.000 ha. en 19o5 contre 3.100.000 en 1939). On sait que pendant la même période, on a assisté à une grosse augmentation des surfaces complantées en vigne ; il y a donc eu un véritable glissement des cultures qui a permis l'extension de la vigne aux dépens des terres à céréales, ces denrées se développant sur les étendues autrefois livrées au pacage, ce qui est le cas notamment des plateaux du Sersou.

Entre 1939 et 1943, les superficies ensemencées se sont maintenues à un niveau satisfaisant ; mais de 1943 à 1946, elles sont tombées à 2.301.000 hectares par suite des conséquences de la guerre.
En 1947, elles ont accusé une reprise ; celle-ci s'est accentuée en 1948 et en 1949.
Au cours de ces dix dernières années, les surfaces cultivées par les Européens (28% des terres à céréales) n'ont pas marqué de fléchissement sensible par rapport à l'avant-guerre.

PRODUCTION DES CÉRÉALES.

La production des céréales est très irrégulière, avec des maxima et des minima se traduisant sur la courbe des récoltes annuelles par une série de "dents de scie" et si la céréaliculture connaît dans ce pays des années exceptionnelles (24.849.000 q en 1939), elle connaît aussi trop souvent des années déficitaires nécessitant des importations massives et pressantes de céréales exotiques. L'influence du climat saisonnier, maintes fois rappelée et qu'il est sage de ne jamais perdre de vue, est décisive sur l'importance et la qualité des récoltes algériennes : de l'abondance et de la précocité (les pluies automnales dépendent, surtout en culture musulmane, l'importance des emblavures et la nature (les céréales cultivées ; (le la régularité et (le la hauteur des chutes pluviométriques printanières dépend le tonnage des récoltes annuelles, également par ailleurs sous la dépendance des gelées tardives de printemps, (les siroccos précoces, (les échaudages (le fin de saison ou des orages (le grêle qui constituent les accidents et fléaux les plus redoutés (le la céréaliculture locale.
Pour ces raisons, l'examen des statistiques indique que malgré la progression constante, bien que lente (les emblavures, enregistrée en temps normal et l'importance (le la culture européenne. la production algérienne ne manifeste pas l'accroissement que l'on aurait pu espérer et que les rendements - moyens n'accusent pas d'amélioration fort sensible dans les régions soumises aux aléas du climat.

LES TECHNIQUES CULTURALES.

La climatologie assez ingrate a conduit les céréaliculteurs tant européens que musulmans à adopter l'assolement biennal et à l'observer rigoureusement. Cependant, en milieu musulman, le souci d'assurer l'approvisionnement en fourrage et en pâturage du cheptel (vital pour le fellah sans tracteur) fait que l'on conserve (les prairies (le chaumes (annuelles et temporaires) en reculant l'époque du travail des terres.
Or, la grande innovation apportée depuis 1875 par les agriculteurs européens de la région de Sidibel-Abbès est la pratique systématique, pendant l'année de jachère, des labours préparatoires d'hiver ou de printemps et des façons superficielles, selon les procédés du " dry farming ". Depuis une quinzaine d'années, cette technique s'est améliorée et s'est étendue dans la plupart des bonnes régions céréalifères pour devenir la jachère intégrale, caractérisée par
 La culture profonde avec ou sans retournement du sol dans le but d'augmenter le volume de terre ameublie et la capacité d'absorption du sol vis-à-vis de l'eau (en vue de la constitution de réserves hydriques importantes évaluées environ à la moitié (le la chute d'eau enregistrée au cours de l'année de repos) et
 La culture superficielle dans le but de créer à la surface du sol une couche pulvérulente peu humide, sorte d'écran protecteur constamment meuble, à capillarité presque nulle, qui évite la perte en eau des couches profonde, par évaporation naturelle ou par exportation sur les mauvaises herbes.

Dans les régions de bonne pluviométrie et possédant des terres fertiles, il est possible de pratiquer la " jachère cultivée " qui consiste dans la culture de certaines plantes améliorantes comme les légumes secs, dans le but, tout en conservant le sol meuble et propre, de diminuer le prix de revient du travail du sol (très élevé dans le cas de la jachère intégrale) et de la récolte suivante.

LES RENDEMENTS.

Malgré la progression constante, bien que lente des emblavures, la production algérienne (ainsi qu'il l'a été dit plus haut) ne manifeste pas l'accroissement que l'on aurait pu espérer et la cause essentielle de cette stagnation est la faiblesse des rendements moyens (particulièrement en culture musulmane) (lue aux conditions climatiques irrégulières et surtout aux façons culturales trop souvent archaïques.
Si l'on considère les moyennes des rendements sur des périodes de dix années (sauf pour la décade 1939-1949 qui ne peut être assimilée aux périodes normales) pendant lesquelles on peut considérer que lus facteurs météorologiques agissant dans un sens ou dans l'autre s'annulent, on constate depuis 1920 une augmentation assez faible (les rendements totaux, assez sensible des rendements européens :

 

Production totale

Production européenne

Production musulmane

Décade 1920 - 1929

5.43

7,71

4,52

Décade 1930 - 1939

5,87

8,83

4,71

Tous les rendements ont donc été augmentés d'une période décennale à l'autre mais alors que chez les musulmans cette augmentation est de 0,19 qx à l'hectare, elle est de 0.44 qx pour la production totale et de 1,12 qx pour la production européenne.
Si l'augmentation avait été la même chez les " fellahs ", l'Algérie aurait moins souffert de la disette des céréales en 1944, 1945 et 1946

LES EXPORTATIONS DE CÉRÉALES ET LES BESOINS ALGÉRIENS.

De 1830 à 1850. L’Algérie produisit à peine les grains nécessaires à l'alimentation de ses habitants. elle dut même à cette époque importer (les quantités importantes de céréales.
A partir de 1851, la production algérienne devint non seulement suffisante pour nourrir sa population, entretenir son bétail et pourvoir aux ensemencements, mais ses exportations de grains l'emportèrent sur les importations de farines. Depuis cette époque jusqu'en 1939, les fluctuations (les exportations suivirent d'assez près les récoltes sans qu'il y ait toutefois une corrélation absolue entre les deux éléments. En effet, d'une part la consommation locale augmenta régulièrement au fur et à mesure de l'accroissement de la population, d'autre part la consommation musulmane varia sensiblement d'une année à l'autre suivant l'importance de la récolte.
Depuis 1942, l'Algérie a été régulièrement importatrice. Il semble, toutefois, qu'à l'heure actuelle, après l'amélioration des récoltes de ces deux dernières années, l'ère des grandes difficultés soit close bien que le problème de l'alimentation des populations en voie d'accroissement rapide soit toujours posé. Déjà en 1945, M. BALENSI, Directeur Général des Affaires Economiques, écrivait que " les besoin du pays pendant la période décennale 1941-1950 s'étaient accrus de 775.000 quintaux par rapport à la période 1931-1940 ":
Dans les conditions actuelles de notre production, une récolte plutôt bonne n'offrirait donc pas d'excédents notables à l'exportation. Bien plus, dans un proche avenir, l'équilibre des ressources et (les besoins serait irrémédiablement rompu si l'Algérie ne parvenait pas à obtenir de son sol les 22 millions de quintaux de grains qui lui sont nécessaires et qui ont été fixés par le Plan, comme l'objectif à atteindre en 1952.
Pour atteindre ce premier objectif et poursuivre une route continuellement ascendante après 1952 les lignes générales de l'amélioration des techniques culturales devront être appliquées.

L'AMELIORATION DE LA PRODUCTION DES CÉRÉALES EN ALGÉRIE.

Les terres labourables de l'Algérie ne pouvant être accrues dans des proportions sensibles du fait (le l'impossibilité pour la céréaliculture de dépasser la limite naturelle représentée par l'isohyète de 300 mm.. l'augmentation de la production ne peut être obtenue que par un meilleur travail du sol, destiné aux emblavures, et par le développement de la jachère travaillée. Les améliorations devront être pratiquées en plusieurs étapes :
1°) Abandon ou réduction sensible des jachères pâturées ou fauchées (celles-ci étant remplacées partout où cela est possible par une production fourragère, au besoin poursuivie sur " préparés ").
2°) Développement corrélatif des " préparés " de printemps.
3°) Emploi de variétés saines et bien adaptées avec diffusion en milieu musulman des variétés rustiques.
4°) Substitution progressive de la " jachère intégrale " aux préparés de printemps.
5°) Concentration de la culture intensive dans les régions les plus appropriées (au-dessus de l'isohyète de 450 mm. pour le blé, de 350 min. pour l'orge).
6°) Suréquipement des fermes en matériel de traction et de travail pour permettre la réalisation, dans de bonnes conditions et ait moment opportun, (les façons de préparation du sol et exécuter les semailles au moment opportun,
7°) Généralisation de l'emploi des variétés améliorées et des semences sélectionnées.
8°) Pratique d'une fumure rationnelle et équilibrée.
Cette évolution progressive sera évidemment fonction de celle de l'éducation du fellah et des possibilités (le mettre à sa disposition le matériel nécessaire.
On a souvent essayé de faire abandonner au paysan musulman l'araire ancestrale au profit de la charrue légère française. La plupart de ces tentatives ont été décevantes, le fellah étant souvent dans l'impossibilité d'entretenir ces charrues et d'autre part ne disposant pas du cheptel suffisant réclamé par l'augmentation de traction.
Il semble que dans ce domaine des solutions plus hardies et plus rapides doivent être recherchées soit dans le développement d'exploitations du type coopératif (Voir " Documents Algériens ", Série Economique, n° 38 du 30 novembre 1947 : LA COOPERATIVE d'EXPLOITATION AGRICOLE d'AIN-KERMES et n° 43 du 25 février 1948 : LA COOPERATIVE DE TRAVAUX AGRICOLES DE ROVIGO.), soit par l'installation de Secteurs d'Améliorations rurales (Voir " Documents Algériens ", Série Economique, n° 13, du 1°, juin 1946 : PAYSANAT MUSULMAN ; et n° 39 du 15 décembre 1947 : LES SECTEURS D'AM ELIORATIONS RURALES.).

EVOLUTION DES PRIX DES CÉRÉALES DEPUIS 1936.

Il est malaisé de se faire une opinion des prix perçus par les producteurs (les céréales avant 1936, pour le blé, avant 1940, pour l'orge et l'avoine. En effet, l'appréciation des marchandises était alors faite d'après la loi de l'offre et de la demande, d'où baisse (les cours au moment de la récolte, par suite (les ventes massives de la part (les producteurs dont la trésorerie était particulièrement obérée à ce moment, et pause en fin de campagne, lorsque ne détenaient les céréales, que les agriculteurs avant une trésorerie à l'aise.
Depuis la création de l'Office du blé, en 1936, ou sa transformation en Office des Céréales, en 1940, les prix taxés à la production donnent une sécurité aux producteurs qui n'ont plus à craindre (le voir leurs récoltes faire le jeu (le spéculateurs.
La variation (les prix perçus par les producteurs est la suivante

RÉCOLTES

BLÉ TENDRE

BLÉ DUR

ORGE

AVOINE

1936

140 (1)

145 (1)

 

 

1937

178 (2)

169 (2)

 

 

1938

200 (1)

201 (2)

 

 

1939

197,50 (1)

207,50 (2)

 

 

1940

215 (1)

230 (2)

135 (1)

135 (1)

1941

290 (2) (3)

305 (2) (3)

18o (1) (3)

18o (1)

1942

375 (1) (4)

390 (1) (4)

251,50(1)(4)

251,50 (1)

1943

420 (1) (5)

437 (1) (5)

315 (1) (7)

315 (1)

1944

480 (1) (6)

560 (1) (6)

425,50 (1)

425,50 (1)

1945

6oo (1) (7)

700 (1)(7)

450 (1) (7)

420 (1) (7)

1946

1.013 (1) (8)

1.165 (1)(8)

780 (1)

709 (1)

1947

1.65o (1) (9)

1.900 (1) (9)

1.380 (1) (9)

1.300 (1) (9)

1948

2.300 (1)

2.64.5 (1)

1.840 (1)

1.725 (1)

1949

2.500 (1)

2.875 (1)

1.572.50 (1)

1.422,50 (1)

(1) Prix production, c'est-à-dire marchandise rendue au lieu de stockage aux frais du producteur.
(2) Prix ports algériens, les frais de transport jusqu'au quai du port le plus proche venant en déduction du prix fixé.
(3) A majorer d'une prime de prompte livraison d e 10 fr., 7 fr., 4 fr. ou 2 fr. par quintal de blé et de 7 fr., 4 fr. ou 2 fr. 50 par quintal d'orge, suivant l'époque de livraison.
(4) A majorer d'une prime de prompte livraison de 15 fr., 12 ou 10 fr. par quintal de blé et de 3 fr. ou 2 fr. par quintal d'orge suivant l'époque de livraison.
(5) A majorer d'une prime de prompte livraison d e 30 fr., 20 fr. ou 15 fr. par quintal de blé et de 20 fr., 15 fr. ou 10 fr. par quintal d'orge suivant l'époque de livraison.
(6) A majorer d'une prime de prompte livraison de 70 fr. par quintal de blé livré avant le 31 octobre 1944.
(7) A majorer, dans tous les cas, d'une prime de difficultés exceptionnelles de 100 fr. par quintal de blé livré, de 75 fr. par quintal d'orge et de 70 fr. par quintal d'avoine.
(8) A majorer d'une prime de prompte livraison d e 100 fr. par quintal jusqu'au 29 septembre 1946 ou de 70 fr. du 111 au 31 octobre 1946.
(9) A majorer, dans tous les cas d'une prime de difficultés exceptionnelles de 200 fr. par quintal de blé livré et de 100 fr. par quintal d'orge ou d'avoine.

22 -03-2005

 

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