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 La destruction des agricultures paysannes africaines par les dumping du Nord

5/6/2010

 

culture arachidesLa destruction des agricultures paysannes africaines par les dumping du Nord

La destruction des agricultures paysannes n’est ni le fait du hasard ni celui d’un concours de circonstance. C’est le résultat d’une stratégie de conquête et de domination (qui, souvent, ne dit pas son nom).

Un jeu concurrentiel où le rapport de force des Etats est déterminant.

De tous temps les agricultures du Sud ont servi de réservoir de matières premières bon marché pour les industries du Nord. On se rappelle l’épopée des Navettans soudanais qui, chaque année, drainait une marée de paysans de la sous-région qui parcouraient des centaines de kilomètres souvent à pied pour aller vendre leur récolte annuelle d’arachides aux quelques huileries et savonneries installées au Sénégal, faisant à la fois la fortune des industriels européens et. celle des maisons de commerce qui bientôt s’installèrent comme intermédiaires obligés entre les paysans et les maîtres coloniaux. Et comme aujourd’hui, les prix étaient fixés par les puissances du Nord.

Les indépendances des années 60 n’y changèrent rien. Bien au contraire. Les relations économiques Nord-Sud imposèrent la monoculture de rente aux agricultures africaines rivées aux seuls impératifs des économies du Nord. On nous fit croire que notre développement passait par ces monocultures de rente. De nouvelles terres sans cesse agrandies par des déforestations sauvages assurèrent leur expansion continue. On en mesure aujourd’hui les conséquences dramatiques sur les écosystèmes, les sols et l’environnement.

Pire, plus les records de production étaient battus d’année en année, plus les recettes liées à ces cultures baissaient. Les sommes récoltées étaient inversement proportionnelles aux quantités récoltées, faisant prononcer à bon nombre de nos dirigeants politiques de l’époque des discours hypocrites sur la « détérioration des termes de l’échange », comme s’il y avait eu en réalité, échange dans ces rapports inégaux imposés depuis l’époque par les canons coloniaux. Les termes de l’échange bien que dénoncés depuis lors, ne furent jamais changés. Ils furent maintenus voire renforcés par l’organisation économique actuelle du monde et les règles en vigueur du commerce mondial.

Les importations massives de technologies et des intrants agricoles, si elles permirent un décollage quantitatif significatif des productions de rente et une amélioration qualitative de la production, elles aggravèrent la dépendance structurelle des agricultures africaines par rapport aux pays du Nord. Les progrès importants qu’elles accomplirent leur firent dangereusement concurrencer celles du Nord.

En plus des prix non rémunérateurs arbitrairement fixés, des quotas furent imposés à leur entrée sur les marchés des pays du Nord. Comme si cela ne suffisait pas, on procéda à la subvention massive des produits agricoles du Nord alors que les institutions financières internationales étroitement contrôlées par les pays du Nord imposaient à nos pays le démantèlement de toutes les structures de soutien aux paysans africains pour faire face aux chutes excessives des cours mondiaux et la privatisation des circuits de commercialisation des productions de rente désormais aux mains de spéculateurs occidentaux. Ainsi la boucle fut bouclée.

De montants faramineux furent atteints par les subventions accordées aux paysans du Nord auxquels elles permirent de vendre à plus bas prix leur production, faisant baisser davantage les cours mondiaux et entraînant du coup la faillite des paysans du Sud, leur endettement excessif, leur paupérisation accélérée et provoquant par ailleurs bien d’autres malheurs dans les économies du Sud. Notons au passage que ces subventions dépassent de loin les « aides au développement » claironnées sans cesse mais de plus en plus parcimonieusement accordées.

Par ailleurs, les progrès réalisés par les agricultures africaines de rente se firent au détriment des cultures vivrières ainsi délaissées. Elles apportèrent néanmoins aux paysans africains des revenus monétaires substantiels. Mais si ces derniers avaient plus d’argent en poche, par contre ils n’arrivaient plus à remplir leurs greniers. Les prix des céréales finirent par s’envoler et les masses d’argent accumulées dans les périodes fastes, fondirent brusquement comme neige au soleil. Il fallait faire face aux menaces de famine qui frappèrent aux portes de zones qui avaient jadis été autosuffisantes voire excédentaires en matière de production de cultures vivrières.

Les pays du Nord profitèrent de la situation nouvellement créée pour inonder les marchés du Sud de leurs excédents céréaliers, sapant ainsi durablement les bases des agricultures africaines. Aujourd’hui les politiques semencières des multinationales de l’agro-alimentaire et l’imposition de la technologie des OGM achèvent le processus de prise de contrôle des agricultures africaines par les pays du Nord.

Tels sont les enjeux actuels de l’agriculture mondiale. Le coton malien en est l’illustration parfaite. Chaque chute des cours mondiaux du coton porte un coup rude à l’économie du Mali. Elle prive non seulement le paysan malien de ressources indispensables à son bien-être mais encore, elle enlève à l’Etat des moyens financiers nécessaires au financement de son budget et de ses projets de développement Elle aggrave ainsi la dépendance alimentaire du pays auquel est interdite dans ces conditions toute souveraineté alimentaire.

La destruction des agricultures paysannes africaines par les dumping du Nord n’est pas le fait du hasard. Ce n’est pas non plus un accident de parcours. Cela fait partie d’une stratégie de conquête et de domination sans partage du monde par les pays du Nord. Seuls comptent leurs intérêts et les profits réalisés par les multinationales.

La baisse tendancielle des cours mondiaux du coton, la politique de subvention des paysans du Nord et le système de quotas imposés aux produits du Sud pour leur accès aux marchés du Nord obéissent à la même logique. De même le contrôle des agricultures et des marchés agricoles du Sud a transformé la question alimentaire à l’échelle mondiale. Elle est devenue une arme stratégique entre les mains des pays du Nord.

L’arme alimentaire est devenue une réalité poignante du monde actuel. Les espaces de famine crées çà et là ne sont point non plus le fait du hasard. Tout relève de la même stratégie de conquête et de domination du monde. Aucune considération morale, aucun humanisme ! Seuls comptent les profits marchands réalisés sur le dos des paysans et des populations du Sud.

La paysannerie africaine n’est-elle pas menacée aujourd’hui dans son existence même ? N’est-elle pas condamnée à la disparition dans les circonstances actuelles ? Inutiles donc les politiques de développement agricole ! Les multinationales de l’agro-alimentaire pourvoiront à l’alimentation de nos populations avec leurs excédents céréaliers.

Construire une alternative autre et nouvelle nous impose d’inventer l’avenir.

Par Issa N’Diaye,

 

 Source : http://penserpouragir.org  

 

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